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CO de 2019-2018/CO n° 1244 du 13 juin 2020/Pages 5 et 6

Pages 5 et 6

États-Unis : Le meurtre raciste de trop et l’explosion

Depuis le 26 mai, chaque jour aux États-Unis, des milliers de personnes manifestent dans les rues contre les violences policières et contre le racisme. Ce vent de révolte a pour origine l'assassinat de George Floyd, un Noir américain, par quatre policiers, le 25 mai.  

L'un des policiers Derek Chauvin l'a étouffé en posant son genou sur son cou pendant près de neuf minutes. G. Floyd a répété une dizaine de fois « je ne peux pas respirer » avant de mourir étouffé. Ce crime a été filmé, sa diffusion a choqué le peuple américain. Le lendemain de sa mort, la population de Minneapolis a débuté des manifestations à l'endroit où Floyd a été arrêté, réclamant « justice ». Aux États-Unis, les policiers qui commettent des crimes racistes ne sont pas condamnés. La population noire, qui ne représente que 12 % de la population, est la catégorie sociale la plus exploitée. Elle est davantage exposée au chômage, au travail précaire et aux crimes commis par la police. Un Noir meurt chaque jour sous les balles ou les coups de la police.

Il y eut pendant plusieurs jours des luttes très violentes ; des locaux de police incendiés ainsi que des magasins pillés, la police blanche prise à partie. Ces manifestations se sont ensuite propagées un peu partout dans le pays, dans les grandes villes comme San Francisco, Washington, Atlanta, New York, Los Angeles, etc. Des dizaines de milliers de personnes, des jeunes, des Noirs mais aussi des Blancs, et d'autres ethnies ont tous manifesté et scandé des slogans comme « arrêtez de nous tuer », « les vies noires comptent », « justice pour George Floyd ». Cette explosion sociale a permis que Derek Chauvin soit accusé de meurtre et les trois autres policiers inculpés de complicité. Mais surtout, ces manifestations multi ethniques aux USA ont montré que les crimes racistes resteront de moins en moins inconnus et sans réactions de masse. La population s’en chargera.


Martinique : Renvoi du procès des sept d’Océanis

L’affaire des « Sept d’Océanis » (nom du centre commercial du Robert) convoqués devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France le 3 juin 2020 a été renvoyée à une autre date sur ordre du procureur.   Ce dernier a avancé des raisons d’ordre sanitaire…

Les inculpés et certains de leurs avocats ont contesté cette décision. Une campagne de soutien a été lancée depuis plusieurs mois pour dénoncer la procédure et exiger l’arrêt des poursuites.

C’est dans le cadre d’une campagne de dénonciation de l’utilisation du chlordécone sur les exploitations bananières et de l’empoisonnement des terres agricoles qui en a découlé que l’affaire a commencé fin 2019. Des actions ont été menées par un groupe d’activistes nationalistes dans certains centres commerciaux de Martinique. Parmi eux, ceux du Groupe Bernard Hayot (GBH), dont le propriétaire est l’homme le plus riche de Martinique, ont été particulièrement ciblés.

Ainsi, des blocages ont été réalisés dans les supermarchés de Génipa, de Dillon, de Cluny, et au Robert. Sur ce dernier site, les gendarmes mobiles sont intervenus et la tension est montée. Cinq jours plus tard, dès 6 heures, les gendarmes se sont rendus au domicile de certains militants pour les appréhender et les placer en garde à vue. Ce sont ces militants qui font l’objet de poursuites devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France à la demande du procureur de la république qui n’a pas trainé les pieds pour réprimer.


Martinique : Marie-Jeanne n’est pas du côté des travailleurs

S’exprimant sur la radio RLDM dimanche 31 mai, Alfred Marie-Jeanne, dirigeant du MIM et président du comité exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, a déclaré soutenir les manifestants poursuivis par la justice pour avoir fait face aux gendarmes mobiles le 23 novembre 2019 au centre commercial Océanis. Il ajoutait qu’il serait présent à leur côté le 3 juin 2020, jour du procès.

