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CO de 2018/CO n° 1204 du 15 septembre 2018/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe Basse-Terre : Le scandale répété de l’eau souillée !

Des analyses réalisées par l’Agence régionale de santé (ARS) le 28 août dernier ont révélé que l’eau dans certains quartiers de Basse-Terre est souillée par une contamination microbiologique et qu’il y a une absence de chlore sur le réseau de Beauvallon. L’eau est interdite à la consommation dans plusieurs sections. La Guadeloupe n’en est pas à son premier cas de contamination avérée sur le réseau d’eau potable. Il y a quelques semaines, c’est à Gourbeyre, la commune voisine, que des matières fécales avaient été retrouvées dans l’eau. Même constat sur le réseau du Centre hospitalier de Basse-Terre.

Non seulement il y a des défauts dans les canalisations qui font que l’écoulement des eaux usées et l’adduction d’eau potable se rejoignent mais en plus, le système de chloration de l’eau - censé la purifier - est défaillant. Le pire c’est que les résultats des analyses ont mis une semaine avant d’être rendus publics ! Pendant ce temps, la population a consommé une eau contaminée. Lucette Michaux-Chevry, présidente de la Communauté d’agglomération du Sud Basse-Terre (CASBT) a encore insinué que ce serait à la population de payer pour régler les problèmes de l’eau en proposant un « grand emprunt ». Avant de pointer du doigt la population, Chevry ferait mieux de s’expliquer sur les finances opaques de la CASBT dont elle est la présidente. La Générale des Eaux, filiale de Véolia, en charge du réseau pendant des années a empoché des millions avec la complicité de l’État et de certains élus locaux. Dans le même temps, ces derniers, dont Lucette Michaux Chevry, ont laissé pourrir le réseau. C’est aux grosses sociétés comme Veolia (ex Générale des Eaux), SAUR, de payer pour le désastre qu’elles ont provoqué par leur rapacité.

Des comités d’usagers mécontents se sont constitués ici et là. Mais l’infinie patience de l’ensemble de la population aura une limite un jour. Lorsqu’elle fera exploser sa colère par milliers dans les rues on verra alors comment État, élus, grosses sociétés règleront rapidement le problème de l’eau ! Une telle explosion de colère n’a que trop tardé ! Souhaitons qu’elle survienne au plus vite !


Sargasses : le problème persiste

Les algues brunes s’accumulent sur les rivages des îles des Antilles depuis des mois. Début septembre de nouveaux échouages ont eu lieu. Les communes les plus touchées restent les mêmes : Capesterre de Marie-Galante, Désirade, Capesterre-Belle-Eau, Petit-Bourg et le sud de la Grande-Terre. Au collège et au lycée de Petit-Bourg, au cours de la semaine de rentrée, les élèves et les personnels ont été à nouveau incommodés par les odeurs nauséabondes provoquées par la décomposition des sargasses. Les habitants des zones concernées continuent d’être victimes de diverses nuisances, et bon nombre d’entre eux ont dû remplacer leurs appareils électro-ménagers qui sont tombés en panne à cause des gaz toxiques. Les promesses de Nicolas Hulot au mois de juin, lorsqu’il était encore ministre de l’environnement, ne semblent pas avoir été suivies de beaucoup d’effets. Les riverains qui se sont organisés en collectifs anti-sargasses ont tout intérêt à continuer à protester !


Saint-Martin Un an après Irma, un bilan désastreux

Dans la nuit du 5 au 6 septembre 2017, l’île de Saint-Martin a été ravagée par le cyclone Irma. La quasi-totalité des bâtiments ont été détruits. Un an après, la situation est toujours critique. De nombreuses personnes sont toujours en attente de remboursement des assureurs. Seulement 67 % du total des indemnisations pour Saint-Martin et l’île voisine Saint-Barthélemy ont été versées.

Beaucoup n’ont pas de logement ou n’ont toujours pas de toit. Des maisons sont encore recouvertes de bâches, surtout dans les quartiers pauvres. Une bonne partie des maisons n’ont toujours pas été reconstruites, des habitants vivent sous des tentes. Ceux qui voudraient acheter des matériaux ne le peuvent pas à cause de la flambée des prix et de la pénurie.

