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CO de 2018/CO n° 1209 du 24 novembre 2018/Troisième page

Troisième page

États-Unis : Élections à mi-mandat : les deux partis uniques de la bourgeoisie

Le 6 novembre dernier ont eu lieu les élections américaines de mi-mandat. Le parti démocrate, parti opposé au parti républicain de Donald Trump, a remporté la majorité des sièges de la chambre des représentants.  

Ces élections à mi-mandat ou « midterms » en anglais, interviennent traditionnellement à la moitié du mandat du président américain. C’est l’occasion pour les parlementaires de renouveler la totalité des élus de la chambre des représentants c’est-à-dire des députés, le tiers des sénateurs et les deux tiers des gouverneurs. À chaque élection la lutte électorale se joue entre deux partis politiques : le parti républicain et le parti démocrate. Ces partis alternent au pouvoir et ont toujours en fait la même politique générale : défendre les intérêts des grands bourgeois, des capitalistes. Si les Démocrates ont obtenu 218 sièges sur les 435 à la chambre des représentants, les Républicains ont renforcé leur majorité au Sénat.

Pour Trump c’est un « succès ». Trump est soutenu d’une part par une fraction de la bourgeoisie très riche comme lui et d’autre part par des petits bourgeois de la campagne, comme les fermiers ou encore des Blancs chrétiens racistes. Trump et son parti ont bien entendu évité de parler des nombreux allègements fiscaux accordés l’année dernière aux grandes entreprises et aux riches. Ils ont évité d’aborder les prochaines attaques visant à réduire les aides sociales et les aides liées aux soins médicaux. Quant aux Démocrates, ils ont mené une campagne basée sur les revendications identitaires, ils ont tenu à montrer qu’ils avaient des femmes candidates, et des candidats issus des minorités comme les Noirs, les Latinos, les homosexuels, les musulmans.

Mais il n’est pas dans leurs habitudes de s’adresser aux travailleurs sur les problèmes auxquels ils sont confrontés, comme le salaire minimum très bas, il est de 7,50 dollars de l’heure. Ce sont 30 millions de travailleurs qui sont concernés, qu’ils soient noirs, blancs, immigrés, musulmans, femmes ou hommes. Ils n’ont pas fait non plus campagne pour réduire les dépenses militaires afin de financer davantage les aides sociales, l’éducation ou la santé. L’année dernière ils ont même voté, tout comme les Républicains, des augmentations pour financer l’armée : des centaines de milliards au profit des sociétés d’armement ! Quel que soit le candidat qui sera élu aux prochaines élections présidentielles, c’est la bourgeoisie qui aura le dernier mot y compris si elle souhaite se débarrasser de Trump. Peu importe quel parti sera au pouvoir. Ces politiciens au service de la bourgeoisie continueront à imposer plus de sacrifices à la classe ouvrière.   .    


États-Unis : Le Parti de la classe ouvrière aux élections dans le Michigan

Aux élections du Congrès américain, à celles du Sénat et au Bureau national de l’éducation, le Working class Party a présenté des candidats dans l’état du Michigan. Il a obtenu 278 954 voix soit en moyenne 3,68 % pour les neuf candidatures dans l’État du Michigan et 1,5 % pour les deux à l’échelle de tous les USA.

C’est la deuxième fois que cette organisation qui défend le programme trotskyste de la classe ouvrière peut y participer. Elle a d’abord réussi une importante campagne de signatures. Un grand nombre de signatures est en effet exigé pour avoir l’autorisation de se présenter aux élections. Face aux deux grands partis de la bourgeoisie, les Démocrates et les Républicains, telle est la démocratie aux USA.

Le programme du Working class Party est de donner aux travailleurs leur propre parti, un parti qui organise la lutte pour répondre aux problèmes que rencontre aujourd’hui le monde ouvrier : peu d’emplois décents et bien payés, peu d’écoles et de une véritable éducation pour leurs enfants, des services publics incapables de fournir de l’eau potable et des conditions de vie décentes à tous. Pendant la campagne les candidats du Working class Party ont insisté sur la nécessité de vaincre les divisions dans la classe ouvrière. Pour des luttes puissantes, il faut regrouper les forces : celles des Noirs et des Blancs, des immigrés et de ceux nés sur place, des femmes et des hommes, des jeunes et des moins jeunes.

Les candidats à ces élections de 2018 ont participé à des luttes dans les usines, et pour les plus anciens comme Sam Johnson, aussi contre la ségrégation raciale. Ce militant, Noir, retraité de l’usine Chrysler à Détroit, est connu pour ses luttes contre différentes grosses sociétés et dans la communauté. Il a obtenu le plus grand pourcentage de voix : 11,35 % avec 21 978 voix. Il a été le principal organisateur de la première campagne du parti en 2016.

Le programme du Working class Party est un programme de lutte de classe. Certains objectifs montrent les difficultés de la classe ouvrière dans cette grande puissance : « prendre en mains les richesses que volent les capitalistes aux travailleurs pour mettre fin aux licenciements des enseignants, réparer les routes, assainir l’eau, offrir un avenir à leurs enfants et créer des emplois. Les travailleurs sont au cœur de l’économie, ils peuvent tout contrôler. » Le message d’espoir, à l’heure où peu de travailleurs combattent, est qu’une lutte aura bien lieu.

