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CO de 2019-2018/CO n° 1227 du 5 octobre 2019/Première page

Première page

Éditorial: Haïti la colère populaire doit servir les masses et non les politiciens

ZoomLa rareté des produits pétroliers à travers tout le pays a soulevé une vague de mécontentement des classes exploitées qui n’ont pas hésité à gagner les rues pour faire entendre leur colère. Cette pénurie aggrave les conditions économique et sociale de toute une population en termes de ravitaillement, d’activités professionnelles, de conditions de vie.  

C’est pourquoi ce sont des jeunes déshérités des quartiers pauvres, comme les chauffeurs de moto taxi, qui ont débuté ce mouvement de protestation le lundi 16 septembre, pour dénoncer les manœuvres du gouvernement et des importateurs des produits pétroliers. Elles consistent à créer une rareté artificielle et justifier l’augmentation du prix des carburants que la population avait violemment rejetée quelques mois auparavant.

L’exaspération et l’aggravation des conditions de vie provoquées par cette rareté artificielle ont étendu le mouvement à plusieurs villes de province. Les politiciens de l’opposition, surfant sur la vague de colère populaire, ont appelé à manifester contre le gouvernement les 21, 28, 30 septembre. Les masses exploitées ont répondu à l’appel. Ils sont descendus nombreux dans les rues pour crier leur colère contre ce régime corrompu. Les manifestants réclamaient du pétrole pour les lampes, du carburant, la baisse des prix des denrées, de pouvoir envoyer les enfants à l’école, la hausse des salaires, etc. Mais aujourd’hui leurs revendications ne se font pas entendre.

Tandis que les travailleurs battent le pavé, les micros des médias sont tendus aux politiciens qui n’ont qu’un seul mot d’ordre : « à bas Jovenel » le président ! Pressés de renverser Jovenel Moïse pour prendre la place et s’installer à la mangeoire, ces politiciens durcissent le mouvement et lâchent des sbires armés contre la population pour la forcer à faire un « pays lock » (fermé). C’est ainsi qu’ils rééditent les opérations de fermeture des quartiers pauvres. Ces groupes attaquent les ouvriers sur la route de la zone industrielle, une usine a même été incendiée. Ils bastonnent les enfants en uniforme qui essaient de se rendre à l’école, la plupart des établissements scolaires ont cessé de fonctionner. Ils pillent les marchés et attaquent les marchandes dans les rues.

Quand ce n’est pas la police qui tire sur les manifestants, ce sont les sbires de l’opposition qui font du zèle… Ce sont les pauvres qui paient cette lutte pour le pouvoir, il n’y a pas seulement pénurie d’essence, il n’y a plus d’électricité ni d’eau depuis longtemps. Maintenant ce sont la farine, le pain, le sucre qui manquent dans les maisons. Avec l’insécurité qui s’accroit, sortir pour chercher un ravitaillement devient une expédition et la population reste donc calfeutrée dans les maisons. Si les masses pauvres ont raison de rejeter Jovenel Moïse, le serviteur des bourgeois aujourd’hui au pouvoir, ils ont aussi à se poser le problème de l’après-Jovenel. Les façons de procéder de l’opposition, les actions de ses hommes de main, leur montrent bien que ces politiciens n’ont rien à faire de leurs revendications et que ceux qui défilent aujourd’hui à la tête des manifestations seront les premiers à faire taire la voix des travailleurs.

Les travailleurs ont montré que la mobilisation de milliers de démunis à travers tout le pays comme celle du vendredi 27 septembre 2019 a fait trembler les potentats du régime. Elle peut être étendue à l’ensemble de la classe ouvrière, des jeunes et des masses exploitées pour constituer un véritable rouleau compresseur. Cette énergie des masses en colère est indispensable pour faire passer leurs revendications et non celles des politiciens bourgeois en lutte pour le pouvoir.  


Guadeloupe : Procès Tino Dambas contre Jean-Marie Nomertin : une mobilisation réussie !

Mardi 1er octobre, au tribunal de Basse-Terre, une centaine de personnes (ouvriers agricoles, militants de la CGTG et d’autres organisations) étaient rassemblées devant le tribunal de Basse-Terre en soutien à Jean-Marie Nomertin, porte-parole de Combat ouvrier et secrétaire général de la CGTG.  
C’est Tino Dambas, dit « l’esclavagiste noir », qui avait porté plainte pour diffamation. Il n’a pas supporté que Jean-Marie Nomertin révèle qu’il est en partie responsable de la mort d’un ouvrier de 62 ans déjà très malade. Tino Dambas avait refusé de le changer de poste de travail et l’avait contraint à transporter 150 régimes de bananes par jour. L’ouvrier est mort peu de temps après avoir quitté la plantation.

