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CO de 2018/CO n° 1202 du 14 juillet 2018/Troisième page

Troisième page

Martinique : À défaut d’indépendance on en brandit le drapeau !

Des militants nationalistes ou « culturels martiniquais » semblent avoir engagé une campagne de promotion du drapeau « rouge-vert-noir ».

Il est tagué depuis plusieurs mois le long des axes routiers de l’île. Il a aussi été brandi au cours de quelques manifestations récentes, notamment celles autour de la venue de Kémi Seba en Martinique et celle du 9 juin, devant la préfecture, à propos de l’inaction des autorités devant les arrivées de sargasses. Un « Lyannaj Wouj Ver Nwè » a organisé une « Journée des couleurs et du drapeau », le 1er juillet, au parc de Tivoli. Son représentant, Georges Dru, est intervenu à plusieurs reprises dans les médias, en particulier par une longue tribune dans France-Antilles les 27 juin et 4 juillet.

Le drapeau rouge-vert-noir est apparu publiquement en Martinique à la fin des années 1960, dans le sillage du mouvement de lutte pour la décolonisation de l’époque. Mais les luttes nationalistes ont mené à une impasse totale pour les peuples. Conscient du rejet de l’indépendance par la population, Georges Dru veut convaincre que l’éloge du drapeau est maintenant à dissocier de cette perspective politique. Il y parvient bien mal. S’il déclare : « ...[les couleurs et le drapeau] interpellent désormais tous ceux qui affirment, avec leur sensibilité propre, une personnalité, une spécificité, une identité, une différence martiniquaise, un besoin et une exigence de reconnaissance de notre Être martiniquais. Cela se traduit par un engagement de plus en plus important de forces sans-parti pour le rouge-vert-noir » ; on lit ensuite : « Actuellement, la Martinique fait partie du territoire de l'État français. Le bleu-blanc-rouge est le drapeau de l'État français. Par conséquent, il flotte sur ce territoire. Le rouge-vert-noir cohabitera donc, avec lui, dans le cadre de l'État français. En sera-t-il toujours ainsi ? Cela dépendra des choix politiques des Martiniquais, pour l'avenir et dans l'avenir ». Oui, évidemment l’avenir le dira ! Il dira surtout que les travailleurs ne se laisseront pas entraîner à la solidarité avec leurs exploiteurs, fussent-ils ou non martiniquais. En attendant, cette discussion sur le « drapeau martiniquais » parait bien dérisoire voire comme un signe d’impuissance.  


Martinique : Le préfet lit le « livre bleu » avec des lunettes roses

Après l’échec des États généraux des Outre-mer de Nicolas Sarkozy, les assises des Outre-mer d’Emmanuel Macron ont abouti à la présentation par la ministre Annick Girardin d’un livre bleu Outre-mer le jeudi 28 juin dernier à l’Elysée. Cela a été l’occasion pour Macron de prononcer un discours devant une centaine d’élus ultramarins tirés à quatre épingles.  « Nous montrer à la hauteur des attentes ». C’est ainsi qu’est titré l’entretien avec le préfet Franck Robine dans le journal France Antilles du 5 juillet à la suite de la présentation du fameux livre bleu. Sous le sourire bon enfant du préfet illustrant l’interview, on retrouve les habituels cadeaux au patronat appelés couramment « mesures d’accompagnement » et des mesures de restrictions contre la population pauvre. Et Franck Robine note que ce qui a « retenu son attention » dans le cadre de ces assises, c’est que « les chefs d’entreprise qui acceptent des apprentis » bénéficieront « d’un apport très concret…. ». C’est-à-dire 400 millions d’euros… Mais le préfet est moins bavard quant au fonds exceptionnel d’investissement annoncé par la ministre des Outre-mer, d’autant qu’il sera financé par la suppression de l’abattement de 30 % sur l’impôt sur le revenu dans les Outre-mer – 40 % en Guyane et à Mayotte. C’est-à-dire que ceux des travailleurs qui sont imposables et bénéficient jusqu’ici de cet abattement, verront leurs impôts augmenter de 30 %. Il reste silencieux également sur la déclaration méprisante de Macron laissant prévoir la suppression des 40 % de majoration du traitement des fonctionnaires : « Nous avons organisé la vie chère par une politique de sur-rémunération… nous devons collectivement décider d’en sortir parce que la sur-rémunération des uns crée la pauvreté des autres ». Et Macron de poursuivre, en s’adressant aux élus présents « ...mais à un moment donné, nous devrons collectivement, et ça devra venir de vous, proposer d’en sortir ». Ainsi, selon Macron, c’est ce qu’il désigne comme "sur-rémunération" qui est responsable de la pauvreté. Ce ne sont pas les bas salaires, les licenciements ou les dizaines de milliards de cadeaux offerts, par lui et les gouvernants précédents, aux capitalistes, comme la suppression de l’impôt sur la fortune. Les réponses des élus n’ont pas tardé à fleurir et, là-dessus, il n’y avait aucune illusion à se faire. Pour Claude Lise, président de l’Assemblée de Martinique, Macron « a une bonne vision, il a su mieux exprimer que beaucoup d’autres auparavant la force de cette vision ». Pour Didier Laguerre, maire de Fort-de-France, « ce sont des intentions, maintenant il faut passer aux actes ». Quant à Jean-Philippe Nilor, député du MIM, il déclare : « Le bon, c’est l’ouverture d’esprit… c’est l’idée de responsabilité qui semble être aujourd’hui partagée. Sur cette question, nous avons été des pionniers.». Qu’il s’agisse du préfet ou des élus politiques, toutes étiquettes confondues, tous sont d’accord au moins sur une chose : être de fidèles serviteurs des capitalistes. Encore une fois les travailleurs sont avertis, à eux de s’organiser pour combattre eux-mêmes, par leurs luttes, cette politique ouvertement dirigée contre leurs intérêts.  


