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CO de 2019-2018/CO n° 1242 du 16 mai 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Contre le patriotisme économique, la lutte des travailleurs !

Avec le déconfinement, la petite musique du patriotisme économique, et des sacrifices que les travailleurs devraient consentir, devient de plus en plus insistante.  

Des gros patrons de l’Institut Montaigne aux ministres du gouvernement, en passant par les perroquets des plateaux de télévision, tous enjoignent les travailleurs à travailler plus, plus dur, plus longtemps, au prétexte de sauver l’économie française, ou martiniquaise, ou guadeloupéenne. Les travailleurs devraient renoncer à des jours de congés, ils devraient accepter des salaires bloqués, des conditions dégradées, et toutes sortes de reculs.

La crise sanitaire provoquée par le Covid-19 est une aubaine pour les dirigeants des grosses entreprises. Ils en profitent pour instaurer des mesures dont ils rêvaient depuis longtemps afin d’accroître leurs bénéfices. Les menaces de licenciements se répètent chaque jour. Air France, qui vient pourtant d’être renfloué de sept milliards par le gouvernement, prévoit plus de 4 000 suppressions de postes. Dans les aéroports, beaucoup de travailleurs sont menacés de perdre leur emploi, que ce soit dans les commerces ou dans les autres services. Les patrons saisissent l’occasion de tirer tous les salariés vers le bas : les plus précaires risquent d’être virés, les CDD d’être transformés en intérimaires, et même les CDI ne sont pas à l’abri.

D’autres entreprises, comme les stations-service, veulent aussi profiter de la crise sanitaire pour licencier. Les patrons essayent toujours d’avoir un coup d’avance contre les travailleurs. Le 30 avril, le tribunal de commerce de Fort-de-France a validé la reprise d’une partie seulement des magasins Écomax de Guadeloupe, laissant sur le carreau 80 salariés. Dans des boulangeries on assiste à des licenciements, alors que ce sont des magasins qui ont continué à fonctionner !

Dans toute guerre, il y a toujours les mêmes profiteurs, ce sont les gros capitalistes. La « guerre » contre le virus et ses dégâts masque mal la guerre sociale que les riches mènent contre les travailleurs et les pauvres. Parmi les profiteurs du Covid-19, il y a notamment les patrons de la grande distribution, en Martinique comme en Guadeloupe. Les prix ont flambé avec l’épidémie, en particulier pour l’alimentation. Ces rapaces s’apprêtent même à s’enrichir en vendant des masques, des équipements vitaux qui devraient être gratuits ! La société se débat dans une crise permanente depuis des décennies. À chaque soubresaut, les plus riches s’en sortent en pressurant encore un peu plus les travailleurs et les pauvres. Les couches populaires subissent l’aggravation du chômage, les bas salaires, la vie chère, les coupures d’eau… parce que la direction capitaliste de la société n’offre aucune perspective d’avenir.

La seule perspective d’avenir pour les couches populaires, ce sont les luttes collectives ! Le 7 mai, les travailleurs de la Sopharma sont entrés en grève en Guadeloupe pour obtenir la prime Covid, et surtout une hausse substantielle de leur salaire. Ils ont mille fois raison ! De la même manière, sans attendre la fin du confinement, il y a eu de multiples protestations contre les coupures d’eau, en Martinique comme en Guadeloupe. On ne peut que souhaiter que ces luttes se multiplient et se généralisent.

Car l’enjeu ce n’est pas d’améliorer le capitalisme, comme le prétendent certains, qui vendent aux travailleurs l’illusion d’un « capitalisme plus humain » comme si cela était possible. L’enjeu ce sera pour les travailleurs de se battre pour renverser le pouvoir des capitalistes. C’est seulement ainsi qu’ils pourront remettre sur ses pieds une société qui marche actuellement sur la tête !  


Martinique : Coupures d’eau et colère de la population !

Dans le Centre
Suite aux protestations incessantes des usagers de l’eau (Lamentin, St Joseph) qui subissent des coupures d’eau depuis le 1er janvier 2020, 160 d’entre eux, Lamentinois en grande partie, se sont constitués en association de défense des usagers de l'eau de Martinique (ADUEM). Ils ont demandé à un collectif de sept avocats de défendre leurs droits face au distributeur d’eau Odyssi, la régie communautaire du Centre.

À plusieurs reprises sur les ondes Yvon Pacquit, le président d’Odyssi, a prétendu que cette diminution de débit d’eau ou ces coupures provenaient de la sécheresse du carême et qu’il ne pouvait rien faire. Les usagers ont continué à s’organiser pour disposer d’eau à leur domicile mais aussi demander réparation. En cette période de confinement où il est demandé de respecter des gestes barrières simples, comme le lavage régulier des mains, ils se sont montrés particulièrement déterminés.

