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CO de 2019-2018/CO n° 1229 du 2 novembre 2019/Troisième page

Troisième page

Irak : la contestation ne retombe pas

Une vague de protestation populaire secoue les grandes villes d’Irak. Le gouvernement fait tirer à balles réelles contre les manifestants.   Les manifestations ont commencé pour protester contre la dégradation des conditions de vie. Les Irakiens subissent des pénuries quotidiennes d’eau et d’électricité. Le chômage est massif. La population est descendue dans les rues de Bagdad et des autres villes à partir du 1er octobre. Le régime réprime violemment les manifestations. Au 26 octobre, on comptait déjà 220 morts. Des manifestants demandent maintenant la démission du gouvernement. Le mouvement a évolué sous l’influence de classes plus favorisées, comme les étudiants et des députés de l’opposition. Mais ce n’est pas un changement au sommet de l’État qui améliorera la vie des Irakiens pauvres. L’Irak était un pays prospère, il a été ravagé par deux guerres impérialistes depuis 1991. Pour les profits des grands patrons américains et européens, le pays a été bombardé et mis sous embargo, la population massacrée. Derrière les marionnettes corrompues qui dirigent aujourd’hui l’Irak, ce sont les grandes puissances impérialistes qui sont responsables de la misère qui frappe la population irakienne.


Liban : manifestations contre le gouvernement

Depuis le 17 octobre, la population manifeste au Liban contre le gouvernement. Le mouvement de grande ampleur a été déclenché par une petite augmentation des taxes sur les communications téléphoniques via WhatsApp. Mais c’était la taxe de trop, rajoutée à un arrière-plan quotidien de coupures d’eau, de pénurie d’électricité, de pollution, de chômage, de pauvreté. D’ailleurs le recul du gouvernement sur la taxe n’a rien changé à la colère. Les manifestants reprochent au gouvernement sa corruption, les détournements d’argent public. Deux partis de la bourgeoisie se partagent le devant de la scène politique : celui quasi dynastique des Hariri, alliés aux USA et à l’Arabie Saoudite, et le Hezbollah, de confession chiite et proche de l’Iran. Les deux se sont entendus pour former une coalition gouvernementale qui est rejetée par la population. Celle-ci a manifesté son unité dans la contestation en réalisant une chaine humaine sur une distance de 170km. Les manifestants revendiquent de meilleures conditions matérielles et un assouplissement du régime. À travers leur révolte, ils dénoncent et veulent chasser du pouvoir ceux qui s’enrichissent sur la misère et les sacrifices de la population. Mais un changement à la tête de l’État ne suffira pas à changer leur sort.


Chili : la colère explose

L’annonce de l’augmentation du prix du ticket de métro de 30 pesos (37 centimes d’euros) a mis le feu aux poudres. Depuis le 18 octobre des manifestations secouent le Chili. Face à l’ampleur de la mobilisation, le gouvernement a aussitôt abandonné cette hausse tout en décrétant l’état d’urgence et le couvre-feu.   Les manifestations sont sévèrement réprimées : en une dizaine de jours 20 morts, plus de 1 000 blessés, et des milliers d’arrestations. Pour calmer la révolte, le président chilien Sebastián Piñera a annoncé le 22 octobre la hausse du minimum vieillesse, davantage d’impôts pour les riches, le gel de l’augmentation du prix de l’électricité. Ces annonces n’ont pas apaisé la colère populaire. Les syndicats ont appelé à la grève générale le jeudi 24 octobre. Plus d’un million de personnes ont manifesté dans les rues le lendemain : des étudiants, des travailleurs du secteur public, de la santé, des enseignants, des mineurs, etc. Les travailleurs et la population pauvre expriment leur ras-le-bol contre les retraites qui sont inférieures au salaire minimum, sur l’augmentation des prix des médicaments et les salaires trop bas. Le président a suspendu le couvre-feu et a prévu de former un nouveau gouvernement. La population laborieuse a raison de continuer à protester car c’est seulement la lutte collective qui fera plier les capitalistes et les élus à leur service.


