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CO de 2019-2018/CO n° 1241 du 2 mai 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

1960 : il y a 60 ans, la France et la décolonisation de l’Afrique noire (Première partie)

L’année 1960 est marquée par l’accès à l’indépendance de quatorze anciennes colonies françaises d’Afrique noire.  

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la misère, le travail forcé, les enrôlements forcés et la réquisition de nourriture pendant la guerre, aggravent l’oppression colonialiste subie par les populations. La révolte gronde.

Des craquements dans l’empire colonial français
Le général De Gaulle dans son discours de Brazzaville en janvier 1944 ouvre un interstice mais n’envisage aucune décolonisation immédiate pour l’Afrique. Cependant, cette mince ouverture sur plus de responsabilité accordée aux chefs coutumiers africains suffit à susciter un espoir de décolonisation chez les cadres africains. Les colons prennent pourtant ce discours comme une menace. D’autant plus que la tension monte dans les années qui suivent.

De grandes grèves éclatent. Des syndicats de travailleurs africains se forment appuyés parfois par le Parti communiste français et la CGT. En septembre 1945, à Douala au Cameroun, les cheminots se mettent en grève et manifestent face à la hausse des prix. Il s’ensuit une féroce répression par des milices de colons, faisant des dizaines de morts. Les autorités françaises ont cherché à calmer la situation sans punir les colons responsables du massacre. À Dakar en octobre 1947 débute une grève de cheminots, elle durera 160 jours et concernera jusqu’à 20 000 cheminots dans toute l’Afrique de l’Ouest ! D’autres grèves importantes éclatent notamment en Guinée. Plusieurs débouchent sur des victoires du côté des travailleurs comme la reconnaissance d’un Code du Travail en 1952.

S’il y a des mouvements de grève dans les colonies françaises d’Afrique noire, dans celles du Maghreb les mouvements nationalistes sont insurrectionnels. Les massacres que la France opère attisent toujours plus la révolte. Au point qu’en 1956 elle est contrainte de reconnaitre l’indépendance du Maroc et de la Tunisie. Les nationalistes algériens ont déclenché l’insurrection à la Toussaint 1954. Tous ces évènements, ajoutés à la défaite militaire française de Dien Bien Phu le 7 mai 1954 au Vietnam (l’Indochine de l’époque), vont contraindre les gouvernements français peu à peu à changer de politique coloniale. Maintenir le même système colonial est devenu trop coûteux.

Pour le gouvernement De Gaulle revenu au pouvoir en 1958, la décolonisation devient inéluctable. Son objectif va être de protéger le marché économique et les intérêts impérialistes français en Afrique tout en se soulageant du coût des guerres coloniales. En 1956, avec la loi-cadre de Deferre, le gouvernement se résigne à accorder un régime d’autonomie dans ses colonies.

Vers les indépendances
Cette politique est menée avec la complicité d’Africains comme Félix Houphouët-Boigny. Houphouët-Boigny, un gros possédant africain en Côte d’Ivoire, avait créé un syndicat de propriétaires agricoles en 1944. Son objectif était d’organiser la bourgeoisie noire. Il n’était pas une menace pour la France. Houphouët fut ministre d’un gouvernement français en 1956. Puis le gouvernement français le plaça à la tête de la Côte d’Ivoire en 1960. La stratégie était simple, sélectionner des hommes de confiance pour l’impérialisme français et les placer à la tête des territoires autonomes. Dès 1945 des députés africains sont élus. Une couche de notables africains a été depuis longtemps préparée par la France qui les forme en s’assurant de leur loyauté à son égard. Ce sont ceux qu’on dénommait du terme affreux « d’évolués » sous le colonialisme. Le néo-colonialisme est déjà en place. Ce sont ces hommes qui seront les futurs chefs d’État et cadres supérieurs des États africains indépendants. Ces derniers ne remettent pas en cause l’autorité française mais veulent une place au pouvoir. Ainsi émergeront Houphouët-Boigny, Senghor au Sénégal, Bokassa… et bien d’autres

La France n’hésite pas à utiliser la pire répression face à ceux qui refusent la soumission. Au Cameroun le parti indépendantiste UPC, Union des populations du Cameroun, dirigé par Ruben Um Nyobé prend de l’ampleur. Une répression impitoyable s’abat sur les opposants camerounais. Des villages sont rasés au napalm. Des membres de l’UPC sont assassinés par les services secrets français, comme le docteur Félix Moumié, dirigeant de l’UPC. Plusieurs affrontements avec les troupes coloniales finissent en massacres. Ruben Um Nyobé, figure mythique de l’UPC est assassiné le 13 septembre 1958 par l’armée française. Le processus vers l’indépendance fut contrôlé par la France avec ses fidèles comme le premier président de la république du Cameroun, Ahmadou Ahidjo. Guy Georgy, un ex-ambassadeur français en Afrique déclara plus tard parlant d’Ahidjo : « Je l'avais fait élire à l'Assemblée territoriale. On avait quasiment fait voter pour lui, en mettant des paquets de bulletins dans les urnes ».

