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CO de 2018/CO n° 1201 du 30 juin 2018/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe: À propos de l’action unitaire actuelle

 À l’initiative d’Élie Domota, dirigeant de l’UGTG et du LKP, près d’une trentaine d’organisations se sont regroupées pour protester contre la situation générale de dégradation des conditions de vie de la population.  
En effet, l’incendie du CHU, du en grande partie à la vétusté de l’hôpital, a été un révélateur brûlant (!) de la politique d’économie criminelle du gouvernement en matière de santé publique. L’empoisonnement des travailleurs agricoles et de la population par le chlordécone, ce pesticide imposé par les gros planteurs békés et par l’État cause toujours plus de victimes. Les sargasses qui pourrissent sur le littoral pourrissent aussi la vie de la population, des élèves et des enseignants des établissements proches et ont entrainé une belle réaction de protestations populaires, en particulier à Marie Galante et à Petit bourg. Les pêcheurs en particulier sont largement touchés car beaucoup ne peuvent plus travailler normalement. Plusieurs comités anti sargasses se sont créés spontanément dans beaucoup de communes. Enfin, le manque d’eau au robinet pour les usagers tracasse la vie de dizaines de milliers d’habitants et constitue le scandale le plus énorme de ce début de siècle en Guadeloupe.

Tout cela fait dire dans le tract unitaire et dans les déclarations de membres du regroupement que nous devons nous battre pour « le droit à la vie » car « yo vlé tchouyé nou » (ils veulent nous tuer). Sans tomber dans des exagérations et une victimisation outrancières, et en privilégiant la lutte, il est vrai qu’une partie de la population ressent les conséquences de ces problèmes quotidiens comme une petite mort. C’est donc cette situation qui a conduit à la création d’un rassemblement le plus large avec des associations, des syndicats, des partis politiques. Notre organisation Combat ouvrier y participe. Deux réunions communes ont déjà eu lieu ainsi qu’un meeting à Pointe-à-Pitre et un tract unitaire est paru. Les réunions communes ont lieu tous les jeudis au siège de l’UGTG. Une série de meetings et d’actions communes sont prévues pour les semaines et les mois à venir. À la dernière réunion commune, de nouveaux comités et organisations se sont joints à ce rassemblement. C’est une très bonne chose que cette action unitaire s’élargisse le plus possible, en particulier aux groupes, comités et associations émanant de la population des communes et des quartiers. Cela ne peut que renforcer la protestation générale contre la politique du gouvernement et de ses relais locaux. Car ces derniers sont les serviteurs politiques des grosses sociétés capitalistes, des riches, des grosses fortunes békées et des exploiteurs noirs ou indiens.

Cependant, une des conditions pour tenter d’impulser une action la plus large et la plus efficace possible doit être dès maintenant la plus grande démocratie au sein de ce regroupement comme dans ses actions extérieures. Car ce qui a fait échouer ou a limité depuis un demi-siècle bien des actions unitaires a toujours été la volonté de certains d’imposer à tous et contre leur volonté, des actions et une orientation sociale, culturelle et/ou politique. Pour une action unitaire, la plus large et la plus efficace possible c’est l’unité dans l’action qui doit primer.

Pour l’heure, si ce regroupement peut faciliter et renforcer les revendications des travailleurs et de la population sur le problème des sargasses, de la santé publique, du chlordécone, de l’eau, il est utile et nécessaire, et seul l’avenir nous dira jusqu’où il peut aller.


