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CO de 2019-2018/CO n° 1212 du 19 janvier 2019/Troisième page

Troisième page

La grève générale en Martinique

En Martinique aussi, la grève générale de 2009 a marqué la vie des travailleurs et de la population durant plusieurs mois. Ce fut probablement la plus grande grève des 70 dernières années.

Les prémisses
Fin 2008, la crise bancaire frappe de nombreux pays : baisses des crédits, des aides au développement touchées par le patronat. Les effets sur les travailleurs et la population laborieuse se font sentir : suppression des contractuels, licenciements, bas salaires mais aussi hausses de prix des produits de première nécessité, etc. Le mécontentement se manifeste par des mouvements et grèves dans les entreprises tant du secteur public que du privé. C’est le cas à la Poste, dans les hôpitaux, dans le commerce, à l’ANPE, dans l’agriculture, dans la métallurgie ou dans le bâtiment. Le mouvement contre le prix trop élevé des carburants a commencé dès septembre 2008 à la Réunion, puis en Guyane. Parti des patrons du secteur du transport, le mouvement a gagné la sympathie de couches importantes de la population malgré les quelques centimes lâchés par les pouvoirs publics. Il a continué et s’est amplifié en Guadeloupe puis en Martinique.

En Martinique, dès le 5 décembre 2008, à l’appel de la CGTM, le comité de suivi pour la baisse du prix du carburant se réunit avec les représentants des organisations syndicales, d’organisations d’usagers. Face aux décisions unilatérales du préfet et des patrons du secteur pétrolier sur le prix des carburants, il appelle à un contrôle populaire sur la formation et la fixation des prix en Martinique. Durant ce mois de décembre, les organisations syndicales organisent dans les communes une campagne de sensibilisation des travailleurs et de l’ensemble de la population laborieuse pour faire face à la dégradation de leur situation.

La grève
Début 2009, les syndicats signent un tract commun intitulé « Préparons-nous à la mobilisation !Travayè Matinik, la vi-a vini tro rèd pou nou, Annou mobilizé ! » (Travailleurs de Martinique, la vie est devenue trop dure pour nous). Les nouvelles sur le déroulement de la grève générale en Guadeloupe depuis le 20 janvier vont bon train. Le jeudi 5 février, les syndicats appellent à une journée de grève. Plusieurs milliers de personnes, des travailleurs, en activité, précaires ou chômeurs, des femmes au foyer, des retraités, des jeunes, scolarisés ou non, se retrouvent dans la cour de la Maison des Syndicats et sur le boulevard Général de Gaulle pour y participer. Drapeaux et banderoles entremêlés, entre 15 et 18 000 personnes manifestent durant plus de trois heures, lançant des slogans dénonçant la vie chère, criant leurs revendications et exigeant en particulier « 300 euros net ». À l’issue de la manifestation, le préfet, sans doute alerté par le déroulement des négociations en Guadeloupe, se dépêche de fixer une première rencontre entre représentants syndicaux et patrons, élus de la Région, du Département et parlementaires. Malgré tout, vu les milliers de manifestants mobilisés, la grève est reconduite. C’est alors que l’organisation du mouvement est élargie à de nouveaux syndicats et associations et prend le nom de « Collectif du 5 février » (K5F). Face aux tergiversations du patronat, qui continue de se montrer arrogant et fait trainer les négociations, le mouvement continue à s’élargir et les appels à la grève à se multiplier, dans les stations-service, à EDF, à Chronopost, dans les entreprises de la zone du Lamentin, celle des Mangles ou de Ducos, dans les supermarchés mais aussi dans les écoles, les crèches et les mairies. Des barrages de palettes sont dressés à l’entrée des zones pour dissuader les patrons d’ouvrir leurs entreprises. À Fort-de-France, plusieurs manifestations regroupant jusqu’à 20 000 personnes ont lieu. Les manifestants tout de rouge vêtus, entonnaient la chanson du mouvement « Matinik sé ta nou, Matinik sé pa ta yo, an bann pwofité volè, nou ké fouté-yo déwô » ou bien «  an ban béké pwofitè volè nou ké fouté yo déwô ». (La Martinique est à nous elle n’est pas à eux ; une bande de békés profiteurs, voleurs, on les mettra dehors)

