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CO de 2019-2018/CO n° 1232 du 14 décembre 2019/Pages 5 et 6

Pages 5 et 6

Martinique : Justice deux poids, deux mesures

Après avoir été mis en garde à vue durant la journée du 28 novembre, sept militants écologistes ont été renvoyés devant le tribunal de grande instance de Fort-de-France pour comparaitre le 13 janvier 2020. Trois d’entre eux sont placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de participer à une manifestation devant un centre commercial et obligation de répondre aux convocations.  

Les interpellations de ces militants ont eu lieu suite aux échauffourées entre les gendarmes et des protestataires anti-chlordécone qui bloquaient le centre commercial Océanis du groupe Bernard Hayot au Robert, le samedi précédent. Une enquête de flagrance a été ouverte à la demande du parquet, nous dit-on ! Les militants ont été cueillis à leur domicile aux aurores, comme s’il s’agissait de malfaiteurs dangereux. Puis, ils ont été dispatchés dans plusieurs gendarmeries le temps de leur garde à vue.

Les blocages des protestataires s’inscrivent dans le cadre d’actions contre l’empoisonnement des populations de Martinique et de Guadeloupe par le chlordécone et pour exiger la réparation par tous les empoisonneurs et notamment par les possédants békés de la banane, désignés responsables.

La justice se montre diligente et sévère vis-à-vis de ces militants. Que dire des responsables de centaines d’empoisonnements, ayant entrainé cancers, maladies, détresses et angoisses ? Ils sont identifiés eux aussi ! Que ce soit les ministres qui ont accordé des dérogations après l’interdiction du chlordécone, les élus qui les ont demandées, ou les gros planteurs qui étaient à la manœuvre et qui ont fait répandre le poison des années durant ! Et pourtant la justice continue de se montrer patiente et pointilleuse et les plaintes déposées restent sans suite pour l’instant. « Selon que vous serez puissants ou misérables les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs » : célèbre maxime de Jean de la Fontaine. Ne pourrait-on pas la paraphraser ainsi en Martinique : « selon que vous soyez Blancs ou Noirs, les jugements de cour vous maintiendront puissants ou misérables » ? Au lendemain de l’interpellation des militants, Combat ouvrier a protesté dans un communiqué  

Nous publions ci-dessous des extraits du communiqué.  
L’État capitaliste montre qu’il est bien au service des pollueurs et des exploiteurs qui se sont ainsi enrichis sur le dos des ouvriers agricoles et des populations. Combat ouvrier proteste vivement contre ce qui apparait comme une répression injustifiée contre les sept militants mis en garde à vue, alors même que les possédants empoisonneurs ne sont jusqu’à ce jour nullement inquiétés. Exige leur libération immédiate et l’arrêt de toute poursuite judiciaire contre ces militants. Non à la répression capitaliste et coloniale Libération immédiate des militants Non aux empoisonneurs-pollueurs et à leur soutien par l’État !


Dominique : Élections du 6 décembre - Skerrit  un 4ème mandat

Les élections générales pour le renouvellement du parlement et la nomination du Premier Ministre de la Dominique ont eu lieu le 6 décembre 2019. Elles auraient dû en principe se tenir en mars 2020, mais l’actuel Premier Ministre, Roosevelt Skerrit, a décidé de précipiter la date afin de de court-circuiter l’opposition. C’est le 5 novembre qu’il a annoncé sa décision, ce qui a limité la campagne électorale à un mois.  

Depuis plusieurs mois, l’opposition avec à sa tête Lennox Linton, leader du UWP (United Workers Party : Parti uni des travailleurs) a demandé à Skerrit d’appliquer les recommandations de l’OEA, du CARICOM et du Commonwealth ; à savoir une révision de la liste électorale, et l’attribution de cartes d’électeurs. Mais Skerrit s’est bien gardé de les mettre en œuvre et affirme avoir agi « conformément à la constitution ». Ce sera son quatrième mandat consécutif, l’opposition demandait qu’on limite cette possibilité à deux mandats maximum. De fait l’opposition craignait fortement une fraude organisée. Lors des dernières élections en 2014, des personnes décédées ou absentes du territoire avaient été comptabilisées comme votants. Le vote par correspondance ou procuration n’étant pas admis, Skerrit a fait la tournée des Dominicains vivant à l’étranger, comme récemment en Guadeloupe où il a tenu réunion à Baie-Mahault. Il semble qu’il ait proposé des billets gratuits pour inciter ces électeurs à venir voter en Dominique, ce qui bien sûr est attractif, encore plus pour ceux qui habitent loin (Tortola par exemple). Les statistiques montrent qu’il y a plus d’électeurs inscrits (74 895) que de personnes résidant en Dominique, qui est peuplée actuellement de 73 925 habitants.