Peut-être que Marie-Jeanne est de leur côté. L’avenir le dira. Mais pour le présent ce dont on est sûr c’est qu’il n’est pas du côté des travailleurs. Marie-Jeanne, élu depuis 1971, l’a déjà montré de nombreuses fois. En 2009, il avait ouvertement tourné le dos à celles et ceux qui s’étaient mobilisés contre la vie chère et la « pwofitasyon » en condamnant leurs exigences qui, selon lui, mettaient en péril l’économie du pays. C’était comprendre les intérêts des riches, et parmi eux, des riches békés dont Bernard Hayot, et pas ceux de la population pauvre et des travailleurs.

En 2015, il a conclu un accord avec Yann Monplaisir, capitaliste local, pour diriger la CTM et il défend les intérêts des riches békés, entre autres. Mais plus près de nous, en septembre 2019, à l’annonce du décès de Jacques Chirac, voilà ce qu’a déclaré le dirigeant du MIM : « Quel que soit le passé de Jacques Chirac […] et je vous parle très franchement, je rendrai hommage ». Ce qu’il a fait le jour des obsèques de Chirac en répondant aux questions de journalistes.

Or, qui était Chirac ? Il a été ministre de l’agriculture de 1972 à 1974 et a autorisé aux Antilles en toute illégalité le chlordécone, ce poison ravageur pour des siècles, accédant à la demande des békés producteurs de banane. Entre-temps les békés ont réalisé des millions et des millions de profits. Et parmi ces békés, un certain Yves Hayot, le grand frère de Bernard.
Oui. Chirac, Marie-Jeanne : tous au service des riches intérêts békés !


Commémorer les dates historiques c’est aussi préparer les luttes d’aujourd’hui et de demain

Déclaration sur les 22 et 27 mai en Martinique et en Guadeloupe  

Le 22 mai 1848, en Martinique, les esclaves brisent leurs chaînes. L’esclave Romain est arrêté et emprisonné pour avoir joué du tambour. Ses compagnons manifestent et il est libéré. Mais peu après, une milice esclavagiste tire sur le défilé des esclaves. Plusieurs morts. L’insurrection armée part de Saint-Pierre et se répand dans l’île. Le 23 mai, le gouverneur Rostolan décrète l’abolition en Martinique.

Le 27 mai en Guadeloupe, le gouverneur Layrle fait de même. Il craint que l’insurrection de Martinique gagne la Guadeloupe. En effet, désobéissances et marronnages augmentent. Les esclaves sont au bord de la révolte ouverte.

Quarante-six ans auparavant, les 26, 27 et 28 mai 1802, en Guadeloupe, la guerre anti-esclavagiste était déclenchée car Bonaparte y rétablit l’esclavage. Une première abolition avait été décrétée en 1794 par le gouvernement révolutionnaire de la Convention, mais l’abolition n’est appliquée qu’en Guadeloupe. La Martinique était sous occupation britannique. La guerre anti-esclavagiste dirigée par Delgrès et Ignace sera un échec. Mais elle est une victoire morale pour la postérité.

Revenons à l’abolition définitive de 1848 en France. Elle se situe dans le sillage de la révolution de février 1848. Les ouvriers de Paris avaient surgi sur la scène politique. Le nouveau gouvernement révolutionnaire décrète l’abolition le 27 avril. Victor Schœlcher en est un des promoteurs et signataires. Le décret parvient aux Antilles en juin, donc après l’insurrection de Martinique et l’abolition locale.
À la différence des officiels, et des bien-pensants, nous ne commémorons pas « l’abolition de l’esclavage » mais « les luttes des esclaves pour l’abolition », ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

L’abolition définitive de l’esclavage fait naître la classe ouvrière antillaise directement issue de l’oppression esclavagiste. L’esclavage salarié succède à l’esclavage tout court. Les maîtres d’esclaves se transforment en capitalistes.

