Site

CO de 2019-2018/CO n° 1214 du 16 février 2019/Quatrième page

Quatrième page

 France: Violences policières : des blessés pour l’exemple !

Lors de la récente manifestation du 9 février à Paris, un manifestant a eu la main arrachée suite à l’explosion d’une grenade dite de désencerclement. Le 26 janvier, c’est un leader des Gilets jaunes, Jérôme Rodriguez, qui a été gravement blessé à l’œil par un tir de flashball, appelé « lanceur de balle de défense » (LBD). Quelques jours avant, face aux protestations contre l’utilisation du flashball par les forces de l’ordre, le ministre de l’intérieur Castaner avait décidé d’obliger les policiers à filmer leur usage du LBD. La blessure à l’œil de Jérôme Rodriguez a montré l’inutilité de cette mesure. D’ailleurs Castaner autorisait les policiers à désactiver la caméra dans certains cas.

À la date du 10 février 2019, sur les 2 000 manifestants blessés la presse avait recensé 168 blessés graves au visage, dont 18 ont perdu un œil, 40 blessés aux membres inférieurs et 8 personnes qui ont eu une main arrachée depuis le début du mouvement. Une femme âgée est aussi décédée à Marseille. Elle avait reçu une grenade lacrymogène alors qu’elle fermait ses volets. L’important nombre de manifestants touchés à la tête signifie, de la part des policiers, une volonté d’occasionner des blessures sérieuses. Dans la plupart des cas les blessures proviennent de tirs de LBD, mais aussi de grenades dites de désencerclement et plus rarement de coups directs ou de grenades lacrymogènes.

À Bordeaux, un manifestant a été blessé à la tête par un tir de LBD. Il a été touché par-derrière, alors qu’il s’enfuyait et ne présentait pas le moindre danger pour quiconque. Ce n’était pas un casseur et il est par ailleurs pompier volontaire dans sa commune. Dans plusieurs villes la police a agressé sans raison à coups de flashball et de gaz lacrymogène alors que la manifestation se déroulait tout à fait normalement. Depuis le début du mouvement, Castaner et le gouvernement encouragent les policiers et les gendarmes à intimider les manifestants, en usant et abusant de la violence, pour les dissuader de venir ou de revenir aux manifestations. Mais n'est-ce pas là le rôle normal dévolu aux forces dites de l'ordre ?


Gilets jaunes, acte 13

Dans l’agriculture, en plus du chlordécone et du glyphosate, les ouvriers agricoles quotidiennement de Samedi 9 février, les Gilets jaunes sont descendus de nouveau dans les rues de plusieurs villes en France. Apparemment ils ne se contentent pas du grand débat de Macron et manifestent pour leurs revendications. La police a compté 52 000 manifestants dont 4 000 à Paris. En plusieurs endroits ils ont été attaqués violemment par les forces de l’ordre. Le gouvernement essaie de les décourager de crier leur colère dans la rue.


Lyon : violence raciste de Gilets jaunes d’extrême-droite

À Lyon, des groupes d’extrême- droite se sont attaqués à un cortège de Gilets jaunes, prenant à partie des jeunes et des travailleurs « trop basanés » à leur goût. La presse a qualifié ces attaques et les ripostes bien justifiées d’« affrontements violents entre ultra-droite et ultra-gauche ». Elle a bien sûr oublié de parler de la violence de la police, usant et abusant des lacrymogènes et des grenades de désencerclement contre les 4 à 5 000 manifestants. En fait des groupes d’extrême-droite se servent des Gilets jaunes pour se faire la main sur la classe ouvrière. Les travailleurs prennent la menace au sérieux.


Prélèvement à la source : les premiers couacs ?  

La semaine dernière, les responsables de la direction régionale des finances publiques (DRFIP) se vantaient que le premier mois du prélèvement à la source s'est globalement bien déroulé. Mais pas tant que ça, visiblement. Marcelle Edmond Rusti, la directrice du pôle gestion fiscale DRFIP en Martinique souligne une erreur de la part des entreprises qui collectent l’impôt. Certaines appliqueraient un mauvais taux d’imposition aux salariés non imposables. Au lieu d’indiquer un taux zéro, elles indiquent une « absence de taux » ce qui fausse le dispositif. Cela est surtout préjudiciable pour le salarié : si son statut de non imposable n’est pas pris en compte, cela risque de lui créer d’autres problèmes.


Venezuela: Bruits de bottes sur fond d’étranglement économique

Le pays s’enfonce toujours plus profondément dans une crise économique dramatique pour la population. Elle est due en grande partie à la dégringolade des prix du pétrole, sur lequel repose l’essentiel de l’économie. Le gouvernement des États-Unis surveille d’un œil de charognard les dégâts provoqués par la pénurie et il y contribue. Des sanctions ont été prises contre le groupe pétrolier PDVSA, qui est au centre de l’économie du pays. Les États Unis n’achètent quasiment plus de pétrole au Venezuela et les quelques raffineries qui continuent à importer du brut ont vu leurs paiements mis sous séquestre. Le 23 janvier, Juan Guaido, candidat de la bourgeoisie et président du parlement, s’est autoproclamé président du pays. Il est reconnu comme tel par Trump et son gouvernement, ainsi que ceux d’une cinquantaine de pays, dont récemment la France de Macron. Récemment, le président élu Maduro a refusé l’entrée de convois d’aide alimentaire américaine à la frontière avec la Colombie. Il les a qualifiés de « cadeaux pourris » et affirmait qu’il refusait d’ouvrir ainsi la porte à une intervention militaire américaine. De son côté, il fait procéder à des exercices militaires. Il est appuyé par le ministre des armées le général Padrino et par l’État-major. Pour l’instant un conflit armé n’est pas imminent, l’impérialisme américain préférant apparemment jouer la carte Guaido et s’appuyer sur la misère de la population et la haine de la majorité de la bourgeoisie pour le régime en place. Pourtant parmi les pauvres et même une partie de la petite bourgeoisie, Maduro bénéficie toujours d’un soutien important. C’est cela que l’impérialisme ne lui pardonne pas. L’État distribue des cartons d’aide d’urgence dans les quartiers pauvres. La population sait ce qu’elle endure mais un changement de régime n’améliorerait pas son sort. La montée au pouvoir d’un Guaido, soutenu par l’impérialisme et les gouvernements de droite qui dirigent le Brésil, l’Argentine et le Pérou permettrait peut-être à la bourgeoisie vénézuélienne d’améliorer ses affaires mais pas à la population pauvre de connaitre une vie meilleure.


Haïti en révolte ! mais c’est derrière Jovenel Moïse et les politiciens qu’il y a la richesse

Jeudi 7 février des milliers de personnes ont manifesté dans les grandes villes, à Port-au-Prince, Gonaïves, Cap Haïtien, Port-de-Paix, Mirebalais, Jacmel, Cayes, Jérémie. Elles criaient leur colère contre la dégradation de leurs conditions de vie et contre la politique du président Jovenel Moïse. Plusieurs personnes ont été tuées par balles durant ces manifestations. En tête de ces manifestations, les politiciens de l’opposition ont mobilisé leurs troupes et appellent au renversement de Jovenel Moïse installé au pouvoir le 7 février 2017.

Vendredi, la tension n’a pas baissé. Les appels au calme lancés par Jovenel Moïse n’ont pas été suivis, il y a eu des tirs dans plusieurs quartiers populaires à Port-au-Prince. L’opposition avait appelé à une ville morte et les gens qui cherchaient à se ravitailler ou les ouvriers qui tentaient d’aller au travail ont été pris pour cibles par des bandes armées. Samedi a été une journée ville morte dans la capitale et dans plusieurs villes du pays où il y a eu de nouvelles manifestations. Dimanche, à nouveau des centaines de manifestants ont défilé à Port-au-Prince, et des pneus enflammés barraient les rues principales.

Depuis le début de l’année les conditions de vie de la population laborieuse se sont aggravées brutalement avec une importante dévaluation de la monnaie de plus de 15%. La gourde a chuté face au dollar qui s’échange maintenant à 87 gourdes et un euro s’échange à 94 gourdes. Le prix des produits de base a flambé, multiplié par 3 ou 4 suivant la dévaluation de la monnaie. Les denrées deviennent rares et le marché noir fait la fortune des grossistes de l’import export.

Dans les quartiers populaires, la population dit qu’elle n’en peut plus. Elle crie sa colère sur les radios, dans la rue, dans les transports publics contre Jovenel, qualifié de menteur pour les promesses non tenues. Lors des manifestations certains ont cherché à s’approvisionner dans des magasins ou des supermarchés, ils ont été repoussés par des miliciens en noir, armés, qui protègent certains magasins. À Delmas ils ont tiré sur les manifestants et il y a eu trois morts, de même à Jacmel où il y a eu quatre blessés et un mort.

Les patrons des zones industrielles ont tenté d’ouvrir les entreprises le vendredi 8 février. Les quelques ouvriers qui avaient bravé les barrages et les tirs pour chercher à gagner une journée de salaire ont été priés de repartir dès la fin de la matinée sans paye pour la quinzaine. Pour ces patrons, pas de petit profit. Ils rognent sur la demi-journée, ils payent les ouvriers en gourdes dévaluées et reçoivent des dollars pour les marchandises exportées.

Le gouvernement de Jovenel Moïse a donné carte blanche aux patrons pour exploiter la population pauvre. À l’appel de la grève du 7 février, il avait décrété un « état d’urgence économique » consistant en quelques mesures démagogiques sans effet sur la spéculation organisée par les banquiers, les industriels et les importateurs. Les politiciens de l’opposition pensent que leur tour est venu et tentent de surfer sur cette vague de mécontentement pour renverser le gouvernement. Leurs hommes de main sèment la panique en terrorisant les marchandes, en bloquant les transports en commun. Ils font pression sur la population des quartiers pour imposer leur grève générale.

Même si une partie de la population adhère aux slogans contre Jovenel Moïse , la majorité de la population pauvre n’est pas derrière les politiciens de l’opposition et reste chez elle. Elle se méfie de ses hommes qui ont été eux aussi au pouvoir et qui ont gouverné pour les patrons et pour leurs intérêts personnels. Elle reste dans l’expectative car aucun intérêt des travailleurs n’est défendu par ces politiciens.

Tant qu’ils ne s’en prendront pas directement aux capitalistes pour les contraindre à redonner des richesses aux travailleurs et aux pauvres, rien ne changera pour ces derniers ! Jovenel et tous les politiciens ne sont que des paravents protecteurs des riches !


Bookmark and Share