Site

CO de 2019-2018/CO n° 1245 du 27 juin 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Se sacrifier pour les profiteurs de crise ? Non !

Pas une journée sans que les grands capitalistes ne réclament de nouvelles mesures d’aide auprès des pouvoirs publics. Le 18 juin Roux de Bézieux, le patron des patrons, a quémandé une nouvelle faveur, une baisse de 60 milliards des impôts des entreprises.

L’épidémie de Covid-19 accroit la voracité du grand capital. Elle leur sert d’excuse pour poser toujours plus d’exigences, alors qu’ils se goinfrent déjà de subventions en tout genre.

Des milliards ont été accordés à Air France et à Renault, qui ont quand même annoncé des milliers de suppressions d’emplois. Sanofi est le dernier grand groupe en date à avoir empoché de l’argent public : plusieurs centaines de millions pour relocaliser la production du paracétamol en France. Au prétexte de protéger notre santé, le gouvernement arrose encore une fois des actionnaires aux poches bien garnies. Les profits de Sanofi, dopés par la crise sanitaire, ont atteint deux milliards rien que pour les trois premiers mois de 2020.

Pour les gros patrons, l’argent coule à flot. Mais pour les travailleurs, le gouvernement prêche plus de travail et d’abnégation. Il faudrait reconstruire l’économie française et donc accepter toutes sortes de sacrifices.

Dans de nombreuses entreprises, les salariés ont été obligés de prendre leurs congés pendant le confinement. Ils n’auront donc pas de vacances dans les mois qui viennent.

Partout, la menace des licenciements permet au patronat d’accentuer la pression sur les travailleurs. À Air Caraïbes et dans sa filiale low cost French Bee, ce chantage à l’emploi a abouti à un « accord » qui prévoit la baisse des salaires et des primes pendant plus de deux ans.

Dans les services publics, la situation n’est guère meilleure pour les travailleurs. L’argent manque nous dit-on, alors que le gouvernement le dilapide auprès des riches capitalistes. Les agents sont priés de se satisfaire de promesses d’augmentations qui ne sont jamais tenues, et de travailler dans des conditions de plus en plus dégradées.

Le patronat profite de la situation pour extorquer le plus possible d’argent public au gouvernement, et le plus possible de sacrifices aux travailleurs. La conjoncture lui est favorable, car pour le moment la classe ouvrière ne riposte pas massivement.

Mais cette situation ne durera pas éternellement. C’est peut-être en partie ce qui explique la frénésie patronale du moment. Les capitalistes savent que tôt ou tard les travailleurs riposteront.

Pour l’instant, les salariés sont surtout sur la défensive. Ils se mobilisent pour défendre leurs emplois ou leurs acquis. C’est actuellement le cas à la centrale de production Énergie Antilles, en Guadeloupe, menacée de fermeture. Les salariés mobilisés sont soutenus par ceux des autres entreprises de production d’électricité. Les ouvriers agricoles de Bois-Debout et une partie de ceux du secteur du transport, qui réclament leur dû, mènent des actions combatives.

Mais les travailleurs pourraient aussi passer à l’offensive, exiger de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Les salariés de la santé ont manifesté une première fois le 16 juin, et ils prévoient de remettre ça le 30 juin. En Martinique, la mobilisation a rassemblé près de 150 agents, représentant une dizaine d’établissements. En France, la mobilisation a été importante, il y a eu plus de 250 rassemblements. À Paris, les soignants ont été rejoints par des salariés des transports.

Le patronat, tout comme le gouvernement à son service, menace les travailleurs de futures attaques dans les mois qui viennent, toujours au prétexte de la crise post-Covid. Les travailleurs ne pourront compter que sur leurs propres luttes pour parer ces mauvais coups !


Martinique : Mobilisation des travailleurs de la santé

Le 16 juin dernier environ 150 agents se sont mobilisés devant l’ARS à la Pointe des grives. Ils représentaient les agents des hôpitaux de La Meynard, de Trinité, du St Esprit, de Mangot Vulcin, du Carbet, de Colson, de Maurice Despinoy, de St Pierre et aussi de l’institut Calmet.

Ils exigeaient notamment : Des moyens matériels et des effectifs en nombre suffisant pour assurer un service public de qualité avec des soins de qualité en toute sécurité ; Un plan de financement exceptionnel immédiat de la Santé Publique annulant la dette des Hôpitaux et EHPAD des DOM ; De bonnes conditions de travail : la rénovation, la reconstruction et la mise aux normes des établissements de Santé ; La revalorisation salariale et professionnelle.

