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CO de 2019-2018/CO n° 1205 du 29 septembre 2018/Troisième page

Troisième page

Martinique: MIM, Camp des patriotes, Monplaisir, méprisants et ennemis des travailleurs !

Après plus de deux semaines de grève pour le renouvellement de leurs contrats, les 41 contractuels de la CTM, se sont présentés à l’assemblée le jeudi matin 21 septembre. Ils voulaient profiter de la séance plénière pour se faire entendre de leur employeur, le président de l’Exécutif, Alfred Marie-Jeanne, resté silencieux jusqu’alors.  

Ils ont trouvé la barrière d’entrée baissée, leur interdisant l’accès à l’établissement. Ce n’est qu’au milieu de l’après-midi qu’une délégation été reçue par le président de l’Assemblée, Claude Lise. Avant cela, des débats houleux avaient eu lieu entre élus favorables et élus opposés à l’audition de la délégation. Notamment le capitaliste Yan Monplaisir, vice-président de l’Assemblée, s’est donné en spectacle, gesticulant dans tous les sens, en clamant son opposition à laisser la délégation de travailleurs grévistes s’exprimer. Il affirmait carrément que cela retardait les travaux et que, lui, il avait autre chose à faire… Il ajouta : « si la délégation prend la parole je quitte la plénière ». Il a eu le soutien des élus du MIM et du camp patriotique, eux aussi opposés à l’intervention des grévistes. Après deux heures de débat et un vote de l’assemblée, une délégation de grévistes soutenue par la CGTM et l’UNSA territoriaux a pu prendre la parole pour réclamer que les grévistes soient reçus par leur patron Alfred Marie-Jeanne. Lequel Marie-Jeanne, suivi de Daniel Marie-Sainte et de Yan Monplaisir, tous trois leaders du « Gran sanblé pou ba peyi-a an chans », ont effectivement quitté la séance, refusant de rendre des comptes aux contractuels et affichant ainsi leur mépris vis-à-vis des travailleurs. Si des capitalistes de la banane ou du bâtiment étaient venus en séance quémander des aides financières sur le dos des contribuables, ces élus les auraient reçus avec gestes et sourires condescendants, courbés devant leurs maîtres !


Groupe Levillain (bâtiment) : huit licenciements

Les salariés de l’entreprise GLM Groupe (Groupe Levillain) qui se trouve dans la zone industrielle de la Semair au Robert ont eu une mauvaise surprise de la part de leur nouveau patron Eddy Boubouillon. Celui-ci a repris il n’y a pas si longtemps la gestion de l’entreprise.  

Après plusieurs ruses et chantages, cet exploiteur avait fait miroiter aux salariés qu’il ferait de son « mieux » pour faire fonctionner l’entreprise… sans avoir recours à des licenciements ! Mais il ne fallait pas être dupe ! Ce patron voulait avoir tout son temps pour préparer et organiser sa restructuration afin de mieux préserver ses profits. Et il n’est pas le premier ni dans le bâtiment ni dans la métallurgie à procéder de la sorte. En tout cas, pour lui, la stratégie a payé. Il a pu se débarrasser de huit salariés tout en leur promettant de les indemniser… Ce qui est vraiment le minimum.

Pour l’instant, les autres salariés, ceux qui sont encore dans l’entreprise, observent. Ils ne savent pas à quelle sauce on veut les manger à l’avenir. D’ores et déjà, leur charge de travail a augmenté. Voila un patron qui mérite bien un retour de bâton énergique.


Guadeloupe Alerte rouge : les profits avant tout !

Le cyclone Isaac se rapprochait de la Guadeloupe. Les niveaux d’alerte successifs, jaune, orange puis rouge ont été déclenchés. Rouge, cela signifie : évitez de circuler, restez chez vous ! Cela semble assez clair, mais pour certains patrons et pour le préfet, cela ne l’est pas.  

Pour le MEDEF, (Le plus grand syndicat patronal) les chefs d’entreprises devaient libérer les salariés après le déclenchement de l’alerte rouge. Dans ce cas, que signifie « éviter de circuler » ? Comment « rester chez soi » quand il faut « rentrer chez soi » ?? On se souvient pourtant de la panique lors du cyclone Marylin en 1995, l’alerte 2 ayant été déclenchée trop tardivement. La montée rapide des eaux due aux fortes pluies peut aussi causer des accidents mortels. En 2011 aux Abymes, cinq personnes sont mortes dans leur voiture emportée par le courant. Certains patrons, comme le planteur de banane Dambas, ont refusé de libérer les travailleurs. Là encore, il a bien mérité son surnom d’ « esclavagiste noir » ! 

Concernant le paiement du salaire pour le jour non travaillé, les patrons se défaussent. Selon l’inspection du travail, ils ont le droit de ne pas payer. Les travailleurs seront déclarés en chômage partiel ou en droit de retrait. Les administrations ont adapté à leur manière, imposant des récupérations ou de prendre la journée sur les congés.

Pour le préfet, interrogé sur les médias, bien que le niveau d’alerte rouge ait été lancé et qu’il soit impératif de respecter les consignes, la décision revenait aux entreprises. Mais qu’importent les contradictions si les patrons sont satisfaits ! Patrons, préfet, inspection du travail : tous solidaires pour ne pas entraver les profits patronaux! Mais la nature, elle, n’est pas aux ordres du patronat. Quand un cyclone est à l’approche, la plus élémentaire prudence est de rester chez soi.


