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CO de 2019-2018/CO n° 1237 du 7 mars 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

Coronavirus : le virus du capitalisme est plus dangereux

L’épidémie de coronavirus (Covid-19) se développe à l’échelle de la planète. Trois cas de Covid-19 ont été détectés en Outremer : un à Saint-Barthélemy et deux à Saint-Martin. Mardi, deux nouveaux cas suspects étaient annoncés. Pour l’instant, aucun cas n’est signalé en Guadeloupe et en Martinique. Il y a 212 cas en France au mardi 3 mars et ce nombre évolue quotidiennement.

L’essentiel des annonces concerne les hôpitaux qui devront accueillir les malades. Mais le système hospitalier français risque bien de ne pas être capable de faire face à un afflux de malades. C’est ce qu’a expliqué le docteur Prudhomme, de l’Association des médecins urgentistes de France : « Les moyens dédiés aux services de maladies infectieuses se feront au détriment d’autres services. » Il en sera de même, selon ce médecin, pour les tests de dépistage, car tous les hôpitaux n’ont pas les moyens nécessaires. La situation créée par l’épidémie risque bien de voir déshabiller Pierre pour habiller Paul. Alors, la question n’est pas seulement la propagation de virus et son lot de décès. La question est aussi celle des choix économiques faits par tous les gouvernements depuis bien longtemps, au détriment des hôpitaux et du système de santé. La semaine dernière, en Guadeloupe, on ne comprenait pas pourquoi il a fallu envoyer en Guyane les prélèvements faits sur trois suspects.

Cela signifiait qu’en Guadeloupe il n’y avait pas le nécessaire pour analyser les prélèvements. C’est encore un scandale. Aujourd’hui, il y a ce qu’il faut en Guadeloupe, et c’est la moindre des choses. De plus, on nous dit de nous laver les mains très souvent, encore faut-il qu’il y ait de l’eau tout le temps au robinet et que cette eau soit propre ! Ary Chalus, le président de région a dit bravement que si l’avion venant d’Italie n’était pas interdit en Guadeloupe il se mettrait en tête des Guadeloupéens pour bloquer cet avion, alors qu’il savait très bien qu’il n’aurait pas à le faire. Alors quand verra-t-on Chalus se mettre en tête des manifestations pour exiger les fonds pour l’eau en Guadeloupe ou pour exiger des emplois et des salaires corrects ? Le coronavirus est moins dangereux pour l’avenir du monde que le virus de la finance et du capitalisme sauvage.

Si les bourses mondiales s’effondrent c’est plus en raison du jeu des spéculateurs financiers que du virus. Le coronavirus est un bon prétexte. Les spéculateurs spéculent sur tout : sur une déclaration politique, même sur le temps qu’il fait. Car on peut spéculer à la hausse comme à la baisse. Les possesseurs de capitaux, ceux que les médias nomment les marchés financiers, sont sans cesse à la recherche du meilleur placement, de la meilleure opération spéculative. Ils utilisent chaque événement, chaque crise dans un pays ou un secteur économique, comme un terrain de jeu pour accroître leur fortune.

La rapacité de la finance est une menace bien plus grave que le Covid-19. Et le traitement pour éviter l’effondrement catastrophique de l’économie mondiale n’est pas médical. Il est social. Il exige d’arracher à la bourgeoisie irresponsable les leviers de commande de la société !  


États-Unis Libération de militants de MOVE

Article du journal THE SPARK journal trotskyste des États-Unis qui partage les mêmes idées que nous. (Parution du 17 février 2020)  

Delbert Africa et Chuck Africa ont finalement été libérés sur parole en janvier et février après avoir été emprisonnés par les autorités de Pennsylvanie pendant 42 ans. Ce sont des leaders de l’Organisation MOVE, mouvement noir de libération à Philadelphie. Avec sept autres hommes et femmes ils ont été accusés collectivement d’avoir tué par balle un flic de Philadelphie lors d’un raid mené par des centaines de policiers contre la maison commune de MOVE en 1978.

L’ex-flic Frank Rizzo s’est fait un nom en attaquant MOVE en tant que commissaire de police et ensuite comme maire. En 1976 les policiers de Rizzo ont frappé un bébé que tenait entre ses bras un membre de MOVE, écrasant le crane du bébé. Les attaques contre MOVE ont continué après son administration. Sous un autre maire en 1985, les flics ont lancé une bombe incendiaire sur le local de MOVE, tuant 11 militants de MOVE.

