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CO de 2019-2018/CO n° 1213 du 02 février 2019/Quatrième page

Quatrième page

Chlordécone : le mépris des exploiteurs et de leurs laquais

Un groupe de parlementaires des outremers a pris l’initiative d’une proposition de loi visant à indemniser par la création d’un fonds d’indemnisation les victimes du chlordécone, du paraquat et du glyphosate, molécules dont la dangerosité est reconnue et largement répandues aux Antilles.

Cette proposition, quoique modeste puisqu’elle ne reconnaissait ni la responsabilité de l’État français dans cet empoisonnement, ni celle des importateurs des Antilles, n’a pas dépassé le stade de la commission sociale de l’assemblée nationale. Le 23 janvier, son examen a été carrément écarté par le vote des parlementaires.

Malgré son interdiction en France, l’utilisation du chlordécone s’est poursuivie durant des années en Martinique et en Guadeloupe. Ce qui a pour conséquence qu’aujourd’hui, 40% des surfaces agricoles utiles sont contaminées par cette molécule. La présence de cette molécule dans les sols, les eaux souterraines, les cours d’eau, la mer, empoisonne les populations de ces pays. On estime que plus de 90% des habitants de Martinique et de Guadeloupe ont cette molécule dans le sang. Il est presque certain que cet empoisonnement provoque des cancers de la prostate, de l’infertilité, des malformations congénitales.

La population est gravement touchée, celle des environs des plantations et bien entendu celle des ouvriers agricoles et leur famille directement en contact avec le traitement des produits phytosanitaires. On note chez ces personnes un taux anormalement élevé de cancer de la prostate, des troubles neurologiques chroniques (la maladie de Parkinson) et des problèmes de fertilité. Mais c’est toute la population de nos pays qui subit les conséquences par la consommation de certains produits issus de terres contaminées. C’est bien là un crime de sang froid commis au nom du profit, car ceux qui ont décidé de l’usage du chlordécone Paraquat ou du Glyphosate en Martinique et en Guadeloupe en connaissaient la nocivité  dès 1968. On pourrait donc parler de génocide chimique aggravé par la connaissance parfaite vu la puissance de la nocivité des produits utilisés. Les auteurs sont les différents gouvernements français et les patrons des exploitations agricoles qui se sont succédé depuis 1968 mais aussi ceux qui ont autorisé la poursuite de l’utilisation de ces produits dans le seul but du profit de la minorité possédante de Guadeloupe et de Martinique.. Voilà le contexte dans lequel les députés de la majorité macroniste LREM ont écarté d’un revers de main l’examen du texte de loi sur l’indemnisation des victimes des pesticides et singulièrement du chlordécone.

Ce rejet de tout débat, par les parlementaires, sur les produits toxiques cancérogènes utilisés dans l’agriculture aux Antilles, traduit simplement le mépris de Macron et sa bande pour les populations des Antilles. Il est et demeure du côté des exploiteurs et des profiteurs quand bien même ces derniers, accumulent leurs profits sur le dos des cadavres que produit leur système.


Martinique: La face cachée de l’exploitation sur les plantations de bananes

Dans l’agriculture, en plus du chlordécone et du glyphosate, les ouvriers agricoles quotidiennement de mauvaises conditions de travail infligées par les capitalistes de la banane. Mais ils ne se taisent pas. Ils s’expliquent dans un article paru récemment sur le site de la CGTM.

Sur les exploitations bananières, l’une des conséquences de l’arrêt de l’épandage de produits désherbants tels que le glyphosate, la star des herbicides‎, c’est la dégradation des conditions de travail. Nul n’ignore qu’en pays tropical, il est évident que le désherbage est un enjeu majeur sur les exploitations agricoles. Et il est tout aussi frappant d’observer que rien n’est envisagé par les employeurs, pas même la plus élémentaire des solutions. 