Avec Combat ouvrier et la CGTG, plusieurs organisations dont l’UGTG, le PCG, le FKNG, le journal Rebelle ! sont venues apporter leur soutien. Ce procès intenté à Jean-Marie Nomertin, a été l’occasion de dénoncer les pratiques esclavagistes des gros planteurs. À la barre, Jean Marie Nomertin a fait le procès des conditions de travail quasi mortelles dans la banane, et celui de Tino Dambas. La décision de la cour d’appel sera rendue le 29 octobre 2019.  

Le soutien de Marie-Hélène Surelly !  
Vendredi 27 septembre, une camarade, ouvrière agricole, dirigeante de la CGT Martinique dans le secteur des ouvriers agricoles est venue soutenir ses camarades de Guadeloupe. Elle a pris la parole lors de la conférence de presse avant le procès intenté par le gros patron Tino Dambas à Jean-Marie Nomertin. Il s’agit de Marie-Hélène Surelly. Ce geste de solidarité a été bien apprécié et commenté par les travailleurs présents et ceux de la banane.


Guadeloupe :CHU halte à la répression

Une vingtaine de militants et sympathisants ont accompagné notre camarade Rony Tillé, agent hospitalier et militant actif de la CGTG au commissariat de Pointe-à-Pitre où il était convoqué le 1er octobre. Rony Tillé a participé activement à la grève du CHU, d’abord aux urgences où il travaille, puis dans tout l’hôpital quand la grève est devenue générale. En réalité la direction de l’hôpital voudrait surtout lui faire payer le fait d’avoir été un élément actif de la mobilisation au CHU. Ce n’est pas la première fois qu’une direction tente de se venger après une grève. Faire tomber les militants et les contestataires pour mieux exploiter les travailleurs, c’est le but de la répression. Soutien au camarade Tillé !


Les mobilisations du 24 septembre

En Martinique :
un succès Mardi 24 septembre près de 600 de travailleurs se sont mobilisés et ont manifesté dans les rues de Fort-de-France pour protester contre les attaques anti-ouvrières et en particulier contre un plan de retraite qui est un recul inacceptable !  

On pouvait noter la présence des ouvrières et des ouvriers agricoles, de l’usine Galion, du commerce, de la métallurgie, du bâtiment, des plusieurs hôpitaux, des agents municipaux, ceux de la CTM et des retraités. Ensemble dans les rues de Fort-de-France les travailleurs scandaient des slogans comme : « Pour augmenter les salaires il faut prendre sur les profits ». « Si loyé kay la, si dlo-a, si impo-a ou dôt’ bagay ka ôgmanté. Ogmanté lé salèr ». Ou encore : « Exigeons les 1800 euros nets de salaire, des pensions et des retraites par mois. Et ki moun ki pou payé ? Sé lé kapitalis ».

Durant le parcours, à différents endroits, des militants de différentes entreprises ont pris la parole pour dénoncer la politique patronale et du gouvernement et les conséquences de la réforme des retraites dans leur secteur et sur la vie de l’ensemble de la population pauvre. À la fin de la manifestation une délégation d’une dizaine de militants syndicaux a transmis les revendications au représentant de la préfecture qui l’a reçue. La manifestation s’est terminée à la maison des syndicats par le chant de l’internationale. Dans la foulée, militants et travailleurs ont tenu une assemblée générale de bilan de cette journée d’action. Ils étaient convaincus de la nécessité de continuer à faire de la propagande dans les entreprises en visant des mobilisations plus larges et plus massives pour faire reculer ce gouvernement des riches.  

En Guadeloupe
Plusieurs dizaines de travailleurs se sont réunis à l’appel de la CGTG, formant ainsi une assemblée de discussion autour des problèmes des travailleurs.  

En France
Les manifestations ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de travailleurs. À Paris, plus de 12 000 personnes ont défilé sous des banderoles syndicales d’entreprises publiques, d’hôpitaux, de cheminots, de la RATP, d’unions locales et de quelques entreprises privées. À la SNCF, plus d’un quart des employés ont fait grève ce jour-là.  


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