Site

CO de 2019-2018/CO n° 1227 du 5 octobre 2019/Troisième page

Troisième page

Martinique : commission chlordécone, silences et oublis complaisants

Durant la manifestation du mardi 24 septembre 2019, des participants ont exprimé leurs doutes sur l’action de Letchimy, président de la commission d’enquête sur le chlordécone. Des ouvriers agricoles ont pris la parole pour critiquer l’attitude de ce député qui n’a même pas pris la peine d’auditionner leurs représentants.  

En effet ils ont constaté que cette commission d’enquête parlementaire sur l’utilisation du chlordécone et du paraquat en Guadeloupe et en Martinique s’était montrée très compréhensive à l’égard des patrons locaux et des élus auditionnés en Martinique. Cela a été le cas pour Guy Lordinot. Député de Martinique entre 1990 et 1993, ce dernier avait demandé et obtenu des dérogations pour poursuivre l'épandage de Curlone (pesticide à base de chlordécone) au début des années 90, en Martinique. Il a déclaré qu’il ne s’était pas « intéressé » au chlordécone et qu’il n’avait fait que « relayer » la demande des « petits planteurs », se gardant de mettre en cause les gros patrons békés, planteurs ou fabricants.

Il en a été de même lorsque le dénommé Henri Ernoult, ex-directeur de la société De Laguarigue s’est montré évasif sur les conditions dans lesquelles s’était effectuée la fabrication puis la commercialisation du Curlone. Protégeant son patron, le défunt Yves Hayot, frère ainé de Bernard Hayot gros possédant du secteur banane, Ernoult dira : « Personne, lui le premier, ne mesurait la dangerosité du produit ». Ironie ou Cynisme ?

En Martinique, Letchimy et la commission d’enquête ont également reçu des associations qui ont dénoncé à plus d’une reprise les conditions d’utilisation des pesticides ou la responsabilité de l’État, telles PUMA, l’Assaupamar ou Collectif Lyannaj Pou Dépolyé Matinik, et aussi Collectif Zéro Chlordécone. Mais il n’a pas daigné entendre les ouvriers agricoles. Ceux-ci ont pourtant été les premières et principales victimes du chlordécone et du paraquat que le sieur Ernoult qualifie de « grosses bêtises ». 

Hypocrisie des uns, mensonges des autres, faire-valoir pour quelques autres, ladite commission d’enquête apparait plus pour l’instant comme une mascarade visant à dédouaner les capitalistes de la banane responsables de l’empoisonnement des ouvriers agricoles et de la population. La fin de cette enquête est prévue pour le 4 décembre 2019.  


Commission chlordécone : parade ou efficacité ?

Le chlordécone, pesticide très toxique, a été interdit aux États-Unis en 1977, la France l’a interdit en 1990. Il a été utilisé massivement dans les bananeraies aux Antilles de 1972 à 1993, contaminant les eaux, le bétail, les végétaux et, pour plusieurs siècles, les sols. Même après l’interdiction en France les planteurs ont demandé et obtenu des dérogations de l’État pour continuer à commercialiser et à répandre leur poison. Les premières victimes sont les ouvriers de la banane. Certains sont morts en épandant le produit, d’autres sont atteints d’un cancer.

Que va-t-il se passer une fois que la commission aura rendu son rapport en décembre 2019 ? Les responsables de cet empoisonnement sont connus de tous, c’est-à-dire les planteurs pollueurs et l’État qui a soutenu ces capitalistes de la banane au nom du profit. Est-ce que ces responsables dédommageront les ouvriers victimes et leur famille ? Participeront-ils au financement de la recherche en vue de dépolluer les sols ? Lors des auditions, les gros békés planteurs de banane ont nié leur responsabilité dans cette pollution, rejetant la faute sur l’État. L’État n’a jusqu’à présent mis aucun moyen sérieux pour faire progresser la recherche ni réparer les dommages causés par le chlordécone.

Quelle que soit l’issue de cette enquête, les travailleurs et la population ne pourront compter que sur leur force collective pour contraindre l’État et les békés responsables à mettre les moyens nécessaires à la réparation.   .  


Chlordécone dans l’eau « potable » : l’État savait

Les déclarations à la commission d’enquête d'Éric Godard, ancien chargé de mission de plan chlordécone de l’ARS, ont été révélées par la presse le 30 septembre. Il a affirmé à la commission d’enquête que l’État savait que l’eau du robinet était contaminée en Martinique et a délibérément laissé quelque 100 000 personnes la consommer pendant plus de 10 ans.

