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CO de 2019-2018/CO n° 1242 du 16 mai 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

Guadeloupe : Mai 1967 une révolte et un massacre

Les 26, 27 et 28 mai 1967, des gardes mobiles tiraient sur les travailleurs et la population dans les rues de Pointe-à-Pitre faisant plusieurs dizaines de morts et de blessés.
Ces événements, entrés dans l’histoire des Antilles sous le nom de « Mai 67 » (« Mé 67 » en créole) ont commencé le 26 mai 1967 devant la Chambre de commerce sur la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre. Des ouvriers du bâtiment - en grève depuis le 24 mai pour réclamer 2 % d’augmentation de salaire - y étaient rassemblés pendant que leurs représentants syndicaux négociaient avec les patrons. Georges Brizzard, l’un des patrons, aurait alors déclaré : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail ! ». Ces propos exacerbent la colère.

À ce moment-là, des affrontements débutèrent. Les forces de l’ordre lancèrent des grenades lacrymogènes, chargèrent à coups de matraques et à coups de pieds... Les ouvriers répliquèrent à coups de pierres, de bouteilles et de conques de lambi. Puis, les gardes mobiles ouvrirent le feu. Jacques Nestor, militant du GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe) venu soutenir les grévistes, fut le premier tué. Des jeunes, travailleurs, chômeurs des quartiers de Pointe-à-Pitre dévalisèrent une armurerie pour mieux riposter aux tirs des gendarmes. La répression et les massacres continuèrent dans les rues et faubourgs de Pointe-à-Pitre tard dans la nuit. Le lendemain, en protestation, des lycéens de Baimbridge manifestèrent. La répression dura deux jours. Plusieurs dizaines de gardes mobiles furent blessés. Le 30 mai 1967, les patrons signèrent une hausse de salaire de 25 % pour calmer les tensions. Une victoire que les ouvriers ont payé de leur sang.  


États-Unis : Encore un Noir tué par des racistes

Ahmaud Arbery avait 25 ans. Il faisait un footing, le 23 février dernier, dans l’État de Géorgie. Pendant qu’il courait le long de la route, deux hommes blancs, un père et son fils, sont sortis d’un pick-up et lui ont tiré dessus.  

Ahmaud Arbery n’avait rien fait. Il ne faisait que courir. Le 5 mai, plus de deux mois après le meurtre d’Arbery, l’avocat de la famille décide de diffuser la vidéo qui montre le meurtre. La vidéo a fait un scandale. Le 7 mai, les meurtriers d’Arbery ont finalement été arrêtés.

Les meurtriers d’Arbery sont des racistes, des suprémacistes blancs. Ils n’avaient pas été arrêtés avant cela car le père est un ancien policier qui a des relations haut placées dans la justice, notamment les deux premiers procureurs qui ont été chargés de l’affaire. Le racisme qu’il y a dans la police et la justice américaine leur a profité. Parce qu’ils ont tué un Noir, on a estimé qu’ils pouvaient rester impunis pendant plus de deux mois.

Des manifestations ont eu lieu à Brunswick, la ville où Ahmaud Arbery a été tué, pour exiger que « justice pour Ahmaud » soit faite. Les manifestants réclamaient également une enquête fédérale. Grâce aux manifestations, le 10 mai, le ministre de la justice a annoncé qu’une enquête fédérale sera ouverte.

La famille d’Arbery se bat pour obtenir justice, pour que les deux racistes soient condamnés.    


États-Unis COVID 19 : Nous publions ci-dessous des extraits de l’éditorial du journal trotskyste nord américain « The Spark » paru le 5 mai dernier

Dans la lutte contre le Covid-19, les mesures de protection sont inaccessibles à la population.  

Le 23 avril les marchandes de Pétionville ont occupé la rue pour protester contre la décision du maire de n’ouvrir le marché que trois jours par semaine, pour lutter contre le coronavirus. Parmi leurs slogans : « nos enfants meurent de faim, nous manifestons pour dire non, nous avons des dettes ». Elles ne demandent pas des masques qu’elles peuvent fabriquer, mais de pouvoir nourrir leur famille. Les manifestants ont été dispersés par La semaine dernière, 30 millions de personnes s’étaient inscrites pour les allocations-chômage. Dix millions d’autres n’ont pas pu le faire en passant par les bureaux de chômage de l’État ou les sites web. Dix, peut-être 20 millions d’autres ne sont même pas éligibles aux allocations « étendues ». Faites la somme : 50 à 60 millions de personnes se trouvent soudain sans emploi. C’est aussi grave que dans les années 1930 après quatre ans de « Grande dépression ». Mais cet effondrement nous a frappés en six semaines, pas sur une durée de quatre ans […]

C’est un désastre. Lors des dernières décennies, les États ont transféré les hôpitaux publics à des compagnies privées, à but lucratif. Ils ont supprimé Medicaid pour de nombreuses personnes. Les États ont aussi réduit les effectifs dans les bureaux de chômage. Ils ont diminué les allocations-chômage. Ils ont durci les conditions pour percevoir une assistance. […]

Le gouvernement a fait ce qu’il a fait afin d’attribuer toujours plus d’argent à une classe capitaliste dont la propre économie était en train de couler […]

Le virus n’est pas la cause pour laquelle les hôpitaux licencient aujourd’hui, au moment où des gens meurent pour de multiples raisons. C’est la protection du « bénéfice net » qui en est la cause. Les États et les villes licencient des gens, en plein milieu d’une crise où leurs services sont terriblement nécessaires. Des grandes sociétés transfèrent de l’argent de la production vers la spéculation – dans le but de maintenir les profits. C’est pour cela qu’il y a des licenciements. […]

1Medicaid : assurance-maladie pour les pauvres     


Haïti : des travailleurs manifestent le Premier mai

Le Premier mai, un groupe de travailleurs a manifesté devant les usines du parc industriel de Port-au-Prince. Des camarades de l’OTR y étaient associés. Ils ont marqué ce jour de lutte internationale des travailleurs en brandissant le drapeau rouge, en chantant l’Internationale et en poussant des slogans comme « il n’y a pas de virus plus dangereux que l’exploitation capitaliste ».  

Ils ont dénoncé les conditions de travail dans les usines de textile où les patrons poussent les cadences pour finaliser leurs commandes, sans mesures de protection, alors que la circulation du virus augmente. Le 11 mai, nos camarades de l’Organisation des Travailleurs Révolutionnaires - Union Communiste Internationaliste (OTR-UCI) ont édité un bulletin Pawòl Travayè, dont voici la traduction : Organisée, la classe ouvrière va détruire ce système d’exploitation C’est avec appréhension, la peur au ventre que les travailleuses et travailleurs sont obligés de prendre le chemin des usines alors que le coronavirus est en pleine circulation. Les chiffres officiels donnent 13 morts et 200 personnes testées positives, à ce jour.

Dans plusieurs usines, la grippe et d’autres maladies sont présentes. Certains camarades travailleurs ne sont pas venus travailler, d’autres viennent par nécessité en serrant les dents. Ni les patrons ni le gouvernement n’ont apporté aux travailleurs l’assistance qu’ils avaient annoncée. Par ailleurs après avoir finalisé leurs commandes en accélérant les cadences, les patrons mettent à pied les ouvriers rapidement, sans indemnité.

Avec le Covid, les ouvriers sortent moins, alors les émissaires des patrons sont allés chercher des travailleurs dans tous les quartiers pour les empiler dans leurs usines. Pas d’eau, pas de toilettes, des masques impropres, des conditions de travail ignobles ; c’est la recherche de profit des patrons et l’avidité du gouvernement qui sont responsables de la propagation du virus et de ses conséquences mortelles dans la classe ouvrière.

Il n’est pas normal qu’avec les richesses que nous les travailleurs réalisons avec notre force de travail il ne nous est pas permis de vivre pendant que nous sommes contraints de rester à la maison à cause du virus.

Nous appelons chaque camarade travailleur à appliquer les précautions pour se protéger. Chacun de nous est nécessaire pour lutter et renverser ce système d’exploitation qui nous détruit avec ou sans pandémie.

OTR-UCI. Comptons sur nos propres forces.  


Sainte-Lucie - Covid-19 : attaques sur les salaires !

Le premier ministre Allen Chastanet a décidé de réduire la paye des fonctionnaires au prétexte de la crise économique aggravée par l’épidémie.  
Les agents d’État les moins bien payés continueront de toucher l’intégralité de leur salaire. Mais les moyens et les hauts salaires seront versés pour plus de la moitié en bons qui seront payés trois mois plus tard. Les principaux syndicats de travailleurs protestent contre cette mesure. Pour tenter de calmer les esprits, Chastanet et l’ensemble de ses ministres ont réduit récemment leur salaire mensuel de 75 %. Allen Chastanet qui est un gros capitaliste de l’hôtellerie et du tourisme peut, lui, bien se permettre de se passer de son salaire de premier ministre !

Les travailleurs du secteur privé sont aussi touchés de plein fouet. La crise de l’épidémie a déjà fait 30 000 chômeurs de plus. Et le grand patronat local, encouragé par les attaques sur les salaires des fonctionnaires, menace lui aussi de réduire de moitié les salaires. C’est ce qu’a annoncé Andrew Bynoe, propriétaire des principaux supermarchés de l’île, qui tournent pourtant à plein régime depuis le début de la crise sanitaire. C’est seulement un grand coup de colère des fonctionnaires et des travailleurs du privé qui pourra obliger ces profiteurs, gouvernants et patrons, à revenir sur leur décision.


Caraïbe - Digicel : Covid-19, « bon prétexte » pour baisser les salaires

C’est le 1er mai 2020, journée internationale de lutte des travailleurs que la direction de Digicel a annoncé des baisses de salaires à Trinidad-et-Tobago et au Guyana. Les travailleurs les moins bien payés qui ont un salaire mensuel inférieur à 900 dollars continueront à toucher l’intégralité de leur paye. Mais les salaires mensuels supérieurs à 900 dollars seront réduits de 5 % à 20 %. Et ce, pendant un an à compter du 1er mai 2020. Cette attaque vise plus de 70 % des travailleurs de Digicel à Trinidad-et-Tobago et au Guyana. Le groupe Digicel, leader de la télécommunication dans la Caraïbe a expliqué que les pertes liées à la pandémie seraient plus importantes que celles subies après la crise financière de 2008. Pourtant le travail et les clients ne manquent pas pour Digicel, surtout en ces temps de confinement qui sont propices à l’utilisation de la téléphonie ! Le virus n’est qu’un « bon prétexte » pour faire ce que la direction ne pouvait tenter avant ! Voilà comment le propriétaire de Digicel, le riche capitaliste Denis O'Brien gonfle sa fortune personnelle estimée cette année à 3 milliards de dollars.


ANNONCE

La deuxième partie de l’article sur les indépendances africaines des années 60 n’est pas publiée dans ce numéro comme annoncé. Elle le sera dans le prochain.  


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