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CO de 2019-2018/CO n° 1235 du 08 février 2020/Pages 5 et 6

Pages 5 et 6

Feu France Antilles : une histoire coloniale

La création d’un quotidien dans les Antilles-Guyane françaises a été une décision politique. France Antilles a été créé pour discréditer les autonomistes et indépendantistes qui dans le climat de décolonisation des années 1960, après la guerre d’indépendance algérienne, pouvaient influencer une partie de la jeunesse.  

Une création colonialiste de l’État français
Le nouveau quotidien voulu par de Gaulle parut en 1964 en Martinique, puis en Guadeloupe en 1965. Les déclarations qu’on pouvait lire étaient par exemple : « Porter haut la voix de son maitre, la voix de la France ». Ou encore :  « Les Martiniquais se rendent compte que leur terre est véritablement une œuvre grande et belle que la France a créée de sa propre chair, et ils lui sont reconnaissants qu’elle les ait instruits, éduqués, qu’ils aient reçu d’elle la liberté et la dignité humaine. » Cela pue le colonialisme et le racisme !

Hersant : un passé de nazi
Le gouvernement de de Gaulle avait finalement choisi pour diriger le journal un homme d’extrême-droite qui ne s’en cachait pas, un maire dans l’Oise, Robert Hersant. Il fait le journal avec l’argent de l’État. Il l’achètera plus tard en 1979. Le passé de nazi de Robert Hersant et son errance politique au plus offrant montrent bien à quel type d’homme on avait à faire.
Après la défaite française face à l’Allemagne nazie, Robert Hersant dirige un groupuscule nazi, le « Jeune front ». En 1947 il est condamné à 10 ans d'indignité nationale pour collaboration avec l'Allemagne nazie, mais bénéficie d'une amnistie générale en 1952. Il retourne ensuite à gauche, au parti radical-socialiste, puis à la FGDS (fédération de la gauche démocrate et socialiste). C'est à ce moment, alors qu'il est un notable de gauche, qu'il rachète Nord-Matin, le journal SFIO des bassins miniers. Dans les années 1970, Robert Hersant passe à droite et devient un soutien de la droite libérale et conservatrice avec notamment le rachat du Figaro. Il devient alors le symbole du gros patron de presse conservateur et conquérant. Il se serait même enrichi au départ grâce à certaines tractations avec les Nazis.

Du torchon colonialiste au journal bourgeois classique
Plusieurs gouvernements furent peu regardants sur le passé de certains capitalistes. Hersant a eu les faveurs d’eux tous tout en devant à de Gaulle de l’avoir mis en selle. Peu importe le fond. France-Antilles fut pendant des décennies un vrai torchon colonialiste.

Si c’est avec émotion que nous évoquons le vendeur Déterville qui criait chaque jour « krim pasyonèl, mi foto ay ! » ou encore le vendeur Découba de Port Louis, les articles volaient très bas. Souvent ils étaient incompréhensibles. Les mécanismes de l’économie étaient présentés de façon confuse. Lors de grèves, le patron avait toujours raison. D’où le surnom de Fwans manti ! repris par la population.

La qualité du journal s’est améliorée avec le temps. Depuis plusieurs années le ton avait changé. Le sérieux des articles était réel. Il égalait petit à petit les grands journaux bourgeois de la France provinciale. Toujours au service des puissants de ce monde mais beaucoup moins minable qu’au début.

Quand on lit les témoignages du dernier numéro de samedi 1er février 2020 on est touché par la sincérité de vrais journalistes professionnels. Mais on découvre aussi les difficultés des exécutants face à un patronat aigrefin et sans vergogne. Nous souhaitons que les 235 salariés retrouvent un travail. Les compétences qu’ils ont acquises devraient les aider.

Le quotidien France Antilles est mort sans doute parce qu’il ne peut plus jouer le rôle politique clef du passé pour l’État et la bourgeoisie locale. Les dangers anticolonialistes et contestataires n’effraient plus. Il aura accompli sa tâche d’une époque et son destin : ceux d’avoir servi fidèlement les assassins d’une centaine de personnes en mai 1967, ceux qui leur en ont donné l’ordre au plus haut sommet de l’État, les juges qui condamnèrent des dizaines de jeunes innocents et des militants anti colonialistes à des mois de prison.

