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CO de 2019-2018/CO n° 1234 du 24 janvier 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Retraites, salaires, conditions de travail : la colère est profonde

ZoomLa réforme des retraites que veut imposer le gouvernement a déclenché une importante vague de protestation. Les travailleurs des transports en France ont été en tête du mouvement pendant de nombreuses semaines. De nombreux autres secteurs les ont rejoints : dans les raffineries, les ports, l’énergie, l’éducation, la culture… Lors des journées de manifestation interprofessionnelles, des dizaines de milliers de personnes ont défilé.  

Faute de généralisation, la grève s’essouffle dans certains secteurs en France. Mais des grèves durent toujours. Les travailleurs gardent le moral et la fierté d’avoir rabattu le caquet de Macron et sa clique. Au fil des jours, on a vu s’effriter l’arrogance des ministres et autres experts, l’un d’entre eux ayant dû démissionner une fois que ses liens avec les assurances privées ont été dévoilés. La grève conserve le soutien majoritaire de la population. Les travailleurs et la population ne s’y sont pas trompés. Ils sont du côté des grévistes, contre Macron et ses ministres qui défendent, eux, les intérêts des riches capitalistes. La grève contre la réforme des retraites a réactivé la colère dans les couches populaires, colère qui s’était notamment exprimée à travers le mouvement des gilets jaunes.

La lutte pour la défense des retraites permet à de nombreux travailleurs de relever la tête, d’engager des actions avec des salariés d’autres secteurs, de reprendre goût à la lutte collective. L’énergie déployée par cette avant-garde de la classe ouvrière a entraîné dans la contestation d’autres catégories sociales comme les avocats ou les infirmiers libéraux. Les travailleurs de la raffinerie de Martinique, la SARA, seront en grève à partir du 22 janvier. Ceux de Guadeloupe sont sur le pied de guerre.

Le gouvernement se garde bien de plastronner. Non seulement la mobilisation contre la réforme des retraites n’est pas terminée, mais surtout l’ambiance globale de contestation a encouragé de nombreux travailleurs à se battre pour des revendications qui les concernent plus spécifiquement. En Martinique, les salariés des transports de la région Centre ont fait grève durant deux semaines pour défendre leurs emplois. Les agents des mairies et des collectivités ont été le fer-de-lance des journées de manifestation interprofessionnelles. Ils ont ainsi montré qu’ils ne sont pas disposés à sacrifier leurs emplois ou leurs salaires pour purger des déficits dont ils ne sont pas responsables. En Guadeloupe, les travailleurs de la mairie de Baie-Mahault ont repris leur bras de fer avec la maire de la commune, qui refuse d’appliquer l’accord signé au mois d’octobre concernant l’augmentation de leurs salaires. Dans les deux îles, les salariés de la Poste sont entrés en grève pour obtenir des embauches et ainsi stopper la dégradation de leurs conditions de travail. En Guadeloupe les grévistes ont obtenu 103 recrutements dans les mois à venir. En Martinique, la grève se poursuit à l’heure où nous écrivons.

En Guadeloupe comme en Martinique, les enseignants se mobilisent encore massivement, d’abord pour défendre leurs retraites, mais aussi pour dénoncer les nouvelles suppressions de postes qui sont programmées, ainsi que les réformes qu’on leur impose. Des lycéens se sont mis en grève eux aussi, pour dénoncer les nouvelles modalités du bac. Le premier février, en Guadeloupe les travailleurs ont intérêt à répondre massivement à la mobilisation appelée par tous les syndicats !

Nul ne sait si la lutte ne va pas à nouveau se généraliser dans les semaines qui viennent. Mais une chose est sûre, cette grève pour défendre les retraites ravive la combativité dans notre camp, le camp des travailleurs !  


Martinique : Après l’explosion de colère à Fort-de-France

Le lundi 13 janvier plus de 150 personnes ont manifesté de la maison des syndicats jusqu’au tribunal de Fort-de-France en scandant des mots d’ordre contre le pouvoir colonial et les empoisonneurs békés. Ils voulaient sensibiliser la population, l’appelant à soutenir les sept jeunes militants anti-chlordécone poursuivis par la justice coloniale, qui devaient comparaître dans l’après-midi à 14 heures.  

Ces militants ont été interpellés à leur domicile le jeudi 28 novembre 2019. Ils sont suspectés d’avoir participé aux échauffourées à la suite de l’action des gendarmes contre des militants anti-chlordécone qui bloquaient les entrées du centre commercial Océanis et le supermarché Euromarché du groupe Hayot au Robert le 23 novembre 2019.

