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CO de 2019-2018/CO n° 1229 du 2 novembre 2019/Deuxième page

Deuxième page

Martinique, Chlordécone : une mobilisation qui ne faiblit pas

La lutte pour dénoncer ceux qui auraient tiré profit du chlordécone se poursuit.  

Il y a quelques jours Il y a eu un blocage à Carrefour Dillon. Puis un meeting à la maison des syndicats. Le collectif Lyannaj pou dépolyé Matinik  a en effet organisé une réunion publique le vendredi 25 octobre à la Maison des Syndicats pour présenter une action visant à saisir le tribunal administratif afin de faire reconnaitre la responsabilité de l’État. Pour ce faire, le Collectif a sollicité le concours d’un avocat. Intervenant de ce meeting, notre camarade Gabriel Jean-Marie, secrétaire général de la CGTM, confédération syndicale membre du Lyannaj pou dépolyé Matinik, rappela que ce sont des capitalistes qui ont été à l’origine de ce scandale et que « les grosses bêtises ont permis de constituer de grosses fortunes ».

Il est vrai que la Commission parlementaire présidée par Serge Letchimy, député de Martinique, a permis d’entendre divers témoignages qui ont attisé le mécontentement. Éric Godard, ancien fonctionnaire de l’ARS, a révélé, avec des sanglots dans la voix, que l’État savait depuis… 1991 et que sa hiérarchie lui avait interdit d’en faire état. En effet, l’État, bien qu’informé, a laissé faire, avec la complicité de certains élus martiniquais tel Guy Lordinot, ancien député de Martinique et pharmacien de profession. Hypocrite et cynique tel est aussi ce représentant de la caste béké qui a qualifié la production, la commercialisation et l’utilisation de ce pesticide de « grosse bêtise ». Sauf que ces gens-là ne sont pas des enfants mais des capitalistes qui, pour le profit, tuent à petit feu les travailleurs et pas seulement avec le chlordécone mais avec l’exploitation sous toutes ses formes.  


Martinique/ Des blocages anti-chlordécone !

Des jeunes qui ont « décidé de se prendre en main et se mobiliser pour faire changer les choses » et qui « cherchent des solutions par eux-mêmes ».   C’est ainsi que s’est qualifié le groupe de jeunes militants qui a entrepris d’organiser des journées de blocage de l’activité de magasins ou entreprises appartenant à des gros possédants békés de Martinique.

Ils font leurs actions avec le concours de groupes nationalistes tel le MIR (Mouvement international pour les réparations) de Garcin Malsa ou le groupe Moun (les gens) autour d’Olivier Bérisson. Le samedi 19 octobre ils ont appelé la population à bloquer le grand magasin Carrefour Dillon appartenant au groupe Bernard Hayot, montré du doigt comme un des pollueurs. Le samedi 26, c’était au tour du magasin de bricolage GEDIMAT - Laguarrigue, l’un des possédants béké nommé dans l’importation et/ou la fabrication du chlordécone. Ils dénoncent les élus « extrêmement silencieux », et disent informer la population qu’ « il faut arrêter de donner de l’argent aux organismes qui nous ont empoisonnés » et ajoutent « qu’il faut consommer autrement ».

Ces blocages qui ont eu lieu au son des tambours, ont rassemblé quelques dizaines de personnes. Après la colère manifestée depuis des années par les ouvriers et ouvrières agricoles, les premiers attaqués par le chlordécone dans leur chair et leur vie, celle des petits planteurs, des pêcheurs et membres d’associations environnementales et celle de la population empoisonnée, de telles manifestations montrent aussi que la coupe est pleine. Les travailleurs et la population n’attendront pas 107 ans une soi-disant réparation au rabais, alors que les responsables et les coupables continuent de se pavaner et de s’enrichir.  


Martinique : Chlordécone les aveux de l’État

Dans le cadre de la commission d’enquête sur l’utilisation du chlordécone aux Antilles, les ministres auditionnés, Annick Girardin, Agnès Buzyn, Didier Guillaume et Frédérique Vidal, ont reconnu la responsabilité de l’État dans la pollution des terres. Malheureusement les aveux ne guérissent pas du cancer et ne dépolluent pas les sols.