Pourtant, il est clair que les alternatives au désherbage chimique existent : les cultures allélopathiques, la diversification, la rotation des modèles de production, le binage, le sarclage, etc. Si ces solutions n’ont pas l’air d’intéresser les employeurs c’est simplement pour réaliser des économies. Or la situation n’est pas sans conséquences pour les travailleurs. Car nul n’ignore les dangers que génèrent de telles conditions de travail.  Les ouvriers sont quotidiennement confrontés à une infestation de parasites. L’enherbement favorise également la présence des serpents ou des scolopendres. Quant à la présence de rongeurs, c’est de l’ordre de la prolifération qui du coup produisent une quantité abondante d’urine et d’excréments.

Tout ce petit monde animal qui pullule est vecteur de graves maladies pour l’Homme. Un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé en souligne les terribles conséquences. Les travailleurs peuvent souffrir de pathologies infectieuses transmises par les rats. Leurs morsures, leurs excréments ou encore les puces qui les parasitent propagent des maladies telles que la dysenterie, la leptospirose, la toxoplasmose, des trichinoses, le typhus, la rage et même la peste que l’on croyait avoir définitivement vaincue.

Alors oui, les ouvriers doivent exiger l’application du principe de précaution car ces risques sont évitables, il n’est plus de mise qu’ils aillent risquer leur vie en voulant la gagner.


Brésil Une tragédie humaine qui aurait pu être évitée

Vendredi 25 janvier, un barrage minier s’est rompu dans l’État brésilien de Minas Gerais dans le sud-est du pays, provoquant une énorme coulée de boue. Au moins 58 personnes sont mortes et 300 sont portées disparues. L’entreprise responsable de cette catastrophe est la multinationale Vale, premier producteur mondial de minerai de fer, qui a réalisé 5 milliards de bénéfices en 2017. Un tel désastre s’était déjà produit en novembre 2015, suite à la rupture d’un double barrage, un « tsunami de boue » avait fait 19 morts et une vingtaine de disparus. Il a détruit un village où vivaient 600 personnes.

Un universitaire, Marcio Almeida, avait envisagé que des substances toxiques risquaient d’infiltrer le sous-sol et de contaminer les eaux. Avant cette catastrophe de 2015 des associations brésiliennes avaient pointé du doigt les contrôles défectueux des barrages. Un autre barrage qui sert également à stocker les déchets d’une mine de la multinationale Vale, pourrait lui aussi se rompre à tout moment. Ces grandes entreprises, pour continuer à augmenter leurs profits, mettent en danger les travailleurs et aussi toute une population.


Haïti : les ouvriers de l’entreprise MGA font reculer le patron

En Haïti, les patrons des entreprises de sous-traitance de la zone industrielle de Port-au-Prince essaient de prélever à la source les impôts sur le revenu des ouvriers. Une tentative a échoué dans l’entreprise MGA. Les ouvriers ne se sont pas laissé faire, comme l’expriment nos camarades de l’Organisation des Travailleurs Révolutionnaires dans leur bulletin « Pawol Travayè » du lundi 28 janvier 2019.

Après deux ans de bataille, la pression des travailleurs a obligé le gouvernement de Jovenel Moïse à augmenter le barème du niveau de revenu annuel pour que les ouvriers ne payent pas l’impôt sur le revenu imposable (IRI). L’application de ce décret n’est pas du goût des patrons. Ainsi de nombreux patrons de la zone industrielle, notamment ceux de la sous-traitance, à la fin de l’année 2018 et au début de l’année 2019 font pression sur leurs salariés pour payer l’impôt sur le revenu imposable, IRI.