L’enquête a révélé que les autorités sanitaires connaissaient au moins depuis 1991 les dangers du produit : mais jusqu'en 1999 l'eau polluée a été distribuée en Martinique et en Guadeloupe comme sans risque pour la population.  Cette information a choqué. Elle apparait comme un rebondissement et confirme les responsabilités politiques au service des gros possédants industriels et planteurs.


Guadeloupe : les rats, dans les écoles, ça suffit !

L’an passé la présence de rats au 3ème étage était signalée à l’école Amédée Fengarol (Pointe-à-Pitre). Le directeur et le concierge se sont regardés... comme si l’enseignante et ses élèves n’avaient pu voir passer des rats par un trou de sortie de l’eau. Cette semaine un enseignant a signalé le passage de rats au même endroit. Cette fois, les lieux seront traités. Le raticide utilisé tue lentement, d’où une semaine d’arrêt des cours. Mais sans des travaux - pose de grillages sur les trous - les rats reviendront. Ce problème touche aussi l’école élémentaire et la maternelle Bambuck à Pointe-à-Pitre et à Petit Bourg, celles de Daubin, Fontarabie et du bourg.


Il y a 70 ans : la République populaire de Chine

Ce 1er octobre 2019, le régime chinois – prétendument communiste – a fêté ses 70 ans d’existence.
Au début du 20e siècle, la Chine est une semi-colonie, dominée par les puissances impérialistes dont l’Angleterre et la France. Le pays est féodal, avec de multiples seigneurs locaux qui règnent en maîtres dans les provinces. La bourgeoisie chinoise est divisée Une partie est une bourgeoisie compradore, qui sert les intérêts des puissances impérialistes et en tire ses profits. L’autre partie, la bourgeoisie nationale, veut faire de la Chine un pays indépendant et moderne, et se débarrasser de l’aristocratie et des puissances impérialistes pour développer ses affaires. C’est cette fraction de la bourgeoisie qui fonde en 1911 un parti nationaliste, le Kuomintang, avec Sun Yat-sen à sa tête.

L’échec de la révolution ouvrière

Le développement du capitalisme en Chine donne naissance à une classe ouvrière jeune et combative dans les grandes villes comme Shangai. De jeunes intellectuels chinois sont enthousiasmés par la révolution ouvrière en Russie en 1917. Ils créent en 1921 le Parti communiste chinois, dont Chen Duxiu est le fondateur. En 1925, les ouvriers chinois entament une série de grèves massives et d’insurrections armées. Le Parti communiste chinois est à la tête de cette révolution ouvrière naissante et il se développe rapidement.
Mais le PC chinois, comme tous les autres partis communistes à cette époque, est sous l’influence de la fraction stalinienne qui a confisqué le pouvoir ouvrier en URSS. Cette bureaucratie domine à partir de 1923 l’Internationale Communiste (I.C.) qui regroupe les partis communistes du monde entier. Staline et la bureaucratie soviétique ne veulent pas que les travailleurs prennent le pouvoir dans un quelconque pays, car cela pourrait déstabiliser leur mainmise sur l’État soviétique.

En Chine, Staline exige que les communistes intègrent le Kuomintang, le parti nationaliste dirigé alors par Tchang Kaï-chek. Les ouvriers se sont retrouvés sous la coupe du parti qui défendait les intérêts de leurs exploiteurs. Pendant deux ans, de 1925 à 1927, le Kuomintang a mené une répression impitoyable contre les travailleurs insurgés. Les ouvriers communistes étaient décapités en pleine rue, ou brûlés vifs dans les chaudières des locomotives. En décembre 1927, les communistes ont pris le pouvoir pendant quelques jours dans la ville de Canton et ont mis en place un conseil ouvrier (un soviet) pour gouverner la ville. Mais le Kuomintang réussit à écraser dans le sang la « Commune de Canton ». L’année 1927 a marqué une défaite majeure pour la classe ouvrière chinoise. Les militants communistes, décimés, ont fui les villes pour se réfugier dans des montagnes reculées au nord du pays. Mao Zedong a pris la tête d’une armée paysanne qui n’avait plus aucun lien avec les ouvriers des villes, et qui n’avait plus de communiste que le nom.

