Site

CO de 2019-2018/CO n° 1213 du 02 février 2019/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe: Milénis et Promocash  les grévistes face aux représentants des patrons

La semaine du 21 janvier a marqué un semblant d’évolution du conflit. Les patrons de Carrefour Milénis et Promocash, propriétés du groupe de riches békés Despointes, qui mettaient des conditions quasi impossibles à une négociation se sont résolus à s’assoir face aux représentants des grévistes en présence de médiateurs choisis par les travailleurs et accompagnés de Jean-Marie Nomertin secrétaire général de la CGTG et de Élie Domota, secrétaire général de l’UGTG, tous élus en assemblée générale.

Il faut dire que les grévistes menaient depuis plusieurs semaines des actions résolues en direction des travailleurs du groupe Despointes. En se rendant nombreux dans leurs magasins, ils pouvaient expliquer les raisons de leur grève et prévenir les collègues des risques qu’ils ont de subir les mêmes baisses de pouvoir d’achat. Les interventions musclées des forces de l’ordre et en particulier l’arrestation brutale et injustifiée de Jean-Marie Nomertin n’affectaient pas le moral des grévistes, au contraire.

La veille des négociations, à l’appel de l’UGTG, une manifestation dynamique de plus de 400 personnes s’est déroulée aux Abymes. Les grévistes y ont chanté leurs slogans et reçu le soutien des passants. Pour les négociations, les Despointes ont tenté d’imposer toutes sortes de contraintes. Ils voulaient contrôler qui accompagnait les grévistes, cherchant à écarter notre camarade Nomertin réclamé par les grévistes. Ils ont tenté d’imposer un médiateur ouvertement antigrève. Ils ont choisi un lieu de négociation éloigné du piquet de grève... Les négociations ont commencé par une déclaration de la nouvelle directrice des ressources humaines du groupe Despointes. Celle-ci, sans l’arrogance des directeurs de magasin, a annoncé d’emblée que si les revenus des salariés ne baissent pas, la société connaitra des difficultés. Ce genre de déclaration fait peut-être de l’effet dans les médias. Pour les grévistes c’est « blag a mas » (mensonge). Ils comprennent clairement que le patron préfère remplir les coffres de ses amis actionnaires en prenant dans la poche de ceux qui créent la richesse par leur travail. Le début de la négociation a montré qu’il a fallu plus d’un an de discussions et deux mois de grève pour que le patron envisage de mettre fin à certaines baisses de salaire. Il tente de justifier les baisses sur les primes ou leur suppression par la légalité. En 2017, il a été rappelé à l’ordre par l’administration pour fraude aux cotisations sociales. Pendant des années il remplaçait les hausses de salaires taxées par des primes non taxées.

Ces entourloupes présentent un autre inconvénient pour les salariés : les primes peuvent être supprimées à tout moment ; elles ne comptent pas pour la retraite. Jusqu’au 23 janvier le patron ne voulait rien entendre. Le premier jour de négociation, il a proposé que la prime de transport, qu’il voulait ramener à 200 € par an, soit complétée par une hausse sur le salaire ; de même la baisse sur les tickets de restaurant. La subrogation qui permet d’être payé (à temps) en cas de maladie ne serait plus supprimée. Mais il reste d’autres baisses. Le projet global du patron revient à geler le salaire de chaque salarié au niveau touché en 2018. Ceux qui avaient été en stage, en maladie ou celles en congé de maternité cette année-là sont lésés. Et surtout, cette méthode permet de priver les nouveaux embauchés des primes, en accord avec les ordonnances de Macron. La direction maintient aussi le gel de la prime d’ancienneté. À partir de 20 ans dans l’entreprise un salarié voit cette prime intégrée au salaire.

Or presque toutes les salariées sont entrées à Milénis il y a 18 ans. Ce gel à 18 ans les prive toutes de cette possibilité. Astuce patronale ! Les représentants du patronat ont déclaré « l’impossibilité » de respecter la loi sur l’accord Bino malgré les documents des syndicats et du médiateur. Décidément les Despointes veulent faire des économies sur le dos des salariés. Au vu des bénéfices de l’entreprise ces économies sont dérisoires et apparaissent plus comme une décision de mater le personnel. C’est le fouet qui revient. Après deux jours et demi de discussions, les grévistes restent en lutte. Ils ont affirmé leur détermination lors du rassemblement de samedi 26 janvier sur le piquet de grève. Ils se sont même donné un comité d’organisation de la grève qu’ils ont voté pour mieux contrôler leur combat. La caisse de grève constituée par les collectes sur la voie publique, et les dons permet de tenir mieux le coup, que sans. Mais les grévistes ont encore besoin de « ce nerf de la guerre » indispensable. Sur le piquet de grève, ils reçoivent beaucoup de soutiens moraux, en argent et aussi en vivres. Leur grève est très populaire !

