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CO de 2019-2018/CO n° 1239 du 4 avril 2020/Pages 3 et 4

Pages 3 et 4

Une population fragilisée par le sous-développement

Le coronavirus peut s’avérer mortel pour tous. Mais il est particulièrement dangereux pour les personnes atteintes de maladies chroniques, qui sont très nombreuses en Martinique et en Guadeloupe.  

Ces maladies chroniques, qualifiées de « comorbidités » car elles accentuent le risque de mourir du Covid-19, sont beaucoup plus fréquentes dans les territoires d’Outremer qu’en France. C’est le résultat du sous-développement de ces territoires, l’héritage d’une situation coloniale qui n’a pas complètement disparu.

En Guadeloupe et en Martinique, les cancers sont très fréquents. La prévalence du cancer de la prostate, par exemple, est la plus élevée au monde. La pollution des sols et des eaux par le chlordécone aggrave la situation : 95 % de la population est contaminée. Ce poison a été utilisé massivement pour favoriser les profits des gros békés planteurs de banane, au détriment de la santé de la population, à commencer par celle des ouvriers agricoles.

D’autres maladies graves sont très présentes sur nos territoires comme le diabète, l’hypertension, ou l’obésité. Toutes sont liées à une alimentation de mauvaise qualité et à une mauvaise hygiène de vie. La cause principale est la pauvreté, qui empêche la majorité d’accéder à un mode de vie plus sain.

Il y a d’autres maladies graves qui frappent régulièrement nos îles, ce sont les épidémies transmises par les moustiques comme la dengue, le zika ou le chikungunya. Ces épidémies sont d’origine naturelle. Mais elles sont aggravées par le manque général d’hygiène et d’entretien, les ordures non ramassées étant par exemple des gîtes propices à la prolifération des moustiques. C’est la même chose pour la leptospirose, une maladie mortelle transmise par les rats.

Une dernière conséquence du sous-développement des territoires d’Outremer, c’est l’exode des jeunes. Le chômage massif, qui frappe six jeunes sur dix, pousse les jeunes à partir afin de trouver du travail. Cela provoque un vieillissement général de la population, ce qui est facteur de risque supplémentaire face à l’épidémie actuelle de Covid-19.  


Secteur pétrolier : gérants négligents, employés oubliés

 Le 16 mars, Emmanuel Macron a décrété le confinement pour tenter de bloquer la circulation du virus. Toutes les activités étaient concernées, à l’exception de celles indispensables à la vie courante. Le secteur pétrolier en faisait partie.  

Cette exception a servi de prétexte aux gérants de stations-service pour imposer aux employés d’être présents sans jamais vouloir mettre en place des mesures de protection adéquates. Rappelons que les employés des points de vente sont très exposés car en contact permanent avec les clients : pompes à essence, boutique, livraison de gaz, etc. Dans une station de Schoelcher, malgré l’alerte d’un élu du CSE (Comité social et économique), la direction n’envisageait pas de prendre de mesures de protection particulières. Il a fallu des menaces de mises en droit de retrait pour qu’elle change de ton et organise la protection des employés, en leur fournissant notamment des masques et des gants. Plusieurs jours plus tard, on a vu le président du syndicat des gérants lors d’un reportage diffusé par la télévision faire de belles déclarations pour tenter de donner l’impression que la sécurité des employés était sa préoccupation.

Cette situation révèle, s’il en était besoin, que la sécurité des salariés est le cadet des soucis des gérants, dans un secteur où les salaires sont bas et les conditions de travail très dures. Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’ils estiment avoir le soutien plus que bienveillant de l’État. Pour se protéger, heureusement que les salariés ont su se mobiliser sur leur lieu de travail.


Succès juridique pour l’UGTG

Dans sa requête en référé, l’UGTG avait demandé au tribunal d’enjoindre l’ARS (Agence régionale de santé) et le CHU (Centre hospitalier universitaire) de la Guadeloupe de passer commande de 200 000 tests de dépistage du coronavirus et de doses nécessaires au traitement du Covid-19 par l’hydroxychloroquine et l’azithromycine.  

L’UGTG soulignait la condition d’urgence compte-tenu de la dégradation constante de l’état sanitaire du pays et en particulier de la Guadeloupe due à la propagation très rapide du Covid-19. Le tribunal a jugé cette requête recevable alors qu’elle avait été rejetée par le CHU et l’ARS quelques jours avant. Il ordonne au CHU et à l’ARS de satisfaire la requête de l’UGTG. Maintenant, l’UGTG réclame avec raison que le jugement soit exécuté. Cette affaire fait l’effet d’une bombe aux Antilles et en France. Le camouflet infligé aux autorités sanitaires locales et donc à l’État ne peut que satisfaire la population et tous les travailleurs de la santé. Et en particulier ceux qui se battent depuis des années contre la dégradation organisée de la santé publique pour réaliser des économies. Cette politique se paye aujourd’hui par des milliers de morts dans les hôpitaux et hors de ceux-ci.


La loi d’urgence sanitaire, contre les travailleurs

 En plein confinement, le gouvernement en a profité pour faire voter par le parlement une loi scélérate qui s’en prend aux droits des travailleurs. La loi n° 2020-290 « d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 » du 23 mars 2020 autorise le gouvernement à publier pendant deux mois des ordonnances, méthode dictatoriale pour de nouvelles attaques contre la population et des cadeaux au grand patronat. Pour les patrons, 45 milliards d’euros en soutien face à la crise et 300 milliards de prêts garantis par l’État. Voilà où iront les sommes introuvables pour la rénovation du système médical si défaillant aujourd’hui.

