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CO de 2019-2018/CO n° 1245 du 27 juin 2020/Pages 5 et 6

Pages 5 et 6

États-Unis (Atlanta) : nouveau meurtre d’un Noir par la police raciste

Trois semaines après la mort de George Floyd, le meurtre d’un homme noir Rayshard Brooks a ravivé la colère à Atlanta. Le vendredi 12 juin, il était endormi dans sa voiture et gênait le drive d’un fast-food. Les employés ont appelé la police. Interpellé, il s’est soumis à un alcootest positif et s’est débattu quand, alors qu’il avait proposé de rentrer à pied et n’était pas armé, les policiers ont voulu le menotter. Il a réussi à s’emparer du taser d’un des policiers et à s’enfuir. Un policier lui a alors tiré trois fois dans le dos et l’a tué. Ce policier blanc qui a tiré, Garrett Rolf, lui a même donné un coup de pied alors que l’homme noir était à terre. La scène choquante a été filmée. Des manifestations de la population en majorité noire d’Atlanta ont alors éclaté. Le fast-food en question a été incendié. Le policier Garrett Rolf a été licencié et va être jugé pour meurtre. La cheffe de la police d’Atlanta a démissionné. Si demain ce policier est condamné ce sera grâce à la révolte des Noirs et les manifestants antiracistes qui résonnent dans tout le pays et dans le monde depuis des semaines.


Le racisme et le rôle de la classe ouvrière noire

Après le meurtre de George Floyd, les mobilisations contre le racisme se sont multipliées dans le monde. Des manifestants ont aussi déboulonné des statues de personnalités des temps esclavagistes. À Bristol, au Royaume-Uni, la statue d’un esclavagiste a été retirée par des manifestants.

Cependant, pour exterminer le racisme, il faudra bien plus et bien mieux. Il faudra éliminer le système capitaliste car c’est lui qui en est la cause et qui y a intérêt. Le racisme, facteur de division des travailleurs Par exemple, à cause du chômage, les travailleurs se retrouvent en concurrence. Mais les idées racistes contre les immigrés, les Noirs et les Arabes, détournent la colère des travailleurs. Celle-ci est déviée vers leurs frères de classe qui diffèrent seulement en apparence. Les travailleurs non-blancs servent alors de boucs émissaires au problème du chômage et de la précarité, pendant que les vrais responsables, les capitalistes, ne sont pas inquiétés.

Les travailleurs noirs sont en général moins bien payés que les travailleurs blancs pour un même travail. Tout comme les femmes par rapport aux hommes. Le salaire moyen d’un Noir aux États-Unis est de 3 000 dollars contre 5 000 dollars pour un Blanc. Les Noirs sont les plus touchés par le chômage. Ils acceptent alors plus facilement des travaux mal payés et des contrats précaires, ce qui réjouit les capitalistes.

Le racisme est un des moyens qu’ont les capitalistes pour diviser la classe ouvrière. Il est aussi généré par l’oppression impérialiste qui sévit en Afrique. Des millions de Noirs de ce continent subissent la misère, l’exploitation et les guerres attisées par l’impérialisme mondial. De grandes multinationales exploitent férocement la classe ouvrière noire pour extraire les ressources du sous-sol africain et pour augmenter leurs profits.

Tous ces faits nous montrent que les travailleurs noirs sont parmi ceux qui dans le monde subissent le plus l’exploitation capitaliste. La classe ouvrière noire, une force potentielle Mais en revanche, c’est cette place dans la production capitaliste mondiale qui pourrait demain faire jouer à la classe ouvrière noire un rôle important dans le cadre d’un renouveau du mouvement ouvrier mondial. Par exemple, aux USA la classe ouvrière noire se trouve placée au cœur même du capitalisme le plus puissant du monde, le chef de file du capitalisme mondial. Des milliers de travailleurs noirs travaillent dans les grandes usines du pays, comme par exemple dans l’industrie automobile. Ils constituent une force potentielle considérable au sein de toute la classe ouvrière. Nous avons observé comment la révolte contre le meurtre de Georges Floyd a été si vite contagieuse et a gagné les Noirs de tous les pays et pas seulement les Noirs. Ce meurtre raciste a ému et révolté en quelques jours tous les opprimés de la terre. Cette contagion peut se reproduire demain. Mais elle sera d’autant plus efficace si elle se produit au sein même de la classe ouvrière du monde.

Car les travailleurs noirs pourraient, le moment venu, jouer un rôle moteur qui entrainerait les autres travailleurs du monde, vers leur émancipation. Il faudrait alors que les travailleurs se dotent de leurs propres partis ouvriers révolutionnaires. Cette révolution sociale ne peut être victorieuse qu’à cette condition et si les travailleurs du monde rejoignent cette lutte de classe contre le grand capital.

Renverser le capitalisme est le seul moyen d’éradiquer définitivement les injustices, notamment celle du racisme. La classe ouvrière mondiale produit les richesses de la planète. Ce sont les travailleurs qui font fonctionner toute la société. Ils sont les seuls à être capables de renverser ce système et de récupérer les richesses au profit de tous après avoir exproprié les possédants. L’humanité a tout intérêt à la révolution ouvrière contre le capitalisme. Car c’est l’émancipation de la classe ouvrière du joug de l’exploitation capitaliste qui entrainera l’émancipation de toute l’humanité. De cette révolution seule viendront les réparations véritables de l’esclavage, du colonialisme, de toutes les oppressions, de millénaires d’oppression de classe sur tous les peuples de la terre. .