Finalement, le jeudi 7 mai 2020 à 11h, une procédure de référé a eu lieu au tribunal de Fort-de-France. Et en fin de journée le tribunal judiciaire de Fort-de-France a condamné Odyssi à rétablir l'eau immédiatement aux abonnés.  Odyssi est aussi condamnée à : « payer à chacun des usagers demandeurs de cette action en justice, une provision de 500 euros à valoir sur leur préjudice. La régie communautaire devra également payer à l'association de défense des usagers de l'eau de Martinique (ADUEM) une provision de 1 500 euros à valoir sur son préjudice ainsi que les frais d'avocats ». 

Odyssi a répondu en protestant à cette condamnation. Elle dit la désapprouver et précise qu’elle ne sera pas en mesure d’assurer celle-ci qu’elle qualifie d’injuste, et fera appel. Elle se retourne en justice, vers l’autre producteur et distributeur d’eau potable, la SME (Société Martiniquaise des Eaux). Aujourd’hui, ces producteurs se renvoient donc la balle.

Et dans le Sud
Dans les communes du Sud aussi, un collectif « L’eau pour Sainte-Luce » a fait savoir sur les ondes qu’il ne restera pas inactif, parce que dans plusieurs communes la situation de l’approvisionnement en eau n’est pas meilleure. Ce collectif se prépare à déposer également un référé, à l'encontre de la SME avec demande d'astreinte financière auprès du tribunal.

En effet, selon le représentant du collectif de Sainte-Luce : « Ce manque d’alimentation en eau potable à la population ressemble plus à une affaire politique et financière entre Odyssi et la SME d’une part, et la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) de l’autre. Et la population n’a pas à payer les pots cassés... ».

Il faut noter que la CTM est propriétaire de l’Unité de Production d’eau potable de Vivé au Lorrain qui devrait pouvoir ravitailler toute l’île en eau.

En tout cas, la colère de la population est montée d’un cran. Car après les résultats du référé du jeudi 7 mai 2020, on a pu entendre sur les ondes d’autres usagers manifester leur ras-le bol. Pour eux, « il y a suffisamment d’eau dans le nord de la Martinique pour ravitailler toute l’île ». Alors que les solutions de travaux de raccordement de l’usine de Vivé sont encore repoussées aux calendes grecques pour cause de négociation entre un propriétaire grincheux et qui se croit tout puissant et la CTM.

La population a bien l’impression que l’État et les élus continuent de se moquer d’elle et de toutes ses souffrances.

Si l’État et les autorités ne rétablissent pas l’eau potable dans les robinets pour toute la population, au plus vite, ils pourraient bien se retrouver face à une mobilisation autrement plus importante !  


Guadeloupe : Coupures d’eau, coup de colère des habitants de Mare-Gaillard

Lundi 11 mai les habitants en colère ont barré la route de Mare-Gaillard au Gosier. Ils n’ont pas eu d’eau depuis plus de 20 jours et rien n’est fait. Ils avaient déjà bravé le confinement le jeudi 7 mai pour manifester dans la rue au slogan de « Macron a dit nous sommes en guerre, lavez-vous les mains ! O dlo la ? ». Alors même qu’ils n’ont pas d’eau pour respecter les mesures d’hygiène, on leur annonce de nouvelles coupures à venir ! Les habitants sont en colère et montrent qu’ils n’ont pas l’intention d’accepter la situation. C’est un exemple à suivre pour l’ensemble de la population. Il y a des habitants à Saint-François et au Moule qui ont passé aussi de nombreuses semaines de confinement sans eau. Il y a de quoi se révolter. En fait, on le sait depuis longtemps, il faut un milliard d’euros pour refaire complètement le réseau de l’eau pour plusieurs dizaines d’années. Au lieu d’entreprendre ces grands travaux on change quelques mètres de tuyau par-ci par-là… au jour-la-panne ! Si la colère de la population de Mare-Gaillard s’étendait bien plus largement et de façon durable dans toute l’île, on verrait alors avec quelle vitesse arriverait le milliard.


Covid-19 : exigeons la gratuité des masques !

Les grands groupes de la distribution vendent, ou devraient le faire, des masques chirurgicaux jetables dans leurs magasins depuis le 4 mai dernier. Carrefour avait annoncé 225 millions de masques disponibles en magasin, Leclerc 170 millions. Ces géants vont encore faire grossir leurs profits en vendant ces masques. Avant l’épidémie, les mêmes masques chirurgicaux valaient moins de dix centimes d’euro à l’unité. Maintenant, certains sont vendus de 95 centimes à un euro. Puisqu’il s’agit d’une question de santé publique et que leur port est obligatoire ou fortement recommandé par l’État et tous les médecins, tous les masques devraient être gratuits. Exigeons-le et mobilisons-nous pour !


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