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CO de 2018/CO n° 1204 du 15 septembre 2018/Quatrième page

Quatrième page

Martinique Loi Schiappa et campagne réactionnaire

Appelée sur les réseaux sociaux, une manifestation d’une vingtaine de personnes a eu lieu le 3 septembre devant la préfecture.

Ces manifestants dénonçaient une loi du 3 août 2018, dite loi Schiappa – du nom de la secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes.  Cette loi renforce les dispositions pénales contre les agressions sexuelles dont le viol. Elle est attaquée nationalement par certains milieux réactionnaires et rétrogrades, influencés par l’extrême-droite.

Ces milieux relèvent qu’elle prévoit la « sensibilisation des personnels enseignants aux violences sexistes et sexuelles et à la formation au respect du non-consentement ». Ils reprochent à Marlène Schiappa d’avoir déclaré, le 18 juillet sur RMC, qu’une loi existante, pour l’école primaire, « de-mande qu’il y ait trois séances d’éducation à la vie affective et sexuelle faites par an, par des associations qui ont des agréments ».

Mensongèrement, tout cela a été traduit en caricatures, on a parlé notamment d’enseignement de la masturbation à des enfants de 4 ans ! Autre prétexte pour cette campagne, Marlène Schiappa a renoncé à instituer une présomption de non-consentement de la victime en cas de relation sexuelle avec un enfant de moins de 15 ans. Mais naturellement le viol ou l’atteinte sexuelle reste passible de poursuites pénales. Les peines encourues sont d’ailleurs renforcées. Cette discussion sur le non-consentement a été traduite par l’affirmation, tout aussi mensongère, que la pédophilie serait « légalisée ».

Le recteur Pascal Jan, pour sa part, a donné l’image piteuse d’un recul, en disant que « pour protéger les enseignants », l’éducation à la vie affective et sexuelle n’aurait pas lieu dès la rentrée. Martinique 1ère TV a organisé le lendemain un débat d’une heure d’un tout autre ton, dans le cadre de l’émission « Résonnance ». Les professionnels conviés ont remis les choses au point, et la mère de famille qui relayait, sans doute naïvement, la campagne de désinformation, en est sortie visiblement ébranlée. Notons particulièrement les interventions de Gérard Laguerre, représentant l’Union des parents d’élèves de Martinique (UPEM). Celui-ci a fait valoir, par exemple, la nécessité d’une large information à partir du grand nombre d’IVG (interruption volontaire de grossesse) entre 15 et 17 ans (près de 3 fois plus, proportionnellement, en Martinique qu’en France) ; il a discrédité l’idée d’un monopole familial sur ces sujets évoquant les nombreux cas d’inceste et a étendu ses critiques à l’Éducation Nationale en évoquant des règlements intérieurs d’établissements absents ou muets sur ces sujets.

Ce débat ne fera pas oublier cependant que Schiappa et ses lois sont ceux d’un gouvernement qui gère une société faite d’inégalités profondes, de chômage et de pauvreté qui ne peuvent que renforcer un terrain propice aux déviances de toutes sortes dont les déviances sexuelles multiformes.

La racine du mal vient d’un type de société malade dont les Macron et Schiappa sont les soutiens en chef ! Et chefs d’une société en crise économique et sociale profonde, ce sont eux-mêmes qui font le lit de l’extrême droite et des pires idées réactionnaires qui ne poussent que sur la pourriture !


Porto Rico Le cyclone Maria a fait 2 975 morts et non 64

En décembre 2017, le nombre de morts dans l’île avait beaucoup augmenté par rapport aux années précédentes. Un décompte des morts supplémentaires a été effectué et il a été vérifié que les augmentations observées correspondaient bien aux effets de l’ouragan Maria. Bilan : entre le 20 septembre 2017 et fin février 2018, plus de 46 fois le nombre de morts annoncées ! Maria a surtout entrainé la mort d’habitants de quartiers pauvres, de zones éloignées de la capitale, et en particulier de personnes âgées. Alors que la nouvelle saison cyclonique est présente, l’électricité n’est toujours pas rétablie pour 250 familles de Porto Rico.

Plus de 1 000 sont restées six mois sans électricité. Sans électricité, des hôpitaux n’ont pu fonctionner correctement, des malades en sont morts. Mais surtout les inégalités sociales sont responsables de ces décès. Porto Rico est un État non incorporé mais associé aux USA où les habitants ont la nationalité américaine. Il est toujours resté en fait une sorte de colonie. Les salaires sont plus bas que ceux des États-Unis : des ouvriers à 7,25 dollars de l’heure ne pouvaient se payer un groupe électrogène. Tout comme à Saint-Martin, les pauvres ont du mal à réparer ou reconstruire leur logement.

À Porto Rico, la population souffre d’une crise financière et le gouvernement des États-Unis refuse de l’éponger. Cela entraine le mauvais état des infrastructures et la lenteur des réparations. Le gouverneur Rossello reconnait que l’île n’était pas prête à subir un tel ouragan. Trump, président des USA, celui-là même qui voltigeait des rouleaux de papier essuie-tout aux sinistrés de Porto Rico lors d’une visite éclair, a encore choqué en expliquant la forte quantité de morts par le fait que Porto Rico… est une île. Encore une de ces inepties dont il est coutumier ! Il a fallu des manifestations pour accélérer la réparation du réseau électrique, il en faudra d’autres pour assurer une vie digne aux populations sinistrées.


