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CO de 2019-2018/CO n° 1244 du 13 juin 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

Antan Gustin ou antan Sorin ? Épisode 2

Le 2 juin, sur un ton comminatoire, le préfet Gustin et le recteur Fourar ont « mis en demeure » l’ensemble des maires de rouvrir les écoles. On a eu l’impression de retourner encore une fois 80 ans en arrière, à l’époque où le gouverneur Sorin faisait régner en Guadeloupe l’ordre du régime de Vichy.   Cette mise en demeure rallonge en effet la liste des méfaits commis par le préfet Gustin. L’année dernière, Gustin a contraint à la démission le maire de Pointe-à-Pitre Jacques Bangou. La gestion de Pointe-à-Pitre est peut-être critiquable, mais Bangou ne méritait pas une telle mesure dictatoriale. Plus récemment, dans son conflit avec les élus de Marie-Galante à propos de la crise sanitaire, Gustin a déclaré « les chiens aboient, la caravane passe ».

Cette dernière « gugusserie », la mise en demeure concernant les écoles, a provoqué chez les élus des réactions variées. Certains maires sont rentrés dans le rang et ont obtempéré. D’autres se rebellent avec raison.

Si notre préfet-gouverneur est aussi fort qu’il le pense, au lieu de jouer les chefs auprès des maires, il ferait mieux de trouver auprès de ses propres chefs à Paris le milliard dont nous avons besoin pour refaire le réseau d’eau. Bon nombre d’écoles sont régulièrement fermées à cause du manque d’eau.


Saint-Claude : Califer obtempère

Le 5 juin, le tribunal administratif a condamné le maire de Saint-Claude, Élie Califer, à rouvrir les écoles de sa commune sous trois jours, « sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard passé ce délai ». C’est le commandant de la gendarmerie qui avait porté plainte, en tant que parent d’élève. Le tribunal lui a donné raison, et Califer a décidé de s’exécuter en rouvrant les écoles au plus vite. Pour ne pas perdre la face, il a expliqué qu’il était précisément en train de préparer cette réouverture, qu’il avait déjà programmée pour le 11 juin, et qu’il va saisir la Cour de cassation pour faire annuler la décision du tribunal administratif.


Que se passe-t-il à Port-Louis ?

 Le 5 juin, un bulldozer est entré en action sur un chantier du littoral. Les gendarmes étaient présents pour maintenir à distance les habitants du quartier, qui s’étaient rassemblés pour montrer leur désapprobation.  

Les riverains du bord de mer ont été évincés de leur logement, il y a de nombreuses années, au prétexte qu’il était dangereux de résider sur le front de mer en cas de tsunami. On expliquait aussi aux gens qu’il fallait mener une opération de résorption de l’habitat insalubre (RHI). La SEMAG (Société d’économie mixte d’aménagement de la Guadeloupe) est devenue propriétaire. Depuis, la SEMAG a cédé une partie des terrains concernés à deux femmes originaires de Corse, qui prévoient d’y construire des gîtes destinés aux touristes. La mairie est contestée dans cette affaire, puisqu’elle a autorisé ce projet. Mais le maire, lui, explique que tout est normal et que les protestataires tentent de le déstabiliser à l’approche du deuxième tour des élections.

Il n’empêche qu’à Port-Louis, il y a du mécontentement. La semaine précédant la mise en action du bulldozer, les riverains avaient organisé un kannari kontré (un repas convivial) sur les lieux. Ce ne serait pas la première fois que des habitants se font expulser pour que d’autres viennent s’approprier leur « petit coin de paradis » et en tirer profit !


Soutien à notre camarade Nomertin au tribunal de Basse-Terre !

Jean-Marie Nomertin, secrétaire général de la CGTG et porte-parole de Combat ouvrier en Guadeloupe, a été convoqué au tribunal de Basse-Terre le vendredi 12 juin. Combat ouvrier a lancé un appel pour une mobilisation à 7h devant le tribunal.

 Notre camarade Nomertin est poursuivi en justice par le gros planteur de banane Tino Dambas. Ce dernier dit que Jean-Marie Nomertin l’aurait appelé « l’esclavagiste noir ». T. Dambas porte alors plainte contre Nomertin pour la énième fois. Pourtant, c’est bien T. Dambas qui est appelé « l’esclavagiste noir » par tout le monde, et surtout, par les travailleurs de la banane qui savent comment il traite les ouvriers sur ses plantations.

En fait, Dambas n’a toujours pas digéré la grève des plantations de banane en 2017 et les autres rébellions des ouvriers agricoles contre lui. Notre camarade Nomertin milite au quotidien aux côtés des travailleurs de la banane. La plainte envers Nomertin, c’est de la répression patronale.

Il faut que Jean-Marie Nomertin soit relaxé et Dambas débouté, comme pour le précédent procès !


