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CO de 2019-2018/CO n° 1213 du 02 février 2019/Troisième page

Troisième page

Martinique - Guadeloupe Les journées de février 2009

Le souvenir de la grève générale de 2009 avec le LKP en Guadeloupe et celle de Martinique avec le collectif K5F, demeure vivace dans la mémoire des travailleurs et de la population des deux îles.

Déclenchée le 20 janvier 2009 en Guadeloupe et le 5 février en Martinique, la grève et les mobilisations qui ont duré respectivement 44 jours et 38 jours furent historiques. Les journées de février 2009 furent une poussée de fièvre sociale très chaude. Elles ne furent pas des journées révolutionnaires ou même prérévolutionnaires, en ce sens que les travailleurs n’ont jamais remis en cause même un iota de la propriété capitaliste. La grève des gérants des stations service puis les barrages, il faut le dire, ont quand même, en Guadeloupe, facilité la grève générale, les travailleurs ne pouvant se déplacer. Et même si de nombreux piquets de grève étaient en place, beaucoup de travailleurs sont restés chez eux. Mais moralement, voire en se rendant aux manifestations monstres, tous soutenaient la grève et le LKP.

Du point de vue populaire, la présence active des groupes de quartier autour du carnaval comme Akiyo ou Voukoum, en Guadeloupe, celle des jeunes des quartiers pauvres de Fort-de-France ont apporté à la grève générale un supplément de mobilisation populaire : des chômeurs, des pauvres ont rejoint le mouvement. Tout cela a inspiré aussi des artistes, certes. Néanmoins contrairement à ce que disent certains nationalistes les journées de 2009 n’ont pas « changé la Guadeloupe ou la Martinique » même si les esprits ont été marqués par ces journées inédites et qui faisaient la une de la presse internationale. La population en était fière ! Les travailleurs aussi, eux qui constituaient la véritable colonne vertébrale de ce mouvement populaire large.

Le gain matériel et moral de cette lutte collective est indéniable. Les 200 euros obtenus par des milliers de travailleurs n’en furent pas le moindre. Manifestation à Fort-de-France en février 2009.


Guadeloupe : l’accord Bino

Jacques Bino est le militant de la CGTG assassiné le 24 février 2009, en pleine grève générale.

Son nom a été donné à l’accord interprofessionnel sur les salaires signé le 26 février qui implique un supplément de rémunération de 200 euros pour les salaires jusqu’à 1,4 SMIC. Pour les salaires entre 1,4 et 1,6 SMIC, une augmentation minimale de 6% et de 3% ; au-delà de 1,6 SMIC, l’augmentation serait négociée dans les accords de branche ou d’entreprise. Il ne s’agit donc pas d’une prime, mais bien d’un accord sur les salaires.

L’État contribue pour 100 euros, les collectivités pour 50 et le patronat pour 50 dans les entreprises jusqu’à 100 salariés. Au-delà de 100, l’État prend en charge 100 euros et le patronat 100. Après 36 mois, le patronat devra s’acquitter de la totalité.

Le Medef a refusé de signer l’accord. Cependant le 10 avril, par arrêté ministériel, l’accord Bino a été étendu à toutes les entreprises de Guadeloupe, en excluant la clause de convertibilité, à savoir la prise en charge intégrale par le patronat au-delà des 36 mois. Après la fin de la grève générale, dans plusieurs entreprises, les grèves ont continué pour l’application intégrale de l’accord Bino. Les travailleurs de Milénis ont fait 16 jours de grève supplémentaires pour que l’application de l’accord Bino soit inclue dans un accord d’entreprise. Pourtant aujourd’hui, ceux qui ont été embauché après 2014 en sont exclus. Les grévistes exigent la prise en charge par l’employeur de l’intégralité des 200 euros net dans le salaire. C’est précisément sur l’accord Bino que les négociations dans la grève de Carrefour Milénis ont été rompues en raison de l’obstination de la direction.  


France: Gilets jaunes la colère est toujours là

Macron n’a trompé personne avec son « grand débat national » organisé en réponse au mouvement des gilets jaunes. Dans les manifestations, ces derniers l’ont qualifié de « grand foutage de gueule ». Une rencontre est prévue à Paris avec les élus d’Outremer. Après l’expérience des « assises de l’Outremer » dont Macron a présenté les résultats en Juin dernier, chacun sait qu’il n’y a rien à en attendre. On cause mais rien n’avance.

