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CO de 2019-2018/CO n° 1241 du 2 mai 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Ce n’est pas aux pauvres mais aux riches de payer la crise !

Le gouvernement ne s’en cache même pas, il a commencé déjà à faire payer aux travailleurs la crise aggravée par la pandémie de Covid-19. Le grand patronat nous appelle à retrousser nos manches pour mieux nous détrousser ! Aussitôt après l’injonction du chef du grand patronat, Roux de Bézieux, on a vu Macron, Philippe et le ministre de l’économie Le Maire exécuter.  

Chaque jour, les gros capitalistes reçoivent de nouveaux milliards. Après un premier plan d’aides à 45 milliards de la part de l’État, passé ensuite à 110 milliards, augmenté des milliards de l’Europe, le gouvernement renfloue maintenant une par une les plus grosses entreprises comme Renault ou Air France. Son but c’est de reprendre ces milliards sur le dos des travailleurs et des classes populaires.

L’exemple d’Air France est significatif. L’État lui a déjà versé deux milliards pour payer les salaires de la quasi-totalité de ses travailleurs qui sont en chômage partiel. Et le 24 avril, lorsque le ministre de l’économie Le Maire a annoncé qu’il va renflouer l’entreprise avec sept milliards, il a expliqué que cette aide sera conditionnée à ce qu'Air France « fasse un effort pour être plus rentable ». Autrement dit : pour les actionnaires, les milliards d’euros ; pour les travailleurs, les efforts nécessaires pour suer ces milliards. La direction s’apprête à supprimer encore des emplois par milliers ! En mars, le chômage a déjà bondi de 7,1 %, essentiellement parce que les contrats courts (intérim, CDD) n’ont pas été prolongés. C’est aussi le cas dans de nombreuses entreprises en Guadeloupe et en Martinique dont les plus importantes comme les hypermarchés, ceux des grosses fortunes, des Hayot et autres Despointes. Ces derniers n’ont pourtant cessé de tourner à plein régime depuis le confinement. Les prix augmentent. Les licenciements vont encore augmenter dans les mois à venir.

Dans le même temps, le gouvernement demande aux salariés de sacrifier des jours de congés, et nous dit qu’il faudra travailler davantage : l’ordonnance du 25 mars 2020 permet d’augmenter la durée maximale hebdomadaire de 48 heures à 60 heures. En Martinique, des patrons du BTP et de la métallurgie n’ont pas attendu la fin du confinement pour rappeler leur personnel à leur poste de travail.

Les travailleurs sont donc perdants sur les deux tableaux, victimes du chômage d’un côté et écrasés de travail de l’autre. On voit bien l’absurdité du système capitaliste, incapable de résoudre les contradictions de son économie folle. De la même manière, des tonnes de nourriture sont détruites en ce moment, alors que de nombreuses familles peinent à s’alimenter.

Le capitalisme plonge les travailleurs et les couches populaires dans une misère accrue dans les pays riches et effroyable dans les pays pauvres. La famine pourrait doubler dans les mois qui viennent, et toucher 265 millions de personnes. Face aux attaques contre leurs droits et leur niveau de vie, les travailleurs n’auront comme seul choix que celui riposter par des luttes collectives importantes, s’ils ne veulent pas se faire dépouiller au profit des riches actionnaires. Aux riches de payer !

Chacune de ces luttes peut être en plus l’occasion de renforcer la conscience de classe parmi les travailleurs, et de nourrir l’idée qu’il faudra bien tôt ou tard chasser du pouvoir la bourgeoisie. Oui, il faudra un jour enlever le pouvoir à la bourgeoisie par la révolution sociale, et le plus tôt sera le mieux ! C’est ainsi que les travailleurs pourront donner un avenir à l’humanité tout entière ! C’est cette perspective que nous défendons à Combat ouvrier !  


Martinique : Bâtiment, métallurgie plus fort que le virus, le profit

Des patrons du BTP et de la métallurgie n’ont pas attendu la fin du confinement pour rappeler leur personnel à reprendre leur poste de travail au risque de leur santé.  

C’est ainsi que la direction d’Arcelormittal Construction Caraïbes, qui se trouve à la Pointe des Grives, a appelé son personnel à reprendre le travail. Et pour l’inciter à venir, la direction a utilisé la ruse et la démagogie, demandant aux salariés s’ils étaient volontaires pour travailler, avec le baratin qui va avec. Il leur était dit que : « toutes les mesures de sécurité seront respectées dans le cadre du Covid-19. Que personne ne se retrouvera à plusieurs dans le réfectoire et les vestiaires, ni trop près dans l’atelier. Que des équipes travailleraient tous les deux jours… ». Et surtout : « qu’il y avait des commandes à faire et des retards de livraisons ». Et pour faire redémarrer la machine à profit, la direction a demandé au personnel de remplir un formulaire de volontaires.