Venezuela : il faut exproprier la bourgeoisie !

Le pays s’enfonce dans une crise sans précédent. Une personne sur quatorze a déjà été contrainte de fuir vers les pays voisins.

Le pétrole représente 95 % des revenus du Venezuela. À l’époque où le prix du pétrole était très haut, le régime du président Chavez s’était servi de cette manne pour améliorer assez notablement le sort des pauvres, provoquant la colère de la bourgeoisie vénézuélienne revancharde, ultra-réactionnaire et raciste (elle est majoritairement blanche, alors que la plupart des pauvres sont des métis amérindiens). Les partis de droite de la bourgeoisie avaient tenté plusieurs coups d’État avec l’aide des États-Unis et avaient échoué. À chaque fois, la population pauvre et les soldats du rang s’étaient mobilisés pour soutenir « leur » président.

Mais le soi-disant « socialisme du 21e siècle » ne reposait que sur les exportations de pétrole et avait laissé intactes les immenses fortunes des grandes familles bourgeoises vénézuéliennes. L’effondrement des prix du pétrole a provoqué un effondrement du niveau de vie et une raréfaction des produits de première nécessité importés. Du coup, les prix flambent – l’inflation pourrait atteindre le chiffre extravagant de 1 000 000 % d’ici la fin de l’année – et la population est littéralement étranglée. Plus de 2,3 millions de Vénézuéliens ont fuit le pays principalement vers la Colombie ou le Costa Rica. Là, ils subissent les attaques xénophobes organisées par des partis de droite ou d’extrême droite. Au Brésil, un camp de réfugiés vénézuéliens a été incendié le 18 août dernier. Mais cette catastrophe ne tombe pas du ciel. Elle est due au fait que le pouvoir économique de la bourgeoisie vénézuélienne a été laissé intact. Cela lui a permis de financer des campagnes anti-Maduro (le successeur de Chavez) qui ont rallié une grande partie des classes moyennes et une fraction des couches populaires contre le régime. Le pays a été poussé au bord de la guerre civile l’an dernier.

De même, l’inflation n’est pas un phénomène naturel : ce sont les riches négociants vénézuéliens qui augmentent les prix quand ils n’organisent pas directement la pénurie. Une fraction de l’opposition a été tentée de déclencher une insurrection armée comme en témoignent les attaques de casernes pour voler des armes, de même que les révélations du New York Times ce mois-ci selon lesquelles Donald Trump aurait pris mot avec certains militaires rebelles pour organiser un coup d’État. Jusqu’à présent, la bourgeoisie a reculé devant cette option, car Maduro possède encore une base sociale chez les plus pauvres qui savent ce que le retour au pouvoir de la droite signifierait pour eux. Pour le moment, l’étranglement économique de cette base sociale apparaît à la bourgeoisie comme un moyen moins risqué d’en finir avec le régime « chaviste ».

La terrible leçon du Venezuela est vitale pour les pauvres et les travailleurs du monde entier : ils ne peuvent pas durablement améliorer leur sort sans exproprier les riches. Et ils ne peuvent pas compter sur les Chavez et autre Maduro pour le faire.


Des immigrants haïtiens expulsés du Chili et de Saint Domingue

Durant la première semaine du mois de septembre, les soldats dominicains ont expulsé vers Haïti plus de 400 Haïtiens dans des conditions innommables. La bourgeoisie dominicaine après les avoir exploités, pourchasse ces pauvres et les renvoie de l’autre côté de la frontière. Le gouvernement applique des mesures strictes pour limiter le flux de ceux qui cherchent à fuir la misère dont les émeutes de la faim du mois de juillet ont été un témoignage.

Au Chili, la bourgeoisie ayant eu besoin de main-d’œuvre, le gouvernement avait ouvert la frontière largement durant ces dernières années. Ayant atteint ses objectifs, elle charge le nouveau président Sébastian Pinera de refermer les frontières. Le visa d’entrée a été rétabli pour les Haïtiens, les compagnies aériennes assurant les vols depuis Haïti ont été taxées. Le gouvernement a fait durcir toutes les lois contre l’intégration de ces migrants à la vie normale. À cela s’ajoute un environnement morbide, délétère et hostile entretenu par des groupes d’extrême droite contre les migrants, particulièrement les Haïtiens.

En plus des actes racistes, xénophobes subis à longueur de journée, ils affrontent les pires difficultés pour régulariser leurs papiers et obtenir un travail pour vivre : le rêve des immigrants haïtiens tourne au cauchemar.

Sur cette planète dominée par l’économie capitaliste, ici et ailleurs, il n’y a pas d’Eldorado pour les travailleurs et les classes pauvres. Au mieux, dans les périodes de prospérité capitaliste, les pauvres se font exploiter pour obtenir juste de quoi renouveler leur force de travail. Dans le cas contraire, ils sont considérés comme des parias.


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