Le nombre de personnes mobilisées dans la rue fluctue d’un samedi à l’autre mais le mouvement reste bien implanté, surtout dans les villes de province. Les manifestants étaient 84 000 en France le samedi 21, et 69 000 le samedi 27, selon les chiffres officiels. Ils étaient 6 000 à Bordeaux, 3 000 à Lyon, 10 000 à Toulouse, et présents dans nombre d’autres villes. Les revendications et les projets restent multiples. Certains ont choisi de se lancer en politique en créant des regroupements en vue des prochaines élections européennes, ils sont contestés par une partie des manifestants. Comme lors des autres journées, ils ont eu à affronter les assauts des forces de répression, ont essuyé les canons à eau, gaz lacrymogènes et les très dangereux tirs de LBD (lanceur de balles de défense) ou flash ball.

Les mesures d’urgence annoncées début janvier sont insignifiantes par rapport au recul accumulé du niveau de vie de la majorité. La colère est grande. Mais s’il n’y avait pas eu de lutte, ces concessions n’auraient pas eu lieu. Macron refuse obstinément de s’attaquer même un peu aux profits de la grande bourgeoisie. Il se dit prêt à aménager la loi sur les 80 km/H, cela ne coûtera rien aux capitalistes, pas plus que les 90 euros qui seront pris sur les caisses d’aide sociale. Par contre il refuse de rétablir l’ISF, impôt de solidarité sur la fortune. Cette mesure symbolique ne représente que peu de choses. Mais justement c’est un symbole, celui de l’attachement indéfectible de Macron à ses maîtres. Conspuer le sous-fifre qui est à la tête de l’État, entretenir un climat de tension en exprimant une juste colère, comme le font les gilets jaunes, cela a le mérite d’exposer au grand jour la multitude de problèmes auxquels est confrontée la population. Mais pour qu’ils soient résolus, la mesure incontournable est de prendre sur les profits capitalistes.  


Il y a 100 ans L’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht

Le 15 janvier 1919, ces deux dirigeants communistes de la révolution ouvrière qui se déroulait en Allemagne ont été exécutés sur ordre de la bourgeoisie.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient les leaders de la Ligue spartakiste, appelée ainsi en hommage à la révolte des esclaves romains conduite par Spartacus. C’était un groupe opposé à la guerre au sein du Parti social-démocrate (SPD). Ce grand parti rassemblait tous les militants ouvriers mais soutenait la bourgeoisie dans la Première Guerre mondiale.

Le 1er janvier 1919, dans le feu de la révolution, Luxemburg et Liebknecht créèrent le Parti communiste d’Allemagne. À l’époque, des mouvements révolutionnaires des ouvriers ont émergé dans plusieurs pays d’Europe, notamment suite au carnage de la guerre qui avait tué 19 millions de personnes. Les travailleurs étaient enthousiasmés par l’exemple des ouvriers de Russie, qui avaient créé en octobre 1917 le premier État ouvrier sous la direction du Parti bolchévique. Les leaders bolchéviques Lénine et Trotsky avaient lancé un appel aux travailleurs de tous les pays pour mettre fin à la barbarie du capitalisme et construire un monde débarrassé de la guerre et de l’exploitation.

C’est en Allemagne que cet appel a eu le plus grand impact. C’était le pays le plus avancé, le plus industrialisé, où les travailleurs étaient organisés par millions dans le SPD et ses syndicats. Des grèves massives avaient eu lieu en janvier 1918. Le 29 octobre, les matelots se sont mutinés à Kiel. Ils refusaient de continuer la boucherie de la guerre. La révolte s’est étendue dans la flotte et dans l’armée. Dans les villes, les ouvriers se sont mis en grève. Le 9 novembre, l’empereur d’Allemagne a dû abdiquer. Le 11 novembre, l’armistice qui mettait fin à la guerre était signé.

Pour les travailleurs, la république qui venait d’être créée devait abolir le pouvoir des nobles et des gros industriels. Dans toutes les villes sont mis en place des conseils d’ouvriers et de soldats, sur le modèle des soviets russes. Mais les dirigeants du SPD ont encore trahi les ouvriers pour protéger les intérêts de la bourgeoisie allemande. Ils ont manœuvré pour contrôler les conseils, et étouffer la révolution. Plusieurs députés du SPD, dont Gustav Noske, ont été choisis par la bourgeoisie pour cela.