L’accession de Mao au pouvoir

La Chine est restée sous la coupe des seigneurs féodaux et des puissances impérialistes. La situation s’est aggravée à partir de 1937 avec l’occupation japonaise. L’armée de Mao était appréciée de la population des campagnes pour ses succès de guérilla contre le pouvoir, et surtout contre l’occupation japonaise. Les « communistes » chinois ont progressé dans leur guerre de partisans jusqu’à leur victoire à Pékin en 1949. Les nouveaux dirigeants de la Chine avaient maintenu leur étiquette communiste mais leur politique ne l’était pas. Ils ont pris le pouvoir pour mettre en œuvre le programme de la bourgeoisie nationale, c’est-à-dire développer et moderniser le pays, et mettre au pas la classe ouvrière et la population pauvre. Les intérêts de la bourgeoisie nationale ont été préservés par le régime, y compris après la nationalisation des entreprises en 1955. Les anciens actionnaires, rebaptisés « capitalistes nationaux patriotes qui empruntent courageusement la voie du socialisme », continuaient à diriger ces firmes et à toucher des dividendes.
Ce 1er octobre 2019, le régime chinois – prétendument communiste – a fêté ses 70 ans d’existence.  

Au début du 20e siècle, la Chine est une semi-colonie, dominée par les puissances impérialistes dont l’Angleterre et la France. Le pays est féodal, avec de multiples seigneurs locaux qui règnent en maîtres dans les provinces. La bourgeoisie chinoise est divisée. Une partie est une bourgeoisie compradore, qui sert les intérêts des puissances impérialistes et en tire ses profits. L’autre partie, la bourgeoisie nationale, veut faire de la Chine un pays indépendant et moderne, et se débarrasser de l’aristocratie et des puissances impérialistes pour développer ses affaires. C’est cette fraction de la bourgeoisie qui fonde en 1911 un parti nationaliste, le Kuomintang, avec Sun Yat-sen à sa tête.

L’échec de la révolution ouvrière Le développement du capitalisme en Chine donne naissance à une classe ouvrière jeune et combative dans les grandes villes comme Shangai. De jeunes intellectuels chinois sont enthousiasmés par la révolution ouvrière en Russie en 1917. Ils créent en 1921 le Parti communiste chinois, dont Chen Duxiu est le fondateur. En 1925, les ouvriers chinois entament une série de grèves massives et d’insurrections armées. Le Parti communiste chinois est à la tête de cette révolution ouvrière naissante et il se développe rapidement. Mais le PC chinois, comme tous les autres partis communistes à cette époque, est sous l’influence de la fraction stalinienne qui a confisqué le pouvoir ouvrier en URSS. Cette bureaucratie domine à partir de 1923 l’Internationale Communiste (I.C.) qui regroupe les partis communistes du monde entier. Staline et la bureaucratie soviétique ne veulent pas que les travailleurs prennent le pouvoir dans un quelconque pays, car cela pourrait déstabiliser leur mainmise sur l’État soviétique.

En Chine, Staline exige que les communistes intègrent le Kuomintang, le parti nationaliste dirigé alors par Tchang Kaï-chek. Les ouvriers se sont retrouvés sous la coupe du parti qui défendait les intérêts de leurs exploiteurs. Pendant deux ans, de 1925 à 1927, le Kuomintang a mené une répression impitoyable contre les travailleurs insurgés. Les ouvriers communistes étaient décapités en pleine rue, ou brûlés vifs dans les chaudières des locomotives. En décembre 1927, les communistes ont pris le pouvoir pendant quelques jours dans la ville de Canton et ont mis en place un conseil ouvrier (un soviet) pour gouverner la ville. Mais le Kuomintang réussit à écraser dans le sang la « Commune de Canton ». L’année 1927 a marqué une défaite majeure pour la classe ouvrière chinoise. Les militants communistes, décimés, ont fui les villes pour se réfugier dans des montagnes reculées au nord du pays. Mao Zedong a pris la tête d’une armée paysanne qui n’avait plus aucun lien avec les ouvriers des villes, et qui n’avait plus de communiste que le nom.