Site de The Spark, bimensuel trotskyste : http://the-spark.net Site du Working class Party : https://workingclassfight.com  


Il y a 70 ans : les « 16 de Basse-Pointe »

Le 6 septembre 1948, à Basse-Pointe une commune du Nord de la Martinique, le cadavre de Guy de Fabrique, un blanc créole, était retrouvé dans un champ de la plantation sucrière Leyritz qu’il administrait. Seize ouvriers agricoles de la plantation, en grève à ce moment-là, ont été accusés de l’avoir assassiné de 36 coups de sabre. Leur procès qui se déroula à Bordeaux se transforma en procès contre l’oppression des possédants békés et du colonialisme français.  

À l’époque, il y avait 17 usines à sucre et 160 distilleries en Martinique, toutes propriétés des békés, descendants des anciens colons blancs esclavagistes. Environ 5 000 ouvriers, Noirs et Indiens, travaillaient dans ces usines et près de 40 000 dans les champs. Les ouvriers agricoles étaient des saisonniers payés à la tâche pour un salaire de misère.

En 1946, la colonie française de Martinique accéda au statut de département français mais cela n’avait pas amélioré les conditions de travail et de vie des classes laborieuses. En plus, au lendemain de la seconde guerre mondiale, la situation s’était aggravée par la hausse des prix due aux pénuries. À plusieurs reprises, les luttes des travailleurs finissaient en bain de sang car les patrons békés donnaient l’ordre aux forces de l’ordre de tirer sur les grévistes. En mars 1948, quelques mois avant les événements de Basse-Pointe, deux ouvriers en grève furent tués par des gendarmes dans la commune du Carbet.

Sur la plantation Leyritz, la grève démarra le matin du 6 septembre 1948. Des ouvriers, soutenus par leur syndicat et par le maire, Albert Crétinoir, militant du Parti communiste martiniquais (PCM), protestaient contre le refus du patron d’augmenter les salaires et contre le licenciement de plusieurs ouvriers. Les grévistes allaient de plantation en plantation pour convaincre d’autres d’arrêter le travail.

Guy de Fabrique, l’administrateur, débarqua sur la plantation armé et accompagné de trois gendarmes. Il aurait tiré un coup de feu qui déclencha une bagarre. Les gendarmes désarmés prirent la fuite et Guy de Fabrique fut poursuivi par des grévistes à travers les champs. Son cadavre fut retrouvé mutilé. Les autorités lancèrent une chasse à l’homme et quelques semaines plus tard seize ouvriers furent arrêtés. Le 9 août 1951, leur procès s’ouvrit à Bordeaux.

Un mois avant, le Parti communiste français, le syndicat CGT et le Secours populaire avaient lancé une campagne de mobilisation en solidarité des 16 accusés. Le soutien des ouvriers français prit la forme de meetings, de pétitions, de tracts, de débrayages. Le 25 juillet, les dockers du port du Havre arrêtèrent le travail et refusèrent de débarquer le « navire prison » dans lequel se trouvaient les 16 ouvriers. Les 11 avocats des « 16 de Basse-Pointe » mirent en cause le colonialisme français comme responsable du meurtre de Guy de Fabrique à cause de la misère, de l’oppression et des inégalités raciales qu’il engendrait aux Antilles.

Les 16 ouvriers furent acquittés le 13 août 1951. Le film à connaitre et à voir : Un bon film, « les 16 de Basse Pointe », de Camille Mauduech est sorti en avril 2009.


Antigua-et-Barbuda : Le Non l’emporte au referendum

Le gouvernement a proposé un referendum le 6 novembre dernier. Il fallait voter pour que la cour d’appel ultime jusqu’alors basée à Londres, le Comité judiciaire du Conseil privé, soit remplacée par la Cour caribéenne de Justice (CCJ). C’est l’instance de la communauté caribéenne CARICOM (Caribbean common market - marché commun caraïbe) basée à Trinidad. Sur 53 000 inscrits, seuls 17 743 soit un tiers ont voté et le Non à la Cour caribéenne de Justice l’a emporté avec 52 %.

Ce résultat a été diversement commenté par les politiciens. Harold Lovell, leader du principal parti d’opposition, Parti progressiste unifié (UPP) a vu dans le faible nombre de Oui - moins de 8 000 - une critique de la politique du gouvernement. Le Premier ministre Gaston Browne du Parti travailliste d’Antigua-et-Barbuda au pouvoir depuis 2014 y voit une « absence de maturité » de la population et annonce qu’il ne fera pas de nouveau référendum de sitôt pour des réformes constitutionnelles envisagées. Il a aussi accusé la campagne de l’opposition. Pourtant il y a eu une forte propagande, semble-t-il très coûteuse, en faveur de la Cour Caribéenne de Justice.

Ses partisans ont insisté sur le fait que très peu de justiciables ont eu jusqu’à présent les moyens d’aller en appel à Londres, que l’actuelle cour était accessible aux seuls riches et que c’était une très bonne chose de fonctionner avec les voisins de la Caraïbe, de renforcer les liens avec eux. La population avait son point de vue : « nous nous faisons écorcher régulièrement par les cours d’appel locales, sans référence au droit international, pourquoi faire confiance à une cour jeune puisque créée en 2001 ? »

Le même jour le même referendum a été organisé à Grenade où le Non l’a aussi emporté. Les pauvres n’ont pas été dupes de la soudaine et grande sollicitude que leur témoignaient les partisans de la CCJ. Ils ont probablement des raisons de se méfier de ces politiciens qui montrent plus souvent leur soutien aux possédants.  


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