Site

CO de 2019-2018/CO n° 1214 du 16 février 2019/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe: Journée d’action du 14 février

Les organisations syndicales dont la CGTG, l’UGTG, FSU, FO, SPEG, Solidaires, CFTC, FAEN/SNCL, UNSA, Sud PTT Gwa, soutenues par des organisations politiques dont Combat ouvrier, le PCG, l’UPLG, ont appelé à une journée d’action générale. Presque tous les syndicats ont déposé un préavis de grève pour ce jour.

Tous dénoncent la dégradation des conditions de vie des travailleurs et de la population. La situation économique se dégrade, le gouvernement sur ordre du grand patronat ne cesse de s’attaquer au code du travail. Les patrons, à l’origine des lois Macron, les appliquent. Elles causent la précarité de l’emploi et un véritable hold-up sur les salaires. La grève de Milénis en a fait récemment la démonstration. Le patronat revient sur tous les accords que les travailleurs ont obtenus par des années de lutte.

Toujours pour financer les riches, le gouvernement s’attaque au service public, en supprimant des postes et en réduisant les offres de services nécessaires à la population. Les nombreuses coupures d’eau exaspèrent la population. L’utilisation massive du chlordécone dans les plantations de banane a pollué intégralement les sols en faisant courir des risques sanitaires très graves en particulier aux ouvriers de la banane. Cette pollution a rendu l’eau non potable. L’arrivée des sargasses sur les littoraux continue de pourrir la vie des populations vivant à proximité. Depuis l’incendie du CHU, les conditions de travail des salariés se sont détériorées ainsi que la prise en charge des malades.

Face au mécontentement général et latent, les revendications portent sur le retrait de toutes les lois Macron, sur l’augmentation des salaires, sur le respect des accords signés dans les entreprises, sur le maintien et la création de postes dans toute la fonction publique. Face à toutes ces attaques, les travailleurs ne doivent pas baisser les bras. Ils doivent se saisir de cette journée du 14 février. En répondant présent, ils affirmeront leur conviction que seule la grève peut toucher le grand capital en plein cœur et le faire reculer.


Martinique 5 février 2019: une manifestation réussie

Le 5 février dernier environ un millier de salariés, en activité mais aussi des retraités, se sont retrouvés à la Maison des syndicats à Fort-de-France, à l’appel de la CGTM et aussi de l’UNSA.

Le plus souvent ils arboraient les tricots rouges de la grève de 2009 ou du Collectif du 5 février. Les agents municipaux et territoriaux étaient en nombre. La grève touchait les écoles et cantines de plusieurs communes. Les agents des organismes sociaux de la Collectivité Territoriale aussi étaient en grève. Ils se distinguaient eux par leurs tricots blancs et aussi par leurs pancartes dénonçant leurs conditions de travail indignes. Il y avait aussi des délégations d’agents de secteurs tels l’EDF, la Poste, les Hôpitaux et EHPAD, des enseignants. Des camarades du secteur privé tel ceux de l’agriculture, du bâtiment, du commerce et autres, étaient présents. Des salariés des syndicats FO ou de la CSTM se sont joints au cortège. Une dizaine de Gilets jaunes étaient également présents.

Après les interventions de plusieurs responsables syndicaux, les manifestants défilèrent sur le boulevard Général de Gaulle en scandant slogans et chansons contre la vie chère, pour les 1800 euros nets. Et ils précisaient bien « ki moun ki pou péyé ? Sé le patwona » ! Après un court sit-in aux abords de l’IEDOM (institut d’émission des départements d’outre-mer), la manifestation fut conclue aux accents de l’Internationale.


Rassemblement unitaire du 5 février

Le 5 février avait également lieu un rassemblement unitaire à l’appel de cinq syndicats (CDMT, CGTM, CSTM, UNSA et USAM). Face à l’aggravation continue de la situation des masses laborieuses, les syndicats ont convié la population à « retrouver l’esprit de lutte » de février 2009. Il s’agissait aussi pour eux d’envisager aujourd’hui quelles forces pourraient relancer les luttes nécessaires.