Bolivie : l’exaspération s’exprime dans la rue

En Bolivie la victoire d’Evo Morales, chef de l’État depuis 13 ans, au premier tour des élections présidentielles, a provoqué la colère de la population. Il aurait trafiqué les résultats des élections ; des résultats qui ont mis cinq jours à sortir. Les manifestations ont commencé le lundi 21 octobre dans plusieurs villes, à La Paz, Sucre, Potosi… Un appel à la grève générale a été lancé et suivi dès le mercredi. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues. La population réclame un second tour d’élection. C’est l’opposition politique qui a appelé à la grève générale contre Morales mais la mobilisation de la population illustre surtout un profond mécontentement social. Le pays subit une pauvreté importante, 40 % de la population sont en dessous du seuil de pauvreté. Les Boliviens en ont surtout assez de la corruption des dirigeants et des atteintes à leurs libertés ! La population reste mobilisée.


Catalogne : manifestations de colère

Depuis le 14 octobre, des milliers de manifestants protestent contre les lourdes condamnations qui frappent leurs leaders séparatistes, et pour l’indépendance de la Catalogne vis-à-vis de l’Espagne. Des émeutes ont eu lieu dans les rues de Barcelone, des routes et des voies ferrées ont été coupées, l’aéroport de Barcelone a été bloqué.   La Catalogne est une région d’Espagne située au nord-est du pays, vers la frontière avec la France. Le 27 octobre 2017, le parlement catalan, dirigé par des partis indépendantistes, a proclamé l'indépendance. En réaction, le gouvernement central espagnol a fait arrêter les principaux dirigeants indépendantistes et les a poursuivis pour « rébellion ». Le 14 octobre 2019, neuf d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison allant de 9 à 13 ans. La réaction des indépendantistes a été immédiate. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait 367 blessés du côté des manifestants et 289 du côté des policiers.


Il y a 30 ans : la chute du mur de Berlin

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondre après que le gouvernement de l’Allemagne de l’Est autorise la population à passer les frontières.   En 1945, la fin de la Seconde Guerre Mondiale aboutit au partage de l’Allemagne par les pays vainqueurs. En 1949, l’est de l’Allemagne, dirigé par l’URSS, devenait la République démocratique allemande (RDA). À l’ouest, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France prennent le contrôle de la République fédérale allemande (RFA).

Le contexte de Guerre froide
À cette époque, l’URSS existe et se dit communiste. En 1917, les travailleurs de la Russie avaient pris le pouvoir. En 1922, la révolution russe avait abouti à la création de l’URSS, l’Union des républiques socialistes soviétiques. Mais peu après, l’URSS s’était retrouvée isolée. La révolution mondiale n’avait pas eu lieu. L’État ouvrier d’URSS dégénère à partir de 1924, lorsque Staline et sa clique bureaucratique prennent le pouvoir. L’URSS garde cependant son appellation communiste. Le bloc qu’il contrôle à l’est et les pays qui le soutiennent échappent à l’impérialisme mondial, ce que ce dernier n’accepte pas et pendant près d’un demi-siècle, une guerre froide s’installe entre les deux blocs, soviétique et impérialiste dirigé par les USA. Ce nom deviendra celui de la période historique. La lutte pour le contrôle des sphères d’influence est permanente entre les deux blocs et l’Allemagne constitue un enjeu stratégique et politique. À partir de 1961, au plus fort de cette guerre froide, sur ordre de Moscou commence la construction d’un mur dans la ville de Berlin, qui s’étendra sur 43 kilomètres. Il divise Berlin en deux avec la même configuration que dans le reste du pays : Berlin-Ouest (RFA) et Berlin-Est (RDA).

L’influence de l’URSS s’écroule
L’URSS avait une forte influence sur les pays de l’est de l’Europe comme la Hongrie, la Roumanie et d’autres. À la fin des années 80, les bureaucrates au pouvoir de l’URSS changent de politique, sous la pression conjointe de l’impérialisme et des peuples de l’est de l’Europe. C’est ce changement de politique qui aboutit à l’écroulement du mur de Berlin. Mais c’était aussi une victoire pour l’impérialisme occidental et son chef, les USA. En 1989, des milliers d'Allemands de l'Est s'étaient mis à fuir vers l'Allemagne de l'Ouest en passant par la Hongrie. L’émigration était devenue de plus en plus importante, au point que plus rien ne fonctionnait correctement dans les hôpitaux, les usines, les transports de la RDA. Lâché par l'URSS, le gouvernement est-allemand était impuissant à enrayer ce mouvement. Un sentiment de révolte gagnait la RDA. Plus de la moitié de la population manifestait dans les grandes villes. Elle exigeait le droit de voyager librement et désirait un État plus démocratique. Le 9 novembre 1989, le mur s’écroule. Les gardes à la frontière peinent à retenir la masse de centaines de milliers de personnes qui franchit le mur, désormais détruit, de Berlin.