Haïti : les dégâts du Covid-19

La circulation du coronavirus ne ralentit pas dans l’île de Saint-Domingue. En Haïti, jusqu’au 8 juin, 3 334 personnes ont été infectées et 51 sont décédées. En République dominicaine, la pandémie a déjà tué 539 personnes et contaminé 20 126.  

Dès le mois de mars le gouvernement dominicain avait refoulé massivement les Haïtiens sur la frontière. Aujourd’hui plus de 10 000 soldats dominicains y montent la garde jour et nuit pour éviter un éventuel retour des immigrants haïtiens qui ont été chassés. Ce qui n’empêche pas le passage en dehors des points de contrôle pour ceux qui vont chercher des denrées ou du matériel de l’autre côté de la frontière. Les gardes n’empêchent pas plus la circulation du virus d’un côté à l’autre. Ce lundi 8 juin, dans la zone industrielle d’Ouanaminthe, près de la frontière avec la République dominicaine, deux employés sont morts des suites de fièvre, associée aux symptômes du Covid-19. Ils travaillaient au sein de la Compagnie de développement industriel (CODEVI) qui regroupe des dizaines d’entreprises où des milliers de travailleurs se croisent avec des protections dérisoires. Ces travailleurs quand ils sont malades n’ont pas le temps de se faire hospitaliser.

Car comme le rapporte un agent hospitalier exerçant dans une structure dédiée à la prise en charge des patients atteints de Covid-19, la majorité des personnes hospitalisées sont des directeurs, des bourgeois. Il n’y a pratiquement pas de place pour les travailleurs et les déshérités. Avec quelques milliers de tests de dépistage du Covid-19, quelques centaines de lits d’hôpital disponibles, nul doute qu’avec la montée de l’infection au Covid-19, l’État servira en priorité les possédants, les directeurs généraux de l’administration publique et de la police, comme cela se dessine déjà. Les travailleurs, les petits marchands, les djobeurs devront lutter contre la maladie avec leurs propres ressources.  


Martinique : coupures d’eau révoltantes

 La situation s’est un peu améliorée au fil des semaines et surtout des interventions diligentées par les salariés des opérateurs. Les organisations syndicales des salariés d’Odyssi, la régie communautaire des communes du Centre, ont tenu une conférence de presse rappelant leur engagement quotidien aux côtés des abonnés.  

Plusieurs collectifs d’usagers ont déposé des plaintes contre les opérateurs SME (Société martiniquaise des eaux) ou Odyssi. La dernière en date est la plainte pénale déposée le 15 mai dernier par le Collectif citoyen du Sud contre la SME. Filiale à 100 % du groupe Suez, la société présente localement depuis 50 ans est accusée de détournement de fonds publics sur la base d’un rapport de la Cour des comptes datant de 2016. Le vendredi 6 juin, une réunion de suivi du plan d’urgence pour l’eau a eu lieu en préfecture avec les opérateurs de l’eau. Les collectifs d’usagers présents ont surtout insisté pour que la question de la canalisation de Seguineau sortant de l’usine Vivé au Lorrain, soit réglée au plus vite.

En effet, après neuf ans de litiges avec le propriétaire du terrain, la CTM, Collectivité territoriale de Martinique, n’a toujours pas pu réparer cette grosse canalisation. C’est l’une des raisons du manque d’eau dans les communes du Sud et du Centre de la Martinique par ces temps de sécheresse. Pour les représentants des usagers, le service public à la population devrait primer sur une gestion plus ou moins opaque de cette affaire. Sans solution urgente, ils demandent au préfet que le terrain sur lequel passe la canalisation soit déclaré d’utilité publique. Par leur mobilisation les usagers de l’eau ont obligé opérateurs de l’eau et autorités à sortir de leur confort complice et à commencer à respecter la population. Aujourd’hui, ils ne baissent pas les bras et ils ont raison.


Guadeloupe : coupures d’eau l’hôpital n’y échappe pas

Le 3 juin la directrice du CHBT (Centre hospitalier de Basse-Terre) a révélé sur les médias que l’hôpital subit des coupures d’eau depuis le 22 mai 2020. C’est une catastrophe pour un hôpital de se retrouver sans eau, et c’est encore pire en cette période d’état d’urgence sanitaire. L’eau manque pour les soins et pour l’entretien sanitaire. Les soignants ont dû transporter des seaux d’eau. La préfecture et la direction de la CAGSC (Communauté d'agglomération Grand Sud Caraïbe) ont ignoré les signalements faits jusqu’à ce que l’information devienne publique. Philippe Chaulet, vice-président de la CAGSC, veut faire croire que les coupures d’eau sont dues à la sécheresse. Il estime qu’il faudra généraliser les tours d’eau dans le sud Basse-Terre où les coupures d’eau sont fréquentes, sécheresse ou pas. S’il y a des coupures, c’est avant tout parce que le réseau d’eau est pourri. La seule solution pour régler le problème est de refaire ce réseau intégralement, mais les élus et l’État font l’autruche et se moquent des conséquences catastrophiques.


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