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CO de 2019-2018/CO n° 1245 du 27 juin 2020/Pages 3 et 4

Pages 3 et 4

Guadeloupe : Répression patronale un revers !

Tino Dambas débouté L’un des patrons les plus répressifs est Tino Dambas, gros planteur de banane. Il avait porté plainte contre Jean-Marie Nomertin, dirigeant du syndicat CGTG, pour avoir dénoncé sa cruauté notamment à propos d’un ouvrier de sa plantation.

L’ouvrier gravement malade d’un cancer avait demandé à Tino Dambas de le placer à un autre poste. Le patron n’entendant rien l’avait contraint à transporter par jour 150 régimes de bananes pesant 80 kg en moyenne. Cet ouvrier est mort quelques jours après avoir quitté la plantation.

Lors du procès en première instance le 12 avril 2019 Nomertin avait été condamné à 5 000 € d’amende, 2 000 € de dédommagement. Le procès en appel a eu lieu le 1er octobre. Plus d’une centaine de personnes étaient présentes pour soutenir Nomertin. Finalement Jean-Marie Nomertin fut relaxé dans la décision rendue le 29 octobre 2019. Ces procès se sont transformés en véritable procès contre Tino Dambas.

Des ouvriers ont pu témoigner des conditions de travail inhumaines dans la banane, convaincant les juges de leurs souffrances. La dernière attaque en date de Tino Dambas Le dernier procès intenté à Jean-Marie Nomertin est aussi de Tino Dambas.

Ce dernier attaque Nomertin pour l’avoir appelé « esclavagiste noir », surnom que lui a donné la population pour les pratiques quasi-esclavagistes sur ses plantations. Le procès a eu lieu le 12 juin dernier au tribunal de Basse-Terre. Plus de cent personnes sont venues apporter leur soutien dont une majorité d’ouvriers agricoles de la banane. Ce procès a de nouveau été l’occasion de dénoncer les pratiques des patrons de la banane. La décision sera rendue le 26 juin 2020.

Rony Tillé relaxé Le 10 juin 2020 c’est Rony Tillé, soignant au CHU, militant de la CGTG et de Combat ouvrier, qui était convoqué au tribunal. Plusieurs dizaines de personnes, militants de Combat ouvrier et ses collègues du CHU, militants de la CGTG et l’UGTG étaient rassemblés pour soutenir leur camarade. Rony Tillé était accusé de menace de mort (rien que ça) par une directrice de l’hôpital. En réalité il s’agissait d’une tentative de vengeance et d’intimidation pour la grève menée au CHU en 2019 par les travailleurs. Rony Tillé avait été un militant actif de la mobilisation au CHU. Il a été relaxé pour « dossier vide » de cette accusation ridicule.


Guadeloupe : Pointe-Noire la grève à l’hôpital Beauperthuy !

Le personnel est en grève depuis le 25 mai 2020. Les grévistes en ont assez de la gestion de l’hôpital par la direction. Ils dénoncent des manques de moyens dans les services, des problèmes dans les attributions des postes, mais aussi une directrice des soins autoritaire et un directeur général complètement absent ! Les agents ne veulent plus subir les menaces de cette direction et réclament notamment le départ de la directrice des soins. Le 2 juin l’ARS (Agence Régionale de la Santé) a nommé un directeur adjoint pour remplacer le directeur absent depuis plusieurs mois, mais les grévistes dénoncent aussi l’incompétence de ce remplaçant.


Guadeloupe : Nouvelle manifestation des infirmiers libéraux

Les infirmiers libéraux de Guadeloupe ont manifesté le 16 juin. Ce même jour les soignants manifestaient largement dans toute la France. Ils étaient plusieurs dizaines à s’être rassemblés devant le CHU avec pancartes et banderole. Puis ils sont partis en opération escargot jusqu’à l’Agence régionale de la santé (ARS) à Dothémare. Ils ont dénoncé les problèmes généraux qui concernent leur métier : les restrictions sur les moyens, les tournées trop chargées, le non remboursement des indemnités kilométriques. Ils dénoncent l’absence de communication de la part de l’ARS, et aussi les conditions de travail aggravées par les coupures d’eau en pleine épidémie alors qu’ils doivent s’occuper de patients fragiles. Les infirmiers libéraux ont déjà fait plusieurs actions dans l’année. Cette fois les manifestants ont symboliquement jeté leur masque devant l’ARS qui a refusé de les recevoir.


Martinique : Les hypocrites

Le 15 juin dernier, à l'invitation du président de la CCIM (Chambre de commerce et d'industrie de Martinique) Philippe Jock, s’est tenue une conférence dont le sujet était « Relance, Développement, Inégalités, Survie et Émancipation et contre les inégalités sociales ». Voyez-vous ça ! Christian Louis-Joseph, secrétaire général du syndicat des entrepreneurs du BTP en Martinique, y représentait également le patronat.

Des représentants d’organisations syndicales étaient invités à cette conférence, et aussi la sociologue Danielle Laport. Durant deux heures, la main sur le cœur, le patronat et ses représentants ont versé leurs larmes de crocodile, pour discuter d’un « plan de relance » de l'économie de la Martinique, et « contre les inégalités sociales ». Danielle Laport a quand même souligné que : « c'est lorsque la tempête menace ou que le navire prend l'eau que les milieux dirigeants songent à s’informer de l'avis du peuple et de ses organisations ! ».