La réunification au profit de la bourgeoisie allemande
En octobre 1990, la réunification de l’Allemagne est déclarée. Plus de zone RDA et RFA, plus de frontières. Mais les classes populaires d’Allemagne ne sont pas les gagnantes dans l’histoire. Tout ce changement n’a rapporté qu’à la bourgeoisie allemande qui s’est empressée de démanteler l’économie de l’Allemagne de l’Est, à son profit. Après la réunification, la classe ouvrière est-allemande s’est considérablement affaiblie. Plus d'un million d'habitants ont quitté l'Est pour trouver du travail à l’Ouest, où les salaires sont légalement supérieurs. Des milliers d’usines de l’Est ont été englouties par des trusts, d’autres ont fermé laissant des milliers de travailleurs sans emploi. Aujourd’hui, 30 ans après la chute du mur et la réunification, les inégalités entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne perdurent : le plus fort taux de chômage se situe à l’est du pays. Dans l’esprit de beaucoup, la chute du mur est un symbole de la fin du communisme et un retour à la démocratie. Mais en réalité, l’Allemagne réunifiée a signifié plus de marchés, plus de profits pour la bourgeoisie, une meilleure aisance au capitalisme. Les travailleurs n’ont rien gagné à cette réunification. Cependant, maintenant, travailleurs d’un même État et réunis, leur force de classe potentielle est énorme. Cela comptera demain dans leurs luttes contre l’exploitation capitaliste, pour la révolution ouvrière et l’avenir socialiste.  


Saint Vincent et les Grenadines : quarante ans d’indépendance

Le 27 octobre Saint Vincent et les Grenadines (SVG) ont célébré leur indépendance par rapport à la Grande-Bretagne, obtenue le 27 octobre 1979. Ces îles du sud-est de la Caraïbe ont une histoire coloniale avec esclavage et économie de plantation comme dans toutes les Antilles.   SVG est habité d’abord par les Amérindiens Arawaks, chassés ensuite par les guerriers Caraïbes. En 1673 ceux-ci acceptent des Africains venus d’un naufrage de bateau d’esclaves (et devenus les « Caraïbes noirs »). Mais alors que Français, Anglais et Espagnols se disputent la place, de 1672 à 1773 les Caraïbes avec le Chef Joseph Chatoyer combattent contre toute colonisation. Un accord avec les Anglais a lieu en 1773. De 1779 à 1783 la France installe des plantations avec des esclaves africains. Puis elle est remplacée par la colonisation anglaise. L’esclavage est aboli en 1834. Comme ailleurs après l’abolition, les colons ont fait venir des travailleurs de l’Inde, du Portugal.

À l’occasion de la commémoration, plusieurs personnalités font un bilan des 40 années d’indépendance. Certains rappellent fièrement le souvenir de la dure lutte des Caraïbes finalement expulsés par les colons. L’esprit de contestation des élus de SVG, refusant de rentrer dans un ensemble d’îles voisines contrôlées par la Grande-Bretagne, est évoqué. Le 27 octobre 1969 SVG obtient le statut d’État associé, sorte d’autonomie. Dix ans après, par référendum, SVG devient État indépendant, avec une constitution, une armée et un drapeau avec une feuille de fruit à pain, symbole pour ses dirigeants de leurs « capacités à gérer ».

SVG, comme beaucoup de pays membres du Commonwealth britannique, reste lié à la couronne d’Angleterre. La reine d’Angleterre est le chef d’État symbolique. Ralph E. Gonsalves, dirigeant de l’ULP (Unity Labour party, Parti travailliste uni) de tendance socialiste bourgeoise, est Premier ministre depuis 2001.

Dans ces îles de 389 km2 la population est de 110 200 habitants. Les conditions de vie, même améliorées ces vingt dernières années, restent celles d’une population aux revenus modestes.  


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