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CO de 2018/CO n° 1206 du 13 octobre 2018/Première page

Première page

Éditorial: Mort du petit Meddy : Le mépris social doit changer de camp !

ZoomLe mardi 2 septembre, à Rivière-Pilote, en Martinique le petit enfant Meddy, deux ans et 10 mois, est décédé dans un car de transport scolaire. À l’arrivée à l’école, le matin, il n’était pas descendu du car. Il a été retrouvé plus de 7 heures plus tard, mort de déshydratation dans le car parqué en pleine chaleur. L’émotion a été et reste grande, dépassant les proches de la famille et les habitants de Rivière-Pilote, dépassant même la Martinique. Les discussions ont envisagé la possibilité d’une erreur humaine, tragique, du chauffeur.

Il est remarquable cependant que la majorité des commentaires n’en sont pas restés là. Beaucoup sont ceux qui ont associé à la douleur de la famille de la petite victime la détresse du conducteur. Beaucoup ont fait remarquer qu’une politique de sécurité consiste justement à écarter au maximum les conséquences d’une erreur humaine toujours possible. Des interviews publiées dans France-Antilles ont été dans ce sens : « Je pense dans un premier temps aux parents… Une pensée au chauffeur qui devait avoir l’habitude d’inspecter son bus…

Beaucoup de questions se posent à savoir est-ce qu’il ne faudrait pas une surveillance dans le bus, est-ce que l’absence de l’enfant a été signalée par l’établissement scolaire... » ; ou encore : « C’est un drame qui pourrait être évité, je pense. Le manque d’encadrement des élèves dans les bus, de leur entrée à leur sortie… Les contrats aidés peuvent servir à cela, mais quand on pense qu’il y en a de moins en moins... ». Le recteur Pascal Jan a étalé sa compassion et mis en place une cellule d’aide psychologique à l’école de Josseaud à Rivière-Pilote, celle du petit Meddy. Mais c’est ce même Pascal Jan qui relaie la nécessité des contraintes budgétaires aboutissant à la réduction des contrats aidés et contractuels, donc des moyens humains nécessaires à la sécurité.

C’est une politique de restrictions budgétaires globales, touchant l’éducation, les collectivités locales, etc. que poursuit le gouvernement. Alors, c’est avec colère que l’on peut constater que ce gouvernement a lui-même mis en ligne sur internet un « Guide pour la sécurité des transports scolaires ». Par exemple, sous le titre « enfants de moins de trois ans », on peut y lire : « Ainsi, même en l’absence d’interdiction réglementaire, le recours à un véhicule de transport en commun de personnes ne semble pas adapté au transport de très jeunes enfants dès lors qu’il ne permet pas de leur assurer une sécurité équivalente aux autres passagers. C’est pourquoi, il convient de privilégier le recours à un véhicule de neuf places et moins... »

Le car dans lequel Meddy a été trouvé mort transportait une soixantaine d’enfants ! Concernant l’accompagnement, ce guide indique aussi, en caractères gras : « Des solutions d’accompagnement adaptées aux différentes situations doivent être recherchées (très jeunes enfants – adolescents perturbateurs – enfant(s) présentant tel type de handicap). » Des dispositions de bon sens, mais généralement totalement inapplicables par manque de crédits. Et ce sont les enfants des pauvres et les pauvres eux mêmes qui payent le plus cher les économies sur les services publics. Meddy aurait été fils de famille aisée, il n’aurait pas été mis dans un car à l’âge de moins de trois ans. Il aurait eu un chauffeur, un taxi ou des parents pour le transporter. Cette société de classe broie des vies.

Quand ce ne sont pas les travailleurs qui meurent tous les jours (à l’échelle de toute la France) sur les chantiers, et les usines, victimes du manque de sécurité, pour privilégier les profits patronaux, ce sont leurs enfants qui sont victimes du même système dans d’autres circonstances.


Martinique : La voix de son maître

ZoomÀ l’occasion de l’exposition Madin’Expo, Madame Josiane Capron, présidente de l’AMPI (Association martiniquaise pour la promotion de l’industrie), a été interviewée sur les positions de son association dans l’émission « Saw ka di » (que dis-tu ?) de Martinique 1ère du vendredi 05 octobre 2018.

