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CO de 2019-2018/CO n° 1235 du 08 février 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Les luttes pour le retrait de la réforme des retraites continuent

Le gouvernement voudrait faire passer en force son projet de loi sur les retraites. Mais les luttes et manifestations se poursuivent.  

Pour équilibrer le régime actuel, il veut se servir dans la poche des salariés. Mais pas question pour lui de toucher aux gros capitalistes. Selon certains spécialistes, pour financer les retraites, avec la création de dizaines de milliers d’emplois, la suppression des immenses exonérations de cotisations patronales, la fin des aides publiques aux entreprises, l’État pourrait récupérer 220 milliards par an.

Alors, ceux qui ne désarment pas et continuent à se mobiliser contre la réforme sur les retraites ont mille fois raison. Les travailleurs des hôpitaux, les enseignants, les avocats, les professions libérales. Les salariés des transports de la SNCF et de la RATP en France ont certes suspendu leur grève. Mais malgré une direction revancharde qui sanctionne les grévistes ou récompense financièrement les non-grévistes, ils poursuivent la mobilisation. Ils ont répondu à l’appel à la grève du 29 janvier. Un autre appel à la grève générale a été lancé pour le 6 février.

À Marseille et à Paris les éboueurs et les agents publics chargés du traitement des déchets sont en grève depuis dix jours. Ils ont décidé de poursuivre leur action jusqu’au 7 février. Des actions ponctuelles sont menées par des manifestants pour protester contre les politiciens qui sont au gouvernement ou le soutiennent. C’est ainsi qu’au Havre le meeting de campagne du premier ministre, Édouard Philippe, a été perturbé par des manifestants. La contestation gagne aussi les lycées contre la réforme de la retraite mais aussi celle du baccalauréat imposées par le gouvernement. Dans de nombreuses villes, il y a eu des grèves et des blocages malgré les menaces et les sanctions des administrations ou encore des arrestations policières.

Aux Antilles, le secteur pour l’instant le plus combatif est représenté par les enseignants et les agents de l’éducation. Les enseignants protestent contre la réforme des retraites, la suppression des postes et la nouvelle réforme du baccalauréat. En Martinique, 300 personnes ont manifesté devant le tribunal administratif de Fort-de-France, le vendredi 31 janvier, pour soutenir leurs collègues. La principale du collège de Sainte-Marie a assigné trois enseignants et trois agents techniques en référé en « raison d’un blocage de l’établissement », elle a fini par se désister. Lundi 3 février, 90 % des établissements scolaires étaient fermés. Des enseignants ont manifesté du Palladium de Sainte-Marie jusqu’au collège de Sainte-Marie.

En Guadeloupe, les enseignants ont bloqué les accès du rectorat le mercredi 29 janvier. La manifestation interprofessionnelle du 1er février a rassemblé plus de 3 000 personnes. Les agents municipaux de Baie-Mahault poursuivent la grève, ceux de Sainte-Rose et d’Anse-Bertrand sont aussi entrés en grève. Ces derniers ne se battent pas directement contre la réforme des retraites mais pour la revalorisation de leur régime indemnitaire, ou pour recevoir leur salaire de janvier à Sainte Rose. Mais de fait, ils rejoignent le mécontentement général.

Actuellement, les travailleurs du secteur privé ne sont pas encore entrés massivement dans la lutte. Mais c’est en poursuivant leur mobilisation que ceux qui se battent ont les meilleures chances d’élargir la contagion aussi bien dans l’hexagone qu’aux Antilles.  


Martinique : La grève des postiers !

Un mouvement de grève illimité à la Poste avait commencé le 6 janvier 2020.Tout dialogue entre syndicats et direction était rompu. Selon les postiers, le directeur régional arrivé sur le territoire depuis janvier 2018, fait régner un climat de tension. C’est ainsi que les salariés en grève ont exigé : « le départ du directeur régional, à cause de son mode de management, jugé trop autoritaire ».  

Ils ont présenté une plate-forme revendicative comportant 22 points de revendications. Ils insistent sur : « le respect des engagements pris lors du protocole d'accord de mars 2017 et de la parole donnée ». L’intersyndicale demandait une : « distribution du courrier six jours sur sept par les facteurs, l’amélioration des conditions de travail et le comblement de plus de 150 postes vacants… » elle dénonçait « Le management et les méthodes de la direction » et exigeait « la mise en place de négociations avec la directrice exécutive de La Poste Outre-Mer ».