L’opposition accuse Skerrit d’avoir détourné d’importantes sommes d’argent, notamment celles provenant de la vente de passeports à de riches ressortissants étrangers (souvent Chinois ou Russes), en principe en échange d’investissements dans le pays. Le 19 novembre, plus de 200 partisans du parti UWP manifestaient devant la résidence du président de la Dominique, Charles Savarin, exigeant une réforme électorale. Ils ont été dispersés par la police avec des tirs de gaz lacrymogènes. En décembre 2018, quelques manifestants d’un petit parti d’opposition, le CCM (Concerned Citizens Movement : Mouvement des citoyens impliqués) avaient eux aussi été malmenés et avaient essuyé des tirs de gaz lacrymogènes effectués sans sommation. Finalement le DLP (Dominican labor party) de Skerrit remporte une large victoire : 17 sièges sur 21 avec plus de 59% des suffrages. 40 189 électeurs ont participé au vote sur 74 895 inscrits, soit 53,66%. Le mode d’élections qui se font par circonscription explique cette grande différence en nombres de sièges.

Il n’en reste pas moins vrai que le refus par Skerrit de réviser la liste des électeurs et d’attribuer des cartes électorales maintient le doute quant à la sincérité des opérations de vote. Quoi qu’il en soit, les deux principaux partis qui se sont affrontés, à savoir le DLP, Parti travailliste de la Dominique dirigé par Skerrit, et l’UWP (Parti des travailleurs unis) de Lennox Linton, malgré la référence aux travailleurs affichée dans leurs noms, ne défendent en rien les intérêts de la classe ouvrière et des pauvres de la Dominique. Ce sont deux fractions politiques qui représentent la bourgeoisie dominiquaise et jonglent entre les grandes puissances pour tenter d’obtenir de l’aide ou des crédits. Seule la création d’un vrai parti ouvrier ayant pour objectif le contrôle du pouvoir par les travailleurs et la population pauvre permettra de défendre réellement les intérêts de la classe ouvrière de Dominique.    


Martinique : Il y a 60 ans « Décembre 59 »

Les 20, 21 et 22 décembre, se déroulaient à Fort-de-France de violentes émeutes urbaines. Ce sont principalement des jeunes des quartiers qui ont exprimé leur colère. Ils l'ont fait en raison de leur situation sociale dégradée, de l’arrogance du racisme, face aux forces de l'ordre coloniales et en réponse à leur répression. Trois d’entre eux ont été tués.  

Les évènements
Durant ces trois journées, il y eut aussi des dizaines de blessés au sein de la population. Mais il y en eut parmi les forces de police car les jeunes étaient déterminés à faire entendre leur colère et à se faire respecter.

Les faits sont partis d’un banal accrochage entre un chauffeur blanc et le conducteur noir d’une Vespa, le dimanche 20 décembre. La scène se déroule devant l’hôtel de l’Europe (actuel hôtel Lafayette) sur la place de la Savane. Un peu plus loin, une foule d’environ 500 personnes écoute tranquillement un orchestre cubain à la mode. Alors que les échanges entre les deux protagonistes se sont calmés, un groupe de CRS débarque, suite à l’appel du propriétaire de l’hôtel à la caserne de la Compagnie républicaine de sécurité. Les CRS entreprennent de « faire circuler » les badauds restés sur place. Certains d’entre eux, dont des jeunes militaires en permission, n’acceptent pas d’être ainsi repoussés brutalement. D’autres jeunes parmi la foule les rejoindront. C’est ainsi qu'ont eu lieu les premières échauffourées. Elles dureront une bonne partie de la nuit.

Le lendemain, lundi 21 décembre, l'atmosphère est lourde à Fort-de-France. Le soir venu, des groupes venus en grande partie des quartiers populaires affrontent gendarmes et policiers qui les empêchent d’accéder à la place de la Savane. Ces derniers tirent. Il y a des blessés et deux morts : Christian Marajo (15 ans), rue Ernest Renan, aujourd'hui rue Moreau de Jones et Edmond Eloi Véronique dit Rosile (20 ans), rue Villaret-Joyeuse derrière l'ex-cinéma Olympia. La nouvelle se répand très vite. Et les groupes de jeunes réagissent alors plus violemment. Les manifestants s’en prennent à coups de pierres, de conques de lambi à des bâtiments symboles du pouvoir. Des bouteilles enflammées sont lancées. Le mardi 22 décembre, malgré l’appel au calme du préfet signé par des hommes politiques de tout bord, des associations, des personnalités, les émeutes reprennent le soir. À partir de 18h30, des barrages sont dressés sur « la Levée », boulevard du Général de Gaulle, deux commissariats de police sont dévastés, la perception de Desclieux et le palais de justice sont attaqués. Vers 19h30, un troisième jeune, Julien Betzi (19 ans), est tué place Stalingrad, actuellement place François Mitterrand, au pied du morne Pichevin, alors que jeunes et gendarmes s’affrontent.