D.H. Lundi 28 janvier à l’aube, tous les médias ont annoncé la réouverture du supermarché Carrefour Milénis. Tôt le matin, en assemblée générale, les grévistes ont voté à l’unanimité la poursuite de la grève. À part quelques cadres et jeunes nouveaux CDI qui travaillent, les grévistes sont pour l’instant largement la majorité des 260 salariés de l’entreprise. La direction a déclaré qu’elle annulait les quelques propositions faites en négociation. Déterminés, les grévistes ont envahi les galeries et le supermarché au nez et à la barbe des Larue, Sablon et autres managers. Ces derniers riaient jaune des prises de parole des grévistes en colère et très vite, ils ont dû enlever les quelques caissiers de leur poste. Les clients déjà peu nombreux repartaient.


Un moment avec les grévistes

Sur le piquet de grève, sous la tente où parfois il pleut, les discussions sont souvent remplies d’émotion. La plupart des grévistes sont des femmes, des mères de famille, parfois des grand-mères. Deux mois de lutte ce peut être passionnant, c’est nouveau pour la plupart. Beaucoup ne pensaient pas que la grève durerait aussi longtemps. Une jeune déclare brusquement : « Maintenant, quand il y aura des grèves ailleurs, j’irai les soutenir, je ne savais pas vraiment ce qu’est une grève, aussi dure, je ne m’occupais pas, je comprends maintenant ». Cela réjouit le cœur de la doyenne des grévistes restée plus de 30 ans dans l’entreprise des Despointes : « Après de nombreuses luttes, je n’espérais pas une telle combativité de mes collègues. » Mais il y a aussi des cris de colère, voire de rage contre les patrons et contre les mensonges de leurs sbires arrogants sur les médias :« Qu’est-ce qu’ils croient ? Moi, après la grève, je ne veux plus acheter chez eux. Ils profitent trop de nous ».


Mobilisation des 1er et 2 février !

34 organisations politiques, syndicales, du mouvement ouvrier et indépendantistes, des associations de consommateurs, dont la CGTG, l’UGTG, Combat Ouvrier, le parti communiste guadeloupéen, l’UPLG, FKNG, syndicats enseignants, organisent une journée d’action et de mobilisation le samedi 2 février 2019. Ils fixent un rendez-vous à 8h30 devant le palais de la mutualité à Pointe-à-Pitre. La veille, le vendredi 1er aura lieu un meeting commun convoqué au même endroit à 19h. Ces organisations mettent l’accent sur les revendications salariales, le soutien aux travailleurs de Carrefour-Milénis en grève, le respect des droits de travailleurs, la lutte pour une meilleure éducation scolaire, le scandale du manque d’eau au robinet, le problème des terres agricoles à sauvegarder, notamment.


Guadeloupe: Grève à Milénis l’agression des gendarmes contre Jean-Marie Nomertin

Vendredi 18 janvier, vers 14h alors que les grévistes de Milénis étaient en piquet devant l’une des plates-formes du groupe Despointes, SAFO, les gendarmes sont venus sur ordre de Despointes pour faire évacuer les lieux. Notre camarade Jean-Marie Nomertin, porte-parole de Combat ouvrier et par ailleurs secrétaire général de la CGTG, a brutalement été attaqué par les gendarmes. Plaqué au sol, les bottes des gendarmes sur le dos, menotté et recevant force coups de pieds, il fut porté et embarqué vers la gendarmerie de Beausoleil à Baie-Mahault. Les gendarmes ont osé déclarer qu’il avait été traité ainsi pour violences envers eux alors même que leur présence contre les grévistes était déjà une violence organisée par les riches békés Despointes contre les grévistes. La nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans l’ile et une centaine de travailleurs et de militants sont venus immédiatement protester devant la gendarmerie pour exiger la libération du camarade. Des camarades exigèrent du préfet sa libération immédiate. Des communiqués de protestation venaient de partout. Les CGT martiniquaise et française firent aussi un communiqué. Vers 17h30, Jean-Marie Nomertin fut relâché par les gendarmes sans aucune plainte judiciaire contre lui, du moins pour le moment.


SAMSIC : à la tienne !