Pour les salariés, avec cette loi « toutes les entreprises quelle que soit leur taille » pourront imposer « l’activité partielle ». Déjà certains salariés mis au chômage partiel voient leur salaire amputé de 300 à 500 €.

Les congés payés sont attaqués. La loi permet « à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates des jours de réduction du temps de travail, des jours de repos prévus par les conventions de forfait et des jours de repos affectés sur le compte épargne temps du salarié, en dérogeant aux délais de prévenance et aux modalités... du code du travail et... du statut général de la fonction publique ». Les travailleurs sont invités à prendre leurs congés pendant la crise. Il sera aussi possible d’imposer une réduction des congés annuels au nom de la solidarité. Tout pour plaire au Medef !

La fin des 35 heures ? Dans les entreprises « particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale » il sera possible « de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical ». Douze semaines de 48 heures, parfois de 60 heures, sont prévues au nom de la crise. Le repos entre deux périodes de travail passe de 11 à 9 heures ! Ils ont pensé à tout : malgré les aides de l’État, les patrons pourront verser en retard aux travailleurs les sommes « au titre de l’intéressement... et la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat ». Elles pourront être payées avec sept mois de retard. Cette loi dite provisoire est scélérate. Sous prétexte de guerre contre l’ennemi Covid-19, ce sont les travailleurs et les couches populaires qu’on envoie en première ligne sur le front, comme dans toute guerre. Pendant ce temps les planqués de l’arrière, les bourgeois, les possédants continuent à engranger les profits et à se vautrer dans le luxe.  


Confinement… sauf pour la chair à profit !

Limiter le plus possible les déplacements et les regroupements, c’est nécessaire pour éviter que le nombre de malades du Covid-19 augmente. Bien qu’ils soient indemnisés, certains patrons de France et d’Outremer veulent absolument que leur machine à profits continue à fonctionner, quitte à mettre en danger la santé des travailleurs.

Des chantiers ont fonctionné depuis le début du confinement tel que celui du nouveau CHU de la Guadeloupe. Ce secteur serait vital si on décidait de construire un hôpital en dix jours pour pallier la propagation du virus, ce qui n’est pas le cas. À Clermont-Ferrand, en Auvergne, les travailleurs de Michelin continuent à produire des pneus pour l’armée et les métros. Les usines de l’industrie de l’automobile de PSA avaient fini par fermer. Le lundi 30 mars, les usines de Valenciennes et de Douvrin vont rouvrir espérant trouver respectivement 200 et 170 volontaires. C’est un scandale. Alors qu’un virus dangereux se propage, les capitalistes de Michelin et de PSA cherchent à faire toujours plus de profit.

Toutes les entreprises du secteur de l’agroalimentaire peuvent continuer à fonctionner car considérées comme vitales. Certaines entreprises font partie de ce secteur mais sont loin d’être essentielles. Comme les plantations de banane où les patrons de Martinique et de Guadeloupe exercent une pression énorme sur les ouvriers agricoles pour qu’ils viennent travailler. Ou encore l’industrie des glaces en Guadeloupe où le patron de Socrema/Sodiglaces, le béké Despointes, demande à ce que les travailleurs viennent produire des glaces ! Ces capitalistes avares de richesses profitent du fait que leur entreprise fait partie du secteur de l’agroalimentaire. Ils sont à l’image de tout le système capitaliste : aucun bon sens, il n’y a que le profit qui prime.

Macron l’a répété plusieurs fois : « nous sommes en guerre ». Mais, quand on est « en guerre » contre un virus, on donne tous les moyens nécessaires aux hôpitaux, on oblige toutes les entreprises non-indispensables à fermer, on mobilise du monde pour produire du gel hydroalcoolique et des masques. Mais non, l’État fait tout pour que les capitalistes puissent au maximum continuer à faire des profits, quitte à mettre en péril la santé des travailleurs.  


Encore des coupures d’eau criminelles

En plein état d’urgence sanitaire dû à l’épidémie de coronavirus, les coupures d’eau continuent en Guadeloupe. La population est en confinement depuis le 17 mars et doit éviter les sorties pour éviter de propager le virus. Mais, comme depuis des années, elle subit des coupures allant de 12 heures à plusieurs jours. Durant la semaine du 23 mars des habitants du Gosier n’ont pas eu d’eau pendant près de cinq jours. Le 21 mars c’est l’hôpital de Capesterre-Belle-Eau qui s’est trouvé privé d’eau courante pendant plusieurs jours. Les coupures intempestives posent déjà en soi de graves problèmes sanitaires. Avec l’épidémie de coronavirus c’est une catastrophe sanitaire qui se profile. Comment faire le plus simple des gestes barrières, se laver les mains ?

Le 18 mars, face à la situation, le préfet a décidé d’installer des points de ravitaillement en eau non-potable. Aurait-il oublié que l’eau se boit également ? Dans cette situation c’est de l’eau potable dont la population a besoin. D’autre part, cette mesure oblige les privés d’eau à se déplacer, au mépris des mesures de confinement.

Voilà où conduit le manque de financement massif et urgent pour refaire le réseau d’adduction d’eau. On sait depuis longtemps qu’il faut au moins un milliard d’euros. À la place on saupoudre de petites sommes minables.