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CO de 2018/CO n° 1210 du 8 décembre 2018/Quatrième page

Quatrième page

Mobilisations contre les violences faites aux femmes

Le samedi 24 novembre, des manifestations ont été organisées dans toute la France, aux Antilles et dans de nombreux pays pour dire non aux violences sexuelles et sexistes envers les femmes.

Dans une cinquantaine de villes, plusieurs dizaines de milliers de femmes, mais aussi des hommes, de toutes générations ont défilé contre les violences sexistes en France. Selon le collectif #NousToutes, organisateur de la manifestation, c’est la plus grande mobilisation féministe en France depuis des années. Dans ce pays, 225 000 femmes ont été victimes de violences conjugales en 2016.

Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, soit 123 en 2016 dont 10 en Outremer. Selon un rapport de mars 2017, les femmes en Outremer sont plus exposées aux violences qu’en métropole. En Martinique, par exemple, les violences sexuelles étaient en hausse de 21,2% contre 9,1% sur le territoire national. Au 30 novembre 2017, les autorités ont dénombré 869 cas de violences. En Guadeloupe, depuis le début de l’année, 1 326 femmes ont été victimes de violences physiques et 8 femmes ont subi une tentative d'homicide.

Dans le monde du travail, en plus de toucher en moyenne 20% de moins que les hommes, de nombreuses femmes sont confrontées au harcèlement sexuel et aux brimades en tout genre exercés par les harceleurs qui profitent de leur supériorité hiérarchique. Depuis quelques mois les plaintes pour violences ont augmenté et la parole s’est libérée. C’est sûrement une conséquence de la campagne mondiale #Metoo et #BalanceTonPorc lancée après l’affaire Weinstein, ce producteur américain accusé de viols sur des dizaines d’actrices.

Mais il existe un décalage entre les faits de violence déclarés et le nombre de condamnations des auteurs. En 2016, il n'y a eu que 17 000 condamnations en France, moins d’un auteur sur dix. La société - les classes dirigeantes en tête - s’accommode bien de l’oppression des femmes. Elles sont doublement exploitées : dans les entreprises, les usines, les plantations, elles sont de la main d’œuvre sous payée et dans leur foyer elles effectuent les tâches domestiques, servant d’esclaves aux hommes.

Plus un pays est pauvre et instable, plus les femmes sont maltraitées. Dans certains pays en guerre, des milliers de femmes sont mutilées et tuées. Le viol y est une arme de guerre. Dans d’autres pays, les femmes n’ont pas droit à la parole et sont forcées de porter des voiles qui leur couvrent tout le corps. Le seul moyen de se débarrasser un jour de l’oppression des femmes, c’est de se débarrasser définitivement de sa cause : l’exploitation de l’homme par l’homme et l’exploitation de la femme par l’homme. La véritable émancipation des femmes viendra de l’émancipation générale de l’humanité libérée des chaînes de la société de classes. En attendant, toutes les mobilisations contre les violences sexistes et sexuelles permettent de dénoncer le sort qui est fait aux femmes.

C’est grâce à leur propre mobilisation que les femmes obtiennent des droits, comme jadis le droit de vote et le droit à l’avortement.


Porto Rico : Des femmes manifestent contre la violence sexiste

Dans le cadre de la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, un collectif féministe a lancé un appel à manifester le 25 novembre dans les rues de la capitale, San Juan, pour protester contre ces violences.

Le collectif dénonce l’augmentation des violences contre les femmes. Depuis le début de l’année, 22 femmes sont décédées des suites de violences sexistes. En 2017, 8 473 cas de violences domestiques ont été enregistrés. Pour dénoncer ces violences, deux jours avant la marche, les manifestants ont peint des mains ensanglantées sur plusieurs monuments de la ville comme celui de la police. Les manifestants ont voulu se rendre au siège du gouvernement, nommé la Fortaleza. Alors qu’ils étaient sur le point d’y arriver, la police est intervenue pour les en empêcher en faisant usage de la force et en lançant des gaz lacrymogènes. Ils donc ont organisé un sit-in à proximité.

Les femmes exigent que le Gouverneur de Porto Rico Ricardo Rosselló lance « un plan d’urgence national contre la violence de genre », elles veulent que le gouvernement mette en place des moyens pour lutter contre la violence machiste et pour l’égalité. Dans ses revendications, le collectif réclame également que les enquêtes sur les viols soient menées à leur terme, en utilisant les méthodes scientifiques modernes pour retrouver les coupables.

Il demande aussi la création d’un comité intergouvernemental chargé de mettre en place des programmes de soutien aux victimes des violences sexistes.


Haïti : Faire entendre la voix et les revendications des travailleurs

 Le dimanche 18 novembre marquait l’anniversaire de la bataille de Vertières où les troupes des esclaves ont remporté la victoire sur les soldats de Napoléon, ouvrant la voie à l’indépendance d’Haïti. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Port-au-Prince et dans le reste du pays.