Le gouvernement avait semblé faire un geste en parlant d’un fonds d’indemnisation. Mais il sera réservé aux personnes qui travaillent dans le secteur agricole, et à condition qu’ils prouvent que leur maladie est liée au chlordécone. L’ensemble de la population ne sera pas pris en compte alors que plus de 90 % de la population adulte est contaminée d’après Santé Publi-que France. Même les ouvriers de la banane, qui sont les premières victimes, risquent de ne rien toucher car leurs cancers ne sont toujours pas reconnus comme maladie professionnelle.

Les luttes menées depuis des années en Guadeloupe et en Martinique ont permis ces minces avancées. Il faudra des mobilisations massives de la population et des travailleurs pour arracher l’argent à l’État et aux grands békés, pour la prise en charge médicale des victimes, et la dépollution des sols.


Chômage : une réforme mesquine et injuste

La réforme de Macron sur l’indemnisation des chômeurs prend effet à partir de ce 1er novembre. Dès avril 2020 les chômeurs toucheront de nouvelles allocations-chômage, réduites. En plongeant les travailleurs les plus précaires dans de plus grandes difficultés, l’État économisera plusieurs milliards.  

Qui aura droit aux nouvelles allocations ? Jusqu’à présent il fallait avoir travaillé quatre mois sur une période de 28 mois pour être indemnisé. Après ce 1er novembre il faudra travailler six mois sur 24 mois. En dessous de ces six mois travaillés sur deux ans, pas d’allocation-chômage ! Autre point : quand le travailleur au chômage trouvait un emploi avant la fin de sa période d’indemnisation, il pouvait augmenter ses droits pour après, à partir du moment où son nouveau contrat atteignait un mois. Avec la réforme, s’il retravaille moins de six mois, il n’acquiert pas de droits supplémentaires. Le nombre de travailleurs indemnisés devrait diminuer.

Or, selon la CGT en France, déjà seuls 43 % des chômeurs sont indemnisés. Le gouvernement s’attaque aussi aux plus précaires, ceux qui enchainent les « petits boulots » faute de trouver un emploi en CDI (contrat à durée indéterminée). Ils sont nombreux en Guadeloupe et en Martinique, dans la restauration, le bâtiment, l’agriculture. Le calcul de l’allocation-chômage change. Le montant des allocations dépend toujours du salaire perdu.

Avant la réforme, l’allocation chômage était calculée à partir du salaire journalier que percevait effectivement le travailleur chaque jour travaillé : par exemple 70 €. La nouvelle réforme calcule un « salaire journalier de référence » tout à fait pénalisant ! Elle additionne le nombre de jours chômés aux jours travaillés pour faire la moyenne. Si sur deux ans il y a seulement une année de jours de travail avec un salaire journalier de 70 €, le « salaire journalier de référence » sera seulement de 35 € et l’allocation-chômage sera aussi divisée par deux !  


Sargasses : des solutions, des ministres, mais pas d’argent

Du 24 au 26 octobre a eu lieu en Guadeloupe la première conférence internationale sur les sargasses. Depuis 2011, le problème des algues sargasses est récurrent. Les algues s’échouent massivement sur les côtes de Martinique et de Guadeloupe.  

L’année dernière des comités contre les sargasses se sont constitués pour exiger de l’État et des collectivités des solutions face à cette catastrophe. Les algues échouées sur les plages en se décomposant dégagent des gaz toxiques et des odeurs nauséabondes. Les populations exposées à ces gaz peuvent avoir des maux de tête, des vomissements ou des malaises. Cette conférence a montré que les solutions pour résoudre ce problème sont multiples. Des exposants ont montré l’efficacité des machines qui ramassent les sargasses en mer. Il est possible de fabriquer du charbon actif avec les sargasses, de faire du compostage, du papier ou du carton. Le Premier ministre Édouard Philippe est venu pour l’occasion, avec trois autres ministres, mais surtout pour la forme.

Les petits commerçants et la population qui ont le plus souffert à cause de cette catastrophe ont réclamé le déclenchement d’un état de catastrophe naturelle. Le gouvernement a répondu qu’on n’est pas face à un cyclone mais à « un phénomène qui prendra des dizaines d’années peut-être à éradiquer ». Il préfère « mettre l’argent dans les idées ». Il a clôturé la conférence sur les sargasses en promettant « un accompagnement de l’État » sans préciser le montant du financement. Comme d’habitude, les autorités ne s’engagent pas plus que ça dès qu’il s’agit de verser de l’argent pour la vie quotidienne de la population.


