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CO de 2018/CO n° 1204 du 15 septembre 2018/Première page

Première page

Éditorial: Les attaques du patronat et du gouvernement plus dangereuses que les cyclones !

Édouard Philippe, le Premier ministre, a affirmé qu’il allait « maintenir le cap ». Il faut comprendre : poursuivre la politique d’attaques contre les travailleurs et les classes populaires.  

Avec le prélèvement de l’impôt à la source, Macron compte récupérer l’impôt plus facilement et encaisser immédiatement l’argent de tous ceux qui payaient par tiers. Cela lui permettra aussi de supprimer 20 000 emplois dans l’administration fiscale, s’ajoutant aux 35 000 postes supprimés depuis quinze ans. Macron a hésité parce que, comme le dit le journal patronal Les Échos du 31 août : «  Ce que de nombreux employeurs redoutent, c’est l’effet psychologique pour les salariés de voir leur rémunération amputée chaque mois du montant de leur impôt ». Il n’est même pas certain que les patrons reverseront correctement aux impôts l’argent prélevé ! 

On sait que certains prélèvent les cotisations sociales sans les reverser à la Sécu… Les patrons demandent déjà à être « indemnisés » car, disent-ils, ils se transformeront en collecteurs d’impôts. Et il n’est pas impossible que l’État soit encore une fois sensible à leurs pleurnicheries. Quant à l’assurance chômage, le gouvernement s’apprête à exaucer les souhaits du Medef (le principal syndicat du grand patronat) qui réclame la baisse des allocations et la réduction de la durée d’indemnisation. Les gros patrons, qui souhaitent continuer à licencier à moindre coût, ont même proposé que ces indemnités soient entièrement à la charge de l’État. Le gouvernement a aussi annoncé sa volonté de s’attaquer aux retraites. Le Premier ministre suggère un nouvel allongement de la durée de cotisation ainsi que l’augmentation de l’âge de départ à la retraite.

Il a programmé des milliers de suppressions de postes de fonctionnaires pour 2019. Objectif : 120 000 d’ici la fin du quinquennat. Il veut imposer la suppression de 1600 postes au ministère des Sports tout en réclamant aux sportifs un maximum de médailles aux compétitions. C’est l’austérité pour les salariés et les retraités, mais pour les grosses entreprises françaises l’argent coule à flot. En 2017, en partie grâce aux subventions de l’État et en supprimant des emplois par milliers, elles ont pu verser 44 milliards d’euros à leurs actionnaires. C’est un record en Europe, et 24 % de plus qu’en 2016 ! Peu de salaires, sinon ceux des grands PDG, ont connu une telle augmentation ! Les cadeaux aux riches vont continuer. Récemment, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a présenté la loi Pacte (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) pour « donner aux entreprises les moyens de croître et de prospérer ». Cette loi se prétend bénéfique pour les petits patrons, mais elle concernera les entreprises qui ont jusqu’à 250 salariés. Il s’agit donc surtout de cadeaux fiscaux qui bénéficieront aux capitalistes. Par exemple, avec la loi Pacte, le seuil à partir duquel une entreprise doit payer la plupart des cotisations sociales et fiscales doit passer de 20 à 50 salariés. On voit bien qu’il ne s’agit pas d’aider les plus petits artisans et commerçants. 

En France, des organisations syndicales de salariés, la CGT, FO, ainsi que l’UNEF étudiante et l’UNL lycéenne ont fixé au mardi 9 octobre une journée interprofessionnelle de mobilisation et de grève. Il serait bon que les organisations syndicales, les étudiants et lycéens organisent le même jour aux Antilles une riposte collective. Face aux attaques du patronat et du gouvernement, il faut rendre les coups !  


Martinique : La force de la réaction populaire

ZoomDepuis le jeudi 16 août, la famille Durand et ses sept enfants, une famille dominiquaise, est menacée d’expulsion de Martinique. Cette information a choqué une bonne partie de la population.

Après le passage de l’ouragan Maria sur son île, la famille a trouvé refuge chez la grand-mère, au Prêcheur. Le père de famille n’est autre que le fils de cette Préchotine. Depuis, ils sont dans l’attente de pouvoir reconstruire leur maison à la Dominique, complètement détruite par l’ouragan. Les enfants ont pu être normalement scolarisés. Mais, n’ayant pas pu obtenir de titre de séjour, la famille a reçu de la préfecture l’ordre de quitter la Martinique pour la Dominique dès le jeudi 16 août 2018.