Il restait un peu de monnaie après Noël au patron de Samsic, Christian Roulleau, alors il s'est acheté une bonne bouteille. Ou plutôt 300 000 bouteilles, tant qu'à faire, puisqu'il s'est payé carrément un château, Château Dauzac, 120 ha de Margaux, un cru bordelais ! Il a par ailleurs cédé sa place de PDG à son gendre. Côté finances, ça marche pas mal : 2 milliards et demi d’euros de chiffre d’affaires, 90 000 salariés. Samsic sponsorise le Stade Rennais pour plus de 30 millions d’euros par an. Et ce sont ces gens-là qui prétendent qu’ils ne peuvent pas nous payer au niveau de la convention collective !


Martinique: Métallurgie Une direction qui se moque de la santé de ses salariés

Les ouvriers de l’entreprise ENA (Entreprise Nouvelle Antillaise) de carénage et réparation navale sont confrontés depuis des dizaines d’années à de très mauvaises conditions de travail.

L’entreprise est située au Bassin Radoub à Fort-de-France et regroupe trente salariés. Ces travailleurs effectuent des travaux de chaudronnerie consistant à la fabrication et préfabrication de la tôlerie. Ils effectuent aussi le traitement complet de la coque de bateaux par sablage et par des applications de tous types de peintures, le plus souvent dangereuses. Leurs salaires sont bien inférieurs à la prestation qu’ils fournissent, avec un travail effectué généralement sous pression, en fonction du passage des bateaux et des marchés. Bien souvent, ils doivent effectuer des heures supplémentaires pour satisfaire l’appétit de leur patron. Durant plusieurs dizaines d’années, les ouvriers peintres ont effectué du sablage sur la coque des bateaux. Mais ce n’est que le 7 novembre 2017, après des analyses effectuées par l’entreprise ITGA spécialisée dans les recherches d’amiante dans les matériaux, qu’il a été révélé que le déchet de sable est composé de chrysotyle. Il s’agit d’un type d’amiante dangereux pour la santé, avec risque de cancer des poumons lorsque ce produit est inhalé durant son utilisation. Durant plusieurs années, le sable une fois utilisé était déposé et exposé au grand air sur la plate-forme du site. Ce n’est qu’après les résultats de ces analyses et suite à la venue d’un inspecteur du travail, que le nouveau patron Nicolas Burny a fait installer une bâche pour couvrir ce déchet de sable. Mais depuis, ce déchet n’a pas été évacué du site. Et ce malgré plusieurs rappels faits auprès de la direction par les ouvriers, soit par courriers soit lors de réunions. Pourtant, vu leur exposition à ces produits toxiques, certains ouvriers possèdent des certificats de suspicion de leur médecin traitant.

Ces jours-ci, le directeur du site a eu le toupet de déclarer aux ouvriers « ce n’est pas la peine de faire évacuer ce sable, parce qu’il ne contient pas d’amiante ». Et certains ouvriers se demandent s’ils n’ont pas affaire à un scientifique fantôme qui se croit plus scientifique que les scientifiques. En clair, certains ouvriers pensent que la direction ne veut pas dégager du site ce sable contaminé parce que cela lui coûtera trop cher. Alors elle continue à les exposer tous les jours à ce sable contaminé. Aujourd’hui, c’est encore pire car la bâche qui était censée isoler ce sable est déchirée à plusieurs endroits par l’action du vent et de la pluie. La grogne commence à s’installer parmi les ouvriers. Et certains pensent qu’il ne faut pas garder le silence face à un patron qui se moque de leur santé et de leurs mauvaises conditions de travail.  


5 février 2019 : journée de grève et de mobilisation

À l’occasion du 10e anniversaire du début de la grève générale de février plusieurs organisations syndicales ont appelé les travailleurs, les jeunes, les retraités, les chômeurs à un rassemblement –débat le mardi 5 février. Elles appellent « la population victime des attaques et injustices du gouvernement au service du grand patronat à relever la tête, à prendre le chemin de la lutte ». Pour ce même jour, un préavis de grève reconductible a été émis. Les revendications des travailleurs de plusieurs secteurs sont mises en avant. Elles concernent des questions de fonctionnement et de conditions de travail, mais aussi la revalorisation des salaires et des effectifs dans la Santé ou les organismes sociaux, la suppression des postes dans l’enseignement. Les revendications portent également sur la revalorisation des retraites pour des ouvriers agricoles, mais aussi sur le dépistage gratuit des ouvriers en contact avec des produits phytosanitaires. Les agents municipaux eux dénoncent le non-respect de l’accord du 10 mars 2009. Ces revendications viennent s’ajouter à celles sur les augmentations de salaires, des pensions et des allocations portées régulièrement lors des manifestations ouvrières. Combat ouvrier appelle ses militants à participer à cette journée de mobilisation des travailleurs.