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CO de 2019-2018/CO n° 1223 du 6 juillet 2019/Troisième page

Troisième page

Congrès des élus de Guadeloupe : une évolution institutionnelle pour ne rien changer

Le quinzième Congrès s’est réuni pendant deux jours les 26 et 27 juin.

Le congrès est la réunion des élus des deux assemblées, l’assemblée régionale dirigée par Chalus et l’assemblée départementale dirigée par Borel-Lincertin. Des représentants des partis politiques ont été invités à donner leur avis. Cela s’est passé entre « gens du même monde ». De nombreux téléspectateurs ont pu assister directement aux débats du Congrès sur l’évolution institutionnelle. Ils ont pu se rendre compte que certains parlaient un jargon incompréhensible pour la plupart des gens.

Depuis 2001, date du premier Congrès, les différents partis politiques se sont affrontés sur l’idée du changement de statut. Certains nationalistes veulent plus d’autonomie ou l’indépendance. L’actuel président de Région souhaite un changement institutionnel. Son prédécesseur Lurel s’y était opposé en 2003, avant de s’y convertir récemment. Macron a prévu de mettre en place une nouvelle réforme des collectivités territoriales d’ici 2020. Elles auront droit à la différenciation, c’est-à-dire qu’elles pourraient avoir d’autres compétences. À travers cette mesure, il veut que chaque territoire d’Outremer assume plus de responsabilités, dans le but de décharger l’État de nombreuses dépenses. Face à l’urgence, les élus ont adopté des résolutions, réclamant ce droit à la différenciation en ce qui concerne le développement économique, l’emploi, la fiscalité, l’urbanisme et l’organisation territoriale. Un expert du droit a proposé de garder les deux assemblées départementales et régionales dans une structure unique.

Mettre en place une assemblée unique pour un archipel de 400 000 habitants est un bon raisonnement. Mais les travailleurs et la population pauvre n’ont aucune illusion à se faire sur ces changements.

À l’exemple des changements institutionnels opérés en Martinique, en Guyane ou à St-Martin, rien n’a changé concernant les salaires, le chômage et la vie chère. Ces collectivités, manquant de ressources, cherchent à piocher de nouvelles recettes dans la poche des pauvres, des travailleurs et non des riches capitalistes.

Changement institutionnel ou pas, la classe laborieuse devra s’organiser collectivement pour défendre ses propres intérêts.


Saint-Martin : l’eau impropre à la consommation

Au mois de mai, des analyses ont révélé des taux de bromate 4 à 13 fois plus élevés que la limite règlementaire. Cette substance qui apparait dans le processus de traitement de l’eau est toxique et cancérigène. Ce n’est que le 21 juin, un mois plus tard, que les autorités interdisent l’eau à la consommation. La population se retrouve subitement à devoir acheter de l’eau en bouteille pour boire mais aussi cuisiner, car le bromate ne disparait pas en faisant l’eau bouillir. C’est la population pauvre qui sera le plus touchée. C’est elle qui par manque d’argent se retrouvera contrainte à consommer l’eau contaminée. La distribution de bouteilles d’eau doit être faite pour toute la population. Les habitants de Saint-Martin devront l’exiger des autorités, qui n’ont pas hésité à laisser la population consommer de l’eau polluée, toxique, durant un mois.


Italie : des migrants secourus courageusement

Dans la nuit du 28 au 29 juin, la capitaine d’un navire transportant 42 migrants libyens a forcé le blocus de la police pour les débarquer sur le port de Lampedusa, en Sicile. Cet acte héroïque a été réalisé par la capitaine du Sea-Watch, Carola Rackete. Ces migrants, secourus au large des côtes libyennes, tentaient de traverser la Méditerranée à bord de canots pneumatiques. Depuis le 12 juin, le navire tournait en rond dans les eaux italiennes, à cause de l’interdiction d’accoster au port italien. Après le débarquement des migrants, la capitaine du navire a été arrêtée. Elle risque dix ans d’emprisonnement. Salvini, le Premier ministre, est un homme politique d’extrême-droite. Il mène une politique répressive envers les étrangers pauvres. Il sait que la Méditerranée est un véritable cimetière pour les migrants. Depuis 2014, 17 000 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée de la Méditerranée. Après le forçage de la capitaine du Sea-Watch, Salvini s’est félicité, non du sauvetage d’êtres humains, mais de ce que « la capitaine hors la loi a été arrêtée » et son « navire pirate séquestré ». Cet acte courageux a suscité la solidarité. Le 1er juillet, deux collectes comptaient au total un million d’euros de dons, pour payer les frais de justice de Carola Rackete.


États-Unis : Les lois anti-avortement un recul pour les droits des femmes

Aux États-Unis cela devient de plus en plus difficile pour les femmes qui veulent recourir à l’IVG (interruption volontaire de grossesse).