Noske est devenu ministre. Il a créé des forces spéciales, les Corps francs, pour mater les grèves et les manifestations ouvrières. Le 5 janvier 1919, des centaines de milliers d’ouvriers manifestent à Berlin. Beaucoup sont armés. Ils occupent les gares et divers bâtiments. Le 12 janvier la révolte est écrasée. Mais Noske ordonne l’arrestation de Luxemburg et Liebknecht. Le 15 ils sont roués de coups et exécutés par les Corps francs. La dépouille de Rosa Luxemburg, jetée dans un canal, ne sera retrouvée que des mois plus tard. Noske déclara : « Il faut que quelqu'un fasse le chien sanguinaire, je n'ai pas peur des responsabilités ». Privés de leurs dirigeants les plus capables, les ouvriers allemands continueront à se battre jusqu’en 1923. Mais ils ne parviendront pas à renverser le pouvoir de la bourgeoisie.  

Rosa Luxemburg

Rosa Luxemburg est l’une des plus grandes figures de la lutte des travailleurs pour leur émancipation. Elle a milité surtout dans le Parti social-démocrate allemand, le SPD, le parti qui avait le plus de poids dans le mouvement ouvrier international. Dès 1899, elle a combattu les notables du SPD qui abandonnaient les idées révolutionnaires et incitaient les travailleurs à lutter seulement pour des réformes économiques. En 1905, Luxemburg a salué avec enthousiasme la première révolution ouvrière en Russie. Cette révolution montrait précisément le lien entre les grèves « économiques » et un mouvement politique remettant en cause le pouvoir des riches, propriétaires terriens ou industriels.

En 1914, elle a dénoncé la trahison des dirigeants ouvriers qui ont aidé la bourgeoisie à lancer la guerre en prônant « l’union sacrée ». Elle a créé la Ligue spartakiste dans le SPD pour contrer cette politique criminelle, mais elle redoutait de rompre avec ce parti qui rassemblait des millions de travailleurs. Lénine critiqua cette position. Il avait construit à part le parti bolchévique pour regrouper les ouvriers les plus avancés dans une organisation plus petite, certes, mais avec des principes et des méthodes nettement définis. Rosa Luxemburg s’est aussi opposée à tort à Lénine sur la question nationale. Originaire de Pologne, un pays dominé, elle pensait que les travailleurs ne devaient lutter que pour leurs intérêts de classe pour éviter le piège du nationalisme. Lénine, comme Marx, pensait que la lutte des peuples opprimés pouvait amener les masses pauvres de ces pays à démasquer l’hypocrisie de leur bourgeoisie nationale et à lutter pour le communisme. En 1917, Luxemburg a défendu la révolution d’Octobre contre les dirigeants ouvriers embourgeoisés de tous les pays.

Toute sa vie, elle a défendu avec courage et avec passion les idées révolutionnaires, affirmant que l’humanité devait choisir entre socialisme ou barbarie. Trois ans après sa mort, Lénine écrivit : « elle était et elle reste un aigle ».

Karl Liebknecht                                

Karl Liebknecht a combattu avec acharnement le militarisme et la guerre, en s’appuyant sur les militants ouvriers les plus jeunes. Il affirma que « la jeunesse est la flamme de la révolution prolétarienne ». C’était le fils de Wilhelm Liebknecht l’un des fondateurs du Parti social-démocrate allemand (SPD) que lui-même rejoignit en 1900.

Dès 1904 il a insisté pour que le SPD organise les soldats du rang pour lutter contre le militarisme. Incarcéré pour sa propagande antimilitariste, il fut élu député en 1908 alors qu’il était encore en prison ! Karl Liebknecht a été le premier député socialiste à refuser de voter les crédits pour la poursuite de la guerre mondiale, en décembre 1914, malgré les consignes du SPD. Il a déclaré : « l'ennemi principal est dans notre propre pays ». Liebknecht fut à nouveau emprisonné en 1916 après avoir manifesté aux cris de « À bas la guerre ». Il fut libéré lorsque la révolution allemande a éclaté, en octobre 1918, et le 9 novembre il a proclamé à Berlin « la république socialiste libre d’Allemagne ». Mais les dirigeants du SPD ont réussi à contenir la révolution. En janvier 1919, à Berlin, Liebknecht a espéré que les manifestations des ouvriers en armes pourraient se transformer en une insurrection victorieuse. Luxemburg pensait que cet espoir était prématuré car les ouvriers n’étaient pas encore assez organisés pour vaincre. Mais une fois le soulèvement enclenché, l’un comme l’autre s’y sont engagés de toutes leurs forces et ils l’ont payé de leur vie.  


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