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CO de 2018/CO n° 1201 du 30 juin 2018/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe Banane : l’exploiteur Dambas récolte ce qu’il a semé ?

Depuis quinze jours, Dambas, surnommé l’esclavagiste noir, pleure sur ses 15 hectares de banane qui ont été saccagés. Ce qui représenterait d’après lui 450 tonnes de banane. Si ce n’est pas lui-même qui a organisé ce « cyclonage » pour empocher assurance et subventions, il ne manque pas de gens dans la population pour se venger de Dambas. Pour pouvoir exploiter les terres qu’il occupe, Dambas doit montrer aux gros békés qu’ils peuvent lui faire confiance pour perpétuer l’esclavage moderne et tirer le maximum de profit du travail des ouvriers.

Dambas a l’habitude de considérer que les ouvriers sont corvéables à merci et jusqu’à épuisement. Il les déplace comme il le souhaite sur ses exploitations de Saint-Claude, Trois-Rivières, Capesterre Belle-Eau et Anse-Bertrand. Dambas est le champion des journées de travail à rallonge et des heures supplémentaires non payées. En bon esclavagiste, il considère que les jours fériés sont faits pour être travaillés y compris le Premier mai et le 27 mai qui commémore la lutte pour l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe. Si les travailleurs sont absents les jours fériés, il prélève ces journées sur leur salaire. Du fait du manque d’ouvriers et de la tâche à réaliser toujours plus importante, il y a de nombreux accidents de travail sur ses plantations. Après des années d’exploitation les ouvriers des plantations de Dambas se sont révoltés l’an passé. Ils ont représenté le noyau dur de la grève générale des plantations. Dambas qui quelque temps avant se vantait qu’en cas de grève sur sa plantation, il offrirait un carton de champagne à chaque gréviste, a vite déchanté. Il a tenté tout ce qu’il pouvait pour que « ses ouvriers » arrêtent la grève. Outre les courriers de menaces et de sanctions qu’il envoyait chaque jour aux grévistes, il a tenté délibérément de foncer en voiture sur les travailleurs à deux reprises. Malgré tous les efforts de Dambas les grévistes ont tenu bon jusqu’à la victoire du 28 juin 2017. Ses ouvriers ont prolongé la grève durant 50 jours pour protester contre son refus de payer les jours de grève et contre les licenciements de grévistes. Depuis la grève de mai-juin 2017, Dambas tente de se venger des ouvriers qui se sont rebellés. À cette date, Dambas a réussi à licencier 21 ouvriers sur la quarantaine de grévistes. Des ouvriers qui appliquaient le travail à l’heure effective comme le prévoit l’accord du 28 juin ont été licenciés pour « manque de performance ». Plus récemment d’autres ouvriers ont été licenciés parce qu’ils n’avaient pas signé leur absence le Premier mai 2018 ! Pour pouvoir sanctionner les ouvriers, le patron voyou n’hésite pas à utiliser d’autres magouilles : la modification des horaires de travail pour trouver des retards, la modification des tableaux de congés pour trouver une absence. Dambas a aussi tenté une intimidation contre Jean-Marie Nomertin, Secrétaire Général de la CGTG et dirigeant du syndicat de la banane jusqu’à récemment. Il accuse notre camarade, qui est également porte-parole de Combat ouvrier, de l’avoir diffamé suite à la mort d’un travailleur d’une de ses plantations. Cet ouvrier qui était âgé de 62 ans et qui souffrait d’un cancer avait demandé à ne plus porter de régimes de bananes. Dambas a refusé. Le camarade a continué de s’épuiser au travail et il est décédé deux ans plus tard alors qu’il venait de prendre sa retraite. En réalité, malgré les sanctions, malgré les licenciements, malgré ses multiples plaintes, Dambas a perdu face aux grévistes ! Les camarades ont imposé les sept heures de temps de travail et l’arrêt de la journée payée à la tâche. Certains ouvriers non grévistes ont commencé eux aussi à prendre ces bonnes habitudes. Alors qui sème le vent récolte la tempête.


Une écrivaine au service des planteurs exploiteurs !

Le groupement des planteurs de banane s’est payé une page de publicité dans le France-Antilles du 23 juin. Ils ont trouvé une certaine Alice Cham Stanislas, « écrivaine », pour rédiger un texte et pleurer sur le saccage des bananes de Dambas en accusant ceux qui, « emportés par la colère », auraient « dilapidé de la nourriture ». Les premiers à saccager la banane ce sont les planteurs, avec Dambas en tête, qui font les ouvriers « cycloner » ou piquer les bananiers au roundup pour toucher des indemnisations comme ce fut le cas en 2016 après la tempête Matthew et en 2017 avant et après l’ouragan Maria. Récemment certains planteurs, comme celui de la plantation Dumanoir, ont refusé d’emballer des bananes qu’ils ont jugées « trop volumineuses ». À quand une tirade de madame Cham Stanislas dans France Antilles sur les planteurs saccageurs de « poyos », sur les accidents parfois mortels sur les plantations, sur l’empoisonnement des ouvriers et sur les licenciements dans les plantations de banane ?


Plantations Dumanoir et Montebello : la lutte des ouvriers a payé !

