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CO de 2019-2018/CO n° 1239 du 4 avril 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

Il y a 59 ans Martinique : la tuerie du Lamentin en 1961

Le 24 mars 1961, deux ouvriers agricoles et une couturière sont tués par des gendarmes, derrière l’église du centre-ville du Lamentin.

À la fin du mois de février 1961, une grève éclate dans deux usines sucrières : Le Lareinty qui appartenait au riche béké Roger Aubéry et Le Soudon, toutes deux au Lamentin. Les ouvriers agricoles exigeaient une augmentation de 1 500 anciens francs pour une tâche.

La grève se propageait dans les usines du Nord Atlantique, à Basse-Pointe et à Macouba. Les ouvriers agricoles du Sud de la Martinique se mirent aussi en grève, au François et à Rivière-Salée. Ils faisaient la grève marchante en passant de plantation en plantation pour encourager les autres ouvriers à les rejoindre. La grève marchante est une tradition de la classe ouvrière antillaise.

Les patrons békés ne veulent pas céder sur l’augmentation de salaire : « plutôt perdre la récolte que de donner un sou » disaient-ils. Des ouvriers agricoles sont arrêtés et des briseurs de grève sont engagés sur les plantations.

Le 24 mars 1961, à 12h30, les gendarmes barrent la route à des ouvriers agricoles qui manifestent au Lamentin. Les forces de l’ordre arrêtent deux d’entre eux. La population s’est rassemblée au bourg du Lamentin pour exiger leur libération.

Le soir, à la sortie de l’église, Roger Aubéry vient provoquer la population. Cette dernière riposte. Aubéry est obligé d’aller se réfugier dans une petite boutique. Pour disperser la foule en colère, les gendarmes lancent des gaz lacrymogènes et tirent avec leurs mitraillettes.

Ils tuent trois personnes : Alexandre Laurencine, 21 ans, ouvrier agricole ; Édouard Valide, 26 ans, ouvrier agricole ; Annette Marie-Calixte, 24 ans, couturière. Il y a 25 blessés. Pendant l’enterrement de ces trois victimes des forces coloniales, Georges Gratiant, maire communiste du Lamentin, lit un texte qui signe une page de la lutte du mouvement ouvrier de la Martinique  sous le nom de discours des trois tombes. Il déclare notamment :
« Qui veut du pain Aura du plomb,
Au nom de la loi,
Au nom de la force,
Au nom de la France,
Au nom de la force de la loi qui vient de France,
Pour nous Le pain n’est qu’un droit, Pour eux Le plomb c’est un devoir ».

Le 14 avril 1961, les ouvriers agricoles signent un accord avec les patrons. Ils ont obtenu une augmentation de salaire de 8 %. Ce n’était pas le montant qu’ils exigeaient, mais c’est une victoire face à des patrons békés qui ne voulaient rien donner.

Cette tuerie des forces coloniales n’était pas la première et n’a pas été la dernière. L’État colonial était aux ordres des patrons békés et réprimait les grèves ouvrières dans le sang. L’histoire de la classe ouvrière aux Antilles est jalonnée par de nombreuses luttes d’ouvriers agricoles et des répressions sanglantes. Elles imprègnent la mémoire collective des travailleurs et de la population.  


Covid-19 : l’hypocrisie du personnel politique

 Après la déclaration d’Emmanuel Macron le 16 mars sur le confinement de la population, les élus politiques de tous bords, députés, sénateurs, maires, conseillers de la CTM se sont succédé dans les médias. Dans une démarche d’union nationale face à la crise sanitaire, ils ont demandé à la population de respecter le confinement chez soi. Ils lui recommandaient aussi de prendre des précautions et cela se comprend, parce que c’est la meilleure façon d’éviter la propagation du virus.  

Les parlementaires ont adressé une lettre au président Macron lui demandant de porter une attention particulière à la situation en Martinique, compte-tenu des différents problèmes sanitaires, chlordécone entre autres. Ils exigent aussi qu’un dépistage généralisé soit mis en place sur l’île.

Cette bienveillance envers la population peut surprendre, tant ils se sont montrés discrets voire silencieux durant des années lorsque se nouaient les drames humains liés à l’usage volontaire du chlordécone par les capitalistes de la banane. Ils savaient alors pertinemment que, depuis 1975, ce produit sous le nom de Képone était interdit aux États-Unis après l’accident de Hopewell où la toxicité du produit était reconnue sous trois angles : cancérogénèse, risques de stérilité masculine et écotoxicité. Mais prendre position, cela voudrait dire dénoncer et rendre responsables les capitalistes de la banane de Martinique. Ils ont consciemment répandu ce poison à grande échelle sur la majeure partie des terres cultivables en banane. Et ils savaient les conséquences dramatiques que cela allait entraîner sur la santé de la population et surtout sur celle des ouvrières et ouvriers agricoles. Mais leurs profits devaient passer avant tout. En clair, ces hommes et femmes politiques savent très bien comment se comporter pour ne pas écorcher les capitalistes locaux. C’est un choix politique. Ils savent rester dans leur rôle en tant que représentants ou « conseillers » au service des donneurs d’ordre, les exploiteurs, les capitalistes. Face à la crise sanitaire aujourd’hui, due à la propagation du Covid-19, on ne les entend pas sur les comportements des capitalistes locaux vis-à-vis des risques qu’ils font prendre aux salariés, pour ne pas les dénoncer, les obliger à fermer leurs entreprises qui ne sont pas indispensables aux besoins sanitaires actuels.