C’est ainsi que le samedi 26 janvier la direction de MGA, entreprise textile du parc industriel de Port-au-Prince, a fait un coup de force lors de la paye, elle a prélevé cet impôt sur la paye de la quinzaine. Les ouvriers ont réagi en bloc et aucun d’eux n’a accepté cette paye diminuée. Lundi 28 janvier, ils ont lancé la grève illimitée. Devant leur détermination, la direction a appelé en médiation le service des Affaires Sociales et la direction des impôts. Devant la mobilisation des ouvriers les fonctionnaires ont été obligés de reconnaître que les ouvriers ne doivent pas payer cet impôt car leur revenu est trop bas. La direction s’est engagée à refaire les fiches de paye de la quinzaine en réintégrant les sommes qu’elle avait prélevées.

Les travailleurs de la MGA donnent l’exemple et montrent la voie pour bloquer les patrons qui volent les travailleurs sous prétexte de prélever l’impôt sur le revenu. .


Venezuela : Coup d’État international ?

Le 23 janvier, Juan Guaido, le président de l’assemblée nationale vénézuélienne, s’est autoproclamé président du pays alors que c’est Nicolas Maduro qui occupe cette fonction depuis 2013. Cette proclamation a été faite comme un coup d’État pacifique dans le but que Maduro quitte le pouvoir le plus rapidement possible.

Depuis la chute des prix du pétrole en 2015, le Venezuela est enlisé dans une crise économique. Les prix subissent une hyperinflation et la population ne cesse de s'enfoncer dans la misère. Près de 2 millions de personnes ont déjà fui le pays. Il y a encore quelques années, le pays était parmi les premiers producteurs de pétrole au monde et le plus riche État d’Amérique latine. L’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir en 1999 a marqué un progrès pour les classes populaires du pays. Une bonne partie de l’argent généré par le pétrole a servi à réhabiliter des quartiers insalubres, à construire des écoles et des hôpitaux, à améliorer la vie de millions de pauvres sans toutefois que Chavez ne s’attaque aux intérêts des nantis et à leur pouvoir sur l'économie.

Malgré tout, sa popularité en tant que défenseur des pauvres a largement dépassé les frontières du pays. À sa mort en 2013, Maduro, son héritier politique, a pris les rênes. La crise économique et sociale qui a ensuite frappé le pays a donné une occasion aux principaux partis de droite, jadis opposants politiques de Chavez, de remettre en cause la présidence de Maduro. Ce conflit politique s’est transformé en affrontements permanents entre manifestants pro et anti Maduro avec l’armée face aux opposants. Le conflit a déjà fait des centaines de morts et des milliers d’arrestations. Maduro lui-même a été victime d’une tentative d’assassinat en août 2018 lors d’une cérémonie officielle à Caracas, la capitale. Soutenu par les grandes puissances, les États-Unis en tête, Juan Guaido, 35 ans, opposant de droite, une sorte de Macron vénézuélien, s’est posé en candidat idéal pour remplacer Maduro. Il est l’homme de la bourgeoisie vénézuélienne et internationale qui n’a jamais pardonné à Chavez d’avoir utilisé l’argent du pétrole pour les pauvres. Trump menace même d’intervenir militairement s’il le faut !

Après sa proclamation du 23 janvier, Guaido a immédiatement été reconnu par les États-Unis, le Canada, l’Union européenne et bien d’autres États de l’Amérique latine qui font pression sur Maduro pour qu’il démissionne. Mais Maduro, réélu en 2018, n’est pas si facile à déloger. Lui aussi est soutenu par une frange de la bourgeoisie du pays, une bonne fraction de la population pauvre et jusqu’ici par l’armée. Dans cette bataille politicienne, la population vénézuélienne est prise en étau. Une chose est sûre : l'arrivée au pouvoir de Guaido n’améliorerait pas la situation catastrophique des classes populaires du Venezuela. Car les riches et les possédants, quel que soit leur bord politique, ne sont que des parasites sur le dos de la population laborieuse. Et cela Chavez puis Maduro l’ont respecté malgré leurs aides aux pauvres. Guaido, lui ne fera même pas semblant de contester le pouvoir économique de la bourgeoisie.


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