Il y a 10 jours, les ouvriers de la plantation de bananes à Montebello ont touché 750 euros après avoir menacé de se mettre en grève. Une semaine après, en deux jours de grève, les ouvriers de la plantation de Dumanoir appartenant au même planteur ont doublé la mise et ont forcé le gérant à leur verser 1500 € à chacun. Les ouvriers des plantations de Montebello et de Dumanoir ont exigé cette somme en acompte des sommes volées sur leurs salaires au cours des trois dernières années. Il y a un an, lors de la signature de l’accord du 28 juin 2017, les planteurs s’engageaient à rembourser l’intégralité des sommes dues aux ouvriers. Comme à leur habitude, nombre d’entre eux n’ont pas respecté leur parole. Les mobilisations des ouvriers des plantations de Montebello et de Dumanoir sont un exemple à suivre par les ouvriers des autres plantations. Il montre qu’en cette période d’emballage de la banane, avec du culot et de la détermination, les travailleurs peuvent faire céder les planteurs.


Martinique: mort pour les profits capitalistes

Le 12 juin dernier en fin de matinée, Kevin Albicy-Monthieux, un jeune cariste de 28 ans, est mort après un accident de travail. Cela s’est passé dans l’entreprise Joseph Cottrell de l’Anse Madame à Schœlcher, entreprise qui vend des matériaux de construction. D’après des informations recueillies, il semblerait que ce cariste venait de ranger des tubes métalliques pour charpentes sur des étagères à l’aide de son chariot élévateur. Il s’est retrouvé ensuite hors du chariot, debout devant ces étagères. Et l’accident s’est produit. Un tube l’a heurté et ce coup violent reçu à la poitrine lui a arraché un cri de douleur. Il était seul à effectuer ces travaux. Ses collègues se sont précipités pour constater ce qui se passait et l’ont retrouvé étendu par terre. Malgré l’arrivée rapide de l’ambulance et les premiers soins prodigués sur place, cet ouvrier est resté au sol, inanimé. Évacué à l’hôpital en hélicoptère, c’est là qu’il a rendu son dernier souffle. Selon la Direction des risques professionnels de la Caisse nationale d'assurance maladie, « Les salariés des entreprises du BTP sont encore  exposés à de trop nombreux risques professionnels : chutes de hauteur, risques d’écrasement ou d’ensevelissement, manutentions manuelles de charges lourdes. » Malheureusement, ce jeune ouvrier est venu remplir la liste de ceux qui sont victimes d’accidents graves ou mortels dans le secteur lié aux travaux publics. Parti le matin de chez sa famille pour gagner son pain, il n’est pas revenu en fin de journée. Dans cette société où ce qui compte avant tout pour les capitalistes c’est le profit au mépris de la plus grande sécurité, des travailleurs, notamment dans le BTP, travaillent trop souvent entre la vie et la mort. Le système capitaliste est criminel. C’est un broyeur d’êtres humains !  


Guadeloupe La Poste de Baie-Mahault : victoire des grévistes

Le 6 juin, 80% du personnel s’est mis en grève. Ils refusaient qu’on leur enlève le tri du courrier pour le faire faire par les postiers de l’aéroport, décision qui menaçait dix emplois. Ils dénonçaient aussi leurs conditions de travail et la précarité des contrats. Après neuf jours de grève la direction a reculé. Les grévistes ont aussi gagné une embauche. Ce n’est pas la première fois que les mobilisations des postiers portent leurs fruits. En mai dernier, ils étaient mobilisés pendant neuf jours au centre de traitement courrier et colis près de l’aéroport. Ils ont gagné la création de 16 postes (14 emplois supplémentaires et deux comblements de postes) dont 10 CDI. Les postiers se font respecter et donnent l’exemple à tous les travailleurs.


Les harceleurs de RCI condamnés
en appel

Le 18 juin, la cour d’appel de Basse-Terre a confirmé la peine prononcée en première instance contre deux journalistes de la radio RCI qui avaient harcelé sexuellement et moralement une de leurs collègues. Ils devront lui payer 2 000 euros de plus pour les frais de justice supplémentaires qu’elle a dû engager.  

C’est en 2011 que la journaliste a dénoncé le harcèlement sexuel qu’elle subissait de la part d’un journaliste de la station. Les avances insistantes duraient depuis plus d’un an, et une remarque déplacée avait même été faite à l’antenne. Le responsable de la rédaction de RCI, loin de soutenir la victime, avait cherché à l’intimider en la menaçant. En 2013, la direction de la radio a même adressé un avertissement à la journaliste.

Lorsque son harceleur est devenu son supérieur hiérarchique, il en a profité pour mettre en cause le professionnalisme de la journaliste. Là encore, elle n’a pas été soutenue par la direction, qui a pris le parti du harceleur. Lorsqu’en 2014 elle a sollicité officiellement la direction pour faire cesser le harcèlement moral et sexuel qu’elle subissait, la direction a continué à soutenir les harceleurs. L’affaire a été portée devant les Prud’hommes, qui ont condamné en mai 2016 les deux harceleurs à 40 000 € de dommages et intérêts, jugement qui a donc été confirmé en juin. La ténacité de cette femme a payé, même si les harceleurs pourraient encore envoyer l’affaire devant la Cour de cassation à Paris. Sa victoire est une bonne nouvelle pour toutes les femmes victimes de harcèlement sexuel au travail. Car si une journaliste renommée a dû subir toutes ces avanies, combien de femmes, qui ne disposent pas des mêmes relations ni des mêmes moyens financiers, sont victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises et les administrations ? Le combat est loin d’être terminé !  


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