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CO de 2018/CO n° 1205 du 29 septembre 2018/Quatrième page

Quatrième page

Outre-mer Prendre aux moins pauvres pour donner aux plus riches !

La réforme de l’abattement fiscal outre-mer est au menu de la loi de finances 2019 du gouvernement Macron–Philippe. L’argent qui sera récolté en prenant dans la poche des moins pauvres ne sera pas perdu pour tout le monde. Il sera utilisé pour alimenter à hauteur de 70 millions par an un… Fonds exceptionnel d’investissement (fonds pour soutenir les initiatives privées) et se retrouvera dans les poches des plus riches...  

Depuis 1960, un abattement sur le montant des revenus est calculé pour le paiement de l’impôt des résidents d’Outre-mer. Il est de 30 % en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, et de 40 % en Guyane et à Mayotte. Cette baisse d’impôt avait été accordée à l’époque pour compenser la vie chère par rapport à la France. Qui fera les frais de ladite réforme ? D’après le ministère des Outre-mer, il s'agirait d’un « ajustement limité du taux et du plafond de la réduction d'impôt » qui viserait « les contribuables les plus aisés ». Mais qui sont, pour ce gouvernement, les « contribuables les plus aisés » ? Est-ce les propriétaires des plus grosses fortunes locales qui accumulent des fortunes sur les dos des travailleurs ? Ou plutôt les quelques dizaines de milliers de travailleurs, salariés ou travailleurs indépendants, qui ont entre 2 et 3000 euros pour vivre, ou même seulement un peu plus que le SMIC, qui verraient leur pouvoir d’achat ainsi amputé ? On n’en sait rien, bien sûr !

Ce qui est sûr par contre c'est que, par le biais de cet « ajustement de l’abattement fiscal », le gouvernement prévoit de récupérer autour de 70 millions d’euros par an. Au nom du développement économique et de la lutte contre le chômage, cet argent servira au final à subventionner, une fois de plus, le patronat (dans le cadre de ce « Fonds exceptionnel d’investissement », utilisé sans réel contrôle).

Ce n’est ni une surprise ni un scoop ! Mais c’est une nouvelle illustration de la politique menée par les différents gouvernements successifs, celui de Macron aujourd’hui, de Hollande ou de Sarkozy, hier, au service des capitalistes. La mesure était d’ailleurs annoncée dans le Livre bleu Outre-mer, définissant la politique du gouvernement Macron sur le quinquennat. Elle faisait également partie, dans ses grandes lignes, des recommandations du rapport sur « l’égalité réelle », remis en mars 2016 à François Hollande par Victorin Lurel , ex-ministre « socialiste » des Outre-mer. Prendre dans les poches des moins pauvres pour donner aux plus riches et arroser le patronat, voilà une constante des gouvernants s’ils ne sont pas freinés par la lutte des travailleurs.


Dans les entreprises

Échos des hôpitaux Guadeloupe
CHU : qui est le nouveau DG ? C’est un homme qui n’a pas gravi les échelons pour rien. Nommé en 2015 directeur général de l’AP/HP par Martin Hirsch (ministre de la santé de l’époque), son premier dossier a été la réorganisation du temps de travail. Une mesure qui a mené des milliers d’agents dans la rue et dans la grève. Le nouveau DG ne sera rien de plus que la voix de son maître, la ministre de la santé. D’ailleurs à peine arrivé, il est déjà reparti rendre des comptes.    

Échos des hôpitaux Martinique  
Couacs en série pour le passage d’Isaac !
À cette occasion, le DG a sorti des notes de services plutôt farfelues ! Ainsi, pendant que le préfet déclenchait l’alerte rouge avec restrictions des déplacements, il demandait à l’ensemble du personnel travaillant le jeudi matin de venir dormir « à proximité de son établissement »... Il ne dit pas s’il paie l’hôtel et lequel !! Ou encore, de dormir… « sur son lieu de travail », où des salles de repos seraient soit disant « aménagées pour cela » !
 
Pawol an bouch pa chaj
Mais certains agents qui ont respecté la consigne ont trouvé les salles de repos fermées et les repas n’ont pas été prévus… Alors pour ces décideurs pawol an bouch pa chaj.  

Sous-effectif chronique en obstétrique !
L’effectif en sages-femmes est insuffisant depuis des mois. Faudra-t-il des incidents pour que la direction prenne des dispositions nécessaires pour améliorer les conditions de travail ? Et notamment embaucher !  

NBI : à quand son versement ?
Une partie du personnel administratif des labos, de l’imagerie médicale et des UM (urgences), qui doit toucher la NBI (nouvelle bonification indiciaire), attend toujours son rappel. Cela fait des mois que cela dure. Mais les agents ne vont sûrement pas attendre éternellement ! À bon entendeur… !

« Plan de transformation de la Santé »…
Le 18 septembre, Macron, entouré d’Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a présenté solennellement son « plan de transformation de la Santé ». Il a déclaré : « le système de santé ne pèche pas par son sous financement mais par son handicap d’organisation » ! Façon de dire d’emblée qu’il ne fallait pas compter sur son plan pour obtenir des nouveaux moyens pour les hôpitaux ! Pas étonnant venant de ce président des riches, arrogant !  

