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CO de 2019-2018/CO n° 1240 du 18 avril 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Macron et la relance des affaires de la bourgeoisie

Le 13 avril, Macron, le président de la République, a prononcé un nouveau discours dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19. Il a annoncé la fin du confinement à partir du 11 mai. Peu importe que le virus continue de se propager, la préoccupation majeure de Macron c’est la relance des affaires capitalistes.

D’ailleurs, avant lui, le 11 avril, Geoffroy Roux de Bézieux, le chef du Medef, l’organisation des plus gros patrons de France avait donné le ton. Il déclarait qu’il faut relancer la machine économique et qu’« il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ». C’est le même qui avait déclaré le 3 décembre 2019, à propos de la réforme des retraites, qu’il faudrait « travailler plus longtemps ».

Voilà comment les patrons comptent « sauver l’économie » : en pressurant encore plus les salariés et en les faisant payer pour le manque à gagner causé par l’arrêt des entreprises. Les ordonnances votées le 25 mars 2020 par le gouvernement permettent d’ores et déjà au patronat de faire les salariés travailler plus (jusqu’à 60 heures par semaine), de leur imposer jusqu’à six jours de congés et de réduire leurs jours de repos et RTT.

La crise du Covid-19 est un bon prétexte pour les capitalistes et leur État pour intensifier leur guerre contre les travailleurs. C’est également un bon alibi pour continuer à arroser d’argent public ces profiteurs. L’État a prévu un plan d’urgence de 110 milliards d’euros pour les entreprises et un report de tout ou partie des cotisations salariales et patronales ce qui représente plus de trois milliards d’euros. Les patrons n’auront rien à débourser pour le paiement des salaires : c’est l’argent public qui prendra en charge l’intégralité du chômage partiel de quelques huit millions de salariés. Dans cette opération de distribution de milliards d’euros aux plus riches, l’Union européenne n’est pas en reste : elle va débloquer plus de 500 milliards.

En Martinique, la CTM (Collectivité territoriale de Martinique) et l’État ont prévu une aide globale de 70 millions d’euros pour les entreprises. En Guadeloupe, les collectivités territoriales s’organisent pour faire de même. Mais quand l’État parle d’aider les entreprises il y a des inégalités : les petites entreprises qui subiront plus durement cette crise seront celles qui auront le moins accès à ces aides (entre 1 500 et 2 000 € pour chacune). L’essentiel des aides sera raflé par les plus grosses et les plus influentes entreprises.

Macron se plie en quatre pour relancer à plein régime la machine à fric capitaliste. Le temps du confinement n’a que trop duré pour les capitalistes. Interrogé le 13 avril par un média local, Patrick Vial-Collet, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Guadeloupe, lui-même grand patron dans l’hôtellerie, a réaffirmé qu’il faut que les entreprises redémarrent au plus vite. Pas un mot sur le Covid-19 qui continue de sévir. Le déconfinement du 11 mai a pour but de faire plus pression sur les salariés pour qu’ils retournent travailler pour enrichir le grand capital. Les établissements scolaires et les crèches devront rouvrir pour libérer les salariés de la garde de leurs enfants. Peu importe si d’ici là, le virus circule encore et fait des victimes.

Raison de plus pour que les travailleurs ne se laissent pas faire et se préparent à se battre pour leur propre compte.


Martinique: Coupures d’eau, une situation intolérable

Le problème de coupures d’eau dans le Centre ou le Sud de la Martinique ne date pas d’aujourd’hui. On peut noter qu’en septembre 2019 un collectif citoyen de Californie dénonçait déjà de graves manquements dans l’entretien du réseau de distribution, ce qui avait entraîné de nombreuses fuites. Mais… sans suite ! Pour le directeur de la SME (Société martiniquaise des eaux appartenant à la multinationale Suez) interviewé le dimanche 12 mars sur les ondes « nous avons suffisamment d’eau dans le Nord Atlantique, mais nous n’arrivons pas à la faire descendre vers le Centre et le Sud du fait d’une canalisation provisoire depuis dix ans. Ce sont des tuyaux de 800 mm de diamètre qu’il faudrait mais qui sont remplacés par trois petits tuyaux de petite section ».

