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CO de 2019-2018/CO n° 1210 du 8 décembre 2018/Troisième page

Troisième page

La Réunion : la colère explose

Dès le 17 novembre, la population de La Réunion s’est emparée du mouvement des gilets jaunes pour faire exploser sa colère. Les manifestants ont mis en place des dizaines de barrages, et paralysé toute l’île pendant deux semaines.

La ministre des Outremers, Annick Girardin, s’est rendue à La Réunion fin novembre pour tenter de calmer la colère des manifestants. Elle a été chahutée à plusieurs reprises. En repartant, le 1er décembre, la ministre a expliqué qu’il faudra du temps pour améliorer les choses.

Les manifestants dénoncent la politique de Macron, mais surtout le chômage et la vie chère qui règnent à La Réunion comme dans tous les départements et territoires d’Outremer. Pour l’instant, les mesures annoncées par Girardin sont dérisoires : adoption d’une « charte de la transparence et de l’efficacité des fonds publics », mise en place d’un « conseil consultatif citoyen »…

Ce sont des gadgets qui n’aideront pas les Réunionnais à boucler leurs fins de mois. Pour lutter contre le chômage, la ministre n’a proposé que la création de 500 contrats aidés pour les associations en 2019. Autant dire, rien ! Concernant les prix, elle a seulement exprimé des souhaits, en particulier la baisse de 10% du bouclier qualité prix, ou la création d’un « panier péi » pour favoriser la consommation des fruits et légumes locaux. Elle a proposé que 50 personnes tirées au sort participent aux travaux de l’Observatoire des prix.

La seule avancée concrète, c’est le gel de l’augmentation de la taxe sur les carburants prévue au 1er janvier 2019, qui avait déjà été annoncée par le président de la Région avant la visite ministérielle. La ministre Girardin a voulu jouer les pompiers, et éteindre le feu de la colère populaire. Depuis son passage, les autorités multiplient les « appels au calme » pour obtenir la levée des barrages. Mais rien ne dit que ces appels seront entendus par les manifestants.


Martinique : Conférence de presse de Combat Ouvrier

Le jeudi 29 novembre, notre organisation politique s’est adressée à la presse afin d’informer les travailleurs et l’opinion publique de notre solidarité avec les importantes mobilisations des gilets jaunes en France et à la Réunion.

Par la voix de Gabriel Jean-Marie qui était notre porte-parole, nous avons exprimé notre solidarité avec les travailleurs, les chômeurs, les retraités qui, depuis plusieurs semaines, descendent dans les rues par dizaines de milliers pour l’augmentation du pouvoir d’achat et pour ne pas être dépouillés au profit du patronat et des plus riches.

Nous avons affirmé qu’en Martinique aussi, les travailleurs et l’ensemble de la population pauvre auraient tout intérêt à s’engouffrer dans la brèche ouverte par les gilets jaunes en France et à la Réunion. Ils auraient intérêt à le faire en mettant en avant leurs propres revendications, c’est-à-dire une augmentation générale des salaires, des pensions et des minima sociaux, indexée sur le cout réel de la vie.

Notre camarade a invité les travailleurs « à en discuter sur leur lieu de travail », en expliquant que « les luttes à partir des entreprises peuvent être plus efficaces, car ce serait un moyen de tenir les possédants à la gorge ».


Martinique : Quelques réactions de la population au mouvement des gilets jaunes

Voici quelques réponses qu’on nous a faites dans les entreprises, dans la rue, sur les marchés. Dans certaines entreprises de la métallurgie nous avons lancé la discussion. Les salariés nous ont écoutés avec attention et nous ont donné raison : il faut s’organiser pour exiger l’augmentation automatique des salaires face à la hausse des prix.

Une petite-bourgeoise bien habillée nous a dit : « Je ne suis pas d’accord pour casser des magasins, mais monsieur Macron doit partir. Il est trop méprisant vis-à-vis de la population. Il n’est là que pour les riches ». Dans une boutique de confection, lors d’une diffusion du tract spécial de Combat Ouvrier sur les augmentations des salaires, des pensions et allocations, trois salariées ont échangé avec nous. Nous leur avons expliqué qu’il ne faut pas s’opposer qu’aux taxes, car même si les taxes diminuent, les salaires – eux – n’augmentent pas face à la hausse des prix. Elles nous ont dit qu’elles sont d’accord. On leur a dit qu’il faut s’organiser pour exiger de leur patron des augmentations de salaires et leur alignement automatique sur le coût réel de la vie.