Les mêmes procédés ont été aussi employés par la direction de ADA (Armatures des Antilles) qui se trouve au parc d’activités du Robert. Là aussi, dès le lundi 20 avril, le gérant de l’entreprise a fait revenir les ouvriers au travail. Utilisant un langage paternaliste, il leur annonçait que : « la concurrence est rude, il y a des commandes de treillis soudés en cours, il faut faire des assemblages, afin de sauver l’entreprise. Pour cela, toutes les mesures de sécurité seront respectées ». Mais, pas folle, la direction s’est arrangée pour ne pas faire venir travailler ceux qui sont asthmatiques ou diabétiques.

On a aussi l’exemple de patrons de petites entreprises du bâtiment qui téléphonent en douce à leurs clients confinés pour leur demander de continuer ou d’entreprendre des travaux à leur domicile.

Le plus souvent, ces capitalistes utilisent une stratégie pour d’une part, arriver à augmenter les cadences de travail, de l’autre à imposer des heures supplémentaires à leurs salariés au nom de la concurrence. Leur objectif est surtout de faire le maximum de fric pour « sauver » leur coffre-fort et contrer « la concurrence », au risque de faire se propager le virus parmi les travailleurs.  


Martinique : Le coronavirus tue, la négligence patronale aussi

Un agent de sécurité est décédé samedi 18 avril, emporté par le coronavirus.
Il était âgé de 63 ans et a été hospitalisé au CHUM durant trois semaines en réanimation. Bien évidemment, cette nouvelle a causé une grande tristesse parmi ses camarades et collègues, d’autant qu’il avait été autrefois un représentant du personnel CGTM dans l’entreprise Antilles Protection. Dès les premiers symptômes, sa situation avait été signalée à la direction. Mais cette dernière s’était retranchée derrière un démenti en disant que la rumeur n’était pas fondée. Bien avant son hospitalisation, il avait ainsi eu l’occasion de fréquenter son lieu de travail et de côtoyer plusieurs personnes.

Pour ne pas perdre des marchés et leur chiffre d’affaires, des employeurs sont prêts à faire prendre tous les risques à leurs salariés et à la population. Et qu’importe le prix à payer, surtout lorsque le prix, c’est la mort d’un employé, mal payé de surcroit.


Guadeloupe : Plantation SA Bois-Debout la lutte a porté ses fruits !

Plusieurs travailleurs s’étaient mobilisés les 16, 17 et 18 mars pour protester contre les conditions de travail dangereuses face à l’épidémie du Covid-19. Grâce à leur mobilisation, le directeur Block de Friberg a dû acheter du matériel, faire des travaux de mise aux normes et payer les journées de droit de retrait.

Suite au droit de retrait exercé par plusieurs ouvriers, relayé par un droit d'alerte du Comité Social et Économique, il s'en est suivi une réunion des membres de cette instance et une enquête sur le terrain. Durant cette réunion, les représentants des travailleurs ont dû rabattre le caquet d’une cadre récemment embauchée par la direction. Elle estimait que les ouvriers de Bois-Debout devaient être logés à la même enseigne que toute la profession : travailler sans se plaindre. Le médecin du travail en a pris aussi pour son grade quand il a osé déclarer que la direction devait distribuer des masques uniquement aux travailleurs infectés par le virus.   

Au final, l'enquête a démontré que le directeur n'avait pris aucune mesure pour assurer la protection des ouvriers. De ce fait, il a dû entamer sur le champ des travaux de réparations et d’installation de douches dans les réfectoires et de béton de propreté. Les travailleurs ont aussi obtenu d’être munis de flacons individuels de gel hydro-alcoolique et de nouveaux masques. Le directeur s’est aussi engagé à payer les journées non travaillées par les ouvriers en droit de retrait. Forts de toutes ces actions engagées par la direction, les travailleurs ont décidé de lever leur droit de retrait et d’alerte le vendredi 17 avril 2020. Ils ont repris le travail le lundi 20 avril. !


Nous avons appris le décès du camarade Jean Salbris, ouvrier agricole à la SA Bois-Debout, le 24 avril 2020. Ce camarade discret et souriant était souvent présent dans les combats. Il a montré à plusieurs reprises à la direction de la plantation qu’il avait choisi de défendre son camp, celui des ouvriers : pendant la grève en avril 2017, les procès et après son licenciement en juin 2018 avec 40 autres ouvriers de Bois-Debout.


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