Guadeloupe : Juillet 1985 l’affaire Faisans

L’événement connu sous le nom de « l’affaire Faisans » éclate dans un contexte déjà très explosif. Comme souvent, les poussées de fièvre aux Antilles sont liées à la misère, à l’exploitation, au chômage.

En plus de ce contexte social, il y avait une agitation politique. Depuis les années 1980 des organisations comme le GLA (Groupe de libération armée), l’ARC (l’Alliance révolutionnaire caraïbe) organisent une série d’attentats contre la présence coloniale française en Guadeloupe. Les arrestations et la répression des mouvements indépendantistes accentuent les tensions sociales. En avril 1985, « la conférence des dernières colonies françaises » se tient au lieu-dit Bonne Veine en Guadeloupe (commune de l’Anse-Bertrand). Elle rassemble bon nombre de groupes et partis indépendantistes des territoires et départements d’Outremer français. L’UPLG (Union populaire pour la libération de la Guadeloupe) en était l’organisatrice. Elle était la principale organisation indépendantiste. Au niveau international, en janvier 1985, en Nouvelle-Calédonie, depuis plusieurs mois la colère s’exprimait sur la question de l’indépendance. Des affrontements violents éclataient entre les Kanaks et les Blancs Caldoches. Le 12 janvier 1985, les dirigeants du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) Éloi Machoro et Marcel Nonnaro sont exécutés par les forces de répression coloniales. C’est dans ce contexte d’agitation que l’affaire Faisans éclate.

Georges Faisans était un militant du MPGI (Mouvement populaire pour une Guadeloupe indépendante). En octobre 1984, voulant remettre à sa place un professeur blanc qui aurait donné un coup de pied à un élève noir, Faisans lui inflige un coup de plat de coutelas. Suite à cela Faisans est condamné à trois ans d’emprisonnement. Refusant sa condamnation, le 3 juin 1985 il commence une grève de la faim. Le 25 juin 1985 la décision est prise de le transférer à la prison de Fresnes à Paris. Là-bas il poursuit sa grève de la faim. Le 10 juillet, sous la pression des avocats et autres militants, le procureur de la Guadeloupe Valère accepte la mise en liberté de Faisans. Cette demande sera rejetée par les juges le 19 juillet. L’affaire médiatisée par « Radyo Tanbou » et « Radyo Inité » va éveiller la colère de la population. Dès le 20 juillet le MPGI organise plusieurs manifestations de protestation. Ces actions lanceront une grève de la faim de plusieurs militants dont le prêtre nationaliste Chérubin Céleste. Le 22 juillet plusieurs organisations politiques et syndicales réagissent à la condamnation de Georges Faisans et se mobilisent contre le jugement qu’ils trouvent injuste et raciste. Cela a été le début d’une grande mobilisation.

Durant une semaine des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont lieu un peu partout. Le 24 juillet des barrages sont dressés dans plusieurs quartiers de Pointe-à-Pitre. Les jours suivants le nombre de barrages augmente dans toute l’île et ils sont occupés par des milliers de personnes. L’activité économique de la Guadeloupe est paralysée. Les habitants des quartiers, les militants, les jeunes sont mobilisés jour comme nuit. Les habitants des quartiers font leur maison servir de lieu de repli aux manifestants quand les forces de l’ordre arrivent. Les militaires arrivent en gros blindés. Les manifestants font comme ils peuvent pour se défendre. Ils affrontent les forces de l’ordre à coups de pierres ou de bouteilles. Certains ont même tiré à coups de fusil sur un hélicoptère tournoyant au-dessus de Boissard. On saura plus tard que les appelés de Guadeloupe et de Martinique en service militaire à la Jaille ont refusé d’intervenir contre les manifestants. Certaines organisations, par peur de perdre totalement le contrôle du mouvement, ont essayé de calmer la situation et demandé la levée de certains barrages. Ces derniers furent levés après sept jours. Georges Faisans est libéré le 29 juillet 1985 après 56 jours de grève de la faim. Sa libération met fin à la mobilisation.


Guadeloupe, Martinique : le retour des sargasses

Les algues brunes sont massivement de retour depuis le mois de mai sur une partie du littoral. Elles pourrissent en dégageant des gaz toxiques et nauséabonds. Les riverains sont incommodés jour et nuit par ces gaz, principalement ammoniac et hydrogène sulfuré. Certaines personnes tombent malades, parfois gravement. Les objets métalliques sont également attaqués, ce qui dégrade tous les appareils électroménagers ainsi que les voitures et les maisons. Quant aux marins pêcheurs, ils ont beaucoup de mal à exercer leur profession, notamment pour sortir et rentrer leurs embarcations, les ports de pêche étant aussi envahis par les algues brunes.

Depuis 2011, les sargasses envahissent régulièrement une partie des côtes de Martinique et de Guadeloupe. Peu de moyens sont mis en œuvre pour lutter contre ce fléau. Il existe quelques bateaux – appelés « sargator » – chargés de les récupérer en mer. C’est très insuffisant, il faudrait des bateaux en beaucoup plus grand nombre pour prévenir l’arrivée des sargasses sur les côtes. En octobre 2019, le Premier ministre Édouard Philippe était venu en grande pompe promettre des actions fortes du gouvernement, et des budgets en conséquence. Depuis, rien ne s’est passé. Les services de l’État prévoient que les échouements seront massifs dans les semaines à venir, en Guadeloupe ainsi qu’en Martinique. Il faudra que la population se soulève massivement pour exiger de l’État et des riches les moyens nécessaires pour combattre ce fléau.


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