Il y a cent ans : Les Antillais dans la Guerre : le BWIR, British West Indian Regiment

Tout comme les Guadeloupéens et les Martiniquais, les Sainte-Luciens, Dominiquais, ceux des autres petites îles de la région et, plus nombreux, ceux de Jamaïque, Trinidad, la Barbade, la Grenade et la Guyane britannique, ont participé à l’effort de guerre avec les Alliés. En 1914 dans ces colonies britanniques, dès le début de la guerre, les Caribéens, sous la pression du colonialisme, expriment un sentiment patriotique de soutien à la Grande Bretagne. Il y a déjà des ressortissants en particulier de la Jamaïque vivant en Angleterre, étudiants, ouvriers, marins. Ils proposent leurs services à l’armée britannique.

Mais le gouvernement anglais hésite à enrôler des soldats noirs. Il rechigne à engager des Noirs contre les Européens, il craint de la part des Noirs des exigences et plus de considération en retour du fait de leurs actions militaires. Il craint aussi de possibles revendications d’autonomie dans les colonies. Il faudra l’hécatombe de soldats alliés pour que se constitue en 1915 le bataillon BWIR (British West Indian regiment) pour les Noirs des Antilles. Il existait déjà la WIR, West Indian Regiment, créé en 1795 date de la guerre d’indépendance aux USA avec des Noirs directement capturés sur les bateaux négriers et des esclaves des USA affranchis. Ce régiment a servi à la défense des intérêts britanniques dans leurs colonies. On a compté à la fin de la guerre que 15 500 Antillais britanniques ont rejoint le BWIR, engagés volontaires. La discrimination raciste ouverte va les limiter à des tâches de nettoyage, à creuser des tranchées, et pas à faire la guerre. Toujours la politique discriminatoire. D’autres soldats noirs, Africains déjà membres de régiments britanniques, ont été transférés au BWIR.


 France : Cheminots : une fraction des grévistes continue le combat

Des travailleurs, la CGT et Sud ont continué les grèves. La CGT annonce une grève le 18 juillet, d’autres en août et pour la rentrée espère une mobilisation plus générale. Jusque-là, le gouvernement se frottait les mains : les syndicats ont pour la plupart appelé les grévistes à reprendre le travail et, à part quelques petites modifications par la CFDT et l’UNSA, sa réforme est passée... en force. Mais il ne peut cacher la volonté farouche des travailleurs de refuser la perte progressive du statut de cheminot et l’introduction des capitalistes dans un service public. Ceux qui luttent, qui ne lâchent pas, ont raison. Ils montrent la voie !


Grande-Bretagne : « Windrush generation », trop foncés pour être britanniques ?

Un scandale a récemment secoué la Grande-Bretagne, celui de la « Windrush generation ». Windrush est le nom du bateau qui en 1948 a amené en Grande-Bretagne plusieurs centaines d’Antillais, en provenance surtout de Jamaïque, mais aussi d’autres îles des Antilles et du Guyana. Ces personnes, dont certaines avaient servi dans l’armée pendant la guerre, avaient toutes alors le statut de citoyen britannique, leurs pays d’origine étant alors des colonies.

À cette époque d’après-guerre, la Grande-Bretagne avait besoin de main d’œuvre, et ces Antillais formés dans le système scolaire anglais, diplômés pour certains, faisaient parfaitement l’affaire pour le gouvernement et le patronat. D’autant qu’ils n’avaient pas besoin de passeport, ce qui facilitait les formalités. Dans les années qui suivirent, plusieurs dizaines de milliers d’hommes et de femmes en provenance des Antilles britanniques et du Guyana se sont installés en Grande-Bretagne, y ont fait leur vie et ont eu des enfants, exactement comme ceux de Guadeloupe ou Martinique l’ont fait en France.

Mais la politique de restriction de l’immigration, renforcée sous Theresa May, a exigé des « preuves » pour le renouvellement des documents tels que passeports ou permis de conduire. Si bien que ces gens, pour certains nés aux Antilles mais vivant en Grande-Bretagne depuis plus de 50 ou 60 ans, qui n’avaient pas à l’époque à prouver qu’ils étaient britanniques, se sont vu refuser le renouvellement de leur passeport, ou de leur permis, ou de leur carte de sécurité sociale. Non seulement eux, mais aussi parfois leurs enfants et petits-enfants ! Certains ont perdu leur emploi, leur accès aux soins (un malade du cancer s’est vu exiger 54 000 livres pour poursuivre son traitement). Certains autres se sont retrouvés en centre de rétention pour être expulsés, au motif qu’ils n’étaient enregistrés nulle part. Finalement cette affaire a déclenché un scandale politique, sous la pression notamment de députés d’origine caribéenne.

La ministre de l’intérieur Amber Rudd a dû démissionner, et le gouvernement a promis de régulariser ceux de la « Windrush generation » et leurs descendants. Theresa May, à l’origine de cette politique discriminatoire, a même décidé de célébrer le 22 juin le 70ème anniversaire de l’arrivée du Windrush. Mais personne n’est dupe : c’est une manœuvre pour essayer de mettre un terme au scandale déclenché par sa politique.  


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