Ils réclamaient le jugement des responsables des gouvernements de 2008 à 2015 qui ont dilapidé les milliards du fond Petro Caribe. Ils avaient été prêtés aux dirigeants dans le cadre de la vente par le Venezuela à Haïti de produits pétroliers au taux préférentiel. Il y a eu aussi des manifestations dans les autres grandes villes du pays. Les manifestants ont été attaqués par des individus armés et masqués qui ont tiré sur eux. Au Cap Haïtien, à Petit-Goave, à Saint Marc ainsi qu’à Port au Prince il y a eu des morts par balles. L’opposition rapportait un bilan provisoire de 11 morts. Des milliers de manifestants ont lancé des slogans demandant la démission du président Jovenel Moise et du premier ministre.

Lors d’une conférence de presse, après avoir félicité la population pour son courage, un sénateur de l’opposition a évoqué leurs perspectives. Ils proposent divers montages avec des parlementaires, d’anciens politiciens qui attendent leur tour pour accéder à la mangeoire du pouvoir en intégrant un gouvernement. Ils lancent un appel à « tous les secteurs de la population, y compris la classe ouvrière et le secteur paysan à les soutenir » et à continuer la mobilisation. Si ces derniers acceptaient, ils ne seraient que la masse de manœuvre pour permettre à ces politiciens de prendre la place des dirigeants actuels et continuer de servir les nantis.

Les jeunes présents dans les rues exprimaient d’autres revendications : « Pendant sa campagne électorale, Jovenel Moïse avait promis qu’il allait mettre à manger dans nos assiettes et de l’argent dans nos poches, mais voyez, après bientôt deux ans qu’il est au pouvoir, mon assiette et mes poches sont toujours vides ». La hausse des salaires ne figurait pourtant pas dans les slogans les plus entendus.

Depuis deux jours, Port au Prince est vide suite à un appel à la grève lancé en fin de manifestation par quelques organisations. La population est inquiète, ainsi que les marchandes des rues qui ne sont pas sorties par crainte d’affrontements armés. Les taxis, les bus n’ont pas fonctionné, les écoles et les commerces sont fermés. Les entreprises de la zone industrielle n’ont pas fonctionné. Au Cap, la situation était identique et aux Cayes des affrontements se sont produits qui ont fait des blessés. Dans le mouvement Petro Caribe, la population s’est mobilisée pour exprimer sa colère et elle est finalement utilisée par les politiciens pour faire pression sur Jovenel. Les intérêts de ces milliers d’exploités ne sont pas ceux des politiciens qui courent après les postes.

Les travailleurs ont intérêt à faire entendre leur voix, faire passer leurs revendications et défendre leurs intérêts propres.


États-Unis: Trump lance ses chiens de garde contre les migrants

Le 13 octobre dernier, près de 5 000 personnes ont pris le départ du Honduras, un pays d’Amérique centrale, faisant route vers les États-Unis pour fuir la violence dans leur pays et demander l’asile politique à l’administration américaine.

Il y a quelques jours, après avoir parcouru plus de 4 000 km, la « caravane » est arrivée dans la ville de Tijuana, à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Ils ont tout de suite été arrêtés par les gardes frontières mexicains. De l’autre côté de la frontière, 9 000 militaires américains ont été déployés. Donald Trump, le président des États-Unis, avait déjà annoncé la couleur avant même l’arrivée des migrants. Environ 500 personnes, dont des femmes et des enfants, ont organisé une manifestation pacifique pour convaincre les autorités américaines de les laisser passer. Quand certains ont traversé une des barrières métalliques, les forces armées leur ont lancé des gaz lacrymogènes et quelques uns ont été arrêtés. Les autorités américaines ont même décidé de fermer temporairement l’un des principaux passages aux véhicules et aux piétons, provoquant la colère des automobilistes et des chauffeurs de camions de marchandises bloqués eux aussi.

«Nous sommes une machine, rien ne nous arrête !», a déclaré un migrant guatémaltèque. Cela résume bien la détermination des migrants. Trump menace de fermer définitivement la frontière mais ce n’est pas ce qui arrêtera le flot de migration dans cette zone. D’ailleurs, au moment où nous écrivons, des dizaines de milliers de personnes venues d’Amérique latine continuent d’arriver à la frontière à pied ou en bus.

Alors qu’ils pillent les richesses de tout le continent, les dirigeants américains veulent empêcher les migrants d’atteindre leur territoire. Mais ils ne font que pousser ces derniers à prendre plus de risques.

Ils accroissent aussi leur désespoir. Déjà beaucoup de migrants demandent à rentrer chez eux. L’État mexicain se charge avec joie de mettre des avions à leur disposition.

Cette crise migratoire comme toutes les autres – en Asie, celle d’Afrique vers l’Europe – est l’expression de la misère profonde à travers le monde. Ce sont les puissances impérialistes qui en sont responsables. Pour enrichir leurs grosses sociétés capitalistes elles plongent le monde entier dans la misère et le désespoir.


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