À France Antilles , la bourgeoisie coloniale peut être reconnaissante.


Martinique : la mobilisation des travailleurs de l’EDF

Les travailleurs de l’EDF Martinique ont reçu le président de l’EDF en visite en Martinique comme il fallait : mobilisés et déterminés. Ils étaient en lutte depuis le 5 décembre contre la réforme des retraites et contre le projet « Hercule » de l’EDF. Ce projet prévoit de créer un « EDF bleu », détenu à 100 % par l’État et un « EDF vert », dont environ 35 % seraient mis en bourse. Le nucléaire, les barrages et RTE (les lignes à haute tension) seraient logés dans le « bleu ». Enedis (le réseau de distribution), la vente d’électricité et les services (Dalkia notamment) seraient dans le « vert ». Leur détermination a payé puisqu’ils ont obtenu le respect d’une série d’accords sur les conditions de travail. Ils ont suspendu leur mouvement lundi 3 février.


Guadeloupe : CHU procès. Vengeance patronale

Les syndicats CGTG et UGTG étaient convoqués au tribunal lundi 3 février. Une trentaine de personnes se sont rassemblées au palais de justice de Pointe-à-Pitre. La direction du CHU reproche à tort à ces syndicats d'avoir empêché les travailleurs de rentrer dans l'hôpital alors qu’ils étaient en grève, pendant les mois de juillet et août 2019. Les agents du CHU exigeaient plus de moyens pour soigner les patients ainsi que la titularisation des contractuels. Ce procès est une attaque odieuse de la part de la direction du CHU contre les anciens grévistes, surtout quand on sait que grâce à la grève, le CHU a reçu 20 millions de la part de l'État. Généralement, à la fin des grèves, les condamnations contre les grévistes sont supprimées. La direction du CHU n’a pas daigné le faire. Le procès a été reporté, comme tous les autres procès du 3 février car les avocats étaient en grève contre la réforme des retraites. Le procès aura lieu le 6 avril 2020.


Le 14 février 1952 au Moule : le « massacre de la Saint-Valentin »

Il y a 68 ans, au début de l’année 1952, les travailleurs de la canne étaient en grève pour réclamer des augmentations de salaire et l’allègement des tâches comme souvent avant chaque début de récolte.  

La grève, démarrée dans le nord de la Grande-Terre, était devenue générale dans la canne et concernait les usines de Gardel au Moule, de Petit-Bourg, de Capesterre, de Beauport à Port-Louis, du Comté et de Bonne Mère à Sainte-Rose. Il y avait aussi une grève des petits planteurs pour réclamer aux usiniers l’augmentation du prix de la tonne de canne livrée aux usines.

Les fonctionnaires rejoignirent la grève : ils exigeaient la prime de vie chère de 40%, comme les fonctionnaires venus de France. Cette généralisation des grèves inquiétait le pouvoir colonial. Le 11 février, à l’appel des usiniers, les forces de répression investissent le Moule. Les grévistes de Gardel avaient érigé un barrage à l’entrée du boulevard Rougé pour empêcher l’accès des charrettes de cannes à sucre à l’usine. Le 14 février, les gendarmes envoyés par les autorités ont eu ordre de tirer à vue. Quatre personnes ont été tuées : Constance Dulac, enceinte à l’époque, Justinien Capitolin, Serdot François et Édouard Dernon, et 14 autres blessées. Certains passaient simplement au même moment. Cette tuerie est aujourd’hui connue sous le nom de « massacre de la Saint Valentin ».

Chaque année, des syndicats et des organisations politiques appellent à se rassembler sur les lieux pour ne pas oublier cette lutte ouvrière réprimée dans le sang.  


Trump et Moyen-Orient : un plan de guerre 

Le 28 janvier 2020 le président des États-Unis a « offert » à Israël un soi-disant plan de paix avec les Palestiniens.  

Ces derniers n’étaient pas invités à la Maison Blanche comme le premier ministre d’extrême-droite israélien Nétanyahou. Ce dernier se trouve réconforté dans sa politique infâme vis-à-vis des Palestiniens. Le plan propose en effet qu’il annexe carrément les territoires qu’il occupe déjà en Palestine.