D’autres facteurs viennent s’ajouter. Depuis 2018, la SME réclame, pour l'alimentation en eau des villes de Saint-Joseph et du Lamentin, 13 millions d’euros d’arriérés à Odyssi (régie communautaire des communes du Centre de Fort-de-France, Schœlcher, Lamentin et Saint-Joseph pour la gestion et distribution de l’eau). Mais cette information reste en sourdine. Du côté d’Odyssi, c’est un autre son de cloche qui est véhiculé : « Ces coupures à répétition restent dues à la sécheresse exceptionnelle, voire historique, que connaît l’île en cette période de carême ».

Pour le président d’Odyssi, Yvon Pacquit, interviewé sur TV Martinique 1ère le dimanche 12 avril : « On ne peut pas distribuer l’eau si on n’en a pas. Cela est dû à la sécheresse et au fait que 94 % des approvisionnements des eaux dépendent des rivières. Mais », reconnait-il, « on est capable d’approvisionner le Centre et le Sud de la Martinique par l’Usine de Vivé bien de la CTM et située au Lorrain. C’est une usine très moderne de production d’eau potable à partir de la rivière La Capot. Mais cela nécessite des travaux de modernisation de la canalisation. Et cela dure depuis une dizaine d’années ». Quant au premier vice-président de la CTM, Daniel Marie-Sainte, il affirme sur les ondes que « des solutions sont en cours », répondant ainsi avec une légèreté qui frise le mépris à ce problème, grave et récurrent pour des centaines d’habitants.

Pourtant de l’argent il y en a. Et au-delà des questions de compétence des collectivités locales, l’État devrait rester le garant de l’accès à l’eau pour la population dans de bonnes conditions. Mais il préfère faire des cadeaux de plusieurs milliards d’euros aux grands groupes capitalistes, et à leurs actionnaires, que de subvenir aux besoins vitaux de la population. Sur cela, Y. Pacquit et les autres élus restent muets. Ce qui signifie que si la population du Lamentin ne manifeste pas sa colère jusqu’à ce qu’on l’entende, elle sera condamnée à attendre encore longtemps avant d’être approvisionnée.  


Martinique: manque d’eau, la population de Gondeau exaspérée !

ZoomEn pleine crise sanitaire due au Covid-19, nous assistons à des coupures d’eau dans plusieurs quartiers du Lamentin, notamment à Basse Gondeau. Alors que l’un des gestes barrière élémentaires est de se laver les mains plusieurs fois par jour pour lutter contre l’épidémie, des familles entières, elles, sont excédées et en colère. Ainsi, sur la page Facebook du distributeur d’eau du Centre, Odyssi, on peut lire les protestations des usagers : « … Je n’ai pas d’eau depuis ce lundi midi! » ; « Coupure tournante le lundi, coupure pour casse le mardi, coupure tournante le mercredi… Pourriez-vous arrêter de communiquer sur les coupures et plutôt nous prévenir quand il y aura des rétablissements ».

Dans cette situation de privation de plusieurs jours les usagers sont poussés à prendre des risques. Soit en allant s’approvisionner davantage en bouteilles d’eau au supermarché. Ou encore, dans certains quartiers du Lamentin, en se pressant au pied de citernes mises à disposition par la mairie.

Mardi 7 avril dernier, à Basse Gondeau, les quelques centaines de litres d’eau fournis sur ce point d’eau dans la cité ont rapidement été engloutis par les habitants.


Guadeloupe: Coupures d’eau l’État doit mettre un milliard

Le préfet de Guadeloupe a envoyé un courrier le 31 mars pour protester à l’adresse du président du SIAEAG (Syndicat intercommunal d’alimentation en eau et d’assainissement de la Guadeloupe). Il n’est pas satisfait de la façon dont le SIAEAG s’y prend pour gérer la distribution de l’eau. Effectivement le problème est révoltant puisqu’en pleine pandémie ce sont 200 000 personnes en Guadeloupe qui sont régulièrement sans eau ! Mais tout ceci n’est que chamailleries entre élus, préfet, gestionnaires de l’eau. Ni le préfet ni le président du SIAEAG n’apportent de solutions ! La solution est simple : que l’État mette un milliard d’euros pour refaire intégralement le réseau. Effectuer des réparations sur le réseau au compte-gouttes ne fait rien, mis à part mettre de l’argent pour qu’aucun effet n’en ressorte. Pour obtenir ce milliard on ne pourra faire confiance ni au préfet, ni au SIAEAG. Par contre la population doit se mobiliser pour ça. Les habitants de Saint-François qui ont manifesté le 11 avril contre les coupures d’eau ont eu raison. Il faut continuer jusqu’à ce qu’on soit 10 000 à manifester !


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