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CO de 2019-2018/CO n° 1217 du 30 mars 2019/Troisième page

Troisième page

Outremer : attaque contre les congés bonifiés  

Depuis plusieurs années les gouvernements qui se sont succédé tentent de s’attaquer à ce qu’ils considèrent comme des privilèges de la fonction publique, la prime de vie chère (comme les 40%) et maintenant les congés bonifiés. Le président Macron a annoncé l’année dernière son intention de réformer les congés bonifiés, il estime qu’ils ne sont « plus adaptés à un temps où il fallait prendre un bateau pendant des mois pour rejoindre sa famille ». Actuellement, un fonctionnaire originaire de l’Outremer peut tous les trois ans bénéficier d’un congé de 65 jours. Son voyage est payé, celui de ses enfants et de son conjoint (en fonction de ses ressources). Il bénéficie pendant ses vacances d’une prime de vie chère qui s’élève à 40% aux Antilles et à 53% à la Réunion. Pour y avoir droit, il faut justifier des « intérêts matériels ou moraux » (un bien immobilier, des parents) les liant à leur territoire d’origine. Mais pour obtenir ces congés, l’administration multiplie à l’infini les tracasseries administratives des dossiers à fournir pour décourager les demandeurs.

Avec la nouvelle réforme elle veut maintenant limiter la durée des congés à un mois tous les deux ans. Les « congés administratifs » (aujourd’hui disparus) ont été créés à l’origine par l’administration coloniale française au début du vingtième siècle pour les fonctionnaires coloniaux (Blancs) venus de France. Les fonctionnaires locaux se sont alors battus pour avoir les mêmes droits et en ont bénéficié longtemps. Les travailleurs des départements d’Outremer installés en France, eux, n’y avaient pas droit. Ils ont mené une lutte pour bénéficier alors de « congés bonifiés ». Ils les ont finalement obtenus en 1978. Aujourd’hui, l’attaque contre les congés bonifiés est à inscrire dans la série des attaques qui pleuvent contre la fonction publique. Il s’agit pour l’État de récupérer le plus d’argent possible au prétexte de faire des économies pour ensuite verser ces fonds dans les poches des vrais profiteurs : le patronat.  


France : la ténacité des Gilets jaunes est un exemple pour tous !

Samedi 23 mars a eu lieu la 19ème journée de manifestation des « Gilets jaunes ».  Le gouvernement a reconnu que les manifestants étaient plus nombreux que les deux samedis précédents, selon ses propres chiffres : 40 500 personnes le 23 mars, contre 28 600 le 9 et 32 300 le 16. Lorsque les chiffres étaient en baisse, les autorités se réjouissaient ainsi que certains médias « aux ordres » qui aimeraient bien que cette contestation s’arrête. Cette fois, ils faisaient triste mine. Le mouvement des Gilets jaunes s’est maintenant installé dans la durée. Le gouvernement a tenté une diversion avec le « grand débat national », cela n’a pas stoppé les manifestations. Après les dégâts du 16 mars sur les Champs-Élysées, le gouvernement a interdit de manifester dans certains endroits. Mais beaucoup de personnes se sont spécialement mobilisées le 23 mars pour défendre le droit de manifester, comme cette dame de 73 ans qui a été grièvement blessée à Nice. De nombreux Gilets jaunes restent mobilisés car ils veulent une amélioration concrète de leur situation. Ils réclament avant tout plus de pouvoir d’achat, et ils ont mille fois raison !


Les véritables casseurs sont au gouvernement

 Samedi 16 mars, le gouvernement a fait semblant de s’émouvoir des magasins saccagés sur les Champs-Élysées. Mais Macron et sa clique semblent oublier que ce sont eux les « casseurs » qui saccagent la vie de millions de personnes en bloquant les salaires, en réduisant les aides sociales ou en augmentant les impôts.


Prime Macron : les patrons la paieront par la lutte !

Suite aux premières mobilisations des Gilets jaunes, le 10 décembre 2018, Macron a annoncé diverses mesures pour tenter de désamorcer la colère des manifestants. Parmi ces mesures, une prime exceptionnelle pouvant aller jusqu’à 1000 euros. Ne voulant pas mécontenter les patrons, il a pris la peine de dire que ces derniers ne paieraient pas de cotisations sociales dessus. En contrepartie, les travailleurs qui en bénéficieraient ne paieraient pas d’impôt sur le montant perçu. Tout cela à condition que cette prime soit versée au plus tard le 31 mars 2019 et qu’un accord soit signé avec un syndicat. En Martinique aussi, malgré les conditions très favorables dont ils bénéficient, les patrons trainent les pieds pour ne pas verser cette prime, malgré la demande de salariés de plusieurs secteurs. Ainsi, s’appuyant sur le fait que son versement n’est pas obligatoire, ils refusent bien souvent d’en discuter. Ou alors, ils décrètent que leurs salariés ne sont pas concernés. Cette manière de procéder révèle bien leur état d’esprit. Ils sont hostiles à toute idée d’attribuer la moindre augmentation de salaire, ou ce qui pourrait y ressembler, à leurs salariés y compris les plus mal payés. Ils chipotent, interprètent au détriment des travailleurs la loi, etc. Ou encore, ils font la sourde oreille comme c’est le cas du président du syndicat des gérants de stations-service de Martinique. Bref, tout leur est bon pour ne pas attribuer la moindre amélioration « du pouvoir d’achat ». C’est la mobilisation de décembre 2018 qui a contraint Macron à réagir en lâchant quelques miettes. C’est encore la mobilisation qui permettra aux travailleurs d’obtenir le versement de la prime « Gilets Jaunes » et plus s’ils le décidaient…


L’Europe ! Les travailleurs paient pour engraisser les déjà gros !

Quand ils sont aux affaires, les politiciens, y compris les indépendantistes de la CTM en Martinique savent bien faire valoir leur rôle dans la distribution des dites « aides européennes » ou, s’ils aspirent à y être, ils veulent être de ceux qui auront la main sur le robinet. À les entendre, la France et les autres grandes puissances européennes, dans leur grande bonté, feraient en grand le geste des donateurs modestes qui apportent leur obole à la lutte contre le cancer ou à des organisations caritatives. Cette image ne correspond en rien à la réalité.

Les gens généreux qui consacrent une part de leur budget à de petits dons savent très bien que ce qu’ils donnent provient généralement de leur propre travail – actuel s’ils sont salariés, passé s’ils sont retraités. Les fonds européens, eux aussi, viennent bien du travail, mais pas du travail de ceux qui veulent se faire applaudir à « répartir la manne ». Ces fonds proviennent d’un budget global alimenté par des contributions de tous les pays de la Communauté Européenne. Les plus fortes contributions venant naturellement des pays les plus riches. C’est l’Allemagne qui contribue le plus, pour 19,5 milliards d’euros en 2017, la France pour 16,2 milliards d’euros. Ces ressources ont trois origines : · une part des droits de douane, · une part de la TVA (0,3% de la TVA globale), · une part par prélèvement direct sur le budget de l’État dit prélèvement RNB (revenu national brut).

Ces deux derniers prélèvements sont de gros impôts payés par la population surtout la TVA que tout le monde paye, riches comme pauvres. Comme le dit le chant de l’Internationale : « l’impôt saigne le malheureux ». Les flux financiers européens ne sont pas à sens unique. La France est le pays qui reçoit le plus de l’Europe (13,5 milliards d’euros en 2017). Sa contribution nette 2017 a donc été de 2,7 milliards d’euros (3,2 milliards d’euros en 2016). Ces chiffres paraissent exorbitants au commun des mortels, mais tout est une question d’échelle. À titre de comparaison, 3,2 milliards, c’est presque exactement la somme qui est venue s’ajouter à la fortune de Bernard Arnaud, première fortune d’Europe, en 2018, pour la porter à 75 milliards d’euros, sans qu’il n’ait rien à faire de ses dix doigts. Si ces contributions étaient consacrées en majeure partie à des investissements socialement utiles, on devrait s’en réjouir. Ce n’est pas le cas. Le « rééquilibrage territorial » censé résulter du mécanisme des aides européennes est un mythe. Dans la réalité, pendant que les capitalistes s’engraissent, le revenu des classes populaires ne cesse de baisser. Mais cela ce n’est ni le « plus d’Europe » qui en est responsable, ce n’est pas non plus le « moins d’Europe » : c’est l’exploitation capitaliste. C’est en ce sens aussi qu’avec trois siècles d’esclavage et de colonisation directe, les travailleurs de la Martinique et de la Guadeloupe ainsi que tous ceux de la Caraïbe dépecée par les guerres incessantes entre puissances européennes pendant ces siècles ont bien été les plus gros contributeurs de l’Europe.


Mobilisation pour le climat : tout un système à changer

Vendredi 15 mars les lycéens de Bouillante en Guadeloupe ont manifesté à l’occasion d’un appel mondial à la grève contre le réchauffement climatique. À Paris, les manifestations ont rassemblé près de 50 000 participants, 12 000 à Lyon, 10 000 à Nantes. L’objectif de ces manifestations était de sensibiliser, mais aussi dénoncer le manque d’action des gouvernements. Les médias de la bourgeoisie en profitent pour pointer du doigt les habitudes polluantes individuelles. Ils se gardent bien de parler de la pollution faite par les industriels de l’automobile, de l’énergie, de l’alimentation, etc. Ce sont eux qui polluent le plus. Les capitalistes n’ont qu’une logique, celle du profit. Tant qu’il y a de l’argent à gagner, ils se moquent bien de la santé de la planète et des populations. En Guadeloupe et en Martinique, l’exemple de l’utilisation du chlordécone en est une preuve flagrante. Ce poison a été utilisé dans les champs de banane par les gros planteurs, pour leur profit immédiat, au détriment de la santé des ouvriers agricoles, de la population et de la terre. L’État a fermé les yeux pour protéger les capitalistes empoisonneurs. Il tient le même rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les actions de l’État se limitent à des campagnes « contre le gaspillage », « pour le tri » ..., visant uniquement la population. Cependant les capitalistes continuent tranquillement à polluer le sol, la mer et l’air. L’État est conscient des conséquences catastrophiques de la course au profit des riches capitalistes. Il sait que les seules précautions de la population ne mettront pas fin au réchauffement climatique, lié aux gaz non contrôlés émis par les véhicules et les usines. Seuls les travailleurs et les populations mobilisées peuvent contraindre les riches capitalistes à y mettre fin. Le système capitaliste ne prend pas en considération les besoins des hommes, des femmes et de la planète. La jeunesse qui se mobilise ne doit pas s’arrêter aux belles paroles qu’on lui tient. Pour lutter contre le réchauffement climatique, c’est au système capitaliste qu’il faut s’en prendre.


Quand Brigitte Bardot étale sa haine raciste

Brigitte Bardot, ex-star du cinéma français reconvertie dans la défense des animaux, a fait la une des journaux la semaine passée par ses propos violemment racistes à l’égard du peuple réunionnais. Sous prétexte de dénoncer la maltraitance que subissent les chiens et chats à La Réunion, Brigitte Bardot a adressé une lettre ouverte au préfet de l’île où elle déverse sa haine raciale à l’égard de la population. « Les Réunionnais ont gardé leurs gènes de sauvages », dit-elle, « une population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches », qui aurait « des réminiscences de cannibalisme des siècles passés ». Elle ajoute que dans cette « île démoniaque » il y a des « fêtes indiennes Tamoul avec décapitations de chèvres et boucs en offrande à leurs Dieux et dont les abats jetés à la mer attirent les requins ». Bien entendu ces propos ont entraîné des réactions très vives et des dépôts de plaintes. Mais ce ne sera « que » la cinquième fois que l’ex-actrice sera condamnée pour propos racistes. Elle avait notamment dit il y a quelques années : « on a bien libéré les Nègres, maintenant c’est au tour des animaux ». L’ex-actrice est une sympathisante active du Rassemblement National (ex-Front National). Les descendants d’Africains et d’Indiens qui ont récemment reçu en Guadeloupe avec enthousiasme la tête de liste du parti de Le Pen sont décidément en excellente compagnie…


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