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CO de 2019-2018/CO n° 1209 du 24 novembre 2018/Deuxième page

Deuxième page

Île de la Réunion : L’explosion de la colère !

Sur l’île de la Réunion, le mouvement des gilets jaunes a pris une ampleur exceptionnelle. Près de 37 barrages étaient encore dressés dans toute l’île, au matin du 20 novembre. Le 17, ils étaient plusieurs centaines. Le pays est paralysé. Tous les établissements scolaires et les crèches sont fermés.

Mais aussi ce mouvement a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. En effet, le mécontentement explose et sous plusieurs formes. En particulier, de nombreuses scènes de pillages, d’incendies volontaires ont été observées au Port, à Saint Denis, à Saint Paul. Des affrontements ont eu lieu entre groupes de jeunes et forces de l’ordre. Cette colère ne prouve qu’une chose : la misère et le chômage massif sont un mélange social particulièrement détonant dans cette île. La population et en particulier la jeunesse, sont à bout ! Au quatrième jour de la mobilisation, le préfet, Amaury de Saint Quentin, a dû ordonner la mise en place d’un couvre-feu dans la moitié des communes de l’île de 21 h à 6 h du matin.

Mais les menaces et la répression ne règleront rien. Comme partout, il faut augmenter les salaires, les pensions, les minima sociaux et créer immédiatement des dizaines de milliers de vrais emplois.


Île de la Réunion : Pour le pouvoir d’achat, une lutte d’ensemble pour imposer l’échelle mobile des salaires

Nous publions le communiqué de notre camarade Jean-Yves Payet, porte-parole de Lutte ouvrière La Réunion, le 19 novembre 2018.  

Le 17 novembre, des centaines de milliers de manifestants en France et à La Réunion, dont des travailleurs, des retraités et des chômeurs ont exprimé leur colère contre la dégradation de leurs conditions de vie. Ce ne sont pas seulement les taxes sur les carburants qu’ils dénonçaient mais le fait que tous les prix augmentent, le gaz, l’électricité, les loyers, la nourriture, et que les salaires, les retraites et les allocations sont eux, en revanche, bloqués. Quand les prix augmentent il faut imposer l’augmentation automatique des salaires, c’est l’échelle mobile des salaires. Lors des opérations de filtrage, qui ont en partie bloqué l’île samedi, nombreux étaient les automobilistes solidaires.

Loin de se faire les relais de ces revendications, les media, en droite ligne de la propagande gouvernementale, font leurs choux gras d’un tragique accident et de dérapages occasionnés par ces manifestations. Dans l’île, deux nuits de suite, des exactions de type petite crapulerie, ont été rapportées via radio Freedom. Leur localisation montre que la plupart se passent dans des quartiers déshérités ou des jeunes ou des moins jeunes, laissés sur le carreau de l’économie, peuvent avoir perdu les repères de la lutte sociale au profit d’une dérisoire revanche dans des feux de poubelle ou des jets de galets, quand ce n’est pas dans le vol d’un portable.

Tous ceux qui se dévouent à la cause de la défense des conditions d’existence des classes laborieuses peuvent être choqués, déçus, voire dissuadés de continuer leur lutte à la vue de ces dérapages. Ce serait tout à fait dommage et cela renforcerait nos véritables ennemis, les prédateurs XXL que sont les capitalistes et les gouvernants à leur service, fauteurs de chômage, de précarité et de misère.

Pour sortir de la société indigente, injuste, qu’ils nous concoctent, nous devons évidemment mettre en place plus que des barrages. Nous devons user de notre force collective et de l’arme de notre classe, celle des travailleurs, la grève générale. Seuls les travailleurs renouant avec leurs formes d’organisation collective et démocratique pourront imposer des formes de lutte visant à gagner ensemble et pas à seulement défouler des frustrations. Il n’y a pas d’autre issue pour faire reculer Macron et Philippe.  


Martinique : Habitation Assier : les travailleurs en colère !

Les ouvriers agricoles de l’habitation Assier, au Lorrain, sont en grève depuis le jeudi 15 novembre. Tout d’abord, ils ont arrêté le travail pour exiger qu’une réunion sur l’organisation du travail soit organisée par la direction, en présence de la déléguée syndicale. Mais cette réclamation a mis le directeur en colère et il a refusé de donner satisfaction aux ouvriers.

Face à un tel mépris, ces derniers ont décidé alors de se mettre en grève. Ils ont rédigé une plateforme d’une vingtaine de points et exigent une négociation en présence de l’inspecteur du travail. Ils dénoncent en particulier l’exploitation à outrance que leur fait subir ce patron en mettant quatre ouvriers pour traiter trois tonnes d’engrais et plus de quatre parcelles supplémentaires, alors qu’en général un ouvrier ne traite que 500 kilos d’engrais.

Encore un patron qui se croit toujours à l’époque de l’esclavage ! Aujourd’hui ceux de l’habitation Assier sont déterminés à se faire respecter.


Martinique-Guadeloupe : Gilets Jaunes, des réactions.

L’appel lancé par les « gilets jaunes » en France a été relayé par quelques dizaines de manifestants à Fort-de-France. Ils se sont retrouvés sur la place de la Savane puis ont défilé dans les rues de la ville, brandissant banderoles et pancartes contre la vie chère et les hausses des taxes. À l’occasion de cette mobilisation du 17 novembre, des militants et sympathisants se sont retrouvés la Maison des syndicats à l’appel des syndicats CGTM et CDMT. L’idée était que chacun puisse donner son point de vue face à la hausse des prix et la vie chère et que les travailleurs puissent exprimer leurs revendications propres face à ces augmentations. Au final, les participants étaient convaincus que la meilleure façon de combattre la hausse des prix et des taxes de toutes sortes créées par le gouvernement en faveur du patronat, est d’imposer des augmentations des salaires, des retraites et des allocations, qui soient indexées sur le coût de la vie.

