Site

CO de 2018/CO n° 1203 du 28 juillet 2018/Quatrième page

Quatrième page

Mondial : la tête dans les étoiles… jusqu’à quand ?

En France, les immenses manifestations lors du retour des bleus ont frisé parfois la folie collective. Aux Antilles après le match de victoire des Bleus devenus pour la deuxième fois champions du monde, les scènes de joie ont été très nombreuses aussi.  

Même si la majorité de la population antillaise épouse le patriotisme et le nationalisme français car elle se sent encore française, même à 7 000 kms, il y avait une autre raison à leur liesse. C'est le fait que l'équipe de France soit composée pour moitié de Noirs dont un Martiniquais et un Guadeloupéen. Et la fierté ressentie de voir des Noirs " sur le toit du monde" est significative de sentiments d'un peuple longtemps colonisé. Ce peuple de couleur, métis, indien et majoritairement noir sait ce qu'est le racisme. Aux Antilles françaises, il est officiel car la domination économique et politique est de couleur blanche. Le sentiment d'oppression raciale de la population est une réalité issue de l'esclavage et du colonialisme. Voilà pourquoi ici la population est fière à chaque fois qu'un Noir réussit aux yeux du monde dans quelque domaine que ce soit. Il n'en reste pas moins vrai que toutes ces manifestations de joie alimentées à souhait par les médias et le pouvoir politique s’emballent démesurément. 

Il est vrai que la population aime à rêver. Et l'équipe de France fait rêver. Jadis c'était les rois, les princes et princesses. Encore que le dernier mariage d'un prince d'Angleterre a eu le même effet que jadis, aujourd'hui, des siècles après la monarchie absolue.  En arriver à ce degré de manifestations collectives de joie ressemble parfois à une overdose d’une drogue collective ! Mais cela est inversement proportionnel à la vie quotidienne de la population qui est triste : chômage, bas salaires, misère croissante et leurs conséquences : maladies, mal être, suicides. Dans ces banlieues malheureuses d'où sont issus tous ces jeunes invités à l'Élysée, les mêmes où ont vécu les Mbappé, et bien d'autres, existent de grandes poches de pauvreté, des réseaux de drogue, réelle celle là, et de mécontentement. Ces jeunes, Blancs, Noirs, Arabes voient des jeunes à leur image évoluer sur les écrans de télé. Et c’est le délire, le temps de quelques jours, avant de revenir au triste quotidien, de revenir à la routine des jours de misère sans travail, sans perspective...

À l'autre bout du spectre social on a, par exemple, les capitalistes de Carrefour, sponsors de l'équipe de France qui empocheront des millions mais licencient 2 000 salariés. On critique les sommes exorbitantes empochées par certains joueurs. Mais si certains d’entre eux gagnent des millions, c’est en partie grâce à leur travail et à leur talent. En revanche, les sponsors, les grands médias, les équipementiers touchent le jackpot sans marquer le moindre but. Dimanche soir, à 360 000 euros la demi-minute de publicité, TF1 pouvait être heureux de la victoire… ! Macron et son gouvernement vont poursuivre leur sale besogne. Ils veulent s’attaquer aux régimes de retraite et aux aides sociales, s'attaquer à la prime de vie chère en outre-mer. Le gouvernement veut supprimer 100 000 emplois aidés cette année, et 120 000 emplois publics d’ici 2022. Quant aux capitalistes qui affichent leur logo dans les stades et sur les écrans, ils vont continuer à produire plus avec toujours moins de salariés, toujours plus exploités, pour gaver des actionnaires toujours plus riches.


Dans les entreprises

Échos de l’aéroport
Samsic : Football, Tour de France, lajan pa ka sanm nou ?
Samsic subventionne le club de football de Rennes, mais aussi une équipe du tour de France en collaboration avec Fortunéo, une banque en ligne. À croire que seul le personnel, qui lui permet de faire des bénéfices, ne mérite pas d’être payé comme il faut. Il faudrait qu’on lui rappelle ce qu’elle nous doit.

Échos de Pôle emploi
Viré !
Après avoir sévi pendant un an et demi en tant que directeur régional, Jules vient d’être viré par sa hiérarchie, comme n’importe lequel d’entre nous ! Comme dit le proverbe : tini kouri, tini las ! Tant va la cruche à l’eau... La direction générale sans cesse interpellée sur les abus de son directeur a sans doute jugé qu’il en faisait un peu trop. Non content d’être haï et craint des agents des bruits courent qu’il s’est mis à dos le Medef mais aussi la préfecture…

Chantiers en lutte
Martinique BTP : Des embauches et des augmentations de salaire !
Heures sup à gogo ! Dans les entreprises du bâtiment, les patrons adoptent de plus en plus ce genre de pratiques ! De telles conditions de travail, plus les bas salaires, esquintent notre santé ! Pour vivre différemment, dans le bâtiment comme ailleurs, il faut des embauches et pas de salaires inférieurs à 1800 euros net par mois.

Pawol à travayè bannann
Si ni lajan pou Tour de France, ni lajan pou travayè !
Après le Tour à la Voile, c’est le Tour de France que le groupement sponsorise. Depuis des mois, les planteurs pleurnichent sur leurs difficultés financières. En réalité tout va bien pour eux ! Plantation Fred et Yvon Héry : les camarades remettent les pendules à l’heure ! Pendant plusieurs jours, les camarades en hangar ont travaillé parfois jusqu’à 15h. La semaine dernière, ils ont décidé de régler leur montre sur celles des camarades des autres plantations et de quitter le hangar à 13h ! Woulo pou yo !