L’actuel président, Trump, s’est déclaré contre l’avortement. Il a nommé à la Cour suprême des juges opposés à l’IVG, dans le but de l’interdire. Et depuis le début de l’année, 28 États américains ont introduit plus de 300 nouvelles règles afin de limiter l’accès à l’avortement.

L’Alabama a interdit tous les avortements, y compris en cas de viol ou d’inceste. Pour les médecins qui les pratiquent, il prévoit une peine de prison pouvant aller jusqu’à 99 ans. Le Kentucky et le Mississippi ont interdit les avortements après la sixième semaine de grossesse. C’est-à-dire à un moment où peu de femmes ont eu le temps de se rendre compte qu’elles sont enceintes ! Ces lois sont des attaques contre les droits des femmes de disposer de leur corps. Surtout contre les travailleuses et les femmes pauvres, qui n’auront pas les moyens de voyager pour avorter.

Le droit à l’IVG a été obtenu dans les années 1960. À l’époque les Noirs américains se sont battus pour les droits civiques, et la jeunesse s’est opposée à la guerre du Viêt-Nam. Les femmes ont aussi réclamé des droits. Aujourd’hui, des femmes et des stars américaines se mobilisent contre ces nouvelles lois anti-IVG, mais il faudra aller plus loin pour reconquérir ce droit, il faudra des combats similaires à ceux des années soixante.

Encadré

En Alabama, le 26 juin, une jeune femme noire de 27 ans a été accusée d’homicide pour avoir perdu son bébé après s’être fait tirer dessus. Cette femme était enceinte de cinq mois en décembre 2018, lorsqu’elle s’est disputée avec une autre femme devant un magasin. Cette autre femme lui a tiré dans le ventre, et le bébé n’a pas survécu. Le policier chargé de l’enquête avait expliqué que si une femme enceinte de cinq mois lance une dispute, il croit que « elle a une responsabilité si son enfant à naître est blessé ». L’Alabama est devenu l’État américain le plus restrictif pour le droit à l’avortement au mois de mai, lorsqu’une nouvelle loi a été promulguée.


Trinidad et Tobago : Le scandale de Petrotrin

Six mois après la fermeture de la Compagnie pétrolière de Trinidad et Tobago dite Petrotrin, les travailleurs du pétrole dénoncent les mensonges du gouvernement. Cette compagnie qui appartient à l’État a pour activité l’exploration, le développement et la production d’hydrocarbures. Elle raffine et commercialise des produits pétroliers, en particulier du gaz liquéfié (pour la cuisine).

En novembre 2018 les dirigeants ont décrété sa fermeture « afin de restructurer et élargir leur rôle dans l’exploration et la production ». Dès lors 4 700 travailleurs se retrouvent à la rue. Le gouvernement s’était engagé à « réduire les effets » de ces licenciements. Le syndicat des travailleurs pétroliers OWTU (Oilfields Workers’ Trade Union) note qu’au total 45 000 personnes ont subi un préjudice du fait de cette fermeture. La majorité des licenciés n’a pas été vraiment indemnisée. Certains n’ont reçu aucune compensation. Ceux d’entre eux qui avaient un statut précaire ne leur permettant pas d’être indemnisés font des démarches au tribunal. Face aux difficultés des travailleurs, la manifestation du Premier mai a été une démonstration de leur colère.

Pour justifier cette fermeture le gouvernement invoque la pénurie de pétrole qui l’oblige à en acheter à l’extérieur pour le traiter dans sa raffinerie. Il en résulterait une baisse des taxes perçues par l’État. Mais des documents économiques mettent en évidence la corruption des milieux dirigeants de l’État. De son côté le syndicat OWTU dénonce la mauvaise gestion de la compagnie, des opérations malhonnêtes de la direction, et les revenus exorbitants des dirigeants. Avec leur syndicat, les travailleurs avaient dû se battre en janvier 2017 pour obtenir une augmentation de 5 % après un salaire bloqué depuis 2011.

Cette semaine une déclaration du gouvernement a mis le feu aux poudres. Le syndicat OWTU avait fait une offre de reprise de la raffinerie de Sainte-a-Pierre qui devait être « fermée mais pas vendue ». Il avait même commencé à auditionner les candidats à l’embauche pour 4 000 postes de travail. Mais voilà que l’État annonce qu’il va louer la raffinerie à des capitalistes d’une « compagnie internationale ». L’OWTU n’était informé de rien. Dans la population, un peu « fière » de son entreprise pétrolière d’État, nombreux sont ceux que la mainmise des capitalistes choque. Mais c’est la triste réalité qui s’impose : à Trinidad et Tobago comme partout ailleurs, l’économie est avant tout organisée pour permettre aux capitalistes de se remplir les poches.  


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