Il y a 50 ans: Deux octobre 1968 : le massacre des étudiants à Mexico 

Le 2 octobre 1968 à Tlatelolco, un quartier de Mexico, dix jours avant l’ouverture des jeux olympiques de Mexico, le gouvernement faisait tirer sur des étudiants mobilisés.  

Depuis le 26 juillet 1968, des milliers d’étudiants protestaient contre la politique autoritaire du président Gustavo Diaz Ordaz du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), parti unique au pouvoir depuis 1929. Les étudiants dénonçaient aussi leurs conditions d’étude, le manque de liberté à l’université, le manque d’enseignants, le fort taux d’échec et le manque de perspectives professionnelles. À la tête du mouvement s’était créé le Conseil national de grève (CNH) regroupant les représentants de 250 000 étudiants grévistes et soutenu notamment par des intellectuels de gauche et le Parti communiste mexicain.

Le 2 octobre, après plusieurs semaines de grève et de manifestations, environ 8 000 manifestants étaient rassemblés sur la place des Trois-Cultures de Tlatelolco. À 18 heures, des soldats postés sur les immeubles entourant la place ont mitraillé la foule désarmée avant de faire des centaines d’arrestations. Suite au massacre, les autorités mexicaines ont choisi de parler « d’affrontement » entre les jeunes et l’armée et jusqu’à aujourd’hui le nombre de victimes est controversé. Un bilan officiel mentionne 44 tués mais d’autres enquêtes menées par des journalistes et des survivants parlent de plus de 300 victimes : celles tuées et blessées le jour du massacre et celles disparues après le 2 octobre. La mobilisation des étudiants de Mexico intervenait dans la foulée de mouvements de protestation qui se déroulaient dans le monde entier comme les manifestations étudiantes de mars-mai 68 en France et ailleurs ou encore la protestation contre la guerre du Vietnam aux États-Unis. Le gouvernement mexicain qui voyait approcher les jeux olympiques voulait en finir avec ce mouvement et a ordonné cette sanglante répression.

Selon certains médias, les dirigeants américains de l’époque, par le biais de la CIA (l'agence américaine de renseignements), ont encouragé le gouvernement mexicain à réprimer durement les manifestations pour arrêter la propagation de la « fièvre communiste » et éviter un « nouveau Cuba » à la frontière des États-Unis. C’était l’époque où la guerre froide faisait rage entre le bloc de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et le bloc occidental mené par les États-Unis. Chacun des deux camps voulait empêcher l’autre d’étendre sa zone d’influence. La révolution cubaine victorieuse quelques années plus tôt et ensuite le rapprochement de Cuba (situé à 700 kilomètres des États-Unis) avec l’URSS n’étaient vraiment pas de nature à satisfaire l’impérialisme nord américain. Chaque année, des milliers de personnes manifestent dans les rues de Mexico et convergent sur la place des Trois-cultures pour rendre hommage aux morts et disparus du mouvement étudiant de 1968.


Il y a 100 ans Après la déception, la colère de ceux du BWIR

Suite de notre chronique sur les Noirs dans la première guerre mondiale.  

La grande guerre va susciter des mouvements d’auto-détermina-tion et des grèves ouvrières. Le BWIR c’est le « British West Indian Regiment », Régiment des Indes occidentales britanniques. Marcus Garvey, leader nationaliste noir de Jamaïque et populaire parmi les Noirs des USA, comme Gandhi en Inde, avaient encouragé les colonisés de la Grande Bretagne à participer à l’effort de guerre pour obtenir en échange plus de considération de la « mère patrie » et de vrais pouvoirs dans leurs pays.

La guerre a aggravé une crise économique et financière dans cet empire. Les soldats noirs de la BWIR sont déçus des discriminations subies, souvent affectés à des tâches ingrates et écartés du combat. Leurs soldes sont faibles, payées en retard. En décembre 1918, sur le départ à Tarente en Italie, ils se révoltent face aux autorités militaires contre des conditions inhumaines. La révolte est écrasée, la Grande Bretagne craint leur colère et place des navires de guerre au large des îles. Des centaines de soldats du BWIR sont déportés à Cuba. À Tarente même, les mutins créent la Ligue caribéenne pour « la liberté de l’Homme noir » et « un gouvernement autonome des West Indies ». Les soldats du BWIR rassemblent ainsi ceux des îles autour de la Jamaïque. Dans la Caraïbe, face à la crise, les idées garveyistes, nationalistes, et les idées communistes, celles de la Révolution russe de 1917, se développent. Différentes organisations sont créées pour « la conscience noire » et l’autodétermination. Les ouvriers se donnent des organisations de classe. Ainsi en 1919 éclate la grève générale à Trinidad. Des dockers, des ouvriers du pétrole, de la canne, des employés de commerce ou de l’administration obtiennent quelques avancées malgré une forte répression. Mais surtout le mouvement se propage, des grèves, des émeutes éclatent dans les iles voisines et au Guyana dans les années 1920. La colère gronde contre la répartition injuste des richesses entre la Grande Bretagne et ses colonies. Ceux du BWIR participent activement à ces luttes. En 1932 une conférence à la Dominique propose la formation d'une Fédération des West Indies. La seconde guerre mondiale ralentit ces projets, c’est dans les années 1960 que les îles Caraïbes britanniques deviendront indépendantes.


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