Elle a expliqué au journaliste qu’il s’agissait avant tout des « surcoûts d’origines diverses... sur lesquels nous devons... continuer à faire se pérenniser un certain nombre d’aides... ». Elle s’est félicitée d’avoir pu d’ailleurs profiter du passage de Macron pour l’interpeller, indiquant par exemple: « ...nous sommes obligés de subir la suppression du CICE (Crédit d’impôts compétitivité et emploi)... remplacé par des allègements de charges sociales… ciblées sur les bas salaires… dans la limite de 1,4 fois le SMIC. Et la présidente de l’AMPI de rajouter qu’elle souhaite « que l’on déplace ce curseur… », vers le haut naturellement, pour ainsi pouvoir mieux recruter des jeunes qualifiés et les valoriser. On connaît la chanson car, depuis des années, on n’arrête pas d’entendre le patronat local quémander aux gouvernements successifs des « mesures d’accompagnement ».

Ces mesures consistent principalement à ne plus payer de charges sociales. Au final, la facture se retrouve sur le dos des contribuables, et le patronat, en particulier les plus gros patrons, continuent de réaliser de juteux profits sur le dos des salariés.


Martinique : Letchimy voit la paille dans l'œil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien

Le 3 octobre, c’était la rentrée politique au François du PPM (Parti progressiste martiniquais) parti fondé par Aimé Césaire. Il retrouvait là ses militants et ceux de l’EPMN (Entente pour une Martinique nouvelle) au sein duquel sont regroupés une série de notables de gauche et de droite.

Treize comités de LREM (La République en marche) de Macron étaient également présents. Le but était bien évidemment de rassembler les troupes en vue des prochaines élections municipales de 2020. Mais Letchimy, président du PPM, avait aussi en ligne de mire le renouvellement en 2021 de la CTM (Collectivité territoriale de Martinique) actuellement dirigée par Alfred Marie-Jeanne du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) en alliance avec le capitaliste Yan Monplaisir, ouvertement de droite. Dans un discours musclé contre l’équipe actuelle de la CTM, Serge Letchimy a commencé par dénoncer le non-renouvellement par la CTM des contrats de 42 contractuels. Il a surtout mis l’accent sur la dérive autocratique du président de l’exécutif et l’inefficacité de la politique de ses proches et alliés, les qualifiant élégamment de « criminels politiques ».

En réalité, devant son parterre de militants et sympathisants, Letchimy a voulu se donner des airs de « leader maximo », sûr de lui et déterminé. Mais malgré ses coups de menton, il ne fait oublier à personne qu’il a été le fidèle allié de François Hollande, président qui a mené une politique contre les travailleurs et les pauvres, en faveur du patronat et des capitalistes. Aujourd’hui Letchimy, au même titre qu’Alfred Marie-Jeanne, est un auxiliaire d’Emmanuel Macron, alors que le gouvernement actuel continue à mener, de façon plus intense, la même politique que ses prédécesseurs contre le monde du travail. Jouant l’homme révolté contre l’équipe qui siège à la CTM, Serge Letchimy a parlé « d’une escroquerie intellectuelle et politique » et demande au peuple de « ne pas se laisser tromper par ceux – lire l’équipe Marie-Jeanne-Monplaisir – qui tenteraient de lui faire croire qu’ils sont aujourd’hui des victimes ». L’équipe des patriotes, avec Marie-Jeanne à sa tête, est une équipe dirigeante liée à la bourgeoisie locale et méprisante à l’égard des travailleurs et des pauvres. Les travailleurs en lutte à la CTM contre le sort qui leur est fait en sont la preuve la plus claire.

Mais Letchimy, lui, ne s’est vraiment pas « regardé dans une glace avant de parler » ! Pas plus que ceux actuellement en place à la CTM, lui et son équipe ne portent de critique contre le patronat local, avare et méprisant envers les exploités. Pour se retrouver aux affaires, le PPM cherche lui aussi à « tromper le peuple » et ses électeurs, en préparant une nouvelle équipe pour la CTM, avec des élus qui ne seront, eux aussi, rien d’autre qu’une troupe de marionnettes au service du gouvernement français et du patronat, local ou non.


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