Mais voilà, arrivés devant la barrière d’entrée du tribunal pour pouvoir assister à ce procès injuste, les manifestants se sont vu empêcher l’accès par des policiers et gendarmes armés jusqu’aux dents. Les manifestants mécontents ont essayé d’y avoir accès en force, ils ont été malmenés par des coups de matraque et de bombes lacrymogènes. Furieux, les manifestants s’en sont pris aux forces de répression coloniale par des jets de pierre et de toutes sortes de projectiles qui leur tombaient sous la main. Furieux, les jeunes des quartiers de Terre-Sainville sont venus avec raison prêter main forte aux manifestants. « Zot ka protéjé sé moun la ki anpoizoné nou. Bann séléra » Voilà ce qu'on a pu entendre, entre autres.

Les jeunes révoltés s’en sont pris aux barrières d’entrée du tribunal en les défonçant. Jusque tard dans la nuit des échauffourées ont éclaté entre les forces de répression et les jeunes en colère. Des cocktails Molotov furent lancés sur les voitures de police depuis l’après-midi jusque dans la nuit. Les tirs de flash-ball ont blessé certains dont un grièvement. Ils étaient totalement disproportionnés. Quatre manifestants ont été interpellés puis libérés après plusieurs heures de garde à vue. Il faut exiger et obtenir la levée de toutes les poursuites et sanctions, aussi bien des sept militants anti-chlordécone que des quatre jeunes interpellés à la suite de la mobilisation du 13 janvier.

Le chômage, la misère engendrés par les capitalistes et les riches békés comme leur arrogance, créent une vraie poudrière sociale sur laquelle sont assis ces exploiteurs. Ceux qui luttent contre les conséquences désastreuses des pesticides sont inquiétés alors que les vrais responsables sont impunis. Pour toutes ces raisons, Combat ouvrier apporte son soutien aux militants anti-chlordécone, aux manifestants du lundi 13, aux jeunes révoltés.

Ils ont exprimé par leur réaction leur soif de respect et de dignité !    


Stop aux poursuites judiciaires contre les militants anti-chlordécone

Le 13 janvier dernier sept militants anti-chlordécone étaient convoqués devant le tribunal de Fort-de-France. Ce jour-là, une manifestation de soutien a été organisée. Combat ouvrier était aux côtés des militants anti-chlordécone. En effet ces jeunes protestataires sont assignés en justice. Mais le pouvoir et cette même justice continuent de se montrer conciliants vis à vis des gros possédants largement compromis dans l’empoisonnement des populations de Guadeloupe et Martinique et de l’environnement par le chlordécone.

À la suite des mobilisations, des manifestations de colère de jeunes et aussi du mouvement de grève des avocats contre la réforme des retraites, l’affaire a été renvoyée au 3 juin 2020. Auparavant, les avocats ont obtenu l’annulation des décisions de contrôle judiciaire prononcées à l’égard de trois des prévenus. Un premier recul !


Débrayage à Casino Silo

Les salariés du supermarché Casino de Fort- de-France ont débrayé durant une heure les 15 et 16 janvier derniers. Ils protestaient ainsi contre le retard de paiement de leur salaire de décembre qui ne leur était toujours pas versé.   Selon les déclarations du délégué CSTM, les salariés sont également inquiets car ils n’ont pas d’informations sur l’avenir du magasin, face aux réorganisations en cours dans le groupe Ho Hio Hen Investissements. En effet, depuis quelque temps déjà, une grande partie des rayons du magasin ne sont pas approvisionnés. Face à cette situation qui dure, la réponse de certains salariés est : « On attend le repreneur ! » Mais aujourd’hui ces travailleurs ont toutes les raisons de faire entendre leur voix. Depuis des dizaines d’années, ils ont contribué à constituer la fortune du groupe Ho Hio Hen. Aujourd’hui quelles que soient les tractations entre capitalistes de la grande distribution, il est important pour eux d’affirmer que l’avenir des salariés et tous leurs droits doivent être garantis.


Les travailleurs du secteur pétrolier annoncent la grève !

Les travailleurs des produits pétroliers de Martinique et en particulier ceux de la raffinerie entendent entrer en lutte à partir du mercredi 22 janvier. Ils se joignent à la protestation générale des travailleurs contre la réforme des retraites. L’intersyndicale a déposé un préavis de grève à compter du mercredi 22 janvier.


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