« Chantiers en lutte » Martinique  
Dans le BTP : des habitudes du patronat qui n’ont que trop duré
Le 26 juillet 2017 est la date de la dernière signature du protocole d’accord sur les salaires entre les organisations syndicales (patronales et salariées). Des miettes ont été accordées aux travailleurs. Depuis, les ouvriers du bâtiment et travaux publics n’ont pas vu l’ombre d’une augmentation de salaire. Depuis des années, les capitalistes du BTP font volontairement la sourde oreille pour ne rien accorder aux travailleurs. La meilleure façon pour leur souffler à l’oreille c’est que les ouvriers du BTP fassent entendre leur colère.
 
Métallurgie : Les affaires se portent bien.
Arcelor Mittal a réalisé pour le premier semestre 2018 un chiffre d’affaires de 39,18 milliards de dollars, soit un peu plus de 45 milliards d’euros. Les profits réalisés au 2ème semestre 2018 s’élèvent à 3,93 milliards de dollars, soit un peu plus de 4 milliards d’euros. Soit une hausse de 32,5 % par rapport au premier semestre 2017. De quoi arroser les actionnaires, sans rien donner aux travailleurs. Si nous voulons notre part il faudra la prendre par la lutte.  

Mais pour les salariés de Martinique et de Guadeloupe, c’est… niet.
Et c’est ce même président d’ArcelorMittal Construction Caraïbes qui à chaque NAO pleurniche devant les représentants des salariés que l’entreprise n’a pas d’argent, en refusant toute augmentation de salaire. Les salariés ont une preuve que la direction veut à chaque fois les mener en bateau.   .


Haïti : nouveau gouvernement, exploitation inchangée

Jean-Henri Céant a été investi premier ministre le 17 septembre après avoir rallié les députés et les sénateurs. Ce notaire de 61 ans remplace Lafontant dont la chute a été provoquée par les émeutes de la faim et manifestations contre l'augmentation des prix des produits pétroliers au mois de juillet.  

Il est connu pour sa candidature à l'élection présidentielle de 2016 où il avait obtenu 0,75% des suffrages. C’est un politicien de plus, rouage de l’administration au service de la bourgeoisie haïtienne. Son slogan « Tout Moun Ladan » veut faire croire aux pauvres et aux travailleurs que eux aussi ont le droit de vivre. Alors qu’en Haïti seuls les nantis et les possédants ont le droit de vivre, en exploitant les travailleurs. De même, dans sa feuille de route, le premier ministre fait miroiter « une solution durable à la question du salaire minimum », de belles paroles pour calmer les ouvriers et ouvrières qui réclament 1 000 gourdes (12 euros) par jour au lieu de 325 gourdes (4 euros).      

Ce politicien ne défend pas plus les intérêts des ouvriers que son prédécesseur. C’est sur leurs propres forces que les travailleurs peuvent compter.


Haïti : les travailleurs ne se laissent pas faire

Le jeudi 2 août, dans le parc industriel de Caracol dans le Nord Est du pays, une ouvrière, Rosie Joseph, est décédée sur son lieu de travail à la suite d’un malaise sur sa machine. Ses collègues de travail accusent les patrons de l’usine de n’avoir pas accordé de congé de maladie à Rosie Joseph qui l’avait pourtant demandé depuis plusieurs jours. Des ouvriers qui avaient réagi avec des barricades et des pneus enflammés dans la commune ont été réprimés par la police et les paroles du député de la zone n’ont apporté aucune amélioration à la situation de la famille de la victime. L’exploitation dans ce parc industriel reste identique.


Martinique Affaire CEREGMIA : trois professeurs radiés de l’université

Le 18 septembre, le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) a révoqué les trois professeurs « mafieux » du Ceregmia (Centre d’études et de recherches en économie, gestion, modélisation et informatique appliquée), un laboratoire de recherche basé au campus de Schœlcher.  

Fred Célimène, Kinvi Logossah et Éric Carpin ne pourront plus, de manière définitive, enseigner à l’université. Cette décision est une victoire de la mobilisation des étudiants en mars 2018 qui exigeaient que ces professeurs - soupçonnés d’avoir détourné 10 millions d’euros de fonds européens - soient exclus du campus.

Au bout de dix jours de blocage du campus de Schœlcher, le président de l’Université avait dû garantir aux étudiants que le trio ne reviendrait pas au campus avant la décision du CNESER. Dans cette affaire, le jugement au pénal est toujours en attente bien que le scandale des magouilles des dirigeants du Ceregmia ait éclaté en 2014. En 2016, Fred Célimène, Kinvi Logossah et Éric Carpin ont été mis en examen pour « détournements de fonds publics en bande organisée au détriment de l'Union européenne, délit de favoritisme,  faux et usage de faux ». Reste que les trois compères, pour se maintenir, ont témoigné et témoignent d’un acharnement prouvant qu’ils comptent bien sur la complicité, au moins passive, d’une partie des milieux dirigeants de l’Université. Celle-ci avait quand-même été alertée depuis… 1998. Cela en dit long sur l’état de déliquescence dans ces milieux.


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