Les « profiteurs voleurs » ciblés par les manifestants sont les capitalistes locaux, et notamment les capitalistes blancs békés. Les manifestants lancent aussi des slogans contre les élus locaux tels que : « Yo pa ka fê ayen ban nou. Yo la pou pôch yo » (« Ils ne font rien pour nous. Ils ne sont là que pour leurs poches »). Après 38 jours de grève, le 14 mars, et après la signature d’une vingtaine d’accords partiels concernant diverses revendications de la population, un accord global suspendant la grève est signé entre le préfet, le patronat, la Région, le Département et le Collectif du 5 février.

Succès et portée de la grève générale
Les deux volets principaux concernent les salaires et la cherté de la vie. Une augmentation de 200 euros mensuels net est fixée pour chaque salarié percevant un salaire inférieur à 1,4 SMIC soit 1 840 euros brut. L’employeur doit payer une part de ce montant en fonction de la taille de l’entreprise, l’État et les collectivités devant financer le reste. Cette mesure est prévue pour une durée de trois ans. Elle concerne environ 45 000 salariés. Le 2ème volet concerne la baisse négociée des prix de 400 produits courants, mesure s’ajoutant à la baisse de plusieurs tarifs de services tels l’eau, l’électricité ou les tarifs bancaires. La mise en place de ces baisses doit faire l’objet d’un contrôle régulier, exercé par la population mobilisée dans des comités de contrôle de prix. Durant ces 38 jours, le patronat, lui, est plutôt mal à l’aise. D’un côté il est frappé au porte-monnaie par la grève. Mais encore les travailleurs se sont fait craindre par la grève et leur détermination. Une manifestation provocante organisée par les Békés s’est heurtée à une riposte violente de la population et des jeunes.

D’ailleurs, sans doute pris de panique, les capitalistes locaux vont très vite chercher à duper la population, ne se gênant pas pour calomnier syndicats, militants syndicalistes, et organisations politiques des travailleurs, les rendant ainsi responsables de toutes les difficultés économiques dues à la crise de 2008. Au sortir de cette longue grève, les travailleurs n'ont évidemment pas gagné tout ce qu'ils revendiquaient lors de la grève générale. Mais dans tous les domaines qui concernent leur travail, leur vie quotidienne et essentiellement sur les salaires et les prix des marchandises, ils ont pu faire reculer le patronat et le gouvernement et obtenir beaucoup plus que les miettes qui leur sont habituellement concédées. Mais le principal acquis de cette longue grève c'est d'avoir mis en pratique l'expérience de la grève générale; c'est d'avoir redécouvert la force et la puissance d'un tel mouvement, d'avoir redécouvert que dès lors que les travailleurs tous ensemble engageaient une lutte, ils peuvent frapper leurs exploiteurs directement au portefeuille et entrainer massivement derrière eux toutes les couches populaires. Une telle expérience reste un gage pour le mouvement ouvrier de Martinique.


France Gilets jaunes : un regain de mobilisation

Les « promesses » de Macron n’ont pas eu raison de la colère populaire. Le gouvernement pensait en avoir fini avec les gilets jaunes car le mouvement a connu un petit essoufflement durant les fêtes. Cependant, l’acte 9 de la mobilisation du samedi 12 janvier a rassemblé 84 000 gilets jaunes dans les rues de toute la France, plus que le samedi précédent où ils étaient environ 50 000. Cela montre que le mouvement est profond et que le mécontentement est encore présent.