Le taux de chômage est toujours aussi important (30 %). De nombreux travailleurs se sont retrouvés sans emploi ou ont été licenciés comme dans l’hôtellerie. À la rentrée scolaire, des salles préfabriquées étaient prévues pour remplacer les salles des écoles détruites. Mais ces salles n’ont toujours pas été livrées. Sous prétexte de retard des livraisons, des modulaires de la gendarmerie, qui devaient servir de bureaux et de WC, ont été transformés en salles de classe. Les enseignants de la cité scolaire ont été écœurés par les mauvaises odeurs d’urine qui s’y dégageaient. Face au mépris des autorités, des enseignants et des parents d’élèves ont déjà commencé à se mobiliser dès la rentrée. Ils comptent poursuivre leur action. Ils ont prévu de manifester devant l’hôtel de la Collectivité.

Pourtant le président Macron s’était rendu dans l’île après le passage du cyclone pour rassurer les sinistrés en leur disant : « nous allons faire le maximum pour que cette reconstruction se fasse vite et dans les meilleures conditions... Je bousculerai les procédures ». Depuis quelques jours, on réalise, à la hâte, quelques travaux en prévision de la visite prochaine de Macron. Beaucoup ne sont déjà que des leurres.

Ces promesses n’ont été que de belles paroles. L’État arrose les capitalistes de nombreux cadeaux fiscaux et de subventions, mais quand il s’agit de mettre les moyens nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population, l’argent tarde à venir.


Il y a 100 ans Novembre 1918 : les soldats du BWIR sont démobilisés

Chronique sur les soldats noirs dans la Grande Guerre. Sur les 15 600 soldats du BWIR (British West Indian Regiment), Caribéens des îles britanniques arrivés en Europe auxquels se sont joints 5000 volontaires, 1500 ont perdu la vie, dont 1 070 par la maladie.

Les tâches ingrates et pénibles auxquelles ils sont astreints (les autorités britanniques voulant écarter les Noirs de la guerre), ont jeté ces Caribéens insuffisamment habillés dans le froid. Beaucoup ont eu les pieds gelés ou sont morts de pneumonie. Pour ceux qui ont participé à la vraie guerre, plus de 2 500 ont été blessés au combat, comme à la bataille de la Somme de juillet à novembre 2016.

Même s’ils subissent les paroles racistes des soldats allemands ou alliés blancs, dans le combat tous se retrouvent solidaires face au danger. Mais la ségrégation raciale persiste. En 1918, considérés comme des « indigènes » ils n’ont pas l’augmentation de la solde accordée à tous les soldats britanniques, sauf après des protestations. La tuberculose tue. Cinq cents du BWIR sont envoyés dans les colonies allemandes d’Afrique de l’Est pour se battre. Mais c’est la saison des pluies et mal nourris ils attrapent plus facilement des maladies, tel le paludisme. À la fin de la guerre, ils sont 130 du BWIR à recevoir des médailles, croix de guerre et autres distinctions, dont Norman Manley, futur Premier ministre et « héros national » de la Jamaïque. Une fois libérés, de nombreux Caribéens restent vivre en Angleterre.

Mais les soldats démobilisés sont nombreux sur le marché du travail. Les Noirs sont les derniers embauchés. On voit même un « camp de migrants » à Winchester où sont parqués les Caribéens destinés à être renvoyés au pays. En effet, en 1919 et 1920, suite à une série d'agressions sur les Noirs et des bagarres à Londres et dans les villes portuaires comme Cardiff et Liverpool, le gouvernement britannique décide de rapatrier les Antillais et les parque avant leur départ. Pour bien des soldats, c’est la fin des illusions sur « la mère patrie », la fin de la fidélité à l’empire britannique qu’ils sont venus sauver.


Martinique Le Monopoly de la grande distribution

L’hypermarché Géant, au Robert, après cinq jours de fermeture, a rouvert ses portes le 5 septembre 2018, sous l’enseigne Euromarché.