Le Covid-19 a placé en première ligne les soignants qui ont dû gérer la crise avec peu de moyens. Ces revendications étaient reprises ensemble par les manifestants pour dire qu’ils en avaient assez d’attendre depuis des années que leurs salaires augmentent et que leurs conditions de travail s’améliorent.

L’appel à la mobilisation avait été lancé par un collectif de 12 syndicats de salariés et de médecins de la santé, les personnels des établissements sanitaires et sociaux, du public et du privé et de l’aide à domicile. Des représentants de syndicats d’autres secteurs sont venus porter leur solidarité devant l’ARS, tels celui du SMPE (enseignant), mais aussi de la DEAL et la CTM par exemple.

La mobilisation avait débuté dès 7h du matin devant les établissements et des délégations de grévistes ont été reçues par leur direction. Cela a été le cas à l’hôpital Pierre Zobda Quitman à Fort-de-France. Regroupés devant le NPT (nouveau plateau technique), les agents avaient encouragé leurs collègues restés dans les étages à venir les rejoindre et renforcer la grève.

Dans leur tract d’appel à la mobilisation on pouvait aussi lire à juste raison que : « Le patronat a déjà eu des milliards de l'État et il en redemande ! Seul le profit compte pour eux ! ». Les agents hospitaliers ne sont pas décidés à en rester là. Ils comptent se faire de nouveau entendre jusqu’à satisfaction de leurs revendications.


Guadeloupe : Grève des travailleurs de l’électricité

La multinationale ContourGlobal se débarrasse de quarante travailleurs qualifiés pour la production électrique. Cette décision adoptée par l’État et la Région, prise au nom de la « transition énergétique », sans solution pour les travailleurs concernés, est inadmissible. La décision serait exécutoire maintenant. Pour dire non au licenciement de leurs collègues des deux entreprises de la Centrale Energie Antilles, Diesel Export et IDEX, les travailleurs de l’électricité - EDF, Albioma au Moule, la Centrale géothermique Ormat à Bouillante et bien sûr la Centrale Energie Antilles - ont décidé de cesser le travail les 23 et 24 juin 2020, cette grève étant reconductible. Les travailleurs, avec le syndicat CGTG de l’énergie, dénoncent l’utilisation du « licenciement économique » qui n’est pas justifié par les résultats financiers de la Centrale Energie Antilles. Ils revendiquent l’arrêt des licenciements et la poursuite de l’activité des deux entreprises concernées, le temps que les collègues menacés soient reclassés. Ils admettent les exigences de « transition énergétique », qui visent à remplacer les centrales au fuel par l’utilisation d’énergies moins polluantes, dites propres. Toutefois, contrairement aux annonces de l’État, cette transition ne crée aucun emploi en Guadeloupe, au contraire. Une autre revendication de cette grève concerne les travailleurs intérimaires qui, à l’EDF, ne touchent pas les primes auxquelles ils ont droit.


Guadeloupe : SA Bois-Debout les ouvriers licenciés toujours au combat !

Depuis le 2 juin, les ouvriers licenciés et retraités se sont mis en action pour exiger le paiement des rappels de salaire conformément à la décision de justice du 16 mars 2020 et à l’accord de grève du 13 avril 2017.

Ils ont été rejoints par les ouvriers en poste du 8 au 12 juin. Le directeur Block de Friberg, qui n’avait quasiment pas produit de bananes pendant 15 jours, s’est plaint auprès du tribunal. Le 12 juin, les ouvriers ont été condamnés à débloquer les accès de la plantation. Mais cette tentative d’intimidation n’a fait que renforcer leur détermination.

Le 17 juin, ils étaient une vingtaine à manifester devant la préfecture pour exiger que les gros planteurs soient contraints d’appliquer les décisions de justice favorables aux ouvriers. Le préfet a invoqué la « réserve électorale » pour justifier son refus de faire appliquer ces condamnations. Les jours suivants, plusieurs diffusions de tract ont été organisées. Une nouvelle mobilisation est prévue le 23 juin.

Le même jour, le directeur de la SA Bois-Debout attaque les ouvriers aux Prud’hommes pour contester leur droit de retrait pendant la période du confinement. Les travailleurs mobilisés en profiteront pour dénoncer ce directeur hors-la-loi qui viole les décisions de justice et les accords de grève !


Bookmark and Share