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CO de 2019-2018/CO n° 1240 du 18 avril 2020/Pages 3 et 4

Pages 3 et 4

Guadeloupe: banane, les conditions de travail aggravées par l’épidémie

Depuis le 17 mars, début du confinement, les planteurs obligent les ouvriers à continuer le travail sur les plantations. Ils n’ont pas peur du ridicule en affirmant que l’exportation de banane dessert est « vitale pour la nation » ! Ces « grands sauveurs de la nation », en réalité sauveurs de leurs profits, ont été démasqués par les travailleurs qui ont protesté contre la poursuite du travail et les conditions d’hygiène propices à la propagation du virus.

Ce n’est qu’après plusieurs débrayages que certains gros planteurs ont daigné fournir du gel hydroalcoolique, des gants et des masques bas de gamme. Ces masques antipoussière jetables ne garantissent aucune norme de protection et glissent sur le visage des ouvriers. Quand aux gants en latex, ils sont inadaptés aux travaux agricoles et se déchirent rapidement. Récemment, les planteurs se sont munis d’une soi-disant nouvelle protection, la visière, qui est elle aussi inadaptée aux conditions extérieures difficiles des plantations.

La réalité c’est qu’il n’est pas possible de respecter les « mesures barrières » dans les plantations. Pour la récolte, au moins deux travailleurs proches l’un de l’autre sont nécessaires pour la coupe et la récupération des régimes de banane. Pour d’autres travaux agricoles dangereux comme la pose des « cirés » (sacs en plastique enveloppant les régimes de bananes), le respect de la distanciation sociale aggrave les risques pour les travailleurs qui se trouvent isolés dans les parcelles. Dans les hangars, c’est la promiscuité et l’insalubrité qui règnent.

Comment les planteurs qui « en temps normal » mettent en danger la vie des ouvriers avec les pires conditions de travail pourraient-ils garantir leur sécurité aujourd’hui ? Ce serait rêver ! Ces patrons dangereux sont aussi peu reconnaissants vis-à-vis des ouvriers qui poursuivent l’activité. Alors que le ministre de l’Économie a annoncé une prime de 1 000 € pour les salariés qui ont travaillé pendant le confinement, le directeur de la plantation SA Bois-Debout, la plus grande plantation en Guadeloupe, a expliqué que sa « reconnaissance » vaut 150 €. Depuis le début du confinement, les ouvriers ne se laissent pas faire. Ils refusent de se mettre en danger pour un travail non essentiel à la société. Certains comme sur la plantation SA Bois-Debout font valoir leur droit de retrait.

  « La Pâques » de Dambas

Le planteur qui se la joue patron de combat Tino Dambas, qui se vante que sa plantation est ouverte sept jours sur sept, est connu pour prélever les jours fériés aux ouvriers en cas d’absence. Alors même que le préfet avait décrété un couvre-feu total pour Pâques, du samedi 14h au mardi matin, Dambas voulait maintenir le travail pour le lundi de Pâques. Plusieurs ouvriers ont refusé de rentrer dans son petit manège. Osera-t-il les sanctionner pour avoir refusé de braver le couvre-feu ?    


Guadeloupe: Carrefour Milénis la direction a la mémoire courte ?

Le mois dernier, dans cet hypermarché du groupe Huyghues-Despointes, une caissière était positive au Covid-19 et la direction voulait passer cela sous silence. Il a fallu que des salariés protestent et se mettent en droit de retrait pour que des mesures soient prises pour protéger le personnel et les clients. Visiblement, cela n’a pas servi de leçon à la direction car jusqu’à maintenant, elle ne semble pas faire respecter les règles de distanciation sociale. Les clients entrent sans être filtrés et la semaine du 6 avril a été faste en termes de fréquentation. Le magasin pourrait devenir un nid à contamination. En tout cas, les salariés de Carrefour Milénis savent déjà comment faire pour obliger la direction à entendre raison.


Guadeloupe : Hypermarchés vendre, coûte que coûte !