Elles nous ont répondu : « OK notre patron est justement debout derrière le rayon là-bas, allez lui donner un tract », et elles se sont mises à rire quand leur patron a pris notre tract. Durant la diffusion de ce tract spécial de Combat Ouvrier le samedi 1er décembre dans les rues de Fort-de-France, une centaine de manifestants en gilets jaunes ont envahi le centre commercial de Perrinon. Ils chantaient « Matinik lévé, Macron démission ». Du coup, tous nos tracts ont été distribués rapidement parmi les spectateurs.


Il y a 70 ans, La grande grève des mineurs de 1948

Les grèves de 1947-1948 ont fait peur à la bourgeoisie française et à son État qui ont démontré à cette occasion la violence qu’ils étaient prêts à déployer contre le mouvement ouvrier. La grève des mineurs fut l’une des plus importantes de cette période Deux ans après la Libération, la situation des travailleurs est catastrophique.

Avec la complicité du PCF (Parti Communiste Français) le gouvernement et la bourgeoisie sont bien décidés à leur faire reconstruire le pays. Les salaires sont gelés alors que les prix flambent, les cadences sont accélérées, le nombre d’accidents du travail explose. Si le PCF a réussi à faire accepter ces sacrifices – « la grève c’est l’arme des trusts », disait-il à l’époque – la colère monte même parmi ses sympathisants.

En avril 1947, une grève éclate aux usines Renault contre la volonté du PCF gangréné par le stalinisme, qui n’a plus de communiste que le nom, et du syndicat CGT qu’il dirige. Elle est dirigée par Pierre Bois, trotskyste, l’un des premiers militants de notre organisation internationale l’UCI (l’Union Communiste Internationaliste). Cette grève démocratique est une véritable démonstration. Avec l’accélération de la Guerre froide au niveau international, et vu que le PCF ne semble plus lui garantir assez bien que les ouvriers se tiendront tranquilles, la bourgeoisie chasse les communistes du gouvernement. Des grèves éclatent ensuite tout au long de l’année notamment à Marseille et à Saint-Étienne où les travailleurs affrontent pour la première fois, parfois avec succès, les CRS – compagnies créées par De Gaulle en 1944.

En septembre 1948, le décret Lacoste attaque violemment les mineurs : il ordonne la baisse des salaires, le retour du paiement à la tâche, le flicage des mineurs « absentéistes » et le licenciement d’un personnel de surface sur dix. La CGT n’a pas d’autre choix que d’appeler à la grève et réussit même à entraîner avec elle le syndicat FO (issu d’une scission anti-communiste en son sein quelques mois auparavant). Le 4 octobre, la grève est totale dans tous les bassins miniers français : 300 000 mineurs cessent le travail et occupent les mines.

Mais De Gaulle et la bourgeoisie sont déterminés à leur infliger une défaite violente. Les troupes d’occupation en Allemagne sont rappelées, des régiments de parachutistes mobilisés et surtout un gigantesque déploiement de CRS encercle les mineurs. La Lorraine est placée sous état de siège et 45 000 hommes des forces de répression convergent vers le Nord. L’État impose aux mineurs grévistes une véritable bataille rangée. Les mineurs, et parmi eux les militants PCF et CGT, se battent courageusement. À plusieurs reprises, les travailleurs parviennent à faire reculer les CRS, à les désarmer, voire à faire des prisonniers. Mais la direction stalinienne du mouvement ouvrier pèse de tout son poids pour empêcher que la grève s’étende aux autres secteurs de la classe ouvrière.

Isolée, elle s’achève le 30 novembre 1948 sur une défaite même si, de son côté, le gouvernement ne parvient pas à briser la CGT, ni même sa Fédération nationale des travailleurs du sous-sol (FNSS). Six travailleurs ont été tués, 3 000 arrêtés, 1 500 condamnés à des peines de prison et des milliers licenciés. La rancœur de la bourgeoisie était telle que soixante ans plus tard, en 2008, sa « justice » a refusé d’indemniser ou de réhabiliter les mineurs condamnés pour avoir exercé leur droit de grève ! Pourtant une loi d’amnistie avait été votée, mais son décret d’application n’a jamais vu le jour. Un rappel pour tous les travailleurs : ils ne peuvent pas avoir confiance dans la « légalité » d’un État qui est celui de leurs ennemis. Malgré la défaite, cette grève marque une page glorieuse du mouvement ouvrier français. Elle ouvrira la voie à d’autres travailleurs qui, dans les périodes futures tiendront compte de ses échecs et de ses enseignements pour conquérir d’autres victoires par la lutte et la grève.


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