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CO de 2018/CO n° 1201 du 30 juin 2018/Quatrième page

Quatrième page

Le pape contre la liberté des femmes

Au cours d’une rencontre avec des associations familiales au Vatican, le 16 juin dernier, le pape a rappelé la position traditionnelle de l’Église, opposée à la liberté de l’avortement.  

Il l’a fait avec une violence verbale certaine, comparant l’avortement aux pratiques racistes criminelles des nazis : « Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd'hui nous faisons la même chose en gants blancs ».

Le pape a poursuivi : « Pourquoi ne voit-on plus de nains dans les rues ? Parce que le protocole de nombreux médecins dit "il va naître avec une anomalie, on s'en débarrasse"» et « pour avoir une vie tranquille, on élimine des innocents ». Derrière les mots "vie tranquille", il veut effacer les difficultés et les souffrances qui attendent un enfant atteint de nanisme ou de trisomie, dont la vie sera loin d’être « tranquille ». Il efface également ce que représente un avortement qui, même librement décidé, est toujours une épreuve pour celles qui y recourent. Certes la société pourrait être plus accueillante à l’égard des êtres humains « différents ».

Cela suppose que le regard collectif change et que la solidarité soit la règle. Qu’elle ne soit plus réservée à des exceptions, tel le physicien de haut niveau S. Hawking qui, universellement admiré, a passé la plus grande part de sa vie cloué dans un fauteuil roulant et privé de la parole. L’entretien, l’éducation, l’insertion des enfants et des jeunes adultes devraient être de la responsabilité de la société tout entière au lieu d’être de plus en plus laissés à la charge des familles, souvent sans moyens suffisants dans les classes populaires.

Le pape et l’institution qu’il représente ne tiennent pas ce langage. Il est loin d’agir pour le progrès social et s’appuie sur le dogme pour défendre une vision archaïque de la famille. Concernant particulièrement l’avortement, la lutte des femmes pour pouvoir décider librement a toujours trouvé l’Église en travers de son chemin. Là où il est autorisé, l’église soutient des organisations qui mènent des campagnes pour en restreindre l’accès. Là où il reste interdit elle prend fait et cause pour tous les conservateurs misogynes qui défendent cette interdiction.

Les déclarations du pape ne sont pas accidentelles. Elles méritent d’être dénoncées pour être les éléments d’une aide à tous ceux qui veulent tirer la société en arrière, notamment sur l’égalité ou plutôt l’inégalité maintenue entre les femmes et les hommes. Et, en définitive, ces déclarations sont les éléments de tout un corpus idéologique d’oppression des femmes et une aide précieuse à tous ceux qui veulent en tirer profit.  


Guyane: Projets rapaces des géants de l’or

De nouveaux plans d’exploitation à grande échelle de l’or de la Guyane française auraient déjà eu le soutien de Macron lorsqu’il était ministre de l’économie. En Guyane, les chercheurs d’or actuels, artisanaux, n’effleurent que la couche superficielle du minerai, laissant des tonnes d’or sous la terre, sous la forêt. Une aubaine pour les grosses sociétés d’exploitation. Tous ces plans de sociétés concurrentes entre elles se négocient à coups de millions d’euros. Des magnats de l’or de Russie, du Canada, des États–Unis et de France offrent leurs services.

Mais ces gens-là ne raisonnent qu’en termes de profits. Il faut dire qu’une once d’or (30 à 31 grammes) se vend autour de 1 270 dollars US suivant le cours de la Bourse. Les conséquences néfastes que de tels projets peuvent entraîner pour la population sont le cadet de leurs soucis. Ils dénoncent l’orpaillage clandestin qui utilise le mercure pour extraire l’or, souvent dans le lit des rivières. Le mercure, qui est un poison dangereux, a été interdit depuis 2006. Les nouveaux candidats doivent trouver autre chose. Ils annoncent l’utilisation de cyanure qui selon eux ne poserait pas de problème. Or le cyanure est aussi un poison, un vrai danger pour les populations de la Guyane. Et cela d’autant plus que le sol guyanais et les fleuves contiennent déjà du mercure en grande quantité qui pourrit la vie des populations amérindiennes en particulier. En France et donc en principe en Guyane, l’utilisation du cyanure est interdite. Mais il y a les autorisations européennes plus favorables à des techniques minières « efficaces », indépendamment des risques pour les populations. Les sociétés minières capitalistes savent aussi qu’elles peuvent compter sur l’aide de l’État français, propriétaire des terres minières, pour leur faire des tarifs défiant toute concurrence, voire illégaux, ne tenant pas compte des profits attendus.