Le mouvement ouvrier de Martinique et Guadeloupe est né et se renforce au cours de puissantes et nombreuses luttes jusqu’à nos jours. L’insurrection du sud en septembre 1870 en Martinique en est une des plus grandes démonstrations.

Le pouvoir colonial fait payer aux travailleurs leurs luttes, par les tueries sanglantes. Les dernières en date : mai 67 en Guadeloupe, Chalvet en février 1974 en Martinique. Mais il y eut des dizaines de tueries dans l’histoire du mouvement ouvrier des Antilles francophones.

Commémorer les 22 et 27 mai 1848, et les grandes dates du mouvement ouvrier, ce n’est pas pleurer sur l’oppression. C’est se nourrir de l’exemple de grandes luttes pour renforcer nos luttes actuelles et à venir. Mai 67 fut un massacre, mais pas que. En mai 67, des jeunes se sont armés et ont riposté contre les forces de répression. La mémoire historique doit aussi se nourrir de ce fait-là.

Aujourd’hui, la lutte contre l’esclavage moderne est une nécessité vitale pour ne pas sombrer. Car le système capitaliste nous mène aux guerres, aux crises économiques, aux catastrophes, à l’apocalypse.

Il faut changer le monde. Les générations d’opprimés ont créé toutes les richesses mais seule toujours une minorité en profite. D’autres révolutions seront nécessaires pour exproprier cette minorité de possédants et récupérer les richesses afin que tous en profitent.

Les communistes révolutionnaires que nous sommes se battent dans cette voie. Ce qui implique que toutes les luttes petites et grandes contre les exploiteurs méritent d’être menées au quotidien. Mais elles doivent l’être avec toujours plus de conscience qu’elles s’inscrivent dans une lutte plus large, plus déterminante contre le système d’oppression actuelle, le système capitaliste.

C’est la révolution sociale qui finira par enterrer ce système pour forger un autre monde débarrassé de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Vive les 22 et 27 mai ! Vive la révolution mondiale !


À lire, relire, voir ou revoir


Extrait de Césaire sur le 22 mai 1848

- « On le voit. Seule la force révolutionnaire pouvait contenir la contre force révolutionnaire. C’est à la Martinique que les forces populaires entrèrent en action. Le 22 mai, des attroupements se forment à Fort-de-France. Des émeutes éclatent dans le Sud de l’île. Dans le Nord, à Trinité, les esclaves descendent des mornes et se portent sur le bourg. D’heure en heure le flot de l’insurrection monte. Au Prêcheur, c’est déjà la bataille. À St-Pierre, l’incendie.

Une vingtaine de maisons en flammes, 30 tués, la menace d’un soulèvement général, la décision des insurgés eurent raison des résistances de la bourgeoisie. Et c’est elle-même qui supplia le gouverneur, de prendre avant même l’arrivée des instructions de Paris, un arrêté d’abolition immédiate de l’esclavage ».

Victor Schœlcher : « Il ne s’écoule jamais dix années sans que les Noirs ne protestent par quelque violence contre l’état où on les maintient. En trente ans quatre cinq insurrections de Nègres ! ».

À lire, relire, à voir, revoir

-« L’insurrection du 22 mai 1848 à la Martinique », d’Armand Nicolas.

Dans brochure et livre sur l’histoire de la Martinique.
-« Notre 22 mai » d’Aimé Césaire, brochure PPM (Parti progressiste martiniquais).  

-Film : « 1802, l’épopée guadeloupéenne » de Christian Lara sur Youtube. Il raconte la lutte de Delgrès, Ignace et leurs compagnons, dont la mulâtresse Solitude, Marie Louise, Palerme.

- Film : « Mé 67 » de Combat ouvrier et de la réalisatrice Frédérique Menant. Témoignages de blessés par balle, de témoins directs sur la chaîne Youtube de Combat ouvrier. Mercredi 20 mai 2020


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