L’accession de Mao au pouvoir La Chine est restée sous la coupe des seigneurs féodaux et des puissances impérialistes. La situation s’est aggravée à partir de 1937 avec l’occupation japonaise. L’armée de Mao était appréciée de la population des campagnes pour ses succès de guérilla contre le pouvoir, et surtout contre l’occupation japonaise. Les « communistes » chinois ont progressé dans leur guerre de partisans jusqu’à leur victoire à Pékin en 1949. Les nouveaux dirigeants de la Chine avaient maintenu leur étiquette communiste mais leur politique ne l’était pas. Ils ont pris le pouvoir pour mettre en œuvre le programme de la bourgeoisie nationale, c’est-à-dire développer et moderniser le pays, et mettre au pas la classe ouvrière et la population pauvre. Les intérêts de la bourgeoisie nationale ont été préservés par le régime, y compris après la nationalisation des entreprises en 1955.
Les anciens actionnaires, rebaptisés « capitalistes nationaux patriotes qui empruntent courageusement la voie du socialisme », continuaient à diriger ces firmes et à toucher des dividendes.

La Chine : un État bourgeois

L’illusion du communisme chinois a été entretenue par le sous-développement du pays. Les masses de travailleurs habillés simplement et circulant à bicyclette étaient censées incarner une société sobre et égalitaire, alors qu’elles n’étaient que le produit de la pauvreté de la Chine. L’illusion a été renforcée en 1966 avec la Révolution culturelle. Mao a prétendu éliminer les restes de la pensée et du mode de vie bourgeois. Il s’agissait en réalité de consolider le régime, d’enrégimenter la classe ouvrière. Le maoïsme est devenu à la mode pour toute une génération de militants nationalistes. Ils voyaient dans le régime chinois un modèle qui défiait l’impérialisme en permettant un développement « endogène ». Même les économistes bourgeois se sont extasiés sur « le miracle chinois ». Mais le développement de la Chine n’a rien eu de miraculeux. Il a reposé sur les mêmes méthodes qui ont permis à la bourgeoisie d’accumuler des richesses, partout dans le monde, depuis plus de deux siècles. Les paysans affamés ont été chassés des campagnes, ils sont devenus des ouvriers exploités à mort dans les usines des grandes villes, où ils sont privés de tout droit. L’immensité de la Chine a donné à la bourgeoisie nationale des ressources presqu’illimitées. Le caractère dictatorial du régime fit taire toute contestation pendant plusieurs décennies.

Aujourd’hui, les millionnaires chinois étalent leur richesse au grand jour. Les dirigeants du pays sont en conflit avec ceux des États-Unis pour se faire une place sur le marché mondial. Mais les travailleurs chinois mènent depuis plusieurs années des luttes pour défendre leurs propres intérêts. Ils font des grèves contre les bas salaires et les licenciements, et ils tentent de s’organiser dans des syndicats indépendants du régime. Dans sa lutte de classe avec la bourgeoisie, la classe ouvrière chinoise renouera tôt ou tard avec son passé révolutionnaire. Il lui faudra chasser du pouvoir les riches parasites et leurs alliés du gouvernement, pour accomplir véritablement une révolution communiste et construire une société débarrassée de l’exploitation.  

Photo : Chen Duxiu, fondateur du Parti communiste chinois. Exclu par les staliniens après 1927 il se rapprocha du programme trotskyste pendant une période.  


Staline et Tchang Kaï-chek (de Léon Trotsky)

Après le coup de Canton, machiné par Tchang Kaï-chek en mars 1926 et que notre presse passa sous silence, quand les communistes furent réduits à de misérables appendices du Kuomintang et signèrent même un engagement de ne pas critiquer le sun-ya-tsénisme, Tchang Kaï-chek - détail remarquable en vérité ! - insista pour que le Kuomintang soit accepté dans l'I.C. : se préparant au rôle de bourreau, il voulait avoir la couverture du communisme mondial et... l'obtint. Le Kuomintang dirigé par Tchang Kaï-chek et Hu Hanmin fut accepté dans I'I.C. (comme parti "sympathisant"). Tout en étant engagé dans la préparation d'un coup contre-révolutionnaire décisif en avril 1927, Tchang Kaï-chek, en même temps prit soin d'échanger des portraits avec Staline. Le renforcement de ces liens d'amitiés fut préparé par le voyage de Boubnov, membre du Comité Central et un des agents de Staline, et sa visite à Tchang Kaï-chek. Un autre "détail" : le voyage de Boubnov à Canton coïncida avec le coup d'État de mars de Tchang Kaï-chek. Alors Boubnov ? Il fit se soumettre et se tenir tranquilles les communistes chinois


Bookmark and Share