Des véhicules (voitures, motos, vélomoteurs) de policiers et de particuliers sont brisés, renversés, incendiés. De nombreux incendies sont allumés. Le mardi soir est le point culminant des émeutes du point de vue du nombre de manifestants, de leur organisation et de l’importance des dégâts matériels. Pour réprimer les jeunes en colère et faire taire la rébellion populaire, l’administration coloniale envoie des renforts de sa soldatesque habituelle. Quatre pelotons de gendarmerie viennent de Guadeloupe, deux escadrons de 85 gardes mobiles sont dépêchés par le ministère des départements d’outre-mer.

Une situation coloniale !
La révolte de la jeunesse et d'une fraction de la population en décembre 1959, s'explique par la pauvreté et les inégalités qui règnent alors dans l'île. La départementalisation depuis 1946 n’a pas réellement changé la situation sociale des exploités. Les paysans n’ont pas de terre. Les 3/4 des terres appartiennent aux békés qui représentent 7% des propriétaires. La fermeture de nombreuses usines à sucre a jeté dans les quartiers de Fort-de-France, des milliers d’ouvriers agricoles sans emploi. Le manque d'eau, d'électricité dans les maisons, le manque d'hygiène, de soins, restent criants. La masse salariale a augmenté mais ce sont surtout les cadres blancs qui bénéficient des gros salaires et des primes. Les postes de gradés de l’administration sont majoritairement occupés par des fonctionnaires blancs de l'hexagone ou Pieds Noirs, rapatriés d’Algérie. Le racisme officiel et les discriminations raciales imprègnent le tissu social et pourrissent les relations humaines. Nous sommes alors en pleine période coloniale franche, ouverte. Les militaires coloniaux blancs aux ordres des préfets blancs, des blancs békés, avec l'accord tacite des juges blancs ont depuis la fin de l'esclavage massacré ainsi des dizaines de travailleurs noirs. Décembre 59 n'est que la suite de ces tueries et ce ne sera pas fini !

Il y eut après, la tuerie contre les travailleurs en grève en 1961 au Lamentin, contre les grévistes de Chalvet en février 1974.

Aujourd’hui, en grande partie grâce aux luttes des travailleurs, la situation a beaucoup changé en mieux, même si les séquelles coloniales demeurent. Et elles sont visibles. Elles se manifestent par la domination d'une minorité de possédants blancs sur la majorité noire et de couleur. Et cela même en dépit d'une minorité plus grande de possédants noirs et de couleur qui méprise tout autant la majorité des travailleurs et des pauvres noirs et de couleur, elle-même méprisée par les riches békés.

Un pas de plus vers la dignité
L'histoire populaire, l'histoire des pauvres a retenu ces évènements sous l'appellation de "Décembre 59". Il demeure dans la mémoire collective comme l’irruption de la jeunesse en lutte contre la misère et l'oppression coloniale. Les noms de Marajo, Betzi, Rosile tués à 20 ans sont aujourd'hui éternels. C’est à partir de tels sursauts qu'ont été gagnées les victoires futures. Le respect et la dignité n'en sont pas les moindres. Ce sont des pierres qui jalonnent la route de l'histoire ouvrière et populaire vers l'émancipation totale des opprimés qui reste à conquérir.  


Hongkong : Six mois de contestation

Dimanche 8 décembre, près de 800 000 manifestants ont défilé dans les rues de Hongkong. Cette manifestation marque les six mois de contestation. Le mécontentement a été déclenché par un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine continentale. Depuis le projet de loi a été annulé, mais les manifestations se poursuivent réclamant plus de démocratie et des enquêtes sur les violences policières. Pour la suite du mouvement, des manifestants veulent perturber l’économie de Hongkong par des blocages. Le meilleur moyen de bloquer l’économie et s’attaquer aux intérêts des capitalistes c’est la grève générale des travailleurs. monde.  


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