Mais il vendra des produits de l’enseigne Carrefour. Pourquoi ? Parce que l’arbitre de ce Monopoly à grande échelle que sont les achats-ventes de grandes surfaces, l’Autorité de la Concurrence, en a décidé ainsi le 23 août dernier. Gageons que cette partie de cache-cache n’empêchera pas le repreneur, le Groupe Bernard Hayot (GBH), de réaliser ce qu’il veut : un retour sur investissement confortable, de gros profits. Bernard Hayot, descendant d’esclavagistes, est le plus riche béké des Antilles.

Pas plus que ne le gêneront les déclarations du sénateur de Guadeloupe, Victorin Lurel. Ce dernier, ami du patronat tout comme son parti (le parti socialiste) et son mentor, Hollande, déclare en effet dans un communiqué s’opposer à une situation de monopole renforcée portant atteinte à l’équilibre des marchés. Histoire d’enfumer l’opinion publique sur une prétendue lutte contre les abus.

GBH, comme tous les groupes capitalistes, spécule. Ceux qui travaillent ce sont les salariés du groupe, auxquels viennent d’être adjoints ceux de l’Hyper du Robert, dont le travail profitait jusqu’à présent au Groupe Ho Hio Hen, vendeur dans cette opération. Ce sont les salariés eux-mêmes qui devront veiller à leurs propres intérêts et à minima à ce que Bernard Hayot ne piétine pas ses affirmations sur le maintien des emplois.


Le rififi continue au MIM...

Le vendredi 7 septembre dernier, l’assemblée générale d’élection d’un nouveau conseil d’administration du MIM (mouvement indépendantiste martiniquais) a capoté. Elle était organisée par l’administrateur judiciaire, Alain Miroite.

La décision de la convoquer faisait suite à un recours déposé par d’anciens dirigeants du MIM. Il portait sur le non-renouvellement des instances et des dysfonctionnements du parti politique de Marie-Jeanne. Malgré plusieurs coups de menton, les frondeurs du « groupe de réflexion des patriotes », dits « les fractionnistes », n’ont guère ébranlé Marie-Jeanne.

Pour l’instant, le leader du MIM et président du conseil exécutif de la CTM (collectivité territoriale de Martinique) n’a pas de difficulté à conforter sa légitimité et… ses méthodes autoritaires, d’autant que les critiques de ses contestataires n’ont porté ni sur sa gestion de la collectivité, ni sur sa politique. D’ailleurs, face à ses déboires, Yan Monplaisir, chef de file de la droite, n’a pas manqué de lui réaffirmer son soutien. Le leader du MIM s’est fait plébisciter par militants et sympathisants le 31 août dernier lors d’une assemblée générale dite élective. Fort de cette démonstration, en se rendant à l’Assemblée générale (AG) convoquée par l’administrateur judiciaire le 7 septembre dernier, Marie-Jeanne pouvait se dire serein et a aussi laissé entendre qu’il y aurait « une surprise » ! C’est dans ce contexte que le 7 septembre dernier, membres du « groupe de réflexion des patriotes » et « Marie-Jeannistes » n’ont pu s’entendre, notamment sur des questions de listes électorales avec l’administrateur judiciaire ! Face à la tension qui régnait entre les protagonistes, le propriétaire de la salle aurait même décidé, selon ses dires, de la cadenasser. Et l’AG a été purement et simplement annulée par l’administrateur judiciaire.

Quelques jours plus tôt, le député MIM du Sud, Jean-Philippe Nilor, auquel son ancien mentor Marie-Jeanne battait froid depuis plusieurs mois, avait annoncé qu’il quittait le MIM. Il déclarait aussi qu’il créerait un nouveau mouvement patriotique mais plus « moderne… ». Allons donc ! Les frères ennemis n’ont peut-être pas fini d’en découdre ! Le spectacle donné par ces notables soi-disant soucieux du « peuple martiniquais » et de la « dignité martiniquaise » montre qu’ils sont surtout soucieux de leur carrière politique personnelle.

Les dissensions internes au MIM ne sont après tout que l’expression de dissensions courantes entre « chefs » de clans au sein d’un même parti. C’est ce qu’on retrouve dans tout le marigot politicien, de l’extrême droite à la gauche : coups bas, peaux de banane, cancans, et combat d’égos de petits coqs.  


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