Le confinement et les mesures barrières sont pour le moment les seules parades pour limiter l’épidémie meurtrière de Covid-19. Mais dans les grands supermarchés, la seule loi qui prévaut, c’est celle du profit. Tous les jours, les travailleurs de la grande distribution sont en danger. Il faut réceptionner les marchandises, les mettre en rayon, les faire passer en caisse…

Ces risques sont inévitables, puisque tout un chacun doit pouvoir continuer à s’approvisionner. Mais ce qui est scandaleux, c’est que tous les autres rayons des grands magasins restent ouverts. Au lieu de ne conserver que l’alimentation et l’hygiène, les grands patrons du commerce continuent à vendre du textile, de l’électro-ménager, et de nombreux autres produits superflus en cette période de confinement.

 Profits par tous les moyens
Depuis le début du confinement, on observe dans certains supermarchés une hausse des prix de certains produits notamment sur la viande : des cartons d’ailes de dinde qui étaient à 10 € les 5 kilos sont passés à 14 €. Les propriétaires de ces magasins profitent d’une crise sanitaire pour faire plus de marge sur le dos de la population. Ce sont des méthodes de gangsters !  


Martinique: Le patronat du BTP fait pression pour la reprise du travail

En Martinique, bon nombre de petites entreprises de la sous-traitance ont dû arrêter leurs activités pour freiner la propagation de l’épidémie de coronavirus. Mais cela gêne les capitalistes du BTP.

C’est bien pour cette raison, qu’avec les pouvoirs publics ils ont mis en place un catalogue de prévention appelé carrément « Guide de prévention de Sécurité sanitaire pour la continuité des activités de la construction ».

D’autres petites entreprises de sous-traitance continuent de travailler quand même au risque de la santé de leurs salariés. Ces entreprises ne leur distribuent ni masques chirurgicaux ni gants de protection sanitaire. De plus, les ouvriers exécutent toute la journée des gestes à moins d’un mètre de distance. Par exemple ils se trouvent à communiquer entre eux pour maintenir un poteau électrique pour bien le placer dans le trou et le fixer au sol. Ou bien encore à tirer un câble électrique, supporter une charge lourde à plusieurs pour sa fixation, ou se retrouver à plusieurs assis côte à côte dans leur camion de fonction qui les emmène sur les chantiers. Ils ne possèdent pas non plus de citerne d’eau pour se laver les mains plusieurs dizaines de fois par jour.

Mais malgré cette situation, les capitalistes du BTP n’ont qu’un objectif : c’est de maintenir et même d’augmenter leurs profits. Pour cela, ils ont obtenu le soutien du gouvernement par un communiqué et même par une circulaire transmise aux préfets qui demande « de veiller à la reprise de l’activité du secteur ».

Cependant, certains ouvriers du BTP et de la métallurgie ne sont pas dupes. Ils se disent déjà : « À la fin de ce confinement, on s’attend déjà à ce que le patron nous demande d’augmenter les cadences de travail et même qu’il nous oblige à faire des heures supplémentaires ». Les ouvriers ont intérêt à se faire respecter pendant la crise sanitaire et à se préparer aux mesures qui seront prises contre eux pour soi-disant faire redémarrer l’économie, en fait pour continuer à assurer les meilleurs profits à leurs patrons.  


Chômage partiel et patrons voyous

La crise provoquée par l’épidémie de coronavirus a conduit le gouvernement à instaurer le confinement de la population et à faire voter dans l’urgence une loi dite « état d’urgence sanitaire ». Parmi les dispositions contenues dans cette loi, il y a la possibilité pour les entreprises de placer les salariés en chômage partiel. Avec cette mesure, l’État prend en charge 84 % du salaire des employés qui n’exercent pas des activités dites essentielles et sont contraints de se confiner à leur domicile. Pour les salariés concernés, sauf ceux qui sont au Smic, il y a donc une perte d’argent de 16 % du salaire. Certains patrons y ont vu une belle opportunité de pouvoir faire travailler leurs salariés dans des conditions particulières, tout en bénéficiant de dédommagements publics.

