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CO de 2019-2018/CO n° 1244 du 13 juin 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: La lutte est contagieuse, c’est bon pour l’avenir

Depuis la diffusion de la vidéo où George Floyd, un homme noir de 46 ans, est mort étouffé sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis aux États-Unis le 25 mai, des manifestations de colère et des émeutes ont embrasé tout le pays. La mobilisation a gagné le monde entier. De grandes manifestations de protestation ont eu lieu quasiment partout sur la planète. Les manifestations des États-Unis ont eu à coup sûr un effet sur l’importance des manifestations en France. Contre le racisme dans la police, samedi 6 juin, elles ont été fortes. De même celle qui s’est déroulée pour exiger la vérité sur la mort d’Adama Traoré, décédé alors même qu’il était aux mains des forces de l’ordre il y a quelques années.

Si les manifestations contre le racisme ont pris une telle ampleur ces jours-ci aux USA et dans le monde c’est parce qu’il existe aussi un profond malaise social doublé d’un grand mécontentement devant les difficultés à vivre une vie correcte et digne. La crise sanitaire a aggravé énormément la crise qui existait déjà. On observe plus de 40 millions de licenciements aux États-Unis, des millions de gens qui font la queue aux distributions alimentaires gratuites, dans les associations d’aide aux plus démunis. En France, le chômage a bondi d’un coup pour dépasser les 11 % officiellement. Dans les autres pays on observe la même aggravation du sort des travailleurs et des pauvres. De plus en plus de travailleurs et de pauvres plongent dans la déchéance et la misère.

Cette poussée de colère aux USA représente toutefois un espoir car de ces révoltes peut naître la conscience que le responsable de cette oppression est le système capitaliste basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme.

Les Noirs constituent la fraction la plus opprimée de la classe ouvrière. Ce qu’ils vivent au quotidien peut constituer demain, au-delà des révoltes spontanées, un puissant levain révolutionnaire qui sera contagieux auprès des autres exploités blancs et de toutes origines. La bourgeoisie américaine, la plus puissante du monde, nourrit donc en son sein une force qui pourrait la dépasser et aboutir dans l’avenir à la remise en cause du pouvoir de la classe dominante. Les manifestations américaines de ces derniers jours qui ont gagné le monde montrent que la révolte est contagieuse. Eh bien, la révolte sociale directe contre la bourgeoisie et les gros possédants le sera aussi. Les grèves puissantes des travailleurs, la grève générale qui exprimera la détermination sans faille des travailleurs sera elle aussi contagieuse à grande vitesse.

Le grand capital commence à faire baisser les salaires « pour sauver les emplois », ou à allonger le temps de travail d’une partie des travailleurs en licenciant l’autre partie. Alors la classe ouvrière doit exiger la répartition du travail entre tous, sans diminution de salaire mais en diminuant le temps de travail pour que tout le monde puisse travailler. Les travailleurs auraient intérêt à exiger le contrôle des comptes de l’entreprise et de ses actionnaires. Le gouvernement sous la pression de ses maîtres du grand capital ne peut les empêcher de prendre des mesures nouvelles encore plus contraignantes contre les travailleurs.

Ce sont ces derniers qui en définitive ont la clef du changement véritable, car ils constituent la force la plus puissante de la société. Ils forment la force la mieux placée au cœur de l’économie puisqu’ils fabriquent toutes les richesses. Eux seuls peuvent changer cette société barbare de fond en comble pour le meilleur en faveur de toute l’humanité.  


SA Bois-Debout : grève, mobilisation, des ouvriers et des licenciés

Depuis le 2 juin, les ouvriers licenciés se sont mis en action pour exiger du directeur le paiement intégral de rappels de salaires. Ils ont été rejoints le 8 juin par les ouvriers toujours en poste sur la plantation. Ces remboursements sont ordonnés par une récente décision du 16 mars de la Cour d’Appel qui a confirmé le jugement des Prud’hommes de 2017. Les ouvriers exigent que non seulement les rappels de salaire soient versés aux 62 travailleurs qui avaient porté plainte aux Prud’hommes, mais aussi aux 89 autres ouvriers de la plantation. Cette application de la décision à l’ensemble des ouvriers de la plantation est stipulée dans l’accord du 13 avril 2017. Aujourd’hui, le directeur Block de Friberg qui a refusé d’appliquer cet accord explique qu’il est « caduc ».
Cela fait plus d’une semaine que la plantation ne tourne plus. Il n’y a plus d’emballage de banane et quasiment aucun container n’est sorti.

