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CO de 2019-2018/CO n° 1239 du 4 avril 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Les travailleurs n'ont pas à payer la facture du coronavirus

La pandémie due au Covid-19 se propage à grande vitesse dans le monde. En France, on en mesure la gravité par les 22 000 personnes hospitalisées, par plus de 3 500 décès et des hôpitaux débordés.  

Dans ses discours, le président de la république, Macron, rend régulièrement hommage au dévouement et à l'engagement des personnels des hôpitaux et des soignants. Il a même dit dans sa déclaration du 12 mars que la santé n'a pas prix. Eh bien chiche ! L'année dernière ces mêmes agents de la santé, des hôpitaux publics et surtout des urgences avaient déjà sonné l’alarme par des grèves et des manifestations. En Guadeloupe aussi pendant deux mois de grève. En Martinique, les agents hospitaliers ne cessent depuis des années de dénoncer la pénurie de personnels et de matériel. Les gouvernements sont restés sourds et ont poursuivi leur politique de casse des services publics de la santé. Depuis deux semaines, on entend, sur les médias, ce personnel des hôpitaux, des médecins, des soignants et infirmiers libéraux dénoncer le manque de gants, de masques, de gel hydro-alcoolique, de lits, de tests de dépistage, de médicaments, de matériel de réanimation pour faire face à la pandémie du Covid-19. Ce n'est que quinze jours après le début du confinement que le ministre de la santé a annoncé la commande de plus d'un milliard de masques, de cinq millions de tests et des lits supplémentaires pour la France et les Outremer. Les gouvernements se préoccupent plus des profits des capitalistes que de la santé des travailleurs. L'État et le grand patronat font travailler des salariés dans des secteurs non vitaux pour la population. Souvent, ces patrons ne prennent aucune mesure sanitaire pour protéger leurs salariés.

Le gouvernement a déjà promis aux patrons plus de 345 milliards d'aides. Qu'a-t-il prévu pour les salariés ? Pour tous ceux qui sont au front, les caissières, les éboueurs, les ouvriers, ceux qui font le ménage, qui risquent leur vie au quotidien ? Macron a rendu hommage à « ces salariés de la deuxième ligne » dans son discours, mais poursuit les attaques contre les droits des travailleurs à coup d’ordonnances. Le gouvernement veut faire payer aux travailleurs la facture du Covid-19 et la crise économique qui s'annonce. On leur demande de faire des sacrifices, de se mettre au travail sans compter les heures, pour refaire partir la machine de l'économie capitaliste. On leur demande de renoncer aux congés, aux RTT etc. Ce n'est pas aux travailleurs de payer la facture, mais aux riches. Les actionnaires du CAC 40 ont touché plus de 60 milliards en 2019. C'est à eux de payer. Selon le proverbe chinois : « le peuple est comme l'eau, il peut porter votre bateau ou bien il peut le faire chavirer et le couler ». Les travailleurs et la population pauvre sont les mieux placés pour faire chavirer ce bateau par une lutte collective de grande ampleur. Car ce sont eux qui produisent toutes les richesses et qui font tourner la machine économique. Oui, il est temps de remettre en cause la gouvernance des serviteurs politiques du grand capital. Il est temps de remettre en cause le système capitaliste lui-même, et d’aller vers l’expropriation des grands possédants. Leur système est en faillite. Les revendications immédiates d’urgence sur l’emploi, les salaires, la santé doivent être défendues pied à pied. Comme doit être défendue et et répandue l’idée qu’il faudra bien renverser un jour ou l’autre ce système par la révolution politique et sociale des travailleurs et des pauvres.  


Habitation Case Paul : les travailleurs vigilants

Macron a instauré le confinement de la population à partir du 17 mars pour freiner la circulation du coronavirus. Mais il a aussi déclaré que certaines activités essentielles n’étaient pas concernées, notamment dans le secteur alimentaire. Il n’en fallait pas plus pour que les patrons de la banane estiment faire partie de ce secteur et pouvoir imposer aux ouvriers d’être présents. Même lorsque des faits auraient dû les conduire à adopter le « principe de précaution ».

C’est cette situation qu’ont dû affronter les ouvriers de l’habitation Case Paul à Macouba dirigée par Brigitte Marraud-des-Grottes. Une ouvrière, ayant participé à une croisière début mars, a repris le travail aux côtés de ses collègues sans se signaler. Elle a par la suite été hospitalisée le 17 mars, suspectée d’être infectée par le coronavirus et s’est vite retrouvée en réanimation au CHUM. Informés, les ouvriers ont alerté la gérante, le 20 mars, ainsi que l’inspection du travail. Cette dernière a demandé à la gérante de lui faire connaitre les mesures qu’elle avait prises pour protéger le personnel. Démarche à laquelle la gérante n’avait toujours pas donné suite le 23 mars. Pire ! Cette gérante a refusé d’entendre les représentants du personnel, menaçant même ces derniers qui avaient appelé les ouvriers à se mettre en droit de retrait.

Il aura donc fallu la réaction des travailleurs et des syndicats pour contraindre la gérante à respecter un minimum de prévention anti Covid-19.


Dans la métallurgie le virus du profit plus fort que le Covid-19

À Arcélor Mittal à la Pointe des Grives à Fort-de-France, la pilule n’est pas passée ! Dans cette entreprise on fabrique aussi des tôles et autres accessoires de toiture, et le personnel a travaillé jusqu’au jeudi 19 mars. Le directeur du site s’est cru plus scientifique que les scientifiques. Il a voulu faire comprendre aux ouvriers et au personnel de bureau qu’ils peuvent travailler et fabriquer des tôles « en toute sécurité ». Donc, il leur a demandé de « se confiner au travail avec masque et gants ». Mais ce genre de prestation médicale à l’emporte-pièce n’a pas convaincu les salariés. Ils trouvaient la potion amère et chaque jour arrivaient au travail inquiets, craignant de se contaminer entre eux ou de l’être par la clientèle.

Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est une altercation entre une cliente et un ouvrier livreur. Ce dernier faisait en sorte que la livraison se fasse dans les meilleures conditions de sécurité pour lui, en prenant le temps qu’il fallait. Le ton est alors monté entre la cliente et l’ouvrier. Très rapidement les autres salariés en ont profité pour dire qu’ils ne pouvaient plus travailler dans de telles conditions. Ils ont exigé d’être confinés plutôt chez eux que dans l’entreprise. Ce fut chose faite, le médicament a donc été trouvé, et dès le lendemain, tout le personnel a été mis en chômage partiel jusqu’à ce jour.

À Biométal le coffre-fort avant tout Malgré le confinement de la population, la direction de Biométal au Robert a cherché par tous les moyens à redémarrer la production. Cette entreprise a pour activité de produire des armatures, des tôles pour toiture et de bardages. Elle produit aussi des treillis soudés ou des ronds à béton. Une activité qui n’a rien à voir avec celles des entreprises qui ont été autorisées à fonctionner. C’est-à-dire le commerce d’alimentation, pour permettre à la population de se ravitailler en nourriture et accessoires utiles, les pharmacies pour les médicaments et masques, les hôpitaux et cliniques pour soigner les malades.

On ne voit pas en quoi une entreprise comme Biométal est indispensable à la lutte contre la pandémie et à la vie quotidienne, et peut servir aux besoins nécessaires pour une population confinée. La seule raison vient du fait que le patron ne cherche qu’une seule chose : assurer la continuité de ses profits au mépris de la santé de son personnel et de leurs familles.  


Des travailleurs combatifs

À la SA Bois-Debout, en Guadeloupe, du 16 au 18 mars, les travailleurs de la banane ont fait grève et ont obligé le patron à mettre des gants et des masques à leur disposition. À Socrema /Sodiglaces, le lundi 23 mars, les chauffeurs de camions de glaces ont refusé de travailler et ont obtenu que tout le monde ne travaille pas en même temps. Ces travailleurs montrent l’exemple. Face à l’action de capitalistes aveuglés par la recherche de profits, la réaction des travailleurs est plus que nécessaire.  


La Poste : face au coronavirus, un exemple ?

Les postiers peuvent continuer à rendre service à ceux qui n’ont pas internet et doivent effectuer des démarches administratives. Les locaux ont été aménagés pour que clients ou postiers ne soient pas contaminés. Chaque jour seule la moitié des collègues sont présents. Chacun travaille un jour sur deux et à partir du 30 mars fera trois jours de travail par semaine, en étant payé à 100 %.

Ces mesures ont été imposées au ministre Le Maire par une mobilisation en France. Elles ont été appliquées intégralement en Guadeloupe, la récente grève où les postiers avaient fait éclater leur colère y est pour quelque chose. L’ambiance de travail est bonne.

Chacun trouve le temps de lire, de s’intéresser aux problèmes de ses enfants, de la société. Certains se disent déjà qu’avec la reprise des activités, une mobilisation pour des embauches pourrait faire perdurer cette organisation.


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