Mais il est certain que cette considération est entrée par une oreille du patronat et en est ressortie aussitôt par l’autre. Ce genre de conférence organisée par le patronat n’a qu’un objectif : faire sa pub, faire croire que le patronat est soucieux des problèmes que connait la population laborieuse, qu’il « échange » avec les syndicats et les sociologues… Et tout cela pour tenter de mieux faire passer son exploitation féroce et les profits qu’il amasse sur le dos des travailleurs. Alors, à d’autres !


Martinique : le lyrisme limité de Letchimy

Le mardi 16 juin dernier, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le député PPM de Fort-de-France Serge Letchimy a interpellé le premier ministre. Cette séance a eu lieu après le meurtre de George Floyd à Minneapolis, après la vague d’indignation et de révoltes que cet acte barbare a soulevé de part le monde, et aussi en Martinique et en Guadeloupe. Elle intervenait après les grandes manifestations contre le racisme et les violences policières qui se sont déroulées notamment dans plusieurs villes de France.

Dans sa déclaration, Letchimy a réclamé « une République exemplaire contre toutes les violences raciales et sur l’exigence de justice et de vérité face aux drames humains et répétés comme celui de Adama Traoré ». Il a dénoncé aussi « un racisme obscur et larvé de la société française ». Il illustrait ce racisme notamment par la statue de Colbert, ministre de Louis XIV et l’un des fondateurs du code noir, située à l’entrée de l’Assemblée nationale à Paris. Il rajoutait que « [Outre-mer] l’injustice au quotidien asphyxie… ». Dans son élan, Serge Letchimy a aussi rappelé que « les nations d’Occident se sont enrichies sur les mêmes fondations que l’esclavage des Noirs ».

Mais Letchimy ne remet nullement en cause le système capitaliste qui s’est « épanoui » grâce à l’esclavage, ce crime gigantesque. Bien au contraire, avec son parti le PPM, il a toujours été proche des dirigeants du parti socialiste français tels François Hollande et autres Manuel Valls, des soi-disant réformateurs qui sont les valets des exploiteurs lorsqu’ils sont aux affaires.


L’ignoble vote de Maxette Pirbakas

Maxette Pirbakas, députée de la Guadeloupe au parlement européen, membre du « Rassemblement national » de Le Pen, ex « Front national », a voté avec son parti et Bardella contre une résolution du parlement reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. L’affaire choque énormément aux Antilles. Beaucoup ne pensaient pas que Pirbakas irait si loin.

C’est mal connaître le Rassemblement national des Le Pen et autre Bardella. C’est mal connaître ses membres. Ce parti est raciste. C’est mal connaître aussi le groupe auquel ils sont affiliés au parlement. Ce groupe est raciste. Ses dirigeants sont des nostalgiques du fascisme et en réalité des suprémacistes blancs. Depuis quelques années, l’ex « Front national » tente de se « dédiaboliser » et de gommer cette image. Il faut donc croire qu’il peine à y parvenir. Sa véritable nature est difficile à masquer. Derrière les propos anti immigrés, xénophobes ou franchement racistes, le RN et les partis d’extrême droite européens sont en réalité des partis profondément anti-ouvriers.

Ils se veulent proches du petit peuple mais n’attaquent jamais le grand capital. Car au fond ce sont les meilleurs soutiens du système capitaliste. Ceux qui ont voté « Rassemblement national » et Bardella aux européennes et ont élu Pirbakas ne pourront pas se cacher derrière l’argument qu’ils ne connaissaient pas la véritable nature de ce parti et de ses dirigeants. Maxette Pirbakas le leur a rappelé avec éclat !


Esclavage et colonialisme

En Martinique, le 22 mai 2020 correspondait au 172ème anniversaire de la révolte ayant conduit à l’abolition de l’esclavage. La population a été surprise d’entendre que, ce jour-là, de jeunes activistes, avaient abattu deux statues de Victor Schœlcher. Deux jeunes femmes avaient revendiqué l’acte à visage découvert. Le 25 mai 2020, l’assassinat de George Floyd, afro-américain de 46 ans qui périssait sous le genou d’un policier blanc a déclenché une onde de choc et entrainé de très nombreuses réactions à travers le monde. Dans son sillage, des manifestants ont partout condamné les violences policières, et également le racisme. Ils ont été nombreux à exiger l’enlèvement de symboles, principalement des statues, qui représentent des hommes ayant fait fortune grâce au commerce triangulaire et à la mise en esclavage de millions d’êtres déportés d’Afrique. Le déboulonnage de statues de Schœlcher puis d’autres, aux USA et au Royaume-Uni notamment, remet en actualité la question des « réparations » de l’esclavage.

Mais on n’a pas clairement entendu la condamnation du système, le capitalisme, qui est l’origine de ce mal comme d’autres maux qui gangrènent la société : sexisme, famine, guerres, colonialisme, nationalisme, xénophobie, pollutions, pillages, etc. Certains pensent que ce système pourrait être aménagé en enlevant certaines « imperfections ». Mais il n’y a pas d’arrangement possible avec ce système. Il doit être combattu. Et seule sa disparition peut ouvrir la voie à la possibilité d’instaurer une société fonctionnant sur d’autres bases, bien plus égalitaires.