Les organisations qui participent à l’action unitaire actuelle sont :

Le Collectif anti sargasses de Petit Bourg - le Collectif des îles du sud- K dlo - Doubout pou dlo an nou - CGTG - FO – CIP - FSU - Collectif dlo goubè - Dlo nobastè - collectif défense CHU - LKP - Sud PTT Gwa - Travayè é peyizan - Mouvman Nonm - REV Gpe - UPG - KAP Gwadloup - URC UDB - UPLG - SPEG - Solidaires guadeloupe - Combat ouvrier - UGTG - UNSA - Agir en citoyens - CFDT - Anka - SNCL - SPA - ADIG - Racines - Collectif meilleure santé pour tous - SOS Basse Terre environnement - MIR guadeloupe - SRDC - Cippa Les actions prévues : Il est prévu un meeting tous les vendredis. Mais ceux déjà connus sont : - Le vendredi 29 juin 2018 à Mare-Gaillard - Le vendredi 20 juillet à Gourbeyre devant la mairie - Rassemblement le 28 juillet à Pointe-à-Pitre - Une distribution de tracts en caravane est prévue le samedi 7 juillet


Pointe-à-Pitre : meeting contre la dégradation des conditions de travail et de vie

Le 19 juin, une trentaine de collectifs anti sargasses, de comités de l’eau, d’organisations politiques indépendantistes comme l’UPLG, Nonm, travayè et peisan, d’organisations syndicales de travailleurs (UGTG, CGTG), écologistes comme Les Verts, ou « REV »,avec Durimel, le CIPPA, mais aussi des organisations politiques du mouvement ouvrier comme Combat ouvrier ont organisé un meeting pour dénoncer la dégradation économique, sociale, environnementale et sanitaire des conditions de travail et de vie en Guadeloupe. Ils exigent l’arrêt de l’empoisonnement par les sargasses, une offre de soins de qualité pour les usagers, l’accès à une eau potable, et la vérité sur la chlordécone ainsi que la condamnation des empoisonneurs. Ce premier rassemblement a réuni 300 personnes devant le palais de la mutualité, à Pointe-à-Pitre. Les différents représentants de ces organisations, ont pris la parole à tour de rôle pour exprimer leurs idées et dénoncer l’inaction de l’État face à ces problèmes. D’autres meetings d’information et de mobilisation sont prévus. On ne peut que saluer cette initiative car seule la mobilisation des travailleurs et de la population pauvre permettra d’imposer de meilleures conditions de travail et de vie.


Martinique Trois jours de mobilisation pour la Santé !

Les 11, 12 et 13 juin, plusieurs manifestations et mobilisations se sont déroulées pour dénoncer le manque de moyens et la situation déplorable dans les hôpitaux de Martinique. Elles avaient lieu à l’initiative du Collectif CHUM douvan douvan regroupant des médecins, cadres supérieurs, agents hospitaliers, associations de malades, organisations syndicales, ainsi que de l’association « Sauvons la Santé en Martinique ».

Le 11 au matin, comme prévu, les sirènes ont retenti dans certaines mairies et des agents municipaux se sont regroupés aux abords des édifices, comme à Fort-de-France. De nombreux agents des hôpitaux se sont regroupés eux aussi à l’entrée de leur établissement. Après discussion entre eux, les salariés de certaines entreprises ont tenu eux aussi à manifester de cette façon leur désaccord avec la politique de Macron dans les hôpitaux. Le mardi 12, plusieurs syndicats avaient appelé à une journée interprofessionnelle de grève. Très tôt, les agents de différents établissements de santé se sont rassemblés en blouse blanche aux abords de la Maison des syndicats à Fort-de-France. Ils se sont retrouvés avec des délégations de salariés de divers secteurs en particulier des agents municipaux, ceux de la CTM, de l’EDF, de l’ONF, ceux des PTT, de l’agriculture, du commerce et de la métallurgie. Les enseignants et agents des écoles maternelles et établissements techniques étaient eux aussi bien représentés. Plusieurs élus, de tous bords politique, étaient présents.

C’est donc une manifestation dynamique de plus de 2 000 personnes qui s’est ébranlée vers la préfecture. Une délégation du Collectif CHUM, des organisations syndicales et des élus a été reçue à la préfecture. La ministre Annick Girardin, en visite pour le problème des sargasses avec Nicolas Hulot, est apparue rapidement à cette réunion. C’était pour dire, tout sourire comme à l’accoutumée : « On vous a bien compris. On continuera d’examiner les budgets. On fait au mieux… » Mais elle n’annonçait rien de bien concret. La mobilisation était réussie. Mais ce n’était qu’un tour de chauffe ! Il est sûr qu’il faudra poursuivre avec des mobilisations ouvrières et populaires d’une bien plus grande ampleur. Il n’y a pas d’autre choix pour que ces gouvernants au service des riches finissent par respecter la population et pour les obliger à donner les moyens nécessaires pour la santé publique.  


Les grèves des agents du Centre Hospitalier de Trinité

Le vendredi 22 juin c’était au tour des agents du CH de Trinité, en grève depuis le 30 mai, de faire entendre leur colère. Ils ont le soutien des trois syndicats du site, l’UGTM, la CDMT et la CGTM. Ils exigent la mise en application rapide d’accords précédemment actés concernant la réhabilitation de leur établissement qui dessert le nord de l’île. Ils exigent aussi l’augmentation des effectifs médicaux et paramédicaux, mais également des améliorations de leurs conditions de travail et de vie. Les maires des 18 communes du Nord avaient affiché leur soutien.

Plusieurs d’entre eux ou leurs conseillers étaient présents. Le Collectif CHUM douvan douvan était solidaire du mouvement. Après une opération molokoy (escargot) sur l’autoroute en direction de Fort-de-France, et un passage dans la zone commerciale de la Jambette, environ 200 agents hospitaliers du CH de Trinité ainsi que d’autres établissements de Santé en soutien, sont arrivés avec banderoles et pancartes devant l’ARS (Agence régionale de Santé). Tous pointaient, en levant un carton rouge, le désengagement de l’ARS et de l’État, qui n’ont toujours pas entamé les travaux de reconstruction de l’hôpital après plus de dix ans. Après plusieurs prises de parole, une délégation, composée de représentants syndicaux, représentants des différents services de l’hôpital et des élus, a été reçue par le directeur de l’ARS.

À l’issue de la réunion, celui-ci a annoncé que deux millions d’euros seraient débloqués pour réaliser des travaux de réaménagement en urgence. Il a répété que cet hôpital serait reconstruit… Des déclarations qui restaient imprécises et même, selon les responsables syndicaux, en retrait par rapport à des annonces précédentes. Les agents ont bien compris qu’il leur faudra rester vigilants et mobilisés.


Grève à l’Ehpad du Carbet

L’Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) du Carbet a connu une grève à compter du lundi 18 juin. Le personnel, soutenu par la CDMT, a mis en cause la surcharge de travail, les effectifs insuffisants, le manque de matériel. Une gréviste a déclaré (France-Antilles du 20 juin) : « On ne peut plus travailler dans ces conditions ; il faut que ça s’arrête, on est à bout ! ». Une autre pointait le manque de temps pour être à l’écoute des résidents, et regrettait que les mauvaises conditions de travail puissent mener à la maltraitance. Elle signalait qu’en cas de pluie, l’installation – des chauffe-eau solaires – ne débitait que de l’eau froide pour les bains des résidents. Parmi les revendications figuraient également la revalorisation de la prime d’ancienneté, une amélioration de la sécurité de l’établissement la nuit, etc. Dans cette grève un service minimum a bien sûr fonctionné pour les résidents. Après cinq jours de mobilisation, le conflit a été déclaré terminé dans la soirée du 22 juin, un terrain d’entente ayant été trouvé. Dans les discussions le directeur avait fait valoir que le problème du manque d’effectifs dans les Ehpad est national mais disait garder « bon espoir pour l’avenir ». Les grévistes avaient toutes les raisons de vouloir… accélérer l’avenir et de ne pas supporter la situation sous prétexte que « c’est pareil ailleurs ».