Le 8 juin, Block de Friberg a fait assigner au tribunal de Basse-Terre plus d’une quarantaine d’ouvriers pour leur mobilisation devant la plantation. L’affaire a été renvoyée au 11 juin. Cette tentative d’intimidation n’a fait que renforcer la détermination des grévistes !


Grève à l’hôpital Beauperthuy de Pointe-Noire

Les travailleurs de cet hôpital sont en grève depuis fin mai. Ils ne veulent plus de la directrice des soins car elle est autoritaire et s’acharne sur les agents. Ils dénoncent aussi la mauvaise organisation, surtout pour l’attribution des postes d’agents. La direction et l’ARS (Agence régionale de santé) refusent de s’occuper du problème de la directrice tyrannique. Elles prétendent que les salariés n’ont pas leur mot à dire. Mais les grévistes n’ont pas attendu leur permission !


Notre camarade Tillé relaxé !

Rony Tillé, soignant et militant de la CGTG- CHU et de Combat ouvrier, a été convoqué au tribunal de Pointe-à-Pitre le mercredi 10 juin.   Nous avons lancé un appel pour une mobilisation devant le tribunal à 7h. Plusieurs dizaines de militants de la CGTG, de Combat ouvrier et de l’UGTG étaient présents ce jour-là devant le tribunal pour soutenir Rony et protester contre les accusations surréalistes lancées contre lui. Rony est accusé par un des chefs de l’hôpital de menace de mort (rien que ça) lors de la grève du CHU en 2019. En réalité, ce chef veut se venger de la grève où les travailleurs du CHU dénonçaient les bas salaires, les contrats précaires et le manque de moyens pour soigner les patients. Rony Tillé faisait partie des grévistes très actifs. En fait, le procès de notre camarade Tillé est une manœuvre de répression anti syndicale pour fait de grève. Les patrons du public et du privé sont parfois tellement ridicules dans leurs assignations que les juges ne peuvent pas toujours les suivre dans leurs délires paranoïaques !


Le racket d’Air Caraïbes

Après avoir fait accepter le non-renouvellement des contrats de 260 employés en CDD par les syndicats de titulaires, Air Caraïbes et sa compagnie low cost French Bee imposent une baisse de 10 % de tous les salaires pendant 28 mois, de septembre 2020 à décembre 2022.  

 Les ordonnances de septembre 2017 avaient déjà détruit le code du travail et fortement réduit les droits des salariés. Avec le Covid-19 la ministre Pénicaud a donné aux patrons, probablement à leur demande, une nouvelle arme contre les travailleurs : les « accords de performance collective » (APC). La méthode patronale consiste à pleurer misère, à parler de « solidarité nationale », de la nécessité de faire des sacrifices pour ne pas perdre son emploi. Puis ils balancent les APC qui peuvent durer cinq ans avec le prétexte que les emplois seront préservés si les travailleurs acceptent des diminutions sur tout. À Air Caraïbes, outre les 10 % sur le salaire de base, c’est la suppression du 13ème mois, 50 % de moins sur les primes, le gel des salaires et des indices.

Les actionnaires ont décidé qu’il fallait « diminuer les dépenses de la compagnie de 10 % » et le font payer à tous les salariés, ceux qui, par leur travail enrichissent la compagnie. Les syndicats de pilotes acceptent ces baisses de salaires. En 2018 les pilotes ont eu des avantages équivalant à une hausse de 10 %.

Ces nouveaux accords permettent aussi de licencier ceux qui refuseraient le nouveau contrat. Cette clause existait dès 2017. C’est par 82 jours de grève que les employés de Carrefour Milénis ont obtenu le maintien de leurs acquis. Ailleurs, sur le chantier du Centre des Arts à Pointe-à-Pitre un patron a menacé ses ouvriers de passer de CDI à CDI de chantier, une sorte de « contrat à durée déterminée ». Là aussi la grève, moins longue, a fait céder le patron. Si tous les bras restent croisés, que pourront faire d’autre les patrons que de reculer ? À Air Caraïbes les patrons ont besoin des salariés. Ceux-ci fournissent le même travail pour un salaire moindre, et qui sera d’autant plus bas que les prix augmentent. Il est arrivé plusieurs fois que des travailleurs acceptent de fortes baisses de salaire « pour maintenir l’emploi » et qu’au bout de deux ans ils soient licenciés.

Si l’activité est moindre, les patrons peuvent parfaitement maintenir tous les emplois en diminuant le temps de travail. Ils peuvent, même dans ces conditions, maintenir les salaires. Quand ils disent qu’ils auront une année déficitaire, les patrons d’Air Caraïbes continuent à acheter des avions et peuvent espérer l’aide du gouvernement qui distribue des milliards aux capitalistes. Vraiment non et non, il n’y a aucune raison de signer de tels accords.  


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