Ces « territoires occupés » sont des zones attribuées à la Palestine mais où l’État d’Israël installe des Israéliens sous prétexte de protéger Israël de l’intrusion de Palestiniens. Rappelons que l’État d’Israël fut créé en 1948 en chassant les habitants de Palestine par la violence, les actions terroristes d’un Moshé Dayan et la complicité de la puissance coloniale, la Grande Bretagne. La persécution de 10 millions de Juifs en Europe pendant la 2ème guerre mondiale a servi de prétexte à cette intrusion brutale.

En 1967, la guerre des « six jours » a permis à l’armée israélienne de conquérir une large zone. Les accords d’Oslo en 1993 ont confirmé cette répartition et proposé la création de deux États : l’État d’Israël et l’autorité palestinienne. Cette dernière gère Gaza et une plus vaste zone éloignée de Gaza, la Cisjordanie.

Aujourd’hui Trump se permet d’autoriser Israël à s’emparer de toute la Cisjordanie ainsi que des territoires qu’elle occupe déjà illégalement. Trump a le front de dire que son plan est bon puisqu’il prévoit la création d’un État palestinien jusqu’ici attendu. Il resterait aux Palestiniens de petites zones éparpillées qui seraient finalement sous contrôle israélien. Si ce n’est pas une déclaration de guerre !  


Le coronavirus

Une épidémie de coronavirus est apparue en Chine à Wuhan en décembre dernier. Des milliers de personnes ont été touchées dans ce pays, principalement, mais aussi quelques dizaines à travers le monde.  

Les coronavirus sont des virus qui touchent les animaux et sont parfois transmis à l’homme. Leur nom vient de leur forme en couronne. Il y a déjà eu des cas d’épidémies de coronavirus en 2002 et 2012, ces virus ont fait quelques centaines de victimes. C’est grâce aux mesures d’hygiène et d’isolement que ces épidémies ont été stoppées. La propagation du coronavirus de Wuhan est très rapide donc il faut prendre des mesures pour confiner les malades rapidement. Le lundi 3 février 17 500 personnes étaient contaminées. Les décès représentent 2 % des personnes infectées pour l’instant. Les symptômes sont similaires à ceux d’une simple grippe sauf dans certains cas où il y a des complications graves, chez des personnes en situation de faiblesse comme celles qui sont déjà malades ou âgées. Mais, tout comme pour de nombreux autres virus, c’est surtout le manque d’accès rapide aux soins qui provoque des décès. Le danger c’est justement qu’une grande partie de la population mondiale n’a pas accès au minimum de soins.


Guadeloupe : les lycéens mobilisés

Depuis le lundi 20 janvier, les lycéens font grève contre la réforme du bac et la réforme des retraites. Ce sont les lycéens de Providence (Felix Proto) et de Baimbridge qui ont commencé le mouvement.   Mardi 21 janvier, les élèves de Providence ont manifesté depuis leur lycée jusqu'au Rectorat. Ils ont appelé tous les lycéens à manifester avec eux. Les 23 et 27 janvier, des élèves de Baimbridge, de Sony Rupaire, de Port-Louis, de Carnot et de Jardin d’essai ont rejoint ceux de Providence pour dire non à la réforme du bac. Les lycéens ont manifesté depuis Milenis jusqu'au rectorat. Les lycéens font grève contre la réforme du bac car ils ne sont pas prêts pour les nouvelles épreuves, appelées les E3C (épreuves communes de contrôle continu). Ils ne comprennent pas les modalités de l’examen et les professeurs semblent également perdus. Ces épreuves concernent les élèves de première. Elles devaient avoir lieu en janvier. Grâce aux mobilisations de lycéens et à la grève des professeurs, les épreuves n'ont pas eu lieu dans plusieurs lycées. La réforme du bac est une attaque du gouvernement car elle a été mise en place pour réduire le nombre d’heures d’enseignement et par conséquent le nombre de postes de professeurs. Les lycéens mobilisés exigent le retrait de la réforme des retraites et, a minima, que les E3C soient reportées pour qu'ils puissent avoir le temps de s'y préparer.  


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