Toute une série d’autorités ont maintenu Delbert Africa et les autres en prison : six gouverneurs, 10 procureurs d’État, six maires et six procureurs de ville élus. C’est seulement en 2018 que le bureau de libération sur parole de l’État a commencé à les libérer. Parmi ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés se trouvait le journaliste, membre de MOVE et ancien militant des Black Panther Mumia Abu-Jamal, maintenu jusqu’à ce jour en prison par un coup monté. Après sa libération, Delbert Africa a déclaré : ”Nous avons souffert le pire de ce que ce système peut nous faire : des dizaines d’années de prison, la perte de ceux qui nous sont chers. Ainsi, nous savons que nous sommes forts. Malgré tout cela, nous sommes encore là et je regarde cela avec fierté. »


Élections municipales : à propos de l’abstention et du vote blanc

D’élection en élection, de plus en plus de personnes ne vont pas voter, ou votent blanc. Ce sont les couches populaires qui s’abstiennent, par dégoût envers des politiciens qui font des promesses jamais tenues, car ils ne sont que des larbins du grand patronat. C’est ce qui explique l’abstention massive. En 2014, au premier tour aux Abymes, il y a eu 38,39 % d’abstentions c’est-à-dire plus de 14 000 personnes qui ne sont pas allées voter. À Capesterre-Belle-Eau il y a eu 36,88 % d’abstentions soit 5 600 personnes. À Fort-de-France il y a eu 58,94 % d’abstentions, soit plus de 38 000 personnes.

D’autres choisissent de voter blanc ou nul. Ils se déplacent dans leur bureau de vote, mais ils signalent de cette manière qu’à leurs yeux, aucun candidat n’est valable. À Capesterre en 2014 il y a eu 4 % de bulletins blancs et nuls soit 393 personnes qui ont mis un bulletin blanc ou nul dans l’urne. C’est 100 voix de plus que ce que nous avions obtenu. Aux Abymes, il y a eu 6,82 % de bulletins blancs ou nuls, soit plus de 1 500 personnes. À Fort-de-France il y a eu 3,01 % soit près de 2 000 personnes. Mais s’abstenir, ou voter blanc, c’est se taire. Même si ce sont les luttes collectives qui changent les choses, et pas les élections, le bulletin de vote permet de dire aux possédants, et aux politiciens à leur service, qu’on veut en finir avec cette société capitaliste injuste.

Le meilleur moyen d’exprimer sa colère c’est de voter pour les listes de Combat ouvrier, en Martinique et en Guadeloupe, et de Lutte ouvrière, en France et à la Réunion. Partout où nos candidats se présentent pour faire entendre le camp des travailleurs, il est important que les exploités et les opprimés votent pour eux !


Haïti : après la révolte armée de la police

 Des policiers armés en uniforme et encagoulés, accompagnés de civils armés ont violemment manifesté dans les rues de la capitale les 17 et 19 février, réclamant de meilleures conditions de travail et la reconnaissance d’un syndicat. Devant l’absence de réponse du gouvernement, ils ont brûlé les stands de carnaval à Port-au-Prince le dimanche 24 et ont attaqué le quartier général de l’armée. Il y a eu un mort dans chaque camp. Des passants ont été blessés par des balles perdues et un en est mort. Les policiers revendiquèrent alors la démission du président Jovenel Moïse.  

Pour les calmer, le gouvernement a formé une commission qui a rencontré les responsables de leur syndicat le 27 février. Les policiers réclament la réintégration de leurs cinq collègues exclus de la police, dont la secrétaire du syndicat, et la reconnaissance officielle d’un syndicat dans la police, des discussions sont en cours. Des travailleurs, certains jeunes ont spontanément apporté leur soutien aux policiers en lutte contre leur hiérarchie et le gouvernement pour exiger de meilleures conditions de travail.