Écho des hôpitaux (Martinique)
Une seule solution : remplacer toutes les absences !
Au Centre Emma Ventura les conditions de travail et donc également de prise en charge des résidents, ne cessent de se dégrader. Beaucoup de collègues n’en peuvent plus et malgré leur bonne volonté, ils « tombent » en arrêts. La semaine dernière 25 arrêts auxquels s’ajoutent les congés non remplacés et cette semaine les absences augmentent. Qu’attendent les décideurs pour sécuriser un espace de soins pour presque 200 dépendants âgés du CEV et arrêter leur maltraitance et celle du personnel ?


Haïti : la rue fait tomber le premier ministre

Le 6 juillet, la population pauvre et les travailleurs se révoltaient contre l’augmentation brutale du prix du pétrole lampant et ils bloquaient le pays pendant deux jours. Devant ces émeutes le gouvernement a retiré les augmentations de prix et après une semaine de tergiversations le premier ministre a été contraint de démissionner.  

Les politiciens qui s’opposent au président Jovenel Moise, les mêmes qui ont dénoncé « la violence des pilleurs », se démènent maintenant pour avoir accès aux postes dans un nouveau gouvernement. Le patron Réginald Boulos dont les supermarchés ont été attaqués se lamente sur son sort. En 1996 son laboratoire pharmaceutique a commercialisé un sirop soi-disant contre la toux. Mais ce dernier était contaminé et a tué une centaine d’enfants. Ce Boulos bénéficie toujours de la plus grande impunité. En Haïti, les riches ne connaissent pas les tribunaux.

Dans les entreprises de la zone industrielle de Port-au-Prince, les patrons ont fait profil bas pendant la semaine qui a suivi les émeutes. Les ouvriers qui demandent la revalorisation du salaire minimum de 350 à 1000 gourdes ont vu que les pauvres ont une force capable de faire reculer le gouvernement quand ils sont mobilisés. Certains se sont sentis regonflés et prêts à faire entendre leurs voix pour réclamer ce qui leur est dû et ne pas s’en remettre aux politiciens qui cherchent des places dans les gouvernements.


Jamaïque : l’État d’urgence

Le Premier ministre Andrew Holness s’est félicité des résultats de sa politique contre la criminalité. Depuis septembre 2017, il a instauré l’état d’urgence dans des zones dites « d’opérations spéciales ». Dans ces zones, la police peut fouiller logements, automobiles et personnes sans mandat d’arrêt. L’état d’urgence a été prolongé de deux mois et deux nouveaux quartiers ont été ajoutés. Cette politique répressive défendue par le gouvernement est censée régler le problème de la violence, une des plus grandes au monde. Mais la police elle-même comptabilise une baisse des crimes deux fois plus faible que celle vantée par le premier ministre.

Le défenseur national des droits Arlène Harrison Henry souhaite la fin de l’état d’urgence. Elle dénonce des brutalités policières à l’encontre des jeunes, elle parle d’arrestations massives où moins de 10% des détenus sont coupables. Les mères se plaignent que leurs enfants envoyés faire les courses soient emprisonnés jusqu’à 4-5 jours, pour rien. La population de Jamaïque vit dans la misère, 20 % habitent des bidonvilles. La venue au pouvoir du Jamaica Labour Party n’a pas changé cette situation, les taxes ont augmenté, les problèmes de santé, d’école restent entiers.

La politique de restriction généralisée des droits ne remplacera pas une amélioration des conditions de vie des plus pauvres.


Mexique : au royaume des aveugles, les borgnes semblent « de gauche »

Le 1er juillet, le Mexique élisait son président – ainsi que les sénateurs, les députés et un certain nombre de gouverneurs. La presse a qualifié « d’événement historique » l’arrivée au pouvoir pour la première fois d’un président « de gauche », Andrés Manuel Lopez Obrador.  

En réalité, ce résultat était prévisible. Depuis près de quatre-vingt-dix ans le Mexique est gouverné presqu’exclusivement par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), parti nationaliste et « corporatiste ». Ce dernier prône la co-gestion entre patrons et syndicats, c’est-à-dire la soumission des seconds aux premiers. Ce parti qui n’a de révolutionnaire que le nom est bel est bien une institution quasiment étatique (au début du 20e siècle il était obligatoire d’y cotiser pour accéder à la fonction publique). La seule parenthèse a eu lieu entre 2000 et 2012 lors des deux mandats de la « droite libérale » de Felipe Caldéron.
Le bilan de cette « alternance » droite/PRI est sinistre. L’utilisation de l’armée contre les narcotrafiquants a fait exploser le niveau de violence (probablement plus de 100 000 morts aux cours des cinq dernières années) et terrorisé les paysans pauvres (forcés de planter du pavot ou de la coca pour les cartels de la drogue, coincés entre la soldatesque et les bandes armées mafieuses). Elle a aggravé encore le niveau de corruption inouïe de la police et des élus. Quant à la pauvreté, elle touche désormais presque la moitié de la population !
De son côté Obrador apparaissait par contraste comme un « chevalier blanc » et jouait sur du velours. Il n’a promis qu’un vague « changement radical ». Ses « mesures de gauche » ne sont que symboliques (en cas de victoire, il a promis de ne pas loger à Los Pinos, la somptueuse résidence présidentielle). Il a construit une alliance électorale très large avec le Parti du Travail (sympathisant des chavistes du Venezuela) et Rencontre sociale classé au centre droit, mais en réalité issu des milieux évangélistes ultraréactionnaires.

La bourgeoisie mexicaine, avait tout intérêt à ce que cette nouvelle mouture de « l’alternance » entretienne encore un peu les illusions des travailleurs et des pauvres dans la « démocratie » mexicaine.  


Bookmark and Share