Aujourd’hui, on les entend parler d’une seule voix avec le pouvoir parisien dans le cadre de cette crise sanitaire. Fout sa bêl !!! Alors nous disons Non à leur union nationale. Oui à tous les combats qui nous permettront, à nous travailleurs, de sauver notre peau dans la crise actuelle.  


Haïti : l’épidémie frappe, les pauvres exposés

Au 30 mars, le gouvernement a déclaré 15 cas de Covid-19. Bien en deçà des cas potentiels.

L’état d’urgence sanitaire a été décrété le 19 mars et les écoles, universités, entreprises ont été fermées, de même que les lieux de culte et les frontières terrestres et aériennes. Un couvre-feu a été instauré avec interdiction de rassemblement de plus de dix personnes, et la circulation de la population a été restreinte. La mise en place du dispositif est contrôlée par la police qui fait du zèle comme au marché du Cap où elle a détruit les étals des petites marchandes le 25 mars pour les obliger à abandonner la rue.

L’épidémie touche le pays et les plus exposés sont les populations pauvres des quartiers populaires, des bidonvilles ou des camps bâtis après le tremblement de terre. Pour eux qui cherchent à survivre au jour le jour, le confinement est une épreuve inimaginable. Une marchande explique : « je dois sortir, si ce n’est pas le virus qui me tue, c’est la faim et la misère qui me tueront ».

Les nantis, les patrons n’ont pas ce problème, ils peuvent toujours remplir leur garde-manger et se confiner en attendant que la vague passe, et certains visent aussi des profits. En accord avec le gouvernement, les patrons de quatre entreprises ont décidé la réouverture pour la fabrication de masques avec la perspective de les exporter vers les États- Unis.

Alors que les services de santé sont inexistants, le gouvernement promet l’arrivée prochaine de matériels commandés à la Chine tels que masques, blouses, solutions hydroalcooliques, tests de dépistage, respirateurs. Les habitants des quartiers populaires essaient eux de se prémunir avec les moyens du bord en l’attente d’hypothétiques tests de dépistage. Dans certains quartiers en ville, comme dans les provinces, il y a des habitants, des groupes qui prennent des initiatives pour rappeler les mesures d’hygiène et aider à les mettre en place. Certains se préparent à faire les distributions de matériels de protection et de désinfection si ceux-ci arrivent. C’est en se prenant en main, en agissant pour leurs propres intérêts que les pauvres pourront affronter cette nouvelle épidémie.  


 Martinique : au CHUM, une transparence opaque

Jour après jour le développement de la pandémie de Covid-19 s’aggrave. En Martinique, le dimanche 29 mars, 111 cas avaient été dépistés et 12 patients se trouvaient en réanimation au CHU de Martinique.  

Devant la gravité de la situation, la direction de l’établissement joue la transparence. En plus des bulletins d’information Coronavirus, elle organise des réunions Covid-19 en présence des représentants des syndicats. Elle communique notamment sur les réorganisations des services de soins nécessaires pour la prise en charge des malades, sur les stocks d’équipements de protection individuels (EPI) – masques et gants, sur les lunettes de protection ou autres matériels et appareils et les commandes en cours. Mais il y a un décalage entre les annonces faites et la réalité sur le terrain.

Ainsi, au début de la semaine, on a frôlé la rupture en masques et les dotations étaient faites au compte-goutte pour les services de soins. Quant aux agents des autres services, en contact eux aussi avec des personnes susceptibles d’être infectées, ils ont encore moins d'information et moins d'accès aux mesures de protection. Il y a le cas des respirateurs, ces machines essentielles en réanimation pour permettre la ventilation du patient lorsque les poumons sont défaillants. Cent ont été annoncés par la direction alors qu’il n’y en avait que 50 à l’inventaire. Les autres devraient venir des blocs opératoires ou encore d’une clinique. Alors comme le disait une responsable syndicale, « nous sommes en deçà des quantités de sécurité ».

Des belles déclarations voire des encouragements sont servis en lieu et place des moyens demandés. L’hypocrisie ne coûte pas cher ! Pendant des années, le personnel, médical et non médical, les agents de toutes les catégories, n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme pour : exiger du matériel, exiger une augmentation des effectifs permettant des roulements, des remplacements, exiger des formations dans des bonnes conditions. Ils se sont heurtés à des murs.

Aujourd’hui, on voit le résultat d’une telle politique dans les hôpitaux. On voit bien les risques qu’elle entraine pour les travailleurs et la population. Cette politique de restriction des budgets de la santé et des services publics a été menée, pour détourner l’argent public vers les coffres-forts des gros possédants. Aujourd’hui, les agents des hôpitaux en payent le prix fort ainsi que la population. Et le pire n’est pas encore atteint. Dernière Heure Dans un communiqué daté du 30 mars, l’ensemble des organisations syndicales du CHUM appelle le personnel à exercer son droit de retrait le jeudi 2 avril si des solutions urgentes et pérennes ne sont pas apportées par l’ARS, la préfecture, le ministère de la Santé, notamment au manque d’équipements de protection et de tests.  


Avis aux lecteurs et aux abonnés : parution du journal pendant la période de confinement

En raison de l’épidémie de Covid-19, et des mesures utiles de confinement, nous n’imprimerons pas notre journal. Nous ne pourrons pas faire de ventes militantes. Par contre, le journal numérique continuera à paraître. Vous le recevrez par internet en PDF ou alors sur notre site combat-ouvrier.net. Il en sera de même pour les bulletins d’entreprise. Communiquez-nous votre adresse courriel et celle de vos amis, et familles. Merci !  


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