La Réunion : Macron face à la colère populaire

La Réunion, comme les autres départements d’outre-mer, souffre d’un chômage endémique : 24 % au total et 42 % chez les jeunes.  

Sur 850 000 habitants, 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le coût de la vie est 7,1 % plus élevé qu'en métropole, selon l'Insee, le revenu d’un foyer réunionnais est inférieur de 30 % à celui d’un foyer de l’hexagone. Et les prix ne cessent d’augmenter. Un mot d’ordre de grève générale avait été lancé à l’occasion de la visite présidentielle Dès son arrivée dans l'île, Emmanuel Macron a annoncé la couleur : « sur la vie chère, il n'y a pas de recette miracle ». Il a annoncé de nouvelles mesures pour soi-disant favoriser les embauches, notamment la baisse des impôts que payent les entreprises. Mais le chômage n’a pas diminué alors que les patrons sont subventionnés et exonérés d’impôts depuis des années. Avant même l’arrivée de Macron, Philippe Labro, le patron de Tereos océan Indien et président du Syndicat du sucre, a affirmé que l’État doit lui verser 28 millions d’euros d’aide. Des manifestants se sont rassemblés en différents points de visite de Macron. Ils ont dénoncé les promesses faites par la ministre des Outre-mer Annick Girardin il y a un an et qui n’ont rien changé à leur situation.

Macron, qui s’attendait sûrement à une telle réaction populaire, avait fait mobiliser 1500 policiers et gendarmes pour l’entourer, dont un escadron dépêché de Lyon. Cela n’a pas empêché les jeunes des quartiers populaires du Chaudron à Saint-Denis et de la Rivière des Galets au Port d’affronter les forces de l’ordre dans la nuit du 24 octobre. Macron, reçu donc comme il fallait !


Exonérations pour le patronat : plus gavé que ça, tu meurs !

Lors de l’examen du budget de la Sécurité sociale pour 2020, l'Assemblée nationale a voté une exonération supplémentaire de cotisations patronales de 35 millions d'euros pour soi-disant favoriser l'emploi en Outre-mer.  

Ce dispositif a remplacé le CICE (Crédit d'impôt compétitivité emploi) en Outre-mer. Les patrons, surtout les plus gros, se frottent les mains. Ils trouvaient que le plafond d’exonération de 1,7 Smic n’était pas suffisant, la récente exonération va augmenter ce plafond jusqu’à 2,0 Smic.

Cela fait des décennies que l’État prend pour prétexte des embauches possibles pour exonérer les patrons. Pourtant, le chômage reste toujours aussi élevé en Outre-mer. Et certains travailleurs doivent effectuer la tâche de deux ou trois personnes. Toutes ces exonérations représentent de l’argent en moins dans les caisses de la Sécurité sociale. Après, on parle de déficit de la Sécurité sociale. Mais qui contribue à creuser ce déficit ? Certainement pas les salariés sur qui les charges sociales sont prélevées directement avant versement du salaire. L’État va compenser ce cadeau aux plus riches en faisant payer les travailleurs comme il le fait depuis des années.  


Guadeloupe : Goyave privée d’eau, le scandale se poursuit !

Voilà plusieurs semaines qu’il n’y a pas d’eau pour de nombreux habitants à Goyave. Quand, le 22 octobre, le maire avait déclaré que la commune était dans un état d’urgence sanitaire, certains habitants n’avaient déjà pas d’eau depuis 15 jours ! Aujourd’hui les choses ne se sont pas arrangées, les tuyaux des canalisations sont pourris et il y a toujours plus de casse. La commune a pris en charge la distribution des packs d’eau et le remplissage des citernes pour ceux qui en possèdent. C’est bien le strict minimum ! C’est pourtant loin d’être suffisant. Que des personnes soient privées d’eau depuis des semaines c’est effectivement une situation sanitaire urgente. La mairie propose d’acheter du petit matériel pour aider à la réparation des canalisations. Mais ce sont des mesures à la hauteur de cette urgence qui doivent être prises et de suite ! C’est à l’État de mettre les moyens pour rétablir le réseau, pas seulement à Goyave mais sur tout l’archipel ! Mais pour cela il faudra que la population, à travers tout le territoire, se mette en mouvement.