Samedi 17 novembre en Guadeloupe, « le groupe de défense mobile » un groupe qui intervient aux côtés des victimes d’abus divers au sein de la population, dirigé par Hubert Quiaba ,a dressé un important barrage routier au rond-point de Montebello bloquant toute circulation en provenance de Basse-Terre vers Pointe-à-Pitre. Ce même jour la CGTG avait organisé une réunion d’information sur le sujet à son siège. Mais très peu de travailleurs avaient répondu.

Toujours samedi, un autre groupe d’une dizaine de personnes ont bloqué le rond-point de la Jaille pendant quelques minutes. Lundi 19, ce même petit groupe a organisé une opération escargot de Baie-Mahault à Pointe-à-Pitre, occasionnant un ralentissement monstre. Plusieurs voitures qui bloquaient ont été emmenées à la fourrière par les gendarmes et plusieurs gilets jaunes ont été verbalisés.

Là où nos camarades ont l’occasion d’intervenir, la revendication d’augmentation des salaires, pensions et minima sociaux en fonction du cout réel de la vie est bien reçue. Mardi matin, aucune manifestation de gilet jaune n’était signalée sur les deux îles.  


Martinique : La grève aux bus Mozaïk et TCSP

Les salariés de la CFTU (Compagnie Foyalaise de Transports Urbains), société qui détient la délégation de service public dans l’agglomération du Centre, ont réagi par la grève à la sanction pour faute grave infligée par la direction à une de leurs collègues. Celle-ci avait eu une altercation injurieuse avec un autre salarié de l’entreprise.

Les bus Mozaïk assurant le transport public des villes du Lamentin, Fort-de-France, Saint-Joseph et Schœlcher, et ceux du TCSP (Transport Collectif en Site Propre), entre Lamentin et Fort-de-France, sont à l’arrêt depuis le samedi 10 novembre.

Durant toute la semaine, médias et autres commentateurs ont surtout cherché à mettre l’accent sur les formes de lutte utilisées par les salariés dans ce conflit. En effet la direction a motivé sa sanction par l’application du règlement intérieur de l’entreprise. Mais selon les représentants du personnel de la CFTU et leurs syndicats SUD et CGTM, le dit-document n’a pas été validé. Les salariés ont donc décidé de se mettre « en droit de retrait ». Sont-ils en grève ? Utilisent –ils correctement leur droit de retrait ? Depuis, beaucoup de gens encouragés par la direction de la CFTU et les médias en discutent. Mais bien des travailleurs des autres entreprises, malgré les gênes ressenties, sont du côté de ceux des bus Mozaïk et TCSP qui se défendent. Car, la réalité est que comme toujours, ce conflit du travail est dur et en premier lieu, pour les salariés. Après neuf jours de blocage, la direction reste sur ses positions. Le PDG de la CFTU, Alain Alfred, proche du groupe EPMN (Ensemble pour une Martinique Nouvelle,- alliance électorale autour de Letchimy) a déclaré qu’il serait « désormais » intraitable dans le « dialogue social ». Il a eu le soutien à peine voilé d’Alfred Marie-Jeanne, président indépendantiste de Martinique Transport (satellite de la CTM, qui, trois jours après le début du mouvement, dénonçait dans un communiqué « le blocage… qui pénalise les usagers et les entreprises ».

Le dirigeant de la CFTU continue de jouer la montre et dit attendre un rapport de l’Inspection du travail justifiant ou non le droit de retrait utilisé par les salariés. Il compte aussi sur une éventuelle montée du mécontentement chez les milliers d’usagers ainsi pénalisés. Les salariés eux, réclament, à juste titre, plus de justice pour leur collègue et du respect face à des conditions de travail souvent dégradées. DH : Le lundi 19 novembre au matin, le rapport de l’Inspection du travail a été remis aux salariés. Il indique que l’employeur aurait mis en œuvre, au cours de la semaine, les mesures nécessaires permettant aux salariés de lever leur droit de retrait. Ces derniers disent prendre acte mais au moment où nous écrivons, ils restent vigilants.


Guadeloupe : Procès du chauffard anti-grévistes

Le chauffard qui a foncé sur des manifestants a fait appel de sa condamnation. Une trentaine de militants de la CGTG, principalement des ouvriers de la banane, étaient présents au tribunal de Basse-Terre le 13 novembre. L’agression a eu lieu en juillet 2016 à Jarry, lors de la grève du Crédit Agricole. L’automobiliste, qui s’était arrêté au loin, avait redémarré en visant le secrétaire général de la CGTG, Jean-Marie Nomertin. C’est le camarade Jean-Marc Berlima qui a été percuté par la voiture et qui a été blessé. En première instance, le 3 mai 2018, le chauffard a été condamné à un an de prison ferme (aménageable) et un an avec sursis. Il devait aussi verser 7 000 € à Berlima, 1 500 € à Nomertin, et 1 000 € à la CGTG. Il a fait appel. L’affaire était programmée le 13 novembre dernier, mais elle a été renvoyée au 12 février 2019.