C’est le cas de cette structure qui a annoncé à son personnel qu’il serait en chômage partiel à 80 % et devrait télétravailler sept heures par semaine pour les autres 20 %. Bien évidemment, le personnel a protesté en rappelant que la loi interdisait chômage partiel et télétravail. Mais il a fait l’objet de pressions de la part de la direction. Pour l’instant, les employés exécutent les sept heures, mais la Dieccte (direction du travail) a été saisie. Certains patrons ne reculent devant rien pour exploiter leurs salariés. Même les sanctions pénales (amendes, peines de prison) ne les dissuadent pas de tenter de tricher. Pour eux, toute opportunité vaut la peine d’être saisie. Et qu’importe la vie des salariés.
Macron l’a répété plusieurs fois : « nous sommes en guerre ». Mais, quand on est « en guerre » contre un virus, on donne tous les moyens nécessaires aux hôpitaux, on oblige toutes les entreprises non-indispensables à fermer, on mobilise du monde pour produire du gel hydroalcoolique et des masques. Mais non, l’État fait tout pour que les capitalistes puissent au maximum continuer à faire des profits, quitte à mettre en péril la santé des travailleurs.  


Guadeloupe : licenciements et menaces sur les salariés

En cette période de crise sanitaire de nombreux salariés sont placés en chômage partiel. D’autres sont en congé ou en arrêt maladie. Mais dans certaines entreprises, les patrons ont décidé de purement et simplement se débarrasser de certains salariés. Dans une entreprise d’ambulance, une mère de famille a été licenciée parce qu’elle n’avait pas de solution de garde pour son bébé. À Dufry, une entreprise qui gère des boutiques à l’aéroport, la direction a annoncé qu’elle n’allait pas renouveler les contrats saisonniers et les CDD. Dans un hypermarché, le patron a divisé par deux le nombre d’intérimaires.

Certains patrons profitent de la crise du Covid-19 pour licencier et imposer des sacrifices aux salariés. Les grosses entreprises qui font des millions de bénéfices grâce à l’exploitation des travailleurs ont les moyens de maintenir les emplois et les salaires ! Il y a même de quoi puiser dans ces profits pour venir en aide aux petits commerçants et artisans qui risquent la faillite.


Guadeloupe : Socréma/Sodiglaces la rapacité patronale plus nocive que le Covid-19

Cette entreprise qui fabrique des glaces, des floups, des boissons et yaourts appartient au groupe Huyghues-Despointes. Jusqu’à la semaine dernière, malgré la crise du Covid-19, l’usine tournait comme si de rien n’était. Après le coup de gueule des chauffeurs-livreurs, la direction a organisé le travail par roulements : les chauffeurs travaillent trois jours par semaine et les deux autres jours ils sont en chômage partiel. Mais en réalité, les tournées de livraison sont tellement chargées que les chauffeurs finissent leur journée épuisés au point que certains envisagent de travailler quatre jours au lieu de trois pour tout boucler. Quel sera leur prochain combat ? Imposer à la direction l’arrêt du travail dans cette entreprise non vitale ?  


Guadeloupe : Université de Fouillole des ouvriers sous contrainte 

Depuis le début du confinement, les quatre ouvriers des espaces verts sont seuls à bosser dans un campus fermé. S’ils partent un peu trop tôt ils sont sanctionnés par une puissance invisible. Des sportifs crachent autour d’eux. Ils ne plantent pas des fruits ni des légumes, ils ne sont pas des soignants. Ils ne savent à qui s’adresser. D’après leur entreprise ce serait le vice-président, introuvable, qui aurait décidé leur présence sur ce site. Leur patron pourrait les mettre en chômage partiel payé par l’État. Il l’a fait pour deux autres campus de l’université où il est sous-traitant. Il refuse. Les vacances de l’université commencent. Seront-ils encore contraints de risquer leur santé et celle de leurs proches, et pour le profit de qui ?