Des protestations s’élèvent en Guyane contre ces projets de destruction de la forêt et d’empoisonnement de l’environnement. En face, ces sociétés qui ont déjà investi des milliards pour sonder les sols, font miroiter la création de 750 emplois directs et 3 000 indirects. Mais on sait ce que valent les promesses de patrons. Et surtout ils s’attendent à gagner des millions d’onces d’or. Les sommes investies permettront de donner des fortunes à de très riches actionnaires. L’État-patron est toujours prêt à soutenir de telles opérations, tout en accroissant la pauvreté autour de lui.  


Dans les entreprises

Échos des hôpitaux Guadeloupe
CHU toujours en droit de retrait Il y a encore une vingtaine d’agents grévistes en droit de retrait qui surtout sont des agents du laboratoire. Comment, dans ces conditions, le labo peut-il fonctionner convenablement et garantir la qualité du travail ? Pourquoi la direction ne fait-elle rien et laisse pourrir la situation ?

Échos des hôpitaux Martinique
ARS, Direction du CHUM : ils démentent ! Voire ? À la suite de ce qu’ils appellent des « rumeurs de fermeture de l’hôpital de Trinité », l’ARS et la direction du CHUM ont tenu à apporter « un ferme démenti ». Dont acte ! Toujours est-il que ni reconstruction, ni remise en état des locaux ne sont engagés. Et le personnel assiste toujours à des fermetures de lits et à une diminution globale de l’activité de l’hôpital. Alors, démenti ou pas, la méfiance est justifiée.


 Haïti : salaire minimum, la réponse du gouvernement

Une semaine après la dernière manifestation organisée par les ouvriers de la zone industrielle de Port-au-Prince, le gouvernement a réagi par le biais du conseil supérieur des salaires (CSS).  

Ce dernier regroupe des représentants des patrons, du gouvernement et des syndicats. Le 19 juin il a publié une note « informant la population, le patronat et les ouvriers en particulier qu’il a enclenché le processus visant l’élaboration du 5ème rapport pour la fixation du salaire minimum ». Il « réitère aux partenaires sociaux de continuer à privilégier le dialogue et la conciliation comme outils de résolution des conflits du travail ». Les ouvriers les plus combatifs dans les entreprises de la zone industrielle reconnaissent une grossière manœuvre du gouvernement pour les endormir et ils discutent avec leurs amis comment y répondre. D’autres espèrent que les représentants des syndicats au CSS vont pousser les représentants des patrons à une augmentation importante du salaire minimum en s’appuyant sur les dernières manifestations. À la fin de la note, le CSS lance « un appel au calme et à la sérénité et invite tout un chacun à s’abstenir de tout acte de violence susceptible de perturber le déroulement des activités et le monde du travail ». Il montre ainsi ce qui gène le patronat : quand la production est perturbée, que les ouvriers ne produisent plus, le patron ne fait plus de profit. Cela, de nombreux ouvriers l’ont compris sur la zone industrielle à Port-au-Prince. Après une pause dans les manifestations ils se préparent dans les entreprises à d’autres mobilisations pour arracher le salaire minimum journalier de 1000 gourdes.


Turquie: Après les élections

Le dimanche 24 juin, les électeurs turcs ont voté pour les législatives et les présidentielles. Ces élections ont été organisées 16 mois avant la date prévue, à l’initiative du président Recep Tayyip Erdogan, qui est sorti vainqueur avec 52,8% des voix.  

L’alliance AKP, son parti, remporte les législatives avec 53,2%. L’opposition conteste ces résultats. Son principal représentant, Muharrem Ince, qui se dit social démocrate, obtient 30,7%. Après avoir contesté l’élection, il a reconnu la victoire d’Erdogan. Mais un certain nombre d’observateurs ont déclaré avoir constaté une fraude importante.

L’origine de ce vote anticipé est la réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017. Elle consiste à concentrer les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire dans les mains du président en exercice, en réduisant le rôle du parlement. Erdogan est donc pressé de la mettre en application, d’autant plus que son pouvoir donne quelques signes d’usure dus à une aggravation de la situation économique. Le chômage augmente ainsi que la pauvreté. Il entend se maintenir au pouvoir en renforçant la répression. Sous le prétexte d’une tentative de coup d’État en 2016, 160 000 personnes ont été arrêtées et 152 000 fonctionnaires renvoyés. Depuis des décennies, les Kurdes de Turquie subissent la répression du pouvoir.

Lors de ces élections, leur parti, l’HDP, a obtenu 11,6% des voix aux législatives, ce qui leur permet d’avoir, de nouveau des représentants au parlement. C’est pour eux une victoire. Le candidat de l’HDP à la présidentielle a voté depuis la prison où il est incarcéré. Pendant la campagne électorale, des travailleurs ont poursuivi leurs grèves. L’une d’elle, pour des augmentations de salaire, a été interdite par le pouvoir. Les travailleurs turcs se défendent et luttent avec courage et détermination en dépit de la répression. Quels que soient le président et l’étendue de son pouvoir, ils continueront.


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