Le jour dit, la famille Durand n’a pas pu quitter la Martinique. Le capitaine du bateau faisant la liaison entre Martinique et la Dominique a refusé de les accepter comme passagers à cause, a-t-il dit, d’un nombre trop important de bagages à embarquer. Le maire du Prêcheur, Marcellin Nadeau, a de son côté engagé des démarches pour éviter l’expulsion, tandis que le préfet faisait le sourd.

Par contre, une partie de la population du Prêcheur a réagi par un soutien fort à la famille. Le lendemain, le vendredi 17 août, jour fixé pour un nouveau départ, d'autres membres de la famille et des amis de la commune se sont mobilisés très tôt le matin, au quartier La Folie au Prêcheur. Ils ont barré à l’aide d’un tracteur la route principale qui mène au Prêcheur. Syndicat enseignant, association des parents d’élèves, UFM (Union des Femmes de Martinique), et d’autres associations, se sont aussi mobilisés pour s’opposer à cette expulsion. Suite à cette mobilisation, la préfecture a dû faire machine arrière, tout en déclarant dans un communiqué qu’elle a pour devoir d’appliquer « le droit ». La famille n’a pas été expulsée. Dans le même temps, l'avocat de la famille, Camille Célénice, membre de l'association Assoka (Association de défense des droits des étrangers caribéens) en présence notamment du maire du Prêcheur Marcellin Nadeau, a déposé le vendredi matin 17 août à la préfecture « une demande de carte de séjour vie privée et familiale pour la famille ».

Finalement le préfet a reporté sa décision au résultat du recours des avocats devant le tribunal administratif. Même s’il faut rester vigilant, voilà une action populaire remarquable qui a déjà porté ses fruits. Seule la lutte paie !


Martinique: Contrats aidés, mobilisation nécessaire

À la rentrée 2018, les enseignants ont pris connaissance des nouvelles dispositions mises en o uvre par l’État pour baisser de façon drastique le nombre de contrats aidés.   Dans les établissements scolaires qui disposaient de plusieurs Contrats uniques d’insertion (CUI), contrat qui est supprimé, ceux-ci sont remplacés par… un seul nouveau contrat « Parcours Emploi Compétences » (PEC) ! C’est le préfet qui a la haute main sur la mise en œuvre du dispositif. Bien évidemment, avec un tel changement, les conditions de fonctionnement des établissements et de travail du personnel seront plus difficiles. Les Conseillers principaux d’éducation (CPE), responsables du service vie scolaire, ont rédigé une motion au recteur détaillant les difficultés à prévoir.

Il s’agit là d’une décision délibérée, assumée par le président Macron. Lors de ses vœux aux armées le 19 janvier 2018, Macron l’avait clairement annoncée. Ayant détaillé l’augmentation du budget de la défense de 2018 à 2023 (plus de 11 milliards), il avait aussi déclaré : « ...c'est un effort inédit et incomparable. […] j'assume devant la Nation mes choix de vous donner ces budgets ; […] ils se traduiront par ailleurs par une réduction des ressources accordées à d'autres politiques publiques ».

Moins de moyens pour les hôpitaux, pour l’Éducation nationale, pour le ministère des sports comme on vient de l’apprendre, réforme des retraites, avec une augmentation de la durée de cotisation et une réduction du montant des pensions, augmentation des cotisations prélevées sur les retraités, blocage du salaire des agents de la fonction publique, réforme à la baisse de l’assurance chômage. Autrement dit, ce sera la poursuite, voire le renforcement de l’austérité pour les salariés, les chômeurs, les retraités, les associations. Mais facilités pour les riches et les nantis, sous forme de baisse d’impôts principalement, mais aussi de subventions et aides inutiles. Dans le secteur de l’Éducation se profilent déjà des milliers de suppressions de postes, avec diverses réformes annoncées, notamment dans la voie professionnelle. Le gouvernement Macron-Philippe, avec le soutien inconditionnel du patronat, mène la guerre à la population laborieuse. Les conséquences de cette politique du gouvernement seront des conditions de vie et de travail dégradées. Pour mettre un coup d’arrêt à cette orientation, une riposte des travailleurs est indispensable.

En Martinique, d’ores et déjà des appels à la mobilisation ont été lancés notamment par certains syndicats de l’Éducation Nationale. À juste titre, ils font valoir les conséquences désastreuses des suppressions massives d’emplois aidés, pour ceux qui se retrouvent sans emploi, pour l’ensemble du personnel en activité et pour les élèves. Tous ont en tête les fortes mobilisations de septembre 2017 soutenues par les parents d’élèves. Elles avaient obligé rectorat et ministère à revoir leur copie. Le mode d’emploi n’est sûrement pas oublié : celui des mobilisations et des grèves pour faire reculer le pouvoir et se faire respecter.  


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