Face au mutisme de la direction, les grévistes ont alors décidé de faire monter la pression. Plus d’une centaine d’entre eux étaient présents sur leur piquet de grève, aux abords du centre courrier de Dillon, avec le soutien d’une intersyndicale (CGTM, FO, CFTC et le syndicat Sud). Plus d’une dizaine de bureaux de poste ont été fermés. Pour s’opposer aux revendications des salariés en grève, la direction de La Poste a assigné en référé les quatre syndicats pour le mardi 28 janvier, pour faire libérer les accès des bureaux de poste. Plus de 200 postiers déterminés regroupés depuis le centre de tri de Dillon se sont dirigés vers le palais de justice de Fort-de-France, pour assister à ce procès injuste. La décision de la justice bourgeoise est tombée en faveur de la direction de La Poste.

Le juge des référés dit constater « l'existence d'un trouble manifestement illicite ». Il enjoint les quatre syndicats à libérer les entrées des différents sites, « faute de quoi il sera procédé à leur expulsion », y compris avec le concours de la force publique et une astreinte de 500 euros par jour civil de retard. Des interlocuteurs de la direction Outremer, autres que ceux de la direction régionale, devraient entamer des négociations sous peu. Cependant, les grévistes restent mobilisés.    


Guadeloupe : Baie-Mahault la grève des travailleurs communaux !

ZoomLe 31 janvier les travailleurs de la commune, en grève depuis le 6 janvier, ont manifesté dans les rues de la ville. Ils demandent le respect et l’application totale de l’accord signé par la maire en octobre 2019. Une prise de parole a été organisée devant la mairie. Plusieurs organisations et des travailleurs d’autres secteurs ont apporté leur soutien aux grévistes, notamment les enseignants, en grève depuis le 5 décembre contre la réforme des retraites. L’accord contient entre autres la revalorisation du régime indemnitaire. Il aurait été appliqué à 22 agents au lieu des 599 concernés. Comme bien souvent, les responsables méprisent les travailleurs en lutte et ne respectent pas leurs engagements. Les travailleurs ont eu raison de réagir très tôt. Les travailleurs communaux ont également participé à la manifestation du 1er février, à l’issue de laquelle, syndicats et manifestants ont décidé qu’ils iraient en nombre au meeting des grévistes de Baie-Mahault mardi soir 4 février.


Anse-Bertrand : grève des agents municipaux

Depuis le lundi 27 janvier, des agents municipaux de la commune d’Anse-Bertrand sont en grève. Ils réclament le respect des décisions d’avancement de carrière pris par le Centre de gestion de la fonction publique territoriale. Ils revendiquent également les rappels de salaires qui correspondent à ces avancements de grade. Ils profitent pour dénoncer le non-respect des règles d’hygiène et de sécurité au travail. Dans cette période, où les conditions de vie des travailleurs se dégradent, les municipaux d’Anse-Bertrand ont raison de revendiquer des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail.


Pointe-à-Pitre : la manifestation du 1er février

Samedi 1er février, 3000 personnes sont descendues dans la rue. Elles ont manifesté leur colère contre la réforme des retraites qui prévoit de diminuer les pensions et d’augmenter l’âge de départ à la retraite. Les enseignants en grève ont protesté aussi contre la suppression de 72 postes et la réforme du baccalauréat.  

Le nombre important de manifestants montre aussi la colère de la population contre le chômage, les bas salaires, les conditions de travail difficiles et le manque d’eau aux robinets. Onze syndicats étaient présents et sont intervenus lors des prises de parole à la fin de la manifestation. Une vingtaine d’avocats en grève contre la réforme des retraites ont manifesté à la tête du cortège. Les jeunes de Rebelle ! ont lancé des slogans souvent repris par les travailleurs : « Jenn chômè, gwan moun an mizè, nou vé pa ! ». Lors des interventions les travailleurs en grève comme les enseignants ou ceux ayant gagné leur récent combat, les postiers, ont témoigné. Les communaux de Baie Mahault en grève tenaient un stand de repas pour leur caisse de grève.

Lors de son intervention, Jean-Marie Nomertin a dénoncé les manœuvres des patrons de France-Antilles qui ont conduit au licenciement de 235 salariés quasiment sans indemnité. Tous sont repartis regonflés après cette manifestation dynamique.  


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