Durant ces dernières semaines, afin d’étouffer la mobilisation des gilets jaunes, le gouvernement a mis en place des mesures répressives pour empêcher les manifestations qui ne seraient pas déclarées. Mais, les travailleurs, les chômeurs, les retraités continuent de manifester. Le gouvernement exerce une violence sociale sur les catégories les plus pauvres qui ne veulent plus subir. Elles ne veulent plus subir les fins de mois difficiles, ni le mépris, l’arrogance de Macron, ni la violence des forces de l’ordre. La population considère qu’il y a trop d’injustices. Ainsi, le boxeur Christophe Dettinger est en prison parce qu’il a frappé un gendarme tandis qu’Alex-andre Benalla, un proche du Président Macron, qui il y a plusieurs mois avait frappé des manifestants, est laissé en liberté et se pavane. Le gouvernement n’en a pas fini avec le mouvement des gilets jaunes, la crise profonde du capitalisme entrainera d’autres réactions sociales, d’autres explosions de colère.


« Grand débat » : ayen pa la !

En 2009 lors des grandes grèves en Guadeloupe, Guyane, Martinique et La Réunion, le président Sarkozy avait lancé les États généraux de l’Outremer. La modernisation annoncée à l’époque n’a pas été réalisée. Les problèmes persistent : celui des prix élevés avec l’existence dans les outremers de monopoles du commerce, la pollution par le chlordécone et ses conséquences sur la santé, l’état des écoles et hôpitaux, la dégradation des services publics et en Guadeloupe particulièrement les coupures d’eau. Une vraie mascarade que ces États généraux, d’ailleurs la participation avait été sans illusion. Avec son « grand débat national », tout comme Sarkozy, Macron tente de calmer la colère de ceux qui sont descendus dans la rue pour crier leurs souffrances. Il s’adresse d’abord aux gilets jaunes mobilisés en France. Sarkozy avait annoncé que « tous les sujets pourraient être abordés ». Macron, dans une lettre lance son grand débat en fixant des limites. Il précise : « nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises... afin d'encourager l'investissement. » Alors même qu’une majorité en France conteste les effets de la loi Travail pour les salariés et la transformation de l’ISF en faveur des grands actionnaires il annonce qu’il n’est pas question d’y toucher. Son courrier signifie : cause toujours, tu m’intéresses ! Mais le gouvernement ne touchera pas aux intérêts des capitalistes du CAC40, ni aux avantages fiscaux des riches.  Quand certains gilets jaunes déclarent «  on nous prend pour des c.. » ils disent vrai. Pendant que Macron propose le dialogue, la première présidente de ce grand débat devait être une ancienne ministre : Chantal Jouanno, qui est payée 15 000 euros par mois. C’est une insulte à tous ceux qui réclament l’augmentation du pouvoir d’achat et du SMIC. De plus, chaque samedi la police réprime beaucoup de manifestations pacifiques à coups de flash ball qui blessent grièvement de nombreuses personnes et à coups de grenades lacrymogènes sans aucune raison sérieuse. Côté jardin, «  débat national » côté cour, répression brutale !

Il n’y a pas de raccourci si l’on veut changer la société et mettre fin aux injustices et à l’exploitation. En 1789 en France, le peuple a débattu aux États généraux mais cela ne l’a pas dispensé de faire la Révolution.


Dividendes records pour les actionnaires en 2018

L’an passé, les entreprises du CAC 40 ont versé à leurs actionnaires 57,4 milliards d’euros de dividendes. Ce montant est en hausse de 12,8 % sur un an, et en hausse de 62 % par rapport au plus bas de la crise financière en 2009 ! Ces sommes astronomiques montrent que tout va très bien pour les groupes capitalistes comme Total, Sanofi ou BNP. Alors même que la croissance en France est au plus bas avec +1.6 % du PIB en 2018, les grands capitalistes augmentent leurs dividendes de 12,8 %. D’où viennent ces dividendes record ? « Ce pognon de dingue » provient de la surexploitation des travailleurs aidée par les récentes lois scélérates de Macron, il provient des 200 milliards d’aides et exonérations offerts chaque année au grand patronat. Et Macron voudrait qu’on n’oublie pas « le sens de l’effort et des devoirs » envers ces nantis... Et puis quoi encore ?


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