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CO de 2018/CO n° 1200 du 16 juin 2018/Première page

Première page

Éditorial: Sargasses, Girardin et Hulot face à la mobilisation populaire

L’échouage massif des algues sargasses, sans doute causé par la pollution des fleuves du Brésil et/ou d'Afrique, constitue une catastrophe majeure pour les îles des Antilles. Respirer l'odeur nauséabonde dégagée par les sargasses en décomposition cause de nombreux malaises. Le sulfure d'hydrogène attaque aussi les métaux. Le matériel électroménager est endommagé. La population du littoral et des alentours est la première victime.  

À Petit-Bourg, aux Saintes, à Sainte-Anne, à Marie-Galante, à la Désirade, au Diamant, au François, au Robert, à Marigot la population est excédée. Plusieurs collectifs se sont créés pour interpeller les autorités. Au lycée des Droits de l’homme à Petit-Bourg et au collège de Sainte-Anne, en Guadeloupe, des dizaines de professeurs exercent leur droit de retrait car leur santé et celle des élèves est menacée. Au Robert, un collège a dû être évacué ainsi que 13 écoles. Pour le moment, ce sont les municipalités qui essaient tant bien que mal de ramasser quelques tonnes de sargasses échouées. Mais chaque jour il faut recommencer.

Samedi 9 juin, en Martinique, dénonçant l’absence d’engagement fort de l’État, le groupe « Moun » autour d’Olivier Bérisson, ex-dirigeant de l’Assaupamar, et certains habitants ont collecté et déversé des algues sargasses dans la cour de la préfecture de Martinique. C’est dans ce contexte que Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique et Annick Girardin, la ministre des outremers, étaient en visite en Guadeloupe et en Martinique sur le problème des sargasses. À chaque point d’étape des deux ministres, des collectifs de riverains, d’enseignants et de parents se sont mobilisés avec pancartes, mégaphones et cache-nez blancs pour manifester leur mécontentement.

Face à ces mobilisations le ministre Hulot s’est trouvé contraint de promettre 11 millions d’euros d’aide d’urgence pour les deux îles et un ramassage systématique des sargasses dans les 48 heures suivant leur échouage.

Mais Hulot, en paroles, joue constamment avec le robinet des aides de l’État. Il l’ouvre, puis le tourne un peu vers la fermeture, il l’a fait à plusieurs reprises. En fait, il a toujours la main dessus. C’est le cas quand il déclare par exemple : « Ce ne sont pas forcément des moyens qu’il faut mettre en permanence en terme financier ». Ou encore que « les efforts devront être partagés » sous-entendu par les municipalités et les assemblées locales. Mais ils le sont déjà, largement. Les communes sont exsangues.

Hulot et Girardin ont répété qu’ils règleraient l’urgence. Mais pour l’anticipation de cette catastrophe, ils n’ont dit que des généralités. Il faudrait un ramassage des sargasses au large avant qu'elles n'atteignent le rivage. Cela signifie des bateaux spécialement aménagés pour, et pas un seul, mais plusieurs, qui patrouilleraient au large. On sait que des radeaux importants de sargasses augmentent actuellement au large des côtes. Ils devraient être collectés avant une nouvelle atteinte massive des rivages.

Alors oui bien sûr, cela coûte cher ! En tous cas bien moins cher que les milliards distribués au grand patronat, les plus de 80 milliards d’euros des riches qui échappent chaque année à l’impôt en toute légalité ! Les collectifs populaires ont poussé les maires et les dirigeants politiques locaux en avant. On l’a vu aussi lors de la mobilisation des 11, 12 et 13 juin pour la santé publique en Martinique. Cette mobilisation multiforme sur les deux îles a été efficace face aux ministres. La population s’est fait entendre. C’est la bonne voie pour aller vers de plus larges mobilisations.  


Antilles Chlordécone : la presse de France dénonce le scandale

L’affaire a fait la une du numéro du 6 juin du journal Le Monde avec un dossier de deux pages. Dans la foulée plusieurs articles et reportages sur le chlordécone ont été diffusés par d’autres médias nationaux.  

La population française a pu prendre connaissance des conséquences de l’empoisonnement au chlordécone de la population antillaise, à commencer par les ouvriers de la banane. Les journalistes ont aussi pointé du doigt les responsables de cette catastrophe : les gros békés planteurs de banane avec la complicité de l’État français. La presse nationale s’est enfin emparée de l’affaire. Mieux vaut tard que jamais, cela fait plus de 40 ans que les ouvriers de la banane et les militants de Combat ouvrier dénoncent ce scandale !


Martinique: Le 14ème congrès de la CGTM

Les jeudi 7 et vendredi 8 juin derniers s’est tenu le 14ème congrès de la CGTM au domaine de l’Oasis à Rivière-Salée.  

206 délégués ont participé à ce congrès, et durant ces deux jours ils ont discuté, échangé, expliqué tour à tour la situation dans leur entreprise. Ils ont aussi apporté leurs points de vue sur les orientations et sur les décisions à prendre, dans la période à venir, face à un patronat et un gouvernement Macron-Philippe qui multiplient les attaques contre les travailleurs. On pouvait noter la présence des invités : militants de la Guadeloupe – CGTG et UGTG – et aussi de l’UTG de Guyane. Ces camarades ont, chacun à leur tour, salué le congrès. Ces deux journées ont été riches en événements, car les délégués ont tout d’abord écouté attentivement l’allocution de notre camarade Ghislaine Joachim-Arnaud, qui confirmait avec une certaine émotion qu’elle ne représentait pas sa candidature au poste de secrétaire générale de la CGTM, après 28 ans. Les congressistes ont été particulièrement émus par la force du message vidéo de Guy Dufond, militant cégétiste et anticolonialiste, frappé à l’époque par l’ordonnance de 1960 l’expulsant, comme trois autres militants de Martinique, vers la France.

Durant la deuxième journée, à l’unanimité, les délégués ont élu les 14 membres du bureau de la CGTM. Neuf nouveaux membres et cinq anciens, six femmes et huit hommes. Le nouveau bureau a élu le nouveau secrétaire général. Le camarade Gabriel Jean-Marie, ex-secrétaire général adjoint, a été élu à l’unanimité. Militant de longue date pour la défense des intérêts de la classe ouvrière contre l’exploitation capitaliste, il a été durant plusieurs années aux côtés de Ghislaine Joachim-Arnaud et partage son engagement au sein de notre organisation, Combat Ouvrier. L’allocution de Gabriel Jean-Marie a porté sur le fait qu’il « continuera comme sa camarade Ghislaine à combattre l’exploitation capitaliste » et à œuvrer pour un avenir meilleur pour la classe des exploités. Le congrès s’est terminé par le chant de L’Internationale.


Guadeloupe: Tour de passe-passe en filière Staps

Le recteur Fourar avait convié la presse pour rassurer les lycéens qui subissent la sélection du dispositif Parcoursup. Avec ce nouveau système, les lycéens ne sont pas sûrs d’être acceptés à l’université, même s’ils décrochent leur bac. L’une des filières les plus demandées à l’Université des Antilles est la filière Staps. Les étudiants se retrouvent dans de très mauvaises conditions, faute de moyens suffisants. Ils s’étaient mobilisés au mois de mars pour dénoncer cette situation. La sélection est drastique, le taux de réussite en première année de Staps n’est que de 8%, moins qu’en médecine. La plupart des étudiants de Staps doivent donc redoubler leur première année pour continuer leurs études. L’annonce du recteur est apparue comme une bonne nouvelle. Mais c’est une tromperie. Dix jours après, les dirigeants de la fac de Staps ont en effet expliqué aux étudiants que le redoublement ne sera plus autorisé pour tous à cause des 40 étudiants supplémentaires qui vont arriver !


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