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CO de 2018/CO n° 1201 du 30 juin 2018/Première page

Première page

Éditorial: Mondial 2018 :« un pognon de dingue » pour les jeux, de moins en moins pour le pain

« Du pain et des jeux ! », c’est en appliquant cette devise que l’Empire romain décadent acheta la paix sociale pendant quatre siècles : en distrayant les pauvres à coup de combats de gladiateurs et en leur distribuant chaque jour quelques quignons de pain… Une sorte de RSA de l’époque, tandis que les stades d’aujourd’hui ressemblent à s’y méprendre aux arènes d’autrefois.  

Historiquement, les clubs de foot ont été créés pour les mêmes raisons. Alors que la révolution industrielle augmentait chaque jour la masse des travailleurs en Angleterre, les bourgeois inquiets prirent l’habitude de monter des clubs de foot pour souder entre eux les ouvriers de chaque usine et les faire affronter ceux d’une autre. Ils pouvaient ainsi diviser et régner, contrôler les loisirs de la classe ouvrière avant d’y trouver l’occasion de gagner de l’argent. C’est la raison pour laquelle certains clubs sont encore associés à de grands groupes capitalistes – comme Sochaux, fondé par la famille Peugeot, ou les « Verts » de St Étienne autrefois surnommé « l’AS Casino » – ou portent le nom d’un lieu de travail comme l’Arsenal Football Club de Londres dont les joueurs sont surnommés les « gunners », les ouvriers de l’armement. Aujourd’hui, la Coupe du monde nous fait rêver. Mais en définitive, les grands financiers qui organisent désormais le sport professionnel exploitent ainsi notre enthousiasme et la capacité de l’humanité à trouver un peu de bonheur même dans la galère (les bourgeois n’ont d’ailleurs jamais rien fait d’autre qu’exploiter les capacités physiques ou mentales des travailleurs). Et ils en tirent d’immenses profits : la Coupe du monde et les autres grands championnats sont devenus d’énormes « pompes à fric ».

Dans ces conditions, les riches ne font pas d’économies sur « les jeux ». En revanche, ils sont bien décidés à faire des économies sur « le pain ». Ainsi, Macron a osé qualifier de « pognon de dingue » les maigres miettes des minimas sociaux, alors que le RSA français qui permet à 2 millions de personnes de tout juste survivre représente à peine ce que la Russie a dépensé pour accueillir la Coupe du monde ou ce que la France dépensera pour les JO de 2024. La dégradation de plus en plus catastrophique de la distribution de l’eau en Guadeloupe, l’effondrement du système de santé aux Antilles sont d’autres exemples du fait que loin de « ruisseler » vers le bas, la richesse est aujourd’hui siphonnée par l’État vers les poches de la grande bourgeoisie à un rythme effarant.

En un an, Macron a supprimé l’ISF (un cadeau de 5 milliards aux plus riches) et, par-dessus-le marché, il a discrètement « rendu » 400 millions aux 1 000 plus grosses fortunes qui l’avaient payé les années précédentes. Il baissé les impôts sur le capital (la prétendue « flat-tax » qui va rapporter 1,5 milliards au grand patronat), supprimé l’impôt sur les dividendes réalisés par les patrons qui s’exilent à l’étranger (« l’Exit-tax », soit un cadeau de 800 millions). Dans le même temps, il a gelé les minimas sociaux, baissé les APL (au moins trois milliards ôtés des poches des pauvres selon la Fondation Abbé Pierre) et sa sortie sur le « pognon de dingue » annonce une baisse des aides sociales de 7 milliards – l’équivalent des deux tiers du RSA – d’ici deux ans. Bilan du « match » (en milliards), Riches : + 7,7 – Pauvres : - 10.

Comme la Rome antique, le système capitalisme est décadent. Il ne marche plus. Baisser le niveau de vie des travailleurs et de la population est devenu, partout dans le monde, la seule façon de financer les profits des super-riches. Seule une réaction massive des travailleurs et de la population peut stopper cette hémorragie.  


Guadeloupe Sargasses : la population se mobilise à Petit-Bourg 

ZoomLe 1er Juin 2018 les riverains du quartier Vinaigrerie ainsi que quelques habitants de Petit-Bourg ont créé un collectif anti-sargasses. Les habitants souffrent de maux de tête, de bronchites à répétition, de crises d’asthme.  

Témoignage d’un des membres du collectif « Le collectif a bloqué l’entrée de la mairie avec des sargasses et monté un barrage pour dénoncer l’immobilisme de l’État devant les émanations de gaz toxiques dus à l’échouage des sargasses. Les gendarmes sont venus pour tenter d’obliger les manifestants à lever le barrage. Devant notre détermination, nous avons exigé qu’ils fassent venir le maire et le préfet. Nous avons vu arriver le maire qui déclare qu’il s’intéresse au problème vu qu’il a pris des mesures de fermeture de certaines écoles. Ce qu’il n’a pas précisé : ce sont les enseignants qui ont fait valoir leur droit de retrait. Pas d’enseignants, pas d’école ! Le préfet exigeait que nous venions à Basse-Terre le rencontrer. Devant notre refus il a délégué le sous–préfet ; ce dernier étonné de la puanteur et des effets immédiats des gaz, picotements des yeux, de la gorge et du nez, a proposé : fermeture d’écoles, interdiction de baignade. N’ayant aucune satisfaction à nos revendications nous avons tenu plusieurs meetings avec prises de paroles sur la place de la mairie, nous n’avons vu aucun élu.

Le collectif a eu une entrevue avec Mme Annick Girardin et M. Nicolas Hulot à qui il avait envoyé un courrier. Le matin précédent la visite des ministres le maire avait fait enlever les sargasses dans le quartier de la mairie, de la Vinaigrerie et sur la plage mais une vague de sargasses a débarqué dès 12h30 sur le littoral ! Ensuite toute la délégation y compris le collectif a visité le quartier de la Vinaigrerie. Les ministres se sont étonnés que des habitants soient à 30 m de l’échouage de sargasses. Sur la plage de Viard ils se sont dits surpris que le maire permette le stockage des sargasses dans la mangrove il ne savait pas qu’il ne fallait pas les laisser en monticule sur la plage. Devant les vagues promesses des ministres, si les élus sont satisfaits, le collectif reste mobilisé. »


Sargasses : coordination du « Collectif des îles de Guadeloupe »

La coordination du collectif des îles de Guadeloupe estime que les mesures annoncées suite à la visite des ministres ne sont pas à la hauteur des problèmes : la population est oubliée, aucun plan, pas de déclaration de crise sanitaire, aucune mesure pour le remboursement du matériel perdu, aucune prise en charge pour les soins relatifs à l’intoxication aux sargasses, pas de programme pour prise en charge d’un relogement décent pour la population touchée. La coordination refuse un hébergement dans les abris cycloniques. Actions prévues :

- Le 28 juin 2018 : Réunion de la coordination des collectifs anti-sargasses des îles de Guadeloupe salle Rémy Nainsouta à 18h30. - Le
8 juillet 2018 : Départ à 8h à Pointe-à-Pitre du Rallye pour une visite des lieux touchés.


Sargasses : meeting de Combat Ouvrier

Les militants de Combat ouvrier ont organisé un meeting à Sainte-Marie, dans la commune de Capesterre-Belle-Eau pour dénoncer l’inaction des autorités. Depuis plusieurs semaines, le littoral de la commune est envahi par ces algues sargasses, ce qui constitue une catastrophe majeure. De nombreuses personnes souffrent de malaises à cause des gaz toxiques dégagés par les sargasses en décomposition. Environ 80 personnes ont assisté au meeting, elles ont été sensibles et attentives aux prises de parole. Une habitante a pu témoigner de ce qu’elle subit au quotidien. Ce meeting est un bon début, car ce n’est qu’en s’organisant collectivement que la population pourra se faire entendre et faire aboutir ses revendications.


Lycée de Petit-Bourg : examens
délocalisés grâce aux mobilisations

Les examens du baccalauréat ont été délocalisés dans les lycées les plus proches pour permettre aux élèves de terminale du lycée général et technologique des Droits de l’Homme à Petit-Bourg de passer leurs épreuves loin des émanations nocives de sulfure d’hydrogène dégagées par les sargasses en décomposition. La région a mis à disposition des transports pour les principales épreuves.

Il aura donc fallu la mobilisation des élèves, le droit de retrait des enseignants du collège et du lycée de Petit-Bourg ainsi que de ceux du collège de Sainte-Anne, ainsi que l’agitation des comités populaires contre les sargasses lors de la venue des ministres Hulot et Girardin pour que le rectorat daigne éloigner les examens du lycée de Petit-Bourg.

Cette nouvelle organisation délocalisée était la moindre des choses que pouvait faire le rectorat après son silence face aux nuisances des sargasses qui empêchaient les établissements scolaires touchés de fonctionner normalement. À Petit-Bourg, c’est le Maire Guy Losbar, qui avait dû prendre la décision de fermer tous les établissements de la commune y compris le collège et le lycée.

Cependant, le représentant du syndicat Snes-Fsu du lycée a dénoncé le manque de surveillants pour les épreuves délocalisées.
Même quand les dirigeants du rectorat sont contraints de prendre leurs responsabilités, ils s’arrangent pour faire le minimum.  


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