La deuxième partie et fin de l’article dans le prochain numéro du journal.  


Dans les entreprises

L’écho de Jarry
L’attente et la vigilance
Le tribunal de commerce de Martinique donnera sa décision le 30 avril sur les repreneurs des magasins du groupe (Géant, Écomax…) aux Antilles et en Guyane. Mais les repreneurs ont l’intention de licencier en masse ! Un groupe s’apprête à reprendre 13 salariés sur 41 ! Une autre société, 120 salariés sur 201 ! Parmi les repreneurs, les richissimes groupe Safo (famille Despointes) et groupe Parfait (Leclerc). Les vautours !

L’écho des assurances
MGEN : qu’en sera-t-il de nos salaires au mois de mai ? La direction ne s’est pas encore prononcée pour garantir nos salaires du mois de mai si le confinement est prolongé. Elle attend une réunion prévue le 29 avril pour se décider. Pour l’instant nos salaires sont maintenus à 100 % sachant que la plupart des salariés font du télétravail. Mais pour ceux qui sont en arrêt pour garde d’enfant ou affection de longue durée, à partir du 1er mai ils seront en chômage partiel et la rémunération est de 84 % du salaire net. La MGEN prétend que le groupe VYV (premier opérateur national de services de soins et d'accompagnement) ne pourra pas supporter le paiement intégral des salaires. Mais nous on pourra supporter ce manque à gagner ?

Chantiers en lutte (Martinique)
Dans la métallurgie : du jamais vu
Après avoir mis leurs salariés en chômage partiel pour cause de confinement Covid-19, des patrons n’ont pas tardé à rappeler des « volontaires » pour les faire reprendre le travail au plus vite, avant le 11 mai, au détriment d’une éventuelle contamination. Les prétextes avancés : « Il y a des commandes et des livraisons à effectuer ». Oh la belle affaire ! Mais d’autres salariés n’ont pas accepté de se faire duper, ils ont bien eu raison.

Sucrerie en lutte (Gardel)
La protection au travail
À Marie-Galante, le démarrage de la campagne est prévu pour le lundi 27 avril. Dès vendredi les coupeurs seront dans les champs. Il est prévu d’appliquer des mesures barrières, il est vital de les faire respecter. Toujours plus de production La direction de la sucrerie de Marie-Galante prévoit une récolte plus élevée que l’année passée, visant 79 000 tonnes. À cause des problèmes techniques, le démarrage a été plus tardif et il s’y ajoute la menace du Covid-19. La direction veut faire produire plus dans des conditions plus risquées.

Pawòl a travayè bannann
Le « docteur » Tino Dambas veut tester tester tester ?
Le planteur exploiteur a essayé de se faire un coup de pub en faisant circuler des photos de lui prenant la température des ouvriers à leur arrivée au travail. Cet apprenti docteur n’a pas réalisé que son diagnostic n’aurait pas de sens. Sans compter les cas asymptomatiques, le coronavirus comporte de nombreux autres symptômes, la fièvre n’est pas obligatoire. Mais bon il aime jouer au docteur et en plus avec un pistolet thermique !      


Haïti : Covid-19 les pauvres en paient le prix fort

Dans la lutte contre le Covid-19, les mesures de protection sont inaccessibles à la population.  

Le 23 avril les marchandes de Pétionville ont occupé la rue pour protester contre la décision du maire de n’ouvrir le marché que trois jours par semaine, pour lutter contre le coronavirus. Parmi leurs slogans : « nos enfants meurent de faim, nous manifestons pour dire non, nous avons des dettes ». Elles ne demandent pas des masques qu’elles peuvent fabriquer, mais de pouvoir nourrir leur famille. Les manifestants ont été dispersés par la police à coup de gaz lacrymogène. Lundi 27 avril les ouvriers du parc industriel de la CODEVI, dans le nord du pays, devaient recevoir le salaire des 15 jours durant lesquels les usines ont été fermées. Cela s’est transformé en manifestation devant l’incapacité de la direction du parc à organiser le versement de leur dû.

Ce même jour dans la matinée, à Port-au-Prince, ce sont des policiers qui ont manifesté en réclamant l’augmentation de salaire promise depuis le mois de novembre. Ils ont lancé des attaques contre le ministère des finances chargé de leur rémunération. Jovenel Moïse, le président, s’est adressé le 27 avril à la nation pour demander de poursuivre la lutte contre le Covid. Il a appelé à faire des sacrifices face à l’ennemi invisible. Puis est venue la litanie des promesses : une somme décaissée en faveur des ouvriers de la sous-traitance, une assistance promise à un million et demi de familles, pour les policiers des arriérés de salaire, de grade. Les équipements et matériels médicaux totalisant plus de deux milliards de gourdes seront disponibles à partir de la première quinzaine de mai. Par ailleurs il appelle à l'intensification de la distribution des masques tout en exhortant les citoyens à se conformer aux principes de distanciation sociale. De beaux discours ! Mais si pour la population et les travailleurs ce sont des promesses, les patrons ont déjà été servis. Depuis le 19 avril les entreprises de textile ouvrent progressivement. En dépit des publicités faites sur les mesures de protection, les conditions de travail dans les hangars de la zone industrielle ne favorisent pas les mesures barrières, l’hygiène est inexistante, les ouvriers mangent à même le sol. Et lors du transport les ouvriers ne peuvent faire autrement qu’être entassés dans les tap-tap.

Dans le pays les prix de certains aliments de base ont déjà augmenté de plus de 30 % et l’état d’urgence alimentaire est réel pour un million d’habitants. Pour survivre les travailleurs sont obligés de risquer leur peau dans les entreprises, les marchands obligés de chercher à vendre quelque chose dans la rue, les pauvres doivent se débrouiller. Au service de la classe possédante, le gouvernement prend les décisions en fonction des intérêts des capitalistes. Quant à la vie des travailleurs, elle ne compte que pour suer des profits !  


États-Unis : Covid-19 les Noirs victimes d’une société raciste

Aux États-Unis, les Noirs sont les plus touchés dans des régions où ils sont minoritaires.  
Dans l’État de l'Illinois, les Noirs représentent 14 % de la population. Pourtant 42 % des personnes décédées sont noires. À Chicago, 72 % des victimes du Covid-19 sont noires alors que les Afro-américains représentent moins d’un tiers de la population de cette ville. Les populations noires sont surreprésentées parmi les victimes du Covid-19. Ce qui explique ce phénomène c’est la pauvreté dans laquelle vivent les populations noires. Beaucoup ne bénéficient pas de couverture médicale. Car pour en avoir une, il faut avoir un travail et les Noirs sont les plus touchés par le chômage. Et même lorsqu’ils trouvent un travail, tous les postes ne garantissent pas d’avoir une mutuelle.

Ce sont les travailleurs noirs qui ont les moins bons salaires. Les médicaments, les traitements pour une maladie chronique comme le diabète, les opérations chirurgicales coûtent très cher sans mutuelle. Les Noirs sont la partie de la population où les taux de diabète, d’obésité, d’hypertension sont les plus élevés. La pauvreté rend les personnes noires en mauvaise santé. Ils sont plus vulnérables au Covid-19.

Ils se retrouvent aussi majoritairement à des postes où ils sont exposés au virus pendant le confinement comme éboueurs et chauffeurs de bus. Le racisme est la raison pour laquelle les Noirs aux États-Unis sont les plus pauvres. Ils sont discriminés à l’embauche et moins bien payés parce qu’ils sont noirs. Ce racisme, ils le subissent depuis l’esclavage.

Nous vivons dans un système capitaliste, un système d’exploitation de l’homme par l’homme. Le racisme est un rouage de ce système qui permet aux riches capitalistes de diviser les travailleurs. Abolir le système capitaliste, c’est abolir le racisme ancré dans la société actuelle.  


Avis aux lecteurs et aux abonnés : parution du journal pendant la période de confinement

En raison de l’épidémie de Covid-19, et des mesures utiles de confinement, nous n’imprimerons pas notre journal. Nous ne pourrons pas faire de ventes militantes. Par contre, le journal numérique continuera à paraître. Vous le recevrez par internet en PDF ou alors sur notre site combat-ouvrier.net. Il en sera de même pour les bulletins d’entreprise. Communiquez-nous votre adresse courriel et celle de vos amis, et familles. Merci !  


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