Il est vrai que nombre d’entre eux mènent une vie misérable avec leurs familles dans les quartiers déshérités de la capitale et des villes de province. Certains autres ont basculé dans le grand banditisme pour fuir leurs mauvaises conditions de vie. Mais tous sont utilisés par le haut État-Major de la police pour réprimer leurs frères et sœurs de classe. Ils sont un corps d’État au service des classes possédantes. C’est par le truchement de ces corps armés, certains légaux, d’autres illégaux, que la bourgeoisie et les politiciens à son service maintiennent la majorité de la population dans une misère abjecte.

Certains travailleurs peuvent exprimer le souhait de voir ces policiers adopter une autre attitude à leur égard. Il n’est pas impossible que parmi ces policiers, en effet, il y en ait qui soient sensibles aux revendications de la classe ouvrière, des paysans pauvres, des djobeurs et des chômeurs. Il y en a peut-être qui en ont marre d’exercer la force brutale contre les travailleurs au profit des barons de la drogue, des politiciens cupides, des patrons qui sont tout aussi méprisants envers eux. Contestant leur hiérarchie, ces policiers peuvent bien souhaiter rejoindre le camp des travailleurs et des masses exploitées. Les travailleurs peuvent élargir cette faille qui se dessine peut-être entre la hiérarchie et la base de la police. De retour dans son quartier le policier se retrouve face à la pression du proche, de la famille, du voisin. Une pression amicale pour ceux qui se comportent correctement, plus dure pour ceux qui sont hostiles à la population.

Réagir ainsi face aux policiers peut être à la portée des habitants de certains quartiers organisés autour de travailleurs qui, menant déjà des luttes dans les entreprises, ont la notion d’organisation. Ces pressions sont une arme pour désorganiser la police et en faire passer le plus possible du côté des travailleurs. Sinon, tout naturellement elle se rangera tôt au tard entièrement du côté des exploiteurs.


Turquie : la vie des migrants pauvres ne compte pas

Depuis le vendredi 28 février, la Turquie a annoncé qu’elle n’empêchera plus les migrants de se rendre à la frontière avec la Grèce, qui est également celle de l’Union européenne.  

Des milliers de migrants fuient la Syrie pour tenter de survivre au massacre qui se produit à Idlib, une ville frontalière entre la Turquie et la Syrie. D’autres viennent d’Afghanistan, du Pakistan, de Somalie et d’Irak. Ils passent par la Turquie pour arriver dans l’Union européenne. Depuis plusieurs semaines, il y a une guerre entre la Turquie et la Syrie à Idlib. La Turquie ne veut plus s’occuper de retenir les migrants sous prétexte que 34 militaires turcs sont morts en Syrie et que l’Union européenne ne veut pas aider la Turquie en envoyant des moyens matériels de guerre. Plusieurs migrants ont été violemment gazés avec du gaz lacrymogène par la police grecque.

La Grèce a annoncé qu’elle est déterminée à ne pas laisser passer les 13 000 migrants. La police à la frontière de la Grèce a été renforcée. La vie de ces personnes ne compte pas pour eux car ce sont des étrangers pauvres. Le renforcement des forces de l’ordre grec semble montrer que la police est prête à faire usage d’un niveau de violence plus élevé qu’elle n’ait jamais utilisé, pour empêcher les migrants de passer.


États-Unis-Afghanistan : un accord de paix ?

Le samedi 29 février les États-Unis ont signé un accord de paix avec les talibans afghans. Trump promet le retrait progressif des troupes militaires américaines sur plusieurs mois. L’accord sert officiellement à laisser la place aux négociations de paix entre le régime des talibans et le gouvernement afghan. Après 18 ans de guerre en Afghanistan cet accord peut apparaitre comme un soulagement pour la population.

Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Cette guerre menée par les États-Unis a complètement ravagé le pays. On estime qu’au moins une centaine de milliers de personnes ont péri parmi la population afghane, et environ 2 000 soldats américains. Trump bien sûr profitera de cette décision pour tenter de se faire réélire. Cet accord n’est pas une garantie de paix, les conflits entre le régime afghan et les talibans sont loin d’être terminés. Est-ce que les Américains laisseront les talibans reprendre le pouvoir ? Qui nous dit que cela empêchera un autre président américain de recommencer la guerre ? Ce qui est sûr c’est que la population afghane ne pourra compter sur aucun de ces gouvernements afghan, taliban et américain pour sortir de ce cauchemar.


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