Devant plus de 200 militants et sympathisants, les représentants syndicaux ont tour à tour dénoncé la situation des travailleurs qui se dégrade à vue d’œil dans les entreprises, les services publics, mais aussi la complicité des services de l’État. La responsabilité de l’État, auxiliaire des gros possédants, planteurs ou importateurs, empoisonneurs des populations par le chlordécone, a été également fustigée. Des représentants d’associations ont rappelé les liens de solidarité importants qui s’étaient tissés durant la grève.

Pour sa part notre camarade Louis Maugée, intervenant pour la CGTM, a mis l’accent sur la nécessité de développer la mobilisation des travailleurs au sein même de leurs entreprises, car c’est bien là que sont créées les richesses. Il faut, a-t-il poursuivi, commencer par des rencontres, des débats, dans les entreprises où nous sommes présents. Il faut battre en brèche l’habituelle intoxication du patronat contre l’action syndicale et notamment contre la grève de 2009 et retrouver la confiance dans nos luttes, a-t-il indiqué dans la conclusion de son intervention. La réunion s’est terminée par des résolutions et de nouveaux appels à l’action unitaire des organisations et de la population, pour faire face aux attaques actuelles.  


Guadeloupe: Carrefour Milénis et Promocash les patrons ont reculé !

Les grévistes peuvent reprendre la tête haute. Ils ont osé lutter contre les injustices flagrantes des pires exploiteurs békés. Ils ont tenu deux mois et demi en grève. Ils ont gagné pour tous les travailleurs menacés de baisse de leurs revenus par les patrons et leur serviteur Macron. Ils ont eu le respect et le soutien de la plupart. Woulo bravo pour les grévistes de Carrefour Milénis et de Promocash !  

La grève à ses débuts
La grève a commencé le 22 novembre, après un an de discussions sur des baisses de pouvoir d’achat imaginées par les békés Despointes et leurs mercenaires directeurs de magasin ou autres managers, très méprisants vis-à-vis des salariés. Après ces discussions et 60 jours de grève, des propositions plus ou moins acceptables ont été annoncées puis retirées brutalement car la direction ne voulait pas entendre parler de l’accord Bino. L’accord Bino, c’est l’accord sur les 200 euros d’augmentation de salaire obtenu lors de la grève générale de 2009. Il n’est en fait pas appliqué correctement par Despointes : certains collègues ne touchent que 100 € sous prétexte qu’ils n’avaient pas fourni la preuve du RSTA (revenu supplémentaire temporaire d’activité, les 100 € payés pendant les premières années par l’administration). D’autres touchent un peu moins que les 200 €. Enfin, alors même que c’est la loi, les Despointes ont toujours refusé de verser l’accord Bino aux salariés embauchés après 2013. Le 24 janvier la prime de transport, qu’il voulait ramener à 200 € par an, devait être complétée par une hausse sur le salaire de façon à revenir à la valeur (non satisfaisante) de cette prime avant la grève ; de même pour la baisse sur les tickets de restaurant. La subrogation qui permet d’être payé (à temps) en cas de maladie ne serait plus supprimée. Pour les autres baisses le patron proposait la RAM, « rémunération acquise maintenue » que les grévistes rejetaient. Elle revient à geler le revenu de chaque salarié au niveau touché en 2018, lésant ceux qui avaient été en stage, en maladie ou celles en congé de maternité. Et surtout, elle privait les nouveaux embauchés des primes. Également le gel de la prime d’ancienneté était maintenu. Sous le prétexte qu’il n’était pas question de revenir sur l’accord Bino l’intransigeance patronale fit capoter les négociations. Le 28 janvier, Despointes fit un coup de force : il a rouvert le magasin Carrefour Milénis avec quelques non-grévistes.

La lutte des grévistes pour gêner l’ouverture
Les grévistes n’ont alors pas baissé les bras face au renversement de situation, Despointes ne voulant plus négocier quoi que ce soit. Ils ont continué à se mobiliser. Avec des sifflets ils ont parcouru les allées de l’hypermarché, discutant avec les rares clients venus voir les soi-disant promotions annoncées avec force dans les radios. Beaucoup décidaient de rebrousser chemin ou repartaient avec un panier vide. Cette action allait se dérouler pendant deux semaines jusqu’à la négociation finale. Chaque jour ils ont voté le maintien de la grève en assemblée générale. Certains jours ce vote était précédé de longs débats. En effet certains grévistes souffraient de l’ouverture du magasin et de la venue de clients. Quelques incidents ont contribué à leur remonter le moral. Ainsi voir les cadres souvent cravatés soulever des caisses de pilons de poulet pour remplir les rayons. Et s’amuser de leurs efforts désespérés. Les grévistes ont utilisé cette période pour renflouer la caisse de grève : avec plus de deux mois sans salaire les sommes reçues ne permettent pas de subvenir aux besoins de 149 grévistes. Ils ont organisé des meetings et vendu des grillades. Ils se sont rendus dans les entreprises voisines ainsi qu’à l’aéroport où ils ont pu expliquer leur lutte et ont reçu soutiens et encouragements.

Une grève très populaire
Plusieurs délégations de travailleurs sont venues sous la tente- piquet de grève. La mobilisation des grévistes qui ne cessait de protester a été renforcée par ces soutiens extérieurs. Les enseignants en grève ont envahi la galerie le 31 janvier. La manifestation du 2 février, à l’appel des syndicats et organisations politiques, reportée par la presse comme violente, l’occupation de l’entreprise pendant toute une après midi ont contraint les Despointes à accepter une nouvelle négociation. Sans même se présenter, laissant le nouveau médiateur, le préfet Gustin en présence des représentants des grévistes, les patrons ont quitté la négociation. Encore une fois, sous prétexte de l’accord Bino ! Ces patrons-là ne veulent pas respecter la loi. Jusqu’ici ils avaient pu agir ainsi impunément. Ils maintiennent le bras de fer. Mais juste avant de nouvelles actions annoncées pour les 8 et 9 février, le préfet a semble-t-il décidé de prendre les choses en main. Il a convoqué une négociation en annonçant qu’il serait le « petit télégraphiste » entre les grévistes et les Despointes.

La négociation des 8 et 9 février et le succès de la grève
Ces négociations ont duré deux jours. Les patrons étaient représentés par le préfet qui leur téléphonait. Un des principaux écueils a été le refus des patrons, que les accords de fin de grève laissent entendre que les Despointes « volaient » les salariés. Pourtant ils voulaient les voler encore davantage. De toutes façons tout le monde le sait, le slogan « Despointes volè, esklavajis » a été repris avec enthousiasme, lors des manifestations de Pointe-à-Pitre à Milénis. Ces négociations vont finalement permettre aux grévistes de retrouver pour eux et leurs autres collègues non-grévistes une grande partie de leurs acquis. La subrogation que la direction, pour simplifier les tâches administratives, voulait supprimer, est maintenue. Les tickets de restaurant étaient donnés à tous afin d’augmenter le salaire sans payer les cotisations sociales. Ils seront désormais attribués à ceux qui travaillent dans le créneau légal. Pour compenser la perte, les autres auront une prime de panier égale à la contribution patronale au ticket. Pour les primes de transport la proposition de 200 € par an est remplacée, non par le retour à l’ancienne prime mais à une grille par zone entre 55 et 75 € par mois. La prime d’ancienneté ne sera gelée que pendant un an ; une nouvelle grille sera proposée afin que tous puissent la toucher, mais avec de nouvelles règles... Par ailleurs les patrons se réservent le droit de négocier, jusqu’en septembre 2019 au plus tard, l’application de l’accord Bino. Malgré deux jugements ne leur donnant pas raison, ils font appel à la Direction générale du Travail en France pour s’assurer que les travailleurs qui ne touchent que 100 € et ceux rentrés après 2013 ont droit à l’accord Bino ! Une façon de faire trainer les choses. Mais les travailleurs restent mobilisés. De même pour le paiement des heures de pause. Despointes a en effet mis les salariés à temps partiel en ne payant pas 7 heures de pause par mois. Les grévistes n’ont pu obtenir le paiement des jours de grève. Ils purent imposer un étalement de 6 mois des prélèvements pour la période du 18 janvier au 10 février, date de la fin de la grève. Enfin aucune sanction, aucune poursuite disciplinaire ne seront engagées contre les travailleurs. La grève s’est terminée par un vote des grévistes et les cris joyeux : « Nou soudé, nou pwan yo ! » : Nous sommes une vraie famille, nous les avons vaincus.