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CO de 2019-2018/CO n° 1242 du 16 mai 2020/Pages 5 et 6

Pages 5 et 6

À propos de l’école : bas les masques !

Au mois d’avril Macron et Édouard Philippe ont annoncé le déconfinement pour le 11 mai.  

Ils ont ainsi décidé de rouvrir les écoles, prétendant s’inquiéter pour les élèves qui ne peuvent pas suivre les cours à distance, notamment les élèves issus de milieu pauvre. Ils disent rouvrir les écoles pour garantir la réussite des élèves, comme si les quelques semaines de cours restantes pourront faire toute la différence. L’ambition soudaine du gouvernement pour les élèves est contraire à la politique qu’il a menée jusqu’à présent. La nouvelle réforme du bac et la mise en place de la plateforme parcoursup creusent les inégalités et empêchent la réussite des élèves des couches populaires. Les suppressions de postes d’enseignants n’aident pas les élèves en difficultés, bien au contraire. Mais la population a bien compris que la réouverture des écoles servait avant tout à renvoyer les parents au travail, une fois libérés de la garde de leurs enfants.

En Guadeloupe, le recteur Mostafa Fourar soigne ses primes et sa carrière en restant sur la même ligne politique que le gouvernement. Il fait semblant de plaider le décrochage scolaire pour justifier l’ouverture des écoles. Pourtant rien n’a été fait jusque-là alors qu’environ 1 300 jeunes décrochent de l’école chaque année en Guadeloupe. Plusieurs élus locaux jouent aux opposants pour flatter la population. Ils se prononcent contre l’ouverture des écoles, plaidant cette fois la santé et la sécurité des élèves, de leur famille et du personnel. Pourtant nombre d’établissements scolaires sont habituellement de vraies catastrophes en termes de sécurité et d’hygiène. Entre la présence de rats, les coupures d’eau, l’absence de savon dans les toilettes, le non-respect des normes parasismiques, on peut douter de la bonne foi de nos chers élus. De Macron à Chalus, en passant par les ministres ou autre préfet, aucun ne se soucie réellement de l’avenir des jeunes. Tout ceci n’est qu’un jeu politique pour eux, où les enfants servent de caution à leur carrière et leur jeu politicien.  


Institut Montaigne : chez les chefs de Macron

L’institut Montaigne défend l’idée qu’il faudra travailler plus longtemps, supprimer des jours fériés et des heures de repos pour les salariés.   Fondé en 2000, l’Institut Montaigne n’est qu’un conglomérat de grands patrons et d’intellectuels au service de la défense du capitalisme. Claude Bébéar, son fondateur, est le créateur et ancien président du géant de l’assurance Axa. Il a été distingué comme grand officier de la Légion d'honneur‎, officier de l'ordre national du Mérite et manager de l'année 1988. Le président actuel de l’Institut Montaigne est Henri de Castries. Lui aussi a été président directeur général (PDG) d’Axa et a notamment travaillé pour la firme Nestlé. Parmi le comité directeur il y a des patrons comme : David Azéma, le vice-président de la Bank of America Merrill Lynch en Europe, Marwan Lahoud, ancien dirigeant d'Airbus, Jean-Dominique Senard, ancien président de Michelin et aujourd’hui président du groupe Renault ou encore Philippe Wahl, PDG de La Poste.

C’est directement auprès de l’Institut Montaigne que certains politiciens prennent leurs ordres. C’est l’Institut Montaigne qui a fabriqué le personnage d’Emmanuel Macron jusqu’à le faire élire en 2017. Le directeur de l’Institut, Laurent Bigorgne, est un proche ami de Macron.

Avant la crise sanitaire, à propos des retraites, l’Institut Montaigne défendait l’idée qu’il faudra « augmenter l’âge moyen de départ à la retraite, ce qui permettrait de renforcer la croissance ». Autrement dit, que les salariés les plus âgés travaillent le plus longtemps possible pour continuer à enrichir leur patron. Aujourd’hui, la crise sanitaire du Covid-19 donne de nouveaux prétextes au grand patronat de l’Institut Montaigne. Voilà une des officines du grand capital où Macron et son gouvernement prennent directement leurs ordres.  


Guadeloupe : Étudiants intoxiqués l’irresponsabilité du Crous

Le 3 mai, une association a distribué des repas dans les résidences universitaires du Crous, à Fouillole et à Bergevin. Il y a eu 35 étudiants malades après avoir mangé ce repas. Le 4 mai, au journal de RCI, la directrice du Crous s’est empressée de rejeter la faute sur un étudiant. Le président de l’Université des Antilles, Janky, a soutenu la directrice tout en menaçant l’étudiant de sanction. En fait, la directrice du Crous n’a pas supporté que des étudiants aient dénoncé qu’ils ne recevaient ni aides alimentaires, ni aides financières au début du confinement. Elle n’a pas apprécié la mauvaise pub ! Donc, elle se venge en allant raconter des mensonges. Si le Crous s’était occupé des étudiants, comme il se doit de le faire, des associations ne se seraient pas senties obligées d’aller les aider. S’ils sont tombés malades, c’est à cause du Crous.  


Avis aux lecteurs et abonnés sur la parution de Combat ouvrier  en cette période

En raison du confinement puis des conditions du déconfinement, il nous a été impossible puis difficile et risqué de vendre notre journal imprimé à la criée. Nous attendons encore quelque temps. Toutefois, nous assurons la parution régulière en numérique. Vous trouverez donc facilement notre journal sur notre site internet. Nous pouvons vous le faire parvenir à votre adresse mail ou sur WhatsApp. N’hésitez pas à nous envoyer vos coordonnées. Nous espérons reprendre la formule papier et nos ventes militantes publiques le plus vite possible.


Martinique : Vive le 22 mai

La commémoration du 22 mai 1848 est celle de la lutte glorieuse des esclaves de Martinique contre l’esclavage. Ils ont arraché sur place le décret d’abolition signé par le gouverneur effrayé par l’insurrection.  

En France, depuis le 24 février 1848, le petit peuple de Paris, excédé par la misère, le chômage, aggravés par une crise économique et le krach boursier de 1847 s’est révolté. Il a renversé la monarchie de Juillet. La 2ème république est proclamée. Deux mois plus tard, le 27 avril 1848, un gouvernement provisoire, composé de républicains modérés et de quelques socialistes et abolitionnistes tels Victor Schœlcher, prend un décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Il doit être appliqué dans deux mois.

En Guadeloupe, l’esclavage avait été aboli une première fois par le gouvernement révolutionnaire de la Convention en 1794. Il a été rétabli en 1802 par les troupes de Napoléon malgré le combat héroïque des troupes révolutionnaires de Delgrès, Ignace, Massoteau. En Martinique l’île, passée aux mains des Anglais lors de la période révolutionnaire de la Convention en 1794, n’a pas connu d’interruption de l’esclavage.

Les colons français règnent toujours en maîtres y compris dans les conseils coloniaux. Ils maintiennent férocement « leurs droits de propriété » sur « leurs esclaves ». Mais, depuis des décennies, révoltes d’esclaves, complots, incendies d’habitations de maitres, mais aussi chasses aux nèg-mawons et autres sévices cruels, n’ont pas cessé.

Le soulèvement populaire de février 1848 à Paris est connu dès mars dans les colonies. La rumeur concernant la parution d’un prochain décret d’abolition a gagné les ateliers et les habitations. La tension parmi les esclaves et aussi les hommes libres de couleur monte encore.

Les faits marquants du 22 mai sont relatés dans l’extrait d’une conférence donnée à l’Anse Cafard, mémorial anti-esclavagiste au Diamant, le 22 mai 2009 par Marie-Christine Permal et publiée sur le site de la CGTM. […]

Le 20 mai au soir à l’habitation Duchamp, le maître a interdit le tambour pendant la soirée de la grage du manioc ; pourtant c’est la coutume et Romain, le tanbouyé, refuse d’obéir ; il en résulte un « charivari ». Duchamp appelle les gendarmes qui arrêtent Romain et le conduisent à la geôle à Saint-Pierre.

Une foule de plus en plus nombreuse d’esclaves et de « libres » venant du Prêcheur mais aussi du Morne Rouge, du Carbet, des quartiers de Saint-Pierre se dirigent vers la ville et réclament à grands cris la libération de Romain. Pory-Papy, un mulâtre adjoint au maire de Saint-Pierre, prend sur lui de faire libérer Romain. Les esclaves regagnent joyeusement les habitations : ils ont gagné ! Tout aurait pu en rester là si Huc, le maire du Prêcheur, n’avait pas fait tirer sur eux – trois morts et dix blessés. On fait demi-tour, on se dirige vers Saint-Pierre emportant morts et blessés. On tue au passage le beau-fils de Huc qui fait de la provocation. Il s’ensuit une véritable bataille qui fera vingt morts dans les rangs des révoltés. Mais ils l’emporteront. Huc et quelques familles békées sont contraints de fuir par la mer et quitteront définitivement la Martinique pour Cuba, Puerto-Rico ou mieux le sud des États-Unis où l’esclavage a encore de belles années devant lui […]

Le 22 mai, le peuple envahit les rues de Saint-Pierre. Des familles békées se réfugient dans la maison des Sanois. Les insurgés entourent la maison. Un coup de feu est tiré de l’intérieur et tue un manifestant ; la maison est alors incendiée ; on dénombrera trente-trois morts.

Nous sommes le soir du 22 mai, une grande partie de Saint-Pierre est en flammes. Le peuple en armes s’est soulevé et réclame l’abolition immédiate de l’esclavage.

Le conseil municipal de Saint-Pierre appelle en urgence le gouverneur Rostoland et lui demande de décréter l’abolition même si pour ce faire il outrepasse ses pouvoirs […]

Le 23 au matin le gouverneur Rostoland, pressé par le conseil municipal de la ville, signe le décret d’abolition : « Considérant que l’esclavage est aboli en droit et qu’il importe à la sécurité du pays de mettre immédiatement à exécution les décisions du gouvernement de la métropole pour l’émancipation générale dans les colonies françaises […]

Article 1 : L’esclavage est aboli à partir de ce jour à la Martinique ». Quatre jours plus tard l’abolition sera étendue à la Guadeloupe […] Les esclaves de Martinique, comme quelques jours plus tard ceux de Guadeloupe, n’auront pas attendu que la liberté leur soit octroyée. Ils l’ont arrachée au prix du sang et de souffrances !


Guadeloupe : il y a 172 ans, les esclaves ont arraché leur liberté

C'est en 1848 que le décret du 27 avril abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises. Si Victor Schœlcher, un révolutionnaire de 1848, abolitionniste, fut à l'origine du texte d'abolition, dans les faits, ce n'est pas celui-ci qui a mis fin à l'esclavage. Ce sont les révoltes qui ont poussé le gouverneur à prendre un décret abolissant l'esclavage le 27 mai, avant l’arrivée par bateau du décret officiel, parvenu le 5 juin. Dès le début de la colonisation, puis de la traite négrière et de l'esclavage, les esclaves se sont révoltés régulièrement. En France, sous la poussée des manifestations ouvrières la révolution survient en février 1848. Le nouveau gouvernement mis en place est favorable à l'abolition. Le gouverneur de la Guadeloupe Layrle comprend que l’abolition est inévitable face à la menace de révolte ouverte des esclaves et aussi parce que le 22 mai l’insurrection des esclaves avait déjà précipité l’abolition en Martinique.

Aujourd’hui, le 22 mai en Martinique et le 27 mai en Guadeloupe, sont des jours fériés. Ce sont des dates importantes qui marquent l’histoire de la lutte des classes sociales aux Antilles. Pendant longtemps, ces dates ont été plongées dans l’oubli. L’histoire de la lutte des esclaves pour leur liberté a été reconnue, grâce à la mobilisation des partis communistes, des organisations anticolonialistes et révolutionnaires. Ces jours sont devenus fériés car les salariés se sont battus pour l’imposer au patronat et au gouvernement.

Aujourd’hui, certains patrons veulent revenir sur ce droit. Ils ont la volonté d’occulter cette histoire, en faisant venir travailler leurs salariés ces jours-là ou en les faisant participer à une course relais entre travailleurs. Ces nouveaux esclavagistes modernes sont les patrons qui exploitent au quotidien les travailleurs en volant une partie de leur salaire. Les nouveaux esclaves modernes, les salariés, doivent refuser d’aller travailler ou de courir pour ces exploiteurs modernes. Les travailleurs doivent poursuivre la lutte collective pour que ces journées commémorant